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Le délire continue

Au jour le jour - SpaceX

D 27 mai 2020     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



DRÔLES D’OISEAUX.
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AU HASARD DE LECTURES AU JOUR LE JOUR

30 AVRIL. ZORRO. Dans ma jeunesse, allez savoir pourquoi, on m’appelait Zorro (Je peux en fournir les preuves aux incrédules). Sûr de moi, il m’arrivait de signer "le Zorro pensant". Je ne m’attendais pas à ce qu’un jour, tel Anthony Hopkins (plutôt qu’Antonio Banderas ou Alain Delon, je suis lucide), je serais contraint par les circonstances de ressortir masqué ! Histoire de préparer "les jours d’après" où il y aura bien des révoltes à soutenir et des injustices à réparer ? Qui sait ?


ZORRO.
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1er MAI. J’ouvre la radio, j’entends que le président Macron célèbre la "fête du travail". La "fête du travail" ? Je tique. Je me souviens que l’expression fut inventée par le socialiste Jules Guesde en 1890 et qu’elle fut reprise, détournée, par Pétain en 1941 qui institua "la fête du Travail et de la Concorde sociale". "Travail, famille, patrie", c’était la devise sous la Collaboration. A cette occasion, l’églantine rouge, associée à la gauche et à la répression sanglante qui eut lieu à Fourmies, dans le Nord de la France, le 1er mai 1891, fut remplacée par le muguet. Je n’ai rien contre le muguet, mais il y a des choses qu’il faut rappeler (Danièle Sallenave l’a fait dans "L’églantine et le muguet").
Il faut toujours vérifier. Les petites phrases coupées de leur contexte, c’est le lot des médias. J’écoute donc l’intégralité de l’intervention de Macron. Il rend hommage aux "travailleurs et travailleuses" et aux syndicats (superbement ignorés jusqu’ici), c’est peu convaincant (il manque les accents d’Arlette Laguillier, on le sent plus à l’aise avec les premiers de cordées qu’avec les premiers de corvées) ; il parle bien de la "fête des travailleurs", mais glisse rapidement à la "fête du travail", et au "travail" lui-même dont il fait l’apologie. Bref, il mélange tout (on sent qu’il prépare le "retroussez vos manches" des "jours d’après"). A se rêver De Gaulle, on peut glisser Pétain.
Non, le 1er mai n’est pas la "fête du travail". Le premier 1er mai a eu lieu à Chicago en 1886 et ce fut une grève générale (plusieurs morts, une bombe posée par on ne sait qui, une répression aveugle, quatre pendaisons de leaders anarchistes, réhabilités sept ans plus tard). C’est pour commémorer cette date que la IIe internationale socialiste décida de faire du 1er mai la "fête des travailleurs". Le mot d’ordre en 1890 : la journée de travail à 8h (au lieu de 10 ou plus). Donc, la réduction du temps de travail était déjà à l’ordre du jour. Ce sera longtemps une revendication du mouvement ouvrier et, par extension, du mouvement social. Cela n’ira pas sans luttes.
Aujourd’hui où nous sommes plus que jamais dans le règne du virtuel et où tout le monde oublie jusqu’au sens des mots et donc du réel, il est bon de se remémorer et non de commémorer. Après avoir remplacé l’églantine par le muguet, pas question de remplacer le muguet par les chrysanthèmes.


Le Petit Parisien, 17 mai 1891.
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4 MAI. Contre-attaque. André COMTE-SPONVILLE : « Pour Montaigne, la santé est peut-être le bien suprême, mais je fais une différence entre un bien et une valeur. Il faut distinguer la santé qui est le bien le plus enviable de tous, mais qui n’est pas une valeur morale… Le discours ambiant, que j’appelle le "panmédicalisme" et qui tend à faire de la santé la valeur suprême, pas seulement un bien désirable, est un contre-sens sur la vie. Et si la santé devient la valeur suprême, alors la médecine devient la chose la plus importante : le "panmédicalisme" délégue aux médecins non seulement la gestion de nos maladies mais la gestion de nos vies, de nos sociétés, ce qui est inquiétant. » ECOUTER ICI.

5 MAI. Bernard-Henri LÉVY. Avril 2020 ? Rien

7 MAI. HÖLDERLIN. Une poésie de Hölderlin dont les fous disaient qu’il était fou ? Voici (traduction Jean-Louis Houdebine) :

Le printemps

Il descend des lointaines hauteurs, le jour nouveau,
Le matin, qui s’est éveillé des crépuscules,
Il rit à l’humanité, paré, enjoué,
De dix mille joies l’humanité est doucement pénétrée.

Une vie nouvelle veut se dévoiler à l’avenir,
De fleurs il semble, en signe de jours joyeux,
Que s’emplisse la grande vallée, la terre,
Tandis qu’elle est partie très loin, au printemps, la plainte.

8 MAI. HÖLDERLIN. (Pour Patricia Boyer de Latour) Friedrich Hölderlin, Le Printemps (traduit et lu par Pierre Jean Jouve).

Le Printemps

Le soleil brille et la campagne est florissante,
Riches de floraisons tièdes viennent les jours,
Le soir fleurit en outre et de clairs jours descendent
Du ciel, de l’endroit où se forment les jours.

L’année paraît avec ses temps et ses saisons
Comme une gloire où seront répandues les fêtes,
Avec un nouveau but l’œuvre humaine reprend,
Tels sont les signes, les miracles manifestes.

10 MAI. CONTRE-ATTAQUE.
« À la lumière des actions politiques récentes — et prévisibles par la poésie — et de ce qui en a découlé pour l’erre de la pensée, toute action qui se justifie doit être une contre-action dont le contenu révolutionnaire attend son propre dégagement, une action proposable de refus et de résistance, inspirée par une poésie en avant et souvent en dispute avec elle.
Après l’extinction des feux et le rejet des outils inefficaces, si le mot fin apparaissait sur la porte d’aurore d’un destin retrouvé, la parole tenue ne serait plus crime et les barques repeintes ne seraient pas des épaves immergées au débarcadère du Temps.
 » René Char, décembre 1966.

11 MAI. SARTRE. C’est donc un grand jour : je suis sorti en m’autorisant moi-même à sortir sans papier m’autorisant moi-même à sortir ! Sentiment étrange. S’autoriser soi-même à sortir ! Etre à soi-même sa propre police administrative ! Comment en-est-on arrivés là ? Et maintenant ? Serait-on passés du huis-clos et de "l’enfer, c’est les autres" aux "chemins de la liberté" ? Rien n’est moins sûr. Sartre, réveille-toi ! Réveille-les !

12 MAI. NOVALIS. Vous avez vécu deux mois dans un monde de fantômes grimaçants (télé), vous ouvrez un livre, vous tombez sur des phrases du poète allemand Novalis :
« Les maladies sont à considérer comme des démences corporelles, et certes pour une bonne part comme des idées fixes. »
« Seule la faiblesse de nos organes et de notre contact avec nous-mêmes nous empêche de nous apercevoir dans un monde de fées. »
Ou encore : « L’homme parfaitement lucide s’appelle le voyant. Toutes les limites qui existent, c’est seulement pour qu’elles soient franchies, et ainsi de suite. »
Ou encore (le voyant est extralucide) : « L’humanité ? Un rôle humoristique. »
Novalis est né en 1772 et mort en 1801. C’est un contemporain de Hölderlin. Il a écrit des choses comme ça, 75 ans avant Rimbaud.

13 MAI. DUCASSE. « On ne rêve que lorsque l’on dort. Ce sont des mots comme celui de rêve, néant de la vie, passage terrestre, la préposition peut-être, le trépied désordonné, qui ont infiltré dans vos âmes cette poésie moite des langueurs, pareille à de la pourriture. Passer des mots aux idées, il n’y a qu’un pas.
Les perturbations, les anxiétés, les dépravations, la mort, les exceptions dans l’ordre physique ou moral, l’esprit de négation, les abrutissements, les hallucinations servies par la volonté, les tourments, la destruction, les renversements, les larmes, les insatiabilités, les asservissements, les imaginations creusantes, les romans, ce qui est inattendu, ce qu’il ne faut pas faire, les singularités chimiques de vautour mystérieux qui guette la charogne de quelque illusion morte, les expériences précoces et avortées, les obscurités à carapace de punaise, la monomanie terrible de l’orgueil, l’inoculation des stupeurs profondes, les oraisons funèbres, les envies, les trahisons, les tyrannies, les impiétés, les irritations, les acrimonies, les incartades agressives, la démence, le spleen, les épouvantements raisonnés, les inquiétudes étranges, que le lecteur préférerait ne pas éprouver, les grimaces, les névroses, les filières sanglantes par lesquelles on fait passer la logique aux abois, les exagérations, l’absence de sincérité, les scies, les platitudes, le sombre, le lugubre, les enfantements pires que les meurtres, les passions, le clan des romanciers de cours d’assises, les tragédies, les odes, les mélodrames, les extrêmes présentés à perpétuité, la raison impunément sifflée, les odeurs de poule mouillée, les affadissements, les grenouilles, les poulpes, les requins, le simoun des déserts, ce qui est somnambule, louche, nocturne, somnifère, noctambule, visqueux, phoque parlant, équivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodisiaque, anémique, borgne, hermaphrodite, bâtard, albinos, pédéraste, phénomène d’aquarium et femme à barbe, les heures soûles du découragement taciturne, les fantaisies, les âcretés, les monstres, les syllogismes démoralisateurs, les ordures, ce qui ne réfléchit pas comme l’enfant, la désolation, ce mancenillier intellectuel, les chancres parfumés, les cuisses aux camélias, la culpabilité d’un écrivain qui roule sur la pente du néant et se méprise lui-même avec des cris joyeux, les remords, les hypocrisies, les perspectives vagues qui vous broient dans leurs engrenages imperceptibles, les crachats sérieux sur les axiômes sacrés, la vermine et ses chatouillements insinuants, les préfaces insensées, comme celles de Cromwell, de Mlle de Maupin et de Dumas fils, les caducités, les impuissances, les blasphèmes, les asphyxies, les étouffements, les rages, — devant ces charniers immondes, que je rougis de nommer, il est temps de réagir enfin contre ce qui nous choque et nous courbe si souverainement. » Isidore Ducasse, Poésies I.

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Je remplace la mélancolie par le courage,
le doute par la certitude,
le désespoir par l’espoir,
la méchanceté par le bien,
les plaintes par le devoir,
le scepticisme par la foi,
les sophismes par la froideur du calme
et l’orgueil par la modestie.

15 MAI. ARTAUD. Voici la fin de la Lettre au Législateur qu’Antonin Artaud écrivit dans les années vingt, reprise dans L’Ombilic des limbes (1925) :
« Toute la science hasardeuse des hommes n’est pas supérieure à la connaissance immédiate que je puis avoir de mon être. Je suis seul juge de ce qui est en moi.
Rentrez dans vos greniers, médicales punaises, et toi aussi, Monsieur le Législateur Moutonnier, ce n’est pas par amour des hommes que tu délires, c’est par tradition d’imbécillité. Ton ignorance de ce que c’est qu’un homme n’a d’égale que ta sottise à le limiter. Je te souhaite que ta loi retombe sur ton père, ta mère, ta femme, tes enfants, et toute ta postérité. Et maintenant avale ta loi.
 »
Je ne peux pas tout citer car je me méfie des algorithmes, mais toute ressemblance avec l’actualité serait purement fortuite.

16 MAI. Contre-attaque.
« Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux » Debord.
Le professeur Raoult est un grand médecin qui n’a pas peur de dire ce qu’il croit vrai, cela dût-il bousculer les partisans du politiquement correct. C’est ainsi que, répondant aux questions d’un groupe de sénateurs, le 7 mai, il a pu déclarer « les décisions de l’Etat décrédibilisées », cela de manière argumentée. Ses positions ont suscité des débats hystériques et aussi un culte étrange, notamment dans certains milieux marseillais. On a même vu un fan se faire tatouer un portrait de Raoult sur la cuisse ! La Vierge de Notre-Dame de la Garde a failli en tomber de son campanile ! On a aussi appris que Michel Onfray s’était fait tatouer sur le Front un portrait de Didier Raoult... Il sera en bonne compagnie puisque le dit Front, évidemment Populaire, a été rejoint par toute une cohorte de "souverainistes" dans les rangs desquels on compte des révolutionnaires historiques comme Jean-Pierre Chevènement et Philippe de Villiers (Voici la liste provisoire) ! Le malheureux Florian Philippot, ex-vice-président du FN, leader désormais de la secte des Patriotes, se sentant un peu seul, a approuvé le projet éditorial du "Front populaire". Dans "le monde d’après", le populisme du proudhonien Onfray a de beaux jours devant lui (qu’en pense M. Nietzsche ?). Dans une intervention, le souriant anthropologue suisse Jean-Dominique Michel défendait Didier Raoult en le comparant à Roger Federer (VOIR ICI). Est-ce qu’on va prétendre apprendre le tennis à Federer, demandait-il. Non, bien sûr. Mais, en ce qui me concerne, si je suis fan de « Rodger », ce n’est pas à lui que je demanderai des leçons de géopolitique. Parmi les déconfinés, il risque d’y avoir beaucoup de déconfits. Mais, on le sait depuis longtemps, « dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux ».

