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Encore cent ans pour Melville

D 1er août 2019     A par Albert Gauvin - C 5 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Herman Melville est né le 1 août 1819 à New York (États-Unis).

« Herman Melville aurait aujourd’hui deux cents ans. Il a survécu et continuera de vivre, mais quelle histoire, que de risques encourus ! On pense parfois que l’on peut dessiner une ligne de vie, en suivre la courbe. En fait, on doit y revenir sans cesse, par de multiples touches, sous des angles variés, des "éclairages". Même sentiment pour ce qui concerne l’avenir de Melville, l’à-venir de son oeuvre. Dès avant le décès d’Herman (en 1891), il était oublié, sorti de la scène littéraire. On en reparlera dans cent ans. » Claude Minière.

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L’existence du noir

par Olivier Rachet

« Les physiciens nomment singularité la région de l’espace où s’effondre une étoile. Melville s’est-il ainsi effondré, brûlé, épuisé dans sa singularité ? Il aura opéré dans la littérature américaine un ‘trou noir’ », écrit en conclusion d’un court exercice d’admiration Claude Minière. Rendant hommage à un homme solitaire, un écrivain peu compris en son temps, l’auteur tente d’approcher la singularité d’une langue qui peut s’enorgueillir de rivaliser à la fois avec les Écritures et toute la littérature de son époque. En dehors des trois derniers livres de l’auteur de Moby Dick, chