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Surprise : la lettre inconnue de Rimbaud dans Désir

A Jules Andrieu, Londres, 16 avril 1874

D 9 mars 2020     A par Albert Gauvin - C 6 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


A gauche : Antoine Watteau, La Surprise, 1718. — A droite : Honoré Fragonard, La Surprise, 1771.
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Fin septembre 2018, un article de Frédéric Thomas attirait l’attention sur une lettre inédite de Rimbaud, datée du 16 avril 1974 et adressée au communard Jules Andrieu. Je rendais compte de cette découverte ici-même dès le 16 octobre. Sollers évoque longuement cette lettre dans son dernier roman Désir dans le chapitre intitulé « Surprise » (Gallimard, 2020, p. 117). Est-ce une surprise qu’il soit fait mention de la découverte de cette lettre dans le roman au moment même où Sollers l’écrit ? Non, bien sûr, puisque, au même titre que les écrits de l’Illuministe Saint-Martin et les Poésies d’Isidore Ducasse, les Illuminations de Rimbaud, présentes dès l’exergue (tiré de A une raison [1]) — « Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie » —, sont disséminées et relancées dans tout le texte tel un opéra fabuleux. Voici le chapitre de Désir que j’ai fait suivre de la lettre de Rimbaud et du commentaire précurseur de Frédéric Thomas. Ce dernier intervenait récemment sur France Culture dans le cadre d’une série consacrée à « Arthur Rimbaud à la croisée de la bibliothèque ». Le thème en était : « changer la vie ». Cela méritait quelques explications.


Le début de la lettre inédite d’Arthur Rimbaud (16 avril 1874).
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SURPRISE

Le Philosophe doit s’occuper à la fois de l’infini­ment grand, de l’infiniment petit, de l’infiniment long, de l’infiniment bref. Il y parvient, il veille, il devient un opéra fabuleux. Pour se reposer, il visite rapidement des scènes d’Histoire, et va jusqu’à pro­jeter d’écrire un livre, dont le titre serait L’Histoire révélée à elle-même, dans le style de La Bible enfin dévoi­lée. Il abandonne, puisque personne ne lit plus vrai­ment ce qui est à lire. Il préfère dormir en restant éveillé.

Une très surprenante lettre de Rimbaud a été découverte récemment, pendant l’écriture de ce livre. Adressée à un ancien communard, réfugié en Angleterre, elle est datée, à Londres, du 16 avril 1874. Rimbaud écrit qu’il veut entreprendre un ouvrage en plusieurs livraisons, intitulé L’Histoire splendide. Il s’agi­rait « d’une série indéfinie de morceaux de bravoure historique, commençant à n’importe quelles annales ou fables ou souvenirs très anciens... d’une archéologie ultra-romanesque suivant le drame de l’histoire, du mysticisme de chic, roulant toutes controverses, du poème en prose à la mode d’ici, des habiletés de nou­velliste aux points obscurs... ».

Dans son style précipité, Rimbaud évoque aussi bien la Grèce que l’époque romaine, sans oublier un angle africain. Il y aurait, pêle-mêle, « le décor des religions, les traits du droit, l’enharmonie des fatali­tés populaires exhibées avec les costumes et les paysages, le tout dévidé à des dates plus ou moins atroces, batailles, migrations, scènes révolutionnaires souvent un peu exotiques, sans forme jusqu’ici... D’ailleurs, l’affaire posée, je serai libre d’aller mystiquement, ou vulgairement, ou savamment, mais un plan est indispensable ».

Rimbaud attend donc de l’argent pour se lan­cer dans son entreprise, dont il précise qu’elle sera écrite en anglais. L’Histoire splendide sera enfin la véri­table Histoire, littéralement et dans tous les sens. En réalité, on peut en lire des passages entiers dans Illuminations, qu’il écrit chaque jour, en allant lire et écrire au British Museum. Il suffit, par exemple, d’ou­vrir Promontoire [2] :
« L’aube d’or et la soirée frissonnante trouvent notre brick au large, en face de cette villa et de ses dépen­dances, qui forment un promontoire aussi étendu que l’Épire et le Péloponnèse, ou que la grande île du Japon, ou que l’Arabie. »

Je me contente ici de souligner trois adverbes dans cette lettre sensationnelle de Rimbaud : mystiquement, vulgairement, savamment. Voilà le programme révolutionnaire pour une Histoire splendide enfin composée pour les siècles futurs. Verlaine, obsédé par le corps de Rimbaud, est peu doué pour l’Illuminisme, d’où l’invention absurde des « poètes maudits », sans parler de la fausse piste des « enluminures » (les « coloured plates ») pour parler d’Illuminations. Si vous avez appris qu’un Splendide Hôtel, incendié en 1872, se trouvait à Paris, au coin de la rue de la Paix et de l’avenue de l’Opéra, vous pouvez mieux lire ce passage d’Après le Déluge :
« Les caravanes partirent, et le Splendide Hôtel fut bâti dans le chaos de glaces et de nuit du pôle... »
Cette vision n’a rien d’une« enluminure », et Verlaine aurait été bien incapable de la penser.

Les sanglots longs des violons de l’automne n’ont jamais blessé le cœur de Rimbaud d’une langueur monotone. Dans sa lettre londonienne de 1874, il est très explicite :
« Je sais comment on se pose en double-voyant pour la foule, qui ne s’occupa jamais de voir, qui n’a peut­ être pas besoin de voir. »
C’est sur ce double-voyant que Verlaine, exas­péré par la supériorité spirituelle de Rimbaud, a tiré un jour, au revolver, à Bruxelles. Rimbaud a retiré sa plainte à la police, et la mère de Verlaine a payé pour la publication d’Une saison en enfer. Rimbaud était aussi un homme d’affaires :
« À vendre les applications de calcul et les sauts d’harmonie inouïe, les trouvailles et les termes non soupçonnés, possession immédiate... »

Sollers poursuit dans le chapitre suivant qui s’appelle « ILLUMINATION » :

Rimbaud a-t-il rencontré le Philosophe Inconnu à Londres ? C’est probable. De l’Alchimie du Verbe aux Illuminations, il y a un saut énigmatique qui rayonne encore dans le temps profond. Cette lettre de 1874 vient de parvenir à son vrai destinataire à Paris, et qui pourrait la lire sinon lui ? Les phénomènes passent, il trouve les lois. Rien ne se perd, rien n’est jamais fini au paradis des mathématiques. Jésus et Laozi marchent calmement au bord d’un lac immense. Héraclite s’amuse avec des enfants, dans l’ombre de la cour du temple de Diane, à Éphèse. Mozart, dans une belle villa de Prague, chantonne dans sa chambre, et joue du piano.

Le Philosophe [Ici c’est le narrateur aux Identités Rapprochées Multiples qui parle] joue au ballon avec son fils de 8 ans, et c’est comme s’il avait lui-même 8 ans. Il lui apprend le langage de la forêt, le déchiffrement des cris d’oi­seaux, la science des vents, la bonne façon de nager sans peine. Il l’emmène souvent en bateau, et lui apprend la pêche...

Reprise de mon article du 16 octobre 2018.

S’agit-il d’une nouvelle affabulation comme celle de La chasse spirituelle qui a fait coulé beaucoup d’encre [3] ? Une lettre inconnue de Rimbaud, datée d’avril 1874 à Londres, aurait été retrouvée dans les archives du communard Jules Andrieu, ancien collègue de Verlaine à l’Hôtel de Ville de Paris, journaliste, poète, érudit, en exil à Londres de 1871 à 1881.

La lettre d’Arthur Rimbaud

 [4]


Lettre inédite d’Arthur Rimbaud.
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London, 16 April 74

Monsieur,

– Avec toutes excuses [5] sur la forme de ce qui suit, –

Je voudrais entreprendre un ouvrage en livraisons, avec titre : L’Histoire splendide [6]. Je réserve : le format ; la traduction, (anglaise d’abord) le style devant être négatif et l’étrangeté des détails et la (magnifique) perversion de l’ensemble ne devant affecter d’autre phraséologie [7] que celle possible pour la traduction immédiate : – Comme suite de ce boniment sommaire : Je prise [8] que l’éditeur ne peut se trouver que sur la présentation de deux ou trois morceaux hautement choisis. Faut-il des préparations dans le monde bibliographique, ou [9] dans le monde, pour cette entreprise, je ne sais pas ? – Enfin c’est peut-être une spéculation sur l’ignorance où l’on est maintenant de l’histoire, (le seul bazar moral qu’on n’exploite pas maintenant) – et ici principalement (m’a-t-on dit (?)) ils ne savent rien en histoire – et cette forme à [10] cette spéculation me semble assez dans leurs goûts littéraires – Pour terminer : je sais comment on se pose en double-voyant [11] pour la foule, qui ne s’occupa jamais à voir, qui n’a peut-être pas besoin de voir.

En peu de mots (!) une série indéfinie de morceaux de bravoure historique, commençant à n’importe quels annales ou fables ou souvenirs très anciens. Le vrai principe de ce noble travail est une réclame frappante ; la suite pédagogique de ces morceaux peut être aussi créée par des réclames en tête de la livraison, ou détachées. – Comme description, rappelez-vous les procédés de Salammbô : comme liaisons et explanations [12] mystiques, Quinet et Michelet : mieux [13]. Puis une archéologie ultrà-romanesque [14] suivant le drame de l’histoire ; du mysticisme de chic, roulant toutes controverses ; du poème en prose à la mode d’ici ; des habiletés de nouvelliste aux points obscurs. – Soyez prévenu que je n’ai en tête pas plus de panoramas, ni plus de curiosités historiques qu’à [15] un bachelier de quelques années – Je veux faire une affaire ici.

Monsieur, je sais ce que vous savez et comment vous savez : or je vous ouvre un [16] questionnaire, (ceci ressemble à une équation impossible), quel travail, de qui, peut être pris comme le plus ancien (latest) [17]) des commencements ? à une certaine date (ce doit être dans la suite) quelle chronologie universelle ? – Je crois que je ne dois bien prévoir que la partie ancienne ; le Moyen-âge et les temps modernes réservés ; hors cela que je n’ose prévoir – Voyez-vous quelles plus anciennes annales scientifiques ou fabuleuses je puis compulser ? Ensuite, quels travaux généraux ou partiels d’archéologie ou de chroniques ? Je finis en demandant quelle date de paix vous me donnez sur l’ensemble Grec Romain Africain. Voyons : il y aura illustrés en prose à la Doré, le décor des religions, les traits du droit, l’enharmonie [18] des fatalités populaires exhibées [19] avec les costumes et les paysages, – le tout pris et dévidé à des dates plus ou moins atroces : batailles, migrations, scènes révolutionnaires : souvent un peu exotiques, sans forme jusqu’ici dans les cours ou chez les fantaisistes. D’ailleurs, l’affaire posée, je serai libre d’aller mystiquement, ou vulgairement, ou savamment. Mais un plan est indispensable.

Quoique ce soit tout à fait industriel et que les heures destinées à la confection de cet ouvrage m’apparaissent méprisables, la composition ne laisse pas que de me sembler fort ardue. Ainsi je n’écris pas mes demandes de renseignements, une réponse vous gênerait plus ; je sollicite de vous une demi-heure de conversation, l’heure et le lieu s’il vous plait, sûr que vous avez saisi le plan et que nous l’expliquerons promptement – pour une forme inouïe et anglaise –

Réponse s’il vous plait. [20] [21]

Mes salutations respectueuses

Rimbaud

30 Argyle square, Euston Rd. W.C.


Lettre inédite signée par Arthur Rimbaud.
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D’après le biographe de Jules Andrieu, la lettre de Rimbaud serait restée sans réponse.

*

Voici la présentation qu’en fait Frédéric Thomas, auteur de Rimbaud et Marx : une rencontre surréaliste (L’Harmattan, , 2007 [22], de Salut et liberté. Regards croisés sur Saint-Just et Rimbaud (aden.be, 2009) et de Rimbaud révolution (à paraître en janvier 2019 aux éditions L’échappée).

Une lettre inconnue d’Arthur Rimbaud

Une lettre inconnue d’Arthur Rimbaud datée d’avril 1874 à Londres. Son objet – « L’Histoire splendide » – et l’exposé de sa stratégie littéraire ouvrent une voie passionnante à la poursuite et au renouvellement des études rimbaldiennes.

par Frédéric Thomas

Découverte exceptionnelle : une lettre inconnue d’Arthur Rimbaud. Celle-ci se trouvait dans les archives de Jules Andrieu, dont l’un des descendants, arrière-petit-fils du communard – qui vient de réaliser et de mettre en ligne sa biographie : C’était Jules. Jules Louis Andrieu (1838-1884). Un homme de son temps – en reproduit une copie (page 209) [23]. Si, dans l’impossibilité actuelle de consulter l’original, en raison de la succession en cours, il convient de demeurer prudent, l’origine, les mots et l’esprit de cette lettre poussent à conclure à son authenticité.

Situation

Écrite de Londres, où Rimbaud est revenu, accompagné non pas de Paul Verlaine, incarcéré, depuis l’été précédent, après avoir menacé de tirer sur son compagnon à Bruxelles, mais d’un autre poète, Germain Nouveau, cette lettre est datée du 16 avril 1874 ; soit à l’époque où Rimbaud (re)travaille aux Illuminations.

Mais qui est Jules Andrieu ? Pédagogue, journaliste et poète, auteur entre autres des Notes pour servir à l’histoire de la Commune de Paris de 1871 (rééditées en 2016 par Libertalia [24]), il fut l’un des dirigeants de la Commune. Au cours de la Semaine sanglante, il réussit à se cacher, puis à échapper à la répression, et à se réfugier à Londres. C’est là que Rimbaud fait sa connaissance, en compagnie de Verlaine, en septembre 1872. Celui-ci est en effet un ami et un ancien collègue d’Andrieu à l’Hôtel de Ville de Paris.

Jules Andrieu participe en réalité d’un micro-réseau politico-culturel, où se croisent des intellectuels « déclassés », la plupart communards, qui constitue comme le milieu naturel des pérégrinations de Verlaine et de Rimbaud à Bruxelles et à Londres. Au sein de cette confluence, Rimbaud considérait Andrieu comme un « frère d’esprit » selon son ami d’enfance, Ernest Delahaye. Sous les dehors « bonhomme » d’Andrieu et l’insolence maladroite de Rimbaud, ils partagent la volonté d’une régénération globale, de renouer les paroles avec la morale, la poésie avec l’action.

« L’Histoire splendide »

Ce qui emporte la conviction que Rimbaud est bien l’auteur de cette lettre tient à son contenu et son style. Cette sommation empressée de renseignements et de livres, cette impatience de tout et de tous les jours sont bien dans sa manière. Sans compter les échos à nombre de poèmes. La référence à Flaubert, à Quinet et, « mieux », à Michelet semble en outre confirmer tout un pan des études rimbaldiennes. Et impossible évidemment, de ne pas penser aux lettres de 1871, en lisant : « on se pose en double-voyant pour la foule, qui ne s’occupa jamais à voir, qui n’a peut-être pas besoin de voir ».

Cette lettre présente le projet de « L’Histoire splendide », confirmant ainsi les souvenirs de Delahaye, évoquant un projet de Rimbaud, que l’on croyait perdu : L’histoire magnifique, qui débutait par une série de photographies du temps passé. Difficile de faire la part d’ironie, de lucidité critique ou de détournement dans la volonté de Rimbaud de « faire une affaire ici », en usant d’« une réclame frappante » comme « vrai principe de ce noble travail ».

Le projet témoigne en tout cas d’une hybridation des écritures, du parasitage des frontières de la littérature, pour toucher à cette forme nouvelle – nouvelle et « libre d’aller mystiquement, ou vulgairement, ou savamment » –, au croisement du journalisme, du romantisme, de la fantaisie… et « du poème en prose [à la mode d’ici] », dont c’est l’unique occurrence dans les écrits de Rimbaud.

Mais, à suivre les indications de la lettre – « style […] négatif », avec des détails étranges, le tout perverti –, force est de constater que c’est une certaine histoire et sous un angle spécifique – celui de la violence – que veut écrire Rimbaud. Soit une contre-Légende des siècles. Non pas la marche de la barbarie à la civilisation, mais des « morceaux […] détachés », qui font voler en éclats l’histoire-spectacle, en donnant à voir, « illustrés en prose à la Doré », le « décor » des religions, « les traits du droit » et « l’enharmonie des fatalités populaires ». Tout le poids des déterminations sociales et idéologiques, qui pèse comme une fatalité. Et l’ensemble, « dévidé » de ses prétentions progressistes, « pris et dévidé à des dates plus ou moins atroces ».

La « splendeur » de l’histoire s’entendrait par dérision ou de manière ambivalente ? Comme un grand éclat de lumière, attaché à la modernité clinquante des villes, du tourisme et du commerce ? Manière de fixer le progrès et l’Ordre des vainqueurs dans le miroir des « batailles, migrations, scènes révolutionnaires » ; triptyque qui structure d’ailleurs nombre de poèmes de Rimbaud. L’envers et le coût de cette splendeur.

Conclure

Ernest Delahaye a rattaché le projet d’« Une histoire magnifique » aux Illuminations. Ces pages n’en donnent-elles pas le décor, les mots, sinon leur détour, ce sur quoi elles ne cessent de buter ? L’ensemble placé sur un plan particulier : « pour une forme inouïe et anglaise ». « L’Histoire splendide », par sa « (magnifique) perversion » participerait aussi, à sa manière, du recodage des images, de leur fabrication comme de leur enchantement, pour redonner à la poésie sa puissance d’action.

En fin de compte, si l’auteur de cette lettre est bien Rimbaud, comme tout le laisse à penser, une (faible) part d’incertitude demeure et appelle à poursuivre les recherches. Mais si cette lettre est authentique, elle ouvre une voie passionnante à l’étude sur les Illuminations, sur le milieu communard fréquenté par Rimbaud et Verlaine, et sur cette zone grise entre l’écriture poétique de Rimbaud et les écrits de la période abyssine, qui se disputent son silence.

Frédéric Thomas, Dissidences.

Une analyse plus développée est en ligne sur le site de la revue rimbaldienne Parade Sauvage. Découverte d’une lettre de Rimbaud. pdf
DOSSIER DE LIENS

*

Un souvenir de Delahaye

J’ouvre au hasard (c’est vrai) la monumentale biographie Arthur Rimbaud du regretté Jean-Jacques Lefrère (1954-2015) et je lis (Fayard, 2001, p. 475-476) :

[...] il faut sans doute considérer comme irrémédiablement perdue la « série de cinq ou six poèmes en prose » qui aurait été composée vers la fin de l’hiver 1871-72 et dont Delahaye, au fil de ses souvenirs, a donné des titres variables : Photographies du temps passé, La Photographie des temps passés, Photographie du temps passé. Ces écrits devaient constituer la première série d’un ensemble qui aurait été inti­tulé L’Histoire magnifique. Delahaye, seul à évoquer ces textes que Rimbaud lui aurait lus un jour — Verlaine n’y a jamais fait allusion — nous apprend qu’il s’agissait de « visions d’histoire » composées dans le ton de quelques poèmes des Illuminations tels que Fleurs, Aube ou Après le déluge. Leur unique auditeur ne gardait en mémoire que deux pièces :
« Un Moyen Âge et un Dix-septième siècle, deux merveilles qui étaient bien, en effet, de la photographie, tant elles donnaient une impression de vérité absolue ; seulement, qu’on s’imagine de la photographie qui reproduirait une synthèse, le portrait physique et moral d’une collection humaine au cours de plusieurs générations : idées, passions, mouvements, décor [25]. » Le Rimbaud l’artiste et l’être moral du même auteur donne d’autres précisions sur ces proses poétiques pour lesquelles l’auteur voulait « faire plus grand, plus vivant, plus pictural que Michelet » :
Je me rappelle vaguement une sorte de moyen âge, mêlée rutilante à la fois et sombre, où se trouvaient les « étoiles de sang » et les « cuirasses d’or » dont Verlaine s’est souvenu pour un vers de Sagesse ; avec plus de netteté je revois une image du XVIIe siècle, où le catholicisme de France paraît à l’apogée de son triomphe, et qu’il conden­sait, il me semble, en un personnage splendidement chapé et mitré d’or, se détachant sur une scène dont cette seule lecture ne peut m’avoir laissé de souvenir précis.

A suivre...

A.G., 16 octobre 2018.

*

Changer la vie ?

La Compagnie des oeuvres par Matthieu Garrigou-Lagrange, 5 mars 2020.

Rimbaud ne fut ni militant ni théoricien politique. Et pourtant, on trouve dans sa poésie une puissante critique sociale, ainsi que l’écho des événements sanglants de la Commune. Frédéric Thomas nous dévoile ainsi un « Rimbaud politique ».


La Commune de Paris, incendie de la nuit du 24 mai 1871.
DEA / G. DAGLI ORTI/De Agostini - Getty. ZOOM : cliquer sur l’image.

Avec Frédéric Thomas, chercheur au Cetri et membre du comité de rédaction de Dissidences, auteur de Rimbaud Révolution (L’Echappée, 2019)

Rimbaud commence à écrire dans un contexte politique très troublé, dans lequel ses poèmes sont situés. Il y a à la fois une critique des institutions bourgeoises et religieuses comme l’Eglise, l’Etat, mais aussi des institutions plus organiques comme le travail, la raison, la nation, la science et même l’art. – Frédéric Thomas

La création poétique comporte un refus des images produite par la société bourgeoise : Rimbaud cherche de nouveaux enchantements, mais sans tourner le dos à la « réalité rugueuse ».

On ne sait pas dans quelle mesure Rimbaud a effectivement participé à la Commune. Néanmoins, dans son écriture, et notamment dans la Lettre du voyant, il trace un destin analogue au poète et au travailleur.

Transformer le monde, a dit Marx. Changer la vie, a dit Rimbaud. Ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un. – André Breton

Ainsi, la question politique irrigue l’œuvre rimbaldienne, mais elle est inséparable d’un tout organique, d’une réflexion d’ensemble sur ce que c’est que d’être un poète dans la cité à la fin du XIXème siècle en Europe.

C’est une poésie qui engage tous les êtres, y compris dans leur cœur. […] L’un des enjeux principaux de ce « changer la vie », c’est une vie au quotidien, et donc d’abord et aussi dans les rapports entre les êtres, dans l’amitié, dans l’amour, dans la sensualité des corps. – Frédéric Thomas

Et en milieu d’émission, retrouvez la chronique de Pierre Glaudes, professeur de littérature française à l’université Paris-Sorbonne, qui en appelle à la déconstruction du fameux "mythe Rimbaud".

Crédit : France Culture

LIRE AUSSI : Frédéric Thomas, Rimbaud et les communards.

*


Henri Fantin-Latour, Un coin de table (ou Le repas des communards [26]), 1872.
Assis, à gauche : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud,

Photo A.G., 23 septembre 2016. ZOOM : cliquer sur l’image.

Que Rimbaud n’ait pas été indifférent à la réalité politique de son temps, on en trouverait maints exemples dans ses poèmes ou ses premiers écrits et même dans les Illuminations (cf. « Démocratie »). Que, présent à Paris au moment des événement de la Commune et ayant fréquenté, plus tard, à Londres, des communards en exil, il ait été sensible à la dimension révolutionnaire de cette période historique, nulle raison d’en douter. Il est certes bon de rappeler les mots de Breton dans Position politique du surréalisme [27] — « Transformer le monde, a dit Marx. Changer la vie, a dit Rimbaud. Ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un. – » — mais à condition de rappeler aussi que la formule « changer la vie » est un de ces « délires » que Rimbaud prête à la « Vierge folle » dans Une saison en enfer...
La « révolution » voulue par Rimbaud ne saurait donc se réduire à des préoccupations sociales ou politiques (celles des « travailleurs »). Il s’agit bien pour lui de « posséder la vérité dans une âme et un corps ». Cela passe par une révolution du temps lui-même. Ou, pour paraphraser la formule de Sollers dans Désir à propos du Philosophe : le Poète est la révolution elle-même.
Sur la présence de Rimbaud à Paris, il me semble qu’il faut citer un chapitre du
Rimbaud en son temps (Gallimard, coll. L’infini, 2005) du poète Marcelin Pleynet (ce livre si peu lu) :


Lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871 (extrait qui figure dans le livre de Pleynet).
BnF, Paris. ZOOM : cliquer sur l’image.

« PARIS HYPNOTISAIT RIMBAUD [28] »

Le 5 septembre 1870, Rimbaud écrit à Georges Izam­bard : « Ce que vous me conseilliez de ne pas faire, je l’ai fait : je suis allé à Paris. » Son désir de vivre à Paris n’a que faire des conseils d’Izambard ou de qui que ce soit. Avec une conviction que personne dans son entourage ne peut partager, Rimbaud veut vivre à Paris : « Que voulez-vous, je m’entête affreusement à adorer la liberté libre, et ... un tas de choses que "ça fait pitié", n’est-ce pas ? — Je devais repartir aujourd’hui même ; je le pouvais : j’étais vêtu de neuf, j’aurais vendu ma montre, et vive la liberté ! » (tou­jours à lzambard, le 2 novembre 1870).

Le 17 avril 1871, dans la lettre qu’il adresse à Paul Demeny, après un effectif séjour dans la capitale : « Paris » signifie non pas causons de l’actualité sociale à Paris mais causons de ce qui s’y publie. C’est au même Demeny que, un mois plus tard, il déclarera : « Tout est français, c’est-à-dire haïssable au suprême degré ; français pas pari­sien » (c’est moi qui souligne). Le 28 août de la même année, toujours à Paul Demeny : « Je veux travailler libre : mais à Paris, que j’aime » (c’est moi qui souligne).
Même si ses deux premières expériences de Paris sont apparemment décevantes, Rimbaud s’entête. La scène se passe à Paris. « Paris hypnotisait Rimbaud », écrit Georges Izambard. Que faut-il entendre par là ?

Si l’on s’arrête à la lettre dans laquelle Rimbaud rend compte à Paul Demeny d’un récent séjour parisien (du 25 février au 10 mars 1871) : « causons de Paris », on constate qu’il y est essentiellement question des nouveautés de la librairie. L’évocation de ce séjour parisien s’achève par : « Telle était la littérature, — du 15 février au 10 mars » : Situation — état des lieux.

Moins de six mois plus tôt, Rimbaud, selon Izambard, était pourtant « garde national volontaire » à Douai où il rédigeait au nom de « la légion de la garde nationale sédentaire de Douai », une fort vive et civique lettre de protesta­tion, destinée au maire de la ville. À la même époque, il publie, toujours à Douai, dans Le Libéral du Nord, le compte rendu d’une réunion publique consacrée à la formation de la liste électorale (« Le citoyen président donne lecture de deux listes électorales, puis de deux listes de conciliation [29]... »).

Pourtant, rendant compte de son séjour à Paris, entre le 25 février et le 10 mars 1871, Rimbaud ne manifeste d’in­térêt apparent que pour les « nouveautés de chez Lemerre » et l’état général de la librairie. La seule note qui semble sug­gérer un intérêt pour les événements du jour est un jugement négatif sur les « ruissellements fastidieux de photographies et de dessins relatifs au Siège ».

Faut-il rappeler qu’entre le 25 février et le 10 mars 1871 Paris est en ébullition. Lors des manifestations des gardes nationaux pour commémorer la révolution de 1848, un agent de police est tué par les manifestants. Le 27 février, à la nouvelle de l’entrée imminente des Prussiens dans la capi­tale, les gardes nationaux se sont emparés de l’artillerie, parquée dans les XVIe et XVIIe arrondissements, pour la ras­sembler à Montmartre, aux Buttes-Chaumont, place des Vosges et place d’Italie (ce qui suppose d’importants mou­vements à travers toute la ville). Le 1er mars, l’Assemblée a confirmé la déchéance de Napoléon III, le jour même où les troupes prussiennes occupent les Champs-Élysées. Le 9 mars un conseil de guerre juge les responsables de l’insurrection du 31 octobre 1870 et condamne à mort par contumace Blanqui et Flourens. Le 10 mars, l’Assemblée nationale décide de se transférer de Bordeaux à Versailles ...

Rimbaud, qui cite pourtant le journal de Rochefort, Le Mot d’ordre (quel titre !) qui a paru du 1er février au 20 mai 1871, se contente de noter : « Les choses du jour étaient Le Mot d’ordre et les fantaisies admirables de Vallès et de Ver­mersch au Cri du peuple » (Que faut-il penser du qualificatif « fantaisies » appliqué aux écrits de Vallès et de Vermersch ?). Rien de plus.

Ce n’est assurément pas les événements et mouvements sociaux de l’époque qui occupent et « hypnotisent » Rimbaud.

Paris, certes, compte avec ces « fantaisies », et si l’on ne manque pas d’un certain humour, on peut, dans leur genre, les trouver, ces torsions libertaires, « admirables » ; mais de toute évidence ce ne sont pas elles qui préoccupent Rimbaud.

Paris c’est le lieu où « travailler libre », « la liberté libre », la scène où le « je sais écrire » est libre. La vitrine des librai­ries n’est en effet que la « vitrine » de ce savoir à l’époque assez misérable, si l’on tient compte de la liste de livres que Rimbaud recense dans sa lettre du 17 avril.

Paris, c’est « la liberté libre », autrement dit la liberté en acte. Et en ce sens Paris est encore plus lié à l’œuvre de Rimbaud que sa propre biographie.

Fin 1871, la fixation explicite de Rimbaud sur Paris se signale à nouveau dans un très singulier poème, de l’Album zutique, sous la rubrique Conneries où Rimbaud juxtapose une série de noms propres, objets inutiles et vains de la consommation quotidienne des Parisiens, et dont il semble, avec désinvolture, se débarrasser, dans cette sorte de lieux d’aisances (à tous les sens du mot) qu’est l’Album zutique [30]

Antoine Adam signale que, dans ce poème de Rimbaud, Paris, compris dans l’ensemble intitulé Conneries, on trouve mêlés (identifier les uns aux autres) aussi bien Catulle Men­dès qu’un fabricant de chocolat (Menier), Eugène Manuel (un poète !) qu’un marchand de chapeau (L’Hérissé), un pédicure (Galopeau) qu’André Gill (qui avait donné un moment l’hospitalité à Rimbaud au début de 1871) et, entre Louis Veuillot (journaliste et écrivain, rédacteur en chef, en 1848, de l’Univers dont il fit la tribune du catholicisme ultramontain et intransigeant) et Émile Augier (auteur de diverses comédies sociales), Rimbaud place le très célèbre assassin Tropmann [31]...

Tropmann que l’on retrouve dans le second quatrain attribué à Rimbaud et reconstitué par Verlaine qui date l’ensemble de 1872, sous le titre : Vers pour les lieux (le pre­mier de ces deux quatrains, figurant, selon Verlaine, sur un des murs des lieux d’aisances du café de Cluny).

Lisant les poèmes zutiques et para-zutiques, on ne man­quera pas de remarquer que Rimbaud y traite majoritaire­ment de la merde ambiante, c’est-à-dire du milieu « culturel » qui l’accueille Conneries et merde [32]. On se souviendra que la lettre à Ernest Delahaye où Rimbaud évoque sa solitude, où il décrit ses activités parisiennes, est datée « Parmerde, Junphe 72 ». Sollers écrit à ce propos : « Le Paris de la Com­mune, dans la lettre qu’il écrit à Delahaye, s’appelle pour lui, Parmerde [33] » C’est dans cette lettre que Rimbaud souli­gnant que « C’est le plus délicat et le plus tremblant des habits, que l’ivresse par la vertu de cette sauge de glaciers, l’absomphe » ajoute : « Mais pour, après, se coucher dans la merde ! » On sait que Rimbaud vécut, et partagea un moment avec un certain Ernest Cabaner le local qui servait de siège aux zutistes.

Cette lettre est, à n’en pas douter, une des plus intimes et des plus confidentielles qu’ait jamais adressées Rimbaud. Il y fait état de ses émotions, du plus délicat et du plus trem­blant des habits « l’ivresse » (« Matinée d’ivresse sainte » trouve-t-on dans les Illuminations). Il décrit les sensations qui composent essentiellement un univers qui n’appartient qu’à lui : « Le mois passé, ma chambre, rue Monsieur-le­ Prince, donnait sur un jardin du lycée Saint-Louis. Il y avait des arbres énormes sous ma fenêtre étroite. À trois heures du matin, la bougie pâlit : tous les oiseaux crient à la fois dans les arbres : c’est fini. Plus de travail. Il me fallait regar­der les arbres, le ciel, saisis par cette heure indicible, pre­mière du matin. » Sollers, relevant que Rimbaud précise dans cette même lettre : « Maintenant c’est la nuit que je travaince [34] De minuit à cinq heures du matin », développe :

« Je "travaince" du latin vincere, "vaincre". Veni, vidi, vici. Travaincer n’est pas travailler. Ça vient tout seul, ou rien. Attention, je travaince, ce sera ma vengeance, et elle n’est pas mince. Tant pis pour ceux qui ne se doute de rien et qui viendront plus tard, comme Verlaine, essayer de me rame­ner au cachot dévot... [35] »

Je « travaince », je sais me revêtir du « plus délicat » et du « plus tremblant des habits »... « Mais pour après se coucher dans la merde ! » On remarquera l’ambiguïté du pronom personnel. Rimbaud n’écrit pas « me coucher dans la merde », mais désigne plus généralement ce qui se passe, l’être du milieu qui l’entoure et qui est bien effectivement « couché dans la merde ».

Ce n’est de toute évidence pas « ce » Paris qui hypnotise Rimbaud.

Paris n’apparaît pas une seule fois dans Une Saison en enfer, alors qu’il apparaît deux fois dans les Illuminations [36], dans Vies III : « Dans un vieux passage à Paris on m’a ensei­gné les sciences classiques » et dans Villes (I) : « Le faubourg aussi élégant qu’une belle rue de Paris. »

La délicatesse et l’élégance ne sont pas le propre des amis de Verlaine, les fonctionnaires pseudo-anarchistes du cercle des « Vilains Bonshommes », et du cercle « zutiste ».

Paris, pour Rimbaud, passe d’abord, en mai 1870, par Théodore de Banville à qui il adresse ses poèmes avec une déclaration, dont la sincérité peut être mise en doute :
« J’aime en vous un descendant de Ronsard, un frère de nos maîtres de 1830, un vrai romantique, un vrai poète. » Et déjà : « Dans deux ans je serai peut-être à Paris. » Banville a répondu, si l’on en croit la lettre que Rimbaud lui adresse à nouveau en août 1871. Il faut noter que Rimbaud n’a pas cru devoir conserver cette réponse qui est aujourd’hui per­due. Rimbaud s’adresse à Banville comme il s’adressera à Verlaine en septembre 1871. Pourtant Rimbaud a cru devoir conserver dans son portefeuille la lettre où Verlaine le remercie de lui avoir communiqué l’ariette de Favart.

Pourquoi entre tous Banville ? J.-J. Lefrère [37] fait à juste titre remarquer que l’adresse de Victor Hugo était alors bien connue. Et que c’est à Victor Hugo que, par exemple, Lau­tréamont adresse ses premières publications.

On sait que Rimbaud fut en quelque sorte recommandé à Verlaine par un personnage assez médiocre, Paul Auguste Bretagne, dont Antoine Adam dit que : « Esprit libre, anti­ clérical mais occupé de sciences occultes [curieuse défini­tion d’un "esprit libre" !], il eut probablement une forte influence sur Rimbaud. » Antoine Adam oublie alors que Rimbaud écrit de Charleville, à Demeny, le 28 août 1871, qu’il est « enfermé sans cesse dans cette inqualifiable contrée ardennaise, ne fréquentant pas un homme ». (Rimbaud en son temps, p. 49-56)

A.G., le 9 mars 2020.


[1Cf. FRAGO/RIMBAUD.

[4Les notes sont de Frédéric Thomas. Elles commentent ou rectifient la transcription de la lettre de Rimbaud par l’arrière-petit-fils de Jules Andrieu dans la biographie citée plus haut.

[5Et non « toutes mes excuses ».

[6Pas d’italiques.

[7Au singulier.

[8« Je prise » ou « je pense » ? Priser au sens d’estimer, évaluer, mettre un prix.

[9« où » ? Rimbaud dirait alors sa perplexité devant le choix d’endroits(s) pour faire ces « préparation » – sans doute publicitaires ?

[10Sans accent ?

[11Et non « double-croyant ». Qui plus est, « double-voyant » est cohérent avec le sens de la phrase.

[12« Explanations » et non « explorations », autrement dit « explications » en anglais. L’usage de l’anglais (ou du « franglais ») est attesté dans la correspondance de Verlaine et de Rimbaud (ici-même « latest ») ; cf. la lettre de Verlaine à Rimbaud du 18 mai 1873 : « Envoie esplanade. ». Voir le texte (p. 317) et la note 8, p. 320 de Michael Pakenham s’y rapportant dans Correspondance générale de Verlaine, tome 1, Paris, Fayard, 2005.

[13Double soulignement.

[14Cette orthographe (« ultrà » avec accent) se rencontrait. Ainsi, par exemple, dans le Journal des débats politiques et littéraires : « le parti ultrà-démocratique » (4 juin 1849, p. 3), « ses vues ultrà-protectionnistes » (21 mars 1852, p. 2). C’est plus répandu avec l’expression latine « nec plus ultrà ». Toujours dans le Journal des débats politiques et littéraires : « passe pour être le nec plus ultrà du modérantisme » (26 janvier 1864, p. 1). Et, plus près de Rimbaud, chez Lautréamont : « Le goût est la qualité fondamentale qui résume toutes les autres qualités. C’est le nec plus ultrà de l’intelligence », Isidore Ducasse, Poésies, Paris, Librairie Gabrie, 1870, p. 7.

[15Sans accent ?

[16Cette retranscription est incertaine. « Je vous donne un questionnaire » ?

[17Rimbaud se trompe s’il présente cela comme traduction du plus ancien : « latest » veut dire « le dernier », « le plus récent ».

[18Enharmonie (s’écrit aussi « enarmonie ») ou enharmonique renvoie à la métaphore musicale et/ou chorégraphique. Procédé qui consiste, en musique moderne, à ce que deux notes désignent un même son. Cela n’est pas sans rappeler le « rendus à l’ancienne inharmonie » de « Matinée d’ivresse »

[19Par ailleurs, le pluriel semble logique car il s’agit de l’ensemble des choses énumérées.

[20Pas de point d’exclamation.

[21Le « s’il vous plaît » marque un relatif assagissement ; trois ans plus tôt, à son ancien professeur, Georges Izambard, il enjoignait juste : « RÉPONDEZ-MOI » (Lettre à Georges Izambard, du 13 mai 1871).

[22Reprise d’une Étude des affinités électives entre Marx et Rimbaud et de leur développement historique au sein du surréalisme belge et français de l’entre-deux-guerres.

[24Voir le compte-rendu que nous avons fait de cet ouvrage : https://dissidences.hypotheses.org/6934.

[25Ernest Delahaye, « Histoire d’un cerveau français (étude sur Arthur Rimbaud) », L’Arc-en-ciel, octobre 1900.

[26« Au Salon de 1872, du fameux Coin de table, où l’on voyait figurer Rimbaud parmi quelques-uns des collaborateurs à la Renaissance artistique et littéraire, revue d’avant-garde de cette époque, on l’avait baptisé, à l’exemple de Charles Blanc, directeur des Beaux-Arts, le Repas des Communards. » Daniel Adriaan Graaf, Rimbaud et la Commune.

[27Discours au Congrès des écrivains (1935).

[28Georges Izambard, « Comment on devient phénomène », La Liberté, 16 juillet 1898. Cité par J.-J. Lefrère, Arthur Rimbaud.

[29Georges lzambard, Arthur Rimbaud à Douai et à Charleville.

[30Verlaine, dans une lettre d’octobre 1883, à Delahaye, recopie sa retrans­cription de deux quatrains qu’il attribue à Rimbaud et qu’il intitule « Vers les lieux » : « Le premier a longtemps figuré, avec la signature Albert Mérat sur un mur n° 100 du café de Cluny [...]. Le second est d’une bonne folie à mon sens... » Cité par Steve Murphy, Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, I, Poésies, édition critique de Steve Murphy, Librairie Honoré Champion, 1999.

[31Antoine Adam, Rimbaud, Œuvres complètes, Gallimard, « Bibliothèque
de la Pléiade ».

[32« Conneries » et merde : le rapprochement dit assez l’interprétation de Rimbaud quant aux fixations sexuelles des zutistes. Fixations qui valaient bien, il est vrai, celles des surréalistes — voir dans la collection des « Archives du surréalisme » le numéro 4 « Recherches sur la sexualité », janvier 1928-août 1932, Gallimard, 1990.

[33Ph. Sollers, Studio.

[34C’est moi qui souligne.

[35Ph. Sollers, Studio, op. cit.

[36Frédéric S. Eigeldinger, Table de concordances rythmique et syntaxique de Une Saison en enfer et des Illuminations, À la Baconnière, Neuchâtel, 1984 et 1986.

[37J.-J. Lefrère, Arthur Rimbaud, op. cit.

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6 Messages

  • Circeto | 21 mai 2019 - 11:45 2

    La lettre dite du "double-voyant" ! Un must ! Qui dit mieux ?

    Elle coche haut la plume tous les items : le style, la tension, l’urgence, les tournures de phrases, les obscurités et autres bizarreries poétiques, la désinvolture, le trop-plein, le cynisme naïf...Elle suit (ou précède, si on a foi en l’homme) presque à la lettre les témoignages de Delahaye, les scansions de Lefrère. L’adresse est la bonne, le titre de l’oeuvre presque exact - juste le petit ce qu’il faut de décalé pour donner du crédit à un souvenir : "l’histoire splendide" en lieu de "l’histoire magnifique". "Splendide" comme "spirituelle". Et soudain, l’adjectif "magnifique "surgit ruisselant du corps du texte, seulement deux petites lignes plus loin, glissé l’air de rien, entre parenthèses, comme par mégarde, élégance ou nonchalance. Manquent seulement les "photographies du temps passé", mais il est vrai que nous en avons été gavé ces temps derniers...
    On entend, tout du long, la voix de Rimbaud, on sent son souffle (haletant ?) sur notre épaule. On ne peut donc s’y tromper, c’est lui. À 200% !
    Juste, peut-être un peu "too much", non ?
    Je réserve mon avis tant que le texte original n’aura pas été produit -les mains dans le dos, les fers aux pieds - devant la Justice publique. C’est bien le moins !

    Circeto

    Voir en ligne : RIMBAUD ÉTAIT UN AUTRE


  • Albert Gauvin | 4 février 2019 - 13:20 3

    Frédéric Thomas, Rimbaud révolution, éditions L’Échappée, à paraître le 8 février 2019


    Rimbaud révolution. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

    « Frédéric Thomas récidive : il avait déjà publié Salut et Liberté. Regards croisés sur Saint-Just et Rimbaud chez Aden en 2009 et, comme ne le signale pas son éditeur d’aujourd’hui dans son « Du même auteur », Rimbaud et Marx. Une rencontre surréaliste, à L’Harmattan en 2007. Cette omission est-elle due à la mauvaise réputation de L’Harmattan, dont on sait qu’il donne beaucoup dans le compte d’auteur à peine déguisé ? Ou au fait que cet ouvrage abordait déjà le thème de celui qui paraît aujourd’hui à l’Échappée, soit la rencontre entre Rimbaud et Marx dans la politique surréaliste ? Je ne saurais le dire, d’autant moins que je n’ai pas cet ouvrage sous la main… Quoi qu’il en soit, Rimbaud révolution est un excellent essai dont je ne puis que recommander chaudement la lecture. » Franz Himmelbauer. LIRE ICI.


  • Albert Gauvin | 30 janvier 2019 - 01:22 4

    Dans le dernier numéro de Parade sauvage, la revue d’études rimbaldiennes, figure un article savant relatant la découverte d’une lettre inédite d’Arthur Rimbaud.

    Cette lettre exceptionnelle lève le voile sur une facette méconnue du poète, notamment sur ses relations avec les communards réfugiés à Londres. Aujourd’hui, nous posons 6 questions à Frédéric Thomas1, docteur en sciences politiques et auteur de la découverte.

    Passéisme : Vous avez récemment découvert une lettre inédite dans les archives familiales de Jules Andrieu, quelles sont les raisons qui vous portent à croire que cette lettre est authentique ?

    Frédéric Thomas : Tout nous pousse à conclure à l’authenticité de cette lettre : l’origine, le destinataire, l’écriture (au sens graphologique) et, plus encore, la teneur et l’esprit de cette lettre, ainsi que les informations qu’elle contient2. S’il convient de demeurer prudent – nous n’avons eu accès qu’à un fac-similé de la lettre –, il faut remarquer que, jusqu’à présent, aucun chercheur n’a remis en question son authenticité depuis que nous l’avons rendue publique, il y a plus de trois mois de cela.

    Il s’agirait même de la seule lettre connue de Rimbaud en 1874 ?

    Oui, d’où son importance. Et ce d’autant plus que c’est une année au cours de laquelle Rimbaud travaille et/ou retravaille les Illuminations.

    Et que nous apprend-elle ?

    Elle confirme d’abord le projet de poèmes en prose, évoqué par l’ami d’enfance de Rimbaud, Ernest Delahaye, sous le titre L’histoire magnifique. Elle met également en évidence les affinités du poète avec le milieu politico-culturel communard, ainsi que l’importance du champ historique pour Rimbaud. On y lit aussi la référence à Michelet et la seule occurrence du terme « poèmes en prose » sous sa plume.

    Et bien d’autres choses encore… Cette lettre n’a pas fini de nous livrer tous ses secrets !

    Jules Andrieu et Eugène Vermersch étaient les amis les plus proches de Verlaine à Londres, et ceux que Rimbaud et lui fréquenteront le plus. Pouvez-vous nous indiquer comment les deux compagnons ont pu, un an après la Semaine sanglante, se retrouver parmi les membres de ce fameux club de réfugiés anglais – qui comptait, entre autres, Prosper-Olivier Lissagaray, Jules Vallès et Karl Marx ?

    Le Cercle d’études sociales a été fondé le 20 janvier 1872. Il s’agit à la fois d’un groupe d’entraide pour les communards en exil, d’un lieu de débats et, comme son nom l’indique, d’un centre d’études. C’est d’ailleurs grâce à la recommandation de Jules Andrieu que Paul Verlaine a pu s’y inscrire. On ne sait si Rimbaud en fit de même. Toujours est-il qu’il constitue, à Londres, l’un des centres névralgiques d’intellectuels communards « déclassés » comme on disait alors, auxquels Rimbaud et Verlaine sont liés.

    Cette Histoire splendide que souhaite entreprendre Rimbaud serait donc un ouvrage au service des communards défaits ?

    Non pas au service, mais participant d’une même constellation d’autres ouvrages historiques – ou, plutôt, de réflexion sur l’histoire – de communards. On pense aux Notes sur la Commune d’Andrieu, à L’histoire de la Commune de Lissagaray, au roman L’Insurgé de Vallès, aux Incendiaires de Vermersch, ou encore au recueil Les Vaincus (originellement dédicacé à Rimbaud) que Verlaine projetait.

    Aussi différents soient-ils, ces textes ont en commun d’interroger la défaite et l’avenir – voire même « la défaite sans avenir » du poème Les Corbeaux de Rimbaud – à partir des Vaincus, en essayant justement de dégager les fragments d’une contre-histoire des vaincus. Et, pour ce faire, de devoir inventer un style, qui parasite les frontières entre roman et essai, enquête et poème, critique et épopée.

    Le 6 janvier, vous avez évoqué le silence de la presse autour de cette découverte. Pourquoi pensez-vous que cette lettre « dérange » ?