17 MAI. SOLLERS. « au fond je fais aujourd’hui comme tous les écrivains conscients de leur temps un exposé méthodique véridique apologétique une masse éminemment catholique bien qu’évidemment anarchiste bien entendu c’est-à-dire pas le moins du monde bien entendu et quant à l’universel catholique même a contrario c’est essentiel pour des motifs cliniques architecturaux sculpturaux picturaux musicaux poétiques mathématiques physiques et hautement politiques » Philippe Sollers, Paradis, 1981.
N’ayez pas peur, lisez : Centenaire de la naissance de Jean Paul II : so what ?.

17 MAI. Lu dans l’édition de Reims du journal L’Union du 8 mai et rapporté sur Arte dans l’émission 28’ du 16 mai :
« Le virus de la délation s’est répandu à Reims.
Depuis le début du confinement, la mairie et la police municipale de Reims croulent sous une avalanche d’appels ou de lettres de dénonciation. "On n’avait pas vu ça depuis les années 40", observe un élu. » C’était, j’insiste, dans le journal du 8 mai (ça ne s’invente pas !). Un avant goût du "nouveau monde" ou du "monde d’après" ? Un mauvais goût de France moisie. CQFD.

19 MAI. SPECTACULAIRE INTÉGRÉ ou « le jour d’après ».
Trump, dopé à l’hydroxychloroquine, menace la Chine ; pendant ce ce temps, le premier site Disney dans le monde rouvre à Shanghai et le patron de Disney+, Kevin Mayer, prend la tête du réseau social vidéo TikTok, très populaire chez les adolescents, et devient le patron des opérations du groupe chinois ByteDance.
Guy Debord (Commentaires sur la société du spectacle, 1988) :
« En 1967, je distinguais deux formes, successives et rivales, du pouvoir spectaculaire, la concentrée et la diffuse. L’une et l’autre planaient au-dessus de la société réelle, comme son but et son mensonge. La première, mettant en avant l’idéologie résumée autour d’une personnalité dictatoriale, avait accompagné la contre-révolution totalitaire, la nazie aussi bien que la stalinienne. L’autre, incitant les salariés à opérer librement leur choix entre une grande variété de marchandises nouvelles qui s’affrontaient, avait représenté cette américanisation du monde, qui effrayait par quelques aspects, mais aussi bien séduisait les pays où avaient pu se maintenir plus longtemps les conditions des démocraties bourgeoises de type traditionnel. Une troisième forme s’est constituée depuis, par la combinaison raisonnée des deux précédentes, et sur la base générale d’une victoire de celle qui s’était montrée la plus forte, la forme diffuse. Il s’agit du spectaculaire intégré, qui désormais tend à s’imposer mondialement. » CQFD.

DU 6 AU 23 MAI. RELECTURES.
« LA POÉSIE NE RYTHMERA PLUS L’ACCENT, ELLE SERA EN AVANT. »

Il est très attentif aux temps, Hölderlin
Un certain silence... sur Le Dit de la poésie d’Arthur Rimbaud
La révolution du style : l’école des voyants
Lautréamont politique aujourd’hui comme jamais
L’Histoire splendide, de Guillaume Basquin
La Divine Comédie
Le Paradis de Dante traduit par Danièle Robert


AD HOC.
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26 MAI. RAOULT. (suite du feuilleton Covid19infos) ATTENTION DANGER ! « L’OMS, lundi, et l’Agence nationale de sûreté du médicament (ANSM), mardi, ont décidé de suspendre les essais cliniques évaluant l’hydroxychloroquine dans la prise en charge des patients atteints de Covid-19. De son côté, le gouvernement a abrogé ce mercredi les dispositions dérogatoires autorisant la prescription de cette molécule contre le Covid-19 à l’hôpital en France. Cette décision intervient à la suite d’un avis défavorable du Haut conseil de la santé publique, selon un décret au Journal officiel. »

