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Bacon : le cri de la chair
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Le plus inattendu est que les « papes » de Bacon ne sont nullement caricaturaux ou ridicules, au contraire, pas plus que ses crucifix ne sont des blasphèmes ou des parodies. On peut même dire que ces vieilles figures de la tradition reçoivent, à travers cette profanation ou ce saisissement érotique, un coup de fouet inquiétant. Après tout, un pape, s’il savait (et il ne peut pas ne pas se douter de quelque chose), crierait peut-être à mort, de la sorte, dans un studio d’enregistrement mondial. La Joconde était un travesti, soit, et son fondement une idéalisation illusoire de l’éternelle et trompeuse Maman. Le pape, lui, est assis sur un drôle de volcan. L’essentiel est de démontrer qu’aucune pose n’est plus envisageable. Ni pose ni pause. Le portrait officiel n’a plus cours comme indice de vérité. C’est même la raison qui va fonder non pas un tabou du portrait mais sa réinvention nécessaire.
Une autre étude du pape Innocent X par Francis Bacon
Ce motif du cri, « la gueule de l’enfer » dans des représentations traditionnelles anciennes, Bacon l’ a fait « entendre » plus q’aucun autre. On le rencontre sur le tympan de la basilique Sainte Foy de Conques représentant le Jugement dernier selon l’évangile de saint Mathieu avec à droite un ange faisant entrer les élus et à gauche un démon poussant les damnés dans la gueule de l’enfer . Les surréalistes avec Dali et Claudel ont aussi redécouvert, et mis à la mode le fantastique « parc des Monstres », de Bomarzo près de Rome,
La gueule de l’enfer dans le Bois sacré de Bomarzo 1550-1580
"Lasciate ogni penserio a voi ch’intrate"
des jardins crées par Vicino Orsini , seigneur de Bomarzo (1532-1570) avec également une célèbre gueule de l’enfer dans son Bois sacré. Vision onirique et tragique du monde partagée par Bacon et Dali. Le drame de l’existence humaine, le thème central de la peinture de Francis Bacon - et le corps humain déformé, torturé, la surface de projection idéale ...Celle aussi de Picasso avec ses corps déstructurés. Bacon a toujours reconnu l’influence exercée sur lui par Picasso.
[1] de Philippe Sollers |
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