    Elle dérange parce qu’elle bouscule l’image conventionnelle du poète, et, au-delà, de la poésie, et des liens entre poésie et politique (pour faire court). De plus, elle ouvre des pistes passionnantes ; ce qui suppose de nouvelles recherches, alors que nombreux sont ceux qui préfèrent s’en tenir au connu, sinon au cliché.

    Enfin, et de manière plus organique, cette lettre ouvre sur l’aventure et sur la surprise, soit à l’exact opposé du bavardage de la machine médiatique, saturé par le spectacle du dernier roman de Houellebecq.

    Passéisme, 23 janvier 2019.


  • Albert Gauvin | 28 janvier 2019 - 11:50 5

    La découverte de la lettre de Rimbaud de 1874 a suscité peu d’échos dans la presse hexagonale. Dans un article publié sur Mediapart le 6 janvier dernier (Josyane Savigneau y fait allusion dans un récent mail), Frédéric Thomas, qui a analysé cette lettre (j’en ai parlé dans l’article ci-dessus dès le 16 octobre), s’interroge sur ce silence étonnant. Par rapport au bruit qu’a fait la vente d’une autre lettre de Rimbaud, connue celle-là, il écrit :

    Le 9 octobre dernier, l’ultime lettre d’Arthur Rimbaud à sa sœur a été vendue par Sotheby’s pour un montant de 405.000 €. Impossible de l’ignorer ; toute la presse en a parlé. Nombreux furent, en effet, les articles, dépêches et autres communiqués. L’occasion de rappeler le sort tragique du poète, de disperser quelques anecdotes et citations, et de céder à la magie complaisante du prix. Et de se rassurer à bon compte sur le prétendu destin de l’art ; histoire de tenir à distance la poésie. [...]

    Puis, évoquant la lettre de 1874, il s’interroge :

    L’édition du 4 janvier 2019 du Frankfurter Allgemeine Zeitung consacrait une pleine page à la découverte de cette lettre. Comment expliquer une telle différence dans le traitement de l’information, d’un pays à l’autre – et alors que Rimbaud demeure, avec Hugo et Baudelaire, parmi les poètes les plus connus en France –, entre une lettre vendue et une lettre découverte ?
    Est-ce la peur du « fake news » ? Certes, il convient de demeurer prudent. Mais, tout laisse à penser que la lettre en question est bien authentique. De plus, à ce jour, l’ensemble des chercheurs s’accordent sur son authenticité. Surtout, cette prudence appelle à poursuivre les recherches, plutôt qu’à les ignorer ou à les taire. Or, il semble que la crainte du « fake news » serve d’excuse commode à la passivité. Il n’y a pas lieu non plus d’y voir un quelconque complot, pas plus qu’un dysfonctionnement, mais bien le révélateur d’une situation.
    Faute de temps et de moyens – et de curiosité ? –, les journalistes n’ont guère de possibilité de vérifier et de recouper l’information. Encore moins de mener un travail d’investigation. Il leur faut des faits bruts, quantifiables, facilement assimilables, directement exploitables. Quitte à passer à côté d’une découverte, à tourner le dos à la surprise.
    En réalité, cette lettre inconnue de Rimbaud embarrasse. Sa découverte déstabilise. Du fait que cette lettre n’était pas connue bien sûr. Mais aussi par son contenu – qui invite à relancer les recherches autour du poète –, et son destinataire ; mettant à mal l’image du génie solitaire, du « poète maudit », elle consacre l’inscription de l’auteur des Illuminations dans un micro-réseau politique et culturel de communards en exil. Enfin, elle n’a pas de prix. Décidément, on n’en a pas fini ; ni avec Rimbaud ni avec la poésie. « Les vendeurs ne sont pas à bout de solde ! » (Solde, Illuminations).
    Peut-être faut-il en prendre son parti ; Rimbaud dérange encore. La sommation qu’il avait faite à la poésie de « changer la vie » retentit jusqu’à nous. Dans la saturation médiatique comme dans nos silences. Demeure cette évidence : la découverte d’une de ses lettres nous est infiniment plus précieuse que sa vente.

    LIRE : Paradoxal silence autour de la découverte d’une lettre de Rimbaud.


  • Albert Gauvin | 12 janvier 2019 - 21:34 6

    L’Ardennais, 11 janvier 2019.

    À Charleville, on suit de près la lettre inédite de Rimbaud

    Ce manuscrit, qui recueille un certain crédit auprès des experts, daterait de 1874.

    Avec Rimbaud, on n’en a jamais vraiment fini. Quand on pense que tout a été dit, épluché et décortiqué, il y a toujours quelque chose qui remonte à la surface. Depuis plusieurs mois, la presse parisienne fait état d’une lettre inédite de Rimbaud, qui daterait de 1874, et adressée au Communard Jules Andrieu. Le courrier en question a été rendu public par son arrière-petit-fils et dévoilé, dans un premier temps, par la revue rimbaldienne La Parade sauvage, par l’intermédiaire du chercheur Frédéric Thomas. La découverte n’est pas anodine tant le poète carolo suscite un vif intérêt, comme en témoigne l’avalanche de publications à son sujet. Même si, paradoxalement, cette correspondance inédite n’a pas été commentée outre-mesure, hors du cercle restreint des spécialistes.

    «  Il n’y a pas de raison de penser que cette lettre n’est pas authentique, estime ainsi Alain Tourneux, président de l’association Les Amis de Rimbaud. On y reconnaît le style du poète. » L’ancien conservateur des musées carolos estime qu’autour de l’œuvre (et de la vie) du turbulent poète, la source n’est pas tarie. Tant s’en faut. « Je ne suis pas étonné outre mesure de cette découverte et je pense qu’on peut encore avoir de très belles surprises à l’avenir. Je suis optimiste », livre Alain Tourneux.

    Directrice du musée Rimbaud, Lucille Pennel partage le même avis que son prédécesseur : « C’est une bonne nouvelle, mais je ne suis pas surprise car n’oublions pas que Rimbaud a énormément bougé dans sa vie. Même s’il a gardé cette image de solitaire, il a en réalité croisé beaucoup de monde. Il n’est pas improbable que l’on retrouve, un jour, de nouvelle lettres de ce type. Celle-ci présente un réel intérêt. Elle éclaire sur les liens de Rimbaud avec les Communards.  »

    Libraire rue d’Aubilly (« Au temps des cerises »), et fin connaisseur de l’œuvre de Verlaine et Rimbaud, Philippe Majewski est en revanche plus réservé. « Je suis prudent, il faudrait voir la lettre », confie-t-il. Il faut dire qu’il y a des précédents en la matière. Des photos notamment, dont l’authenticité fut contestée. Mais des textes aussi, comme le poème en prose La chasse spirituelle, attribué à l’auteur du Bateau Ivre et paru en 1949 aux éditions du Mercure de France. En réalité, une spectaculaire imposture, avec aveux des faussaires à la clé. « Tout ce qui tourne autour de Rimbaud est mythique », glisse Philippe Majewski. Pour ne pas dire mystique. L’homme aux semelles de vent garde sa part d’ombre. Son charme est aussi là.

    L’Ardennais, 11 janvier 2019.