LE MÉDECIN ET LES JOURNALISTES : Entretien (caustique) de Didier Raoult avec Pujadas sur LCI : « Vous croyez que c’est plus important de faire de la politique que d’inventer des traitements. J’ai inventé douze traitements dans ma vie qui sont dans des encyclopédies. Je trouve que je fais très bien ce que je fais. J’ai envie de continuer. »
LIRE AUSSI : Didier Raoult : le grand entretien très cash (L’Express). « Son bureau est une caverne d’Ali Baba pour qui veut trouver des signes à analyser. Il y en a tant, au reste, qu’on finit par se demander si ça n’est pas pour brouiller le sémiologue de comptoir qui voudrait tenter un portrait chinois : tableaux à son effigie, citations latines encadrées, souvenirs de voyages, photos avec les quatre derniers présidents de la République - "J’ai aussi celle de mon père avec de Gaulle  ; moi, j’ai fait avec ce que j’avais sous la main, hein"... » Raoult gaulliste ? Bien sûr. « Ma famille était très investi dans la guerre et la Résistance. J’ai donc été gaulliste, ce qui m’évite de choisir lors d’une élection. Cela dit, je ne suis pas sûr que celui pour qui je vote fasse mieux que celui d’en face [rire]. Je vote parce que je pense que la démocratie c’est important : cela permet au moins de changer quelqu’un qui est trop mauvais. »
Ses lectures ? Baudrillard (« il faut relire Simulacres et simulation », — d’accord), Onfray (« Il a une nature, il a quelque chose à dire » — il est même très bavard), Philip K. Dick (« un des plus grands philosophes du XXe siècle : il a vu que la politique ressemblerait de plus en plus à un simulacre où les hommes et les femmes seraient des hologrammes »), et puis Céline (un médecin) : « Vous ne pouvez pas juger les humains que d’un seul côté. Voyez, l’écrivain le plus génial du monde — Céline —, c’était un antisémite. Personnellement, je m’en fous complètement. Pourtant, ma femme est juive, mes enfants aussi. Mais je ne vais pas m’empêcher de lire l’un des mecs de la littérature les plus géniaux de l’histoire de l’humanité parce qu’il est antisémite. » (sic) (L’Express)

27 MAI. TAC AU TAC. RAOULT RIPOSTE. « Nous publions ce soir le résumé de notre article décrivant la plus grande cohorte suivie dans un seul et même centre dans le monde. Ni torsades de pointes, ni morts subites n’ont été à déplorer. » Cf. Jean-Dominique Michel, Hydroxychloroquine : The Lancet dans de sales draps….

STOPCOVID. « La Cnil a donné son feu vert à la mise en place de l’application de traçage StopCovid, voulue par le gouvernement pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Grâce à une connexion Bluetooth, ce nouvel outil, une application pour smartphone, serait capable de prévenir son utilisateur s’il se retrouve en contact avec une personne atteinte de la maladie, en traçant les "cas contacts". » Le Parlement a débattu ce mercredi et a voté majoritairement pour. A la différence de pays comme la Corée du Sud et d’Israël (ô démocraties !), l’application en France ne sera pas obligatoire, mais le pli est pris. Tout ce que la Technique peut faire, elle le fera. L’enthousiaste et branché secrétaire d’État au numérique espère bien convaincre les autres pays européens d’adopter le même système. Voilà enfin un projet européen !
Un débat révélateur des enjeux opposait sur arte Patrick Franceschi, écrivain, auteur de Bonjour Monsieur Orwell , et Laurence Devillers, professeur en informatique et intelligence artificielle, auteure de La Souveraineté numérique dans l’après-crise (ô Souveraineté !).

TO BE OR NOT TO BE. Après avoir consulté son ministre de la culture Jean-Marie Bigard, le Président décide de rouvrir le Puy du Fou, mais pas le festival d’Avignon. De Villiers est content, Onfray perd un "auteur", le "Front Populaire" se fissure (ou s’élargit ?).

