(JPEG) C’était le titre d’une exposition au Centre Pompidou. Le motif du cri traverse l’oeuvre de Francis Bacon dans ses tryptiques et autoportraits mais c’est aussi le cri d’un pape hurlant, bouche ouverte, cadré au centre de la toile, un tableau célèbre de Francis Bacon, une variation inspirée du « Portrait d’Innocent X » par Vélasquez.
Plusieurs esquisses du tableau d’Innocent X figurent dans Les Passions de Francis Bacon [1] par Philippe Sollers, fasciné par l’énergie, l’intelligence et le talent du peintre. Les deux hommes se connaissaient. Outre ces esquisses d’Innocent X, Les Passions de Francis Bacon présentent une centaine de tableaux, accompagnés d’un commentaire en toute liberté de Sollers mêlant étude de style, anecdote, mise en perspective des références culturelles sous-jacentes, le tout dans le propre style de Sollers.

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(PNG) [...] Innocent X dans la situation d’un condamné à mort sur son saint-siège transformé en chaise électrique, ne va pas de soi. Surtout si on strie la toile d’une pluie de plis bruns et jaunes, tout en fonçant dans sa bouche ouverte en trou noir (ici, Bacon constate calmement son échec : il aurait fallu, dit-il, traiter cette béance comme un soleil couchant de Monet). On ne se contente pas de mettre des moustaches à la Joconde en insinuant, sous forme de rébus plaisant, qu’elle a chaud au cul, on électrocute une image de pape pour lui faire prendre la mesure du temps écoulé depuis le dix-septième siècle. Depuis le Cogito, en somme, qui a cru pouvoir mettre l’être sous la coupe de la représentation. Justement : ça ne marche plus, on décroche, il faut aller voir ailleurs.

Le plus inattendu est que les « papes » de Bacon ne sont nullement caricaturaux ou ridicules, au contraire, pas plus que ses crucifix ne sont des blasphèmes ou des parodies. On peut même dire que ces vieilles figures de la tradition reçoivent, à travers cette profanation ou ce saisissement érotique, un coup de fouet inquiétant. Après tout, un pape, s’il savait (et il ne peut pas ne pas se douter de quelque chose), crierait peut-être à mort, de la sorte, dans un studio d’enregistrement mondial. La Joconde était un travesti, soit, et son fondement une idéalisation illusoire de l’éternelle et trompeuse Maman. Le pape, lui, est assis sur un drôle de volcan. L’essentiel est de démontrer qu’aucune pose n’est plus envisageable. Ni pose ni pause. Le portrait officiel n’a plus cours comme indice de vérité. C’est même la raison qui va fonder non pas un tabou du portrait mais sa réinvention nécessaire. (PNG)

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Une autre étude du pape Innocent X par Francis Bacon


Ce motif du cri, « la gueule de l’enfer » dans des représentations traditionnelles anciennes, Bacon l’ a fait « entendre » plus q’aucun autre. On le rencontre sur le tympan de la basilique Sainte Foy de Conques représentant le Jugement dernier selon l’évangile de saint Mathieu avec à droite un ange faisant entrer les élus et à gauche un démon poussant les damnés dans la gueule de l’enfer . Les surréalistes avec Dali et Claudel ont aussi redécouvert, et mis à la mode le fantastique « parc des Monstres », de Bomarzo près de Rome,

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La gueule de l’enfer dans le Bois sacré de Bomarzo 1550-1580
"Lasciate ogni penserio a voi ch’intrate"

des jardins crées par Vicino Orsini , seigneur de Bomarzo (1532-1570) avec également une célèbre gueule de l’enfer dans son Bois sacré. Vision onirique et tragique du monde partagée par Bacon et Dali. Le drame de l’existence humaine, le thème central de la peinture de Francis Bacon - et le corps humain déformé, torturé, la surface de projection idéale ...Celle aussi de Picasso avec ses corps déstructurés. Bacon a toujours reconnu l’influence exercée sur lui par Picasso.

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[1] de Philippe Sollers
Gallimard (1996)
Collection : Monographies, 177 pages, 24 x 30 cm
ISBN : 2070731820

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