Il y a un an, le livre de Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz, Tout est accompli, était sorti dans l’indifférence générale. Je lui avais consacré un dossier, régulièrement actualisé, dès le 12 mai 2019, ainsi qu’au livre de Roberto Calasso, L’innommable actuel (LIRE ICI). Si j’en crois sa présence dans le Top 10 des articles les plus lus de Pileface depuis un mois, il semble qu’on commence à le lire... Le livre, aux accents messianiques (dont je ne partage pas toutes les thèses — comment un lecteur de Sollers pourrait-il être d’accord avec le procès austère et sans nuances des Lumières et de l’Encyclopédie [1] ou la lecture expéditive qui nous est proposée de Nietzsche ?), le livre, donc, analyse, à la suite de Heidegger et d’Agamben, l’emprise planétaire de ce que les auteurs appellent le « Dispositif » à l’ère de la cybernétique. Après Valentin Retz dans un récent entretien pour Diacritik, Yannick Haenel, dans sa dernière chronique de Charlie hebdo, revient exemplairement sur l’idéologie économico-scientiste et la métaphysique qui surdéterminent la privatisation de l’espace à travers le cas du milliardaire Elon Musk et la capsule SpaceX. Triomphe du chiffre : Elon Musk a eu un fils le 4 mai 2020 qu’il a appelé XAEA-12, devenu XAEA-XII, suite à l’interdiction par la juridiction californienne d’utiliser des chiffres dans un prénom (sic).

Le délire continue

Yannick Haenel

Elon Musk, le milliardaire allumé qui envoie ses satellites dans l’espace et vise le marché des connexions planétaires, vient de déclarer que le langage humain sera bientôt obsolète. Sa société Neuralink en prépare l’évacuation : il sera en effet bientôt possible, affirme-t-il, de « communiquer plus rapidement » au moyen d’une puce implantée dans le cerveau. Câbler directement nos cerveaux à la cybernétique implique qu’ils seront sous la dépendance de programmes qui les conditionneront.
Déjà dans son bréviaire transhumaniste Homo deus, Yuval Noah Harari affirmait que le libre arbitre humain n’était plus qu’un préjugé [2]. On a donc pulvérisé en une dizaine d’années quelques barrières « éthiques » (j’ose à peine écrire ce mot tant il relève du préjugé).
Déjà le virtuel nous précède et configure la réalité de ce que nous vivons. Et pendant qu’on s’écharpe ici-bas sur des questions sanitaires, qu’on se demande si l’on peut refaire la bise à nos amis, et si le monde post-pandémie pourrait devenir plus écologique, une poignée de personnes fait fructifier notre inertie et tire avantage de notre endormissement dans la docilité (et ne venez pas me dire que je participe à la théorie du complot).

Une humanité
dirigée par
la science est
une prison
cybernétlque

Le laboratoire biopolitique planétaire ne s’arrête jamais : il s’emploie à recalibrer la physiologie humaine, et bientôt, vous verrez, c’est l’humain qu’il considérera comme un virus qu’il faut traiter.
À terme, la séquestration dans la science implique en effet le sacrifice de la liberté. Ne l’avons-nous pas com­pris durant ce confinement ? N’était-ce pas une aubaine pour les configurateurs de l’avenir : une sorte d’expérience de labo à échelle planétaire dont nous avons été les cobayes ahuris ? Le résultat est probant : les humains sont bel et bien prêts à se laisser embarquer dans l’esclavage, c’est-à-dire à laisser les consignes de la science reconfigurer leur quotidien. Exit le politique. Ceux qui prétendent que les gouvernements ont repris la main durant ces deux mois se trompent : le politique n’a fait que lustrer son impuissance en déléguant tous les pouvoirs à la science, qui est le vrai gouvernement.
Je sais que la science jouit auprès des esprits progressistes d’une bonne réputation, et qu’a priori il vaut mieux faire confiance à un biologiste qu’à un député. Mais je parle de l’idéologie économico-scientiste, je parle de la métaphysique de Musk. Une humanité dirigée par la science est une prison cybernétique. Le rêve de la science a toujours été de déraciner l’être parlant de ce qui lui échappe, c’est-à-dire la parole. Mettre un implant à la place du langage, c’est s’assurer que l’humanoïde se conformera.
Alors, devenir un cyborg dans un camp où l’on parque du matériel humain, est-ce vraiment votre idéal ? Un type comme Elon Musk, au fond, rêve de nous déporter.

Yannick Haenel, Charlie Hebdo du 27 mai 2020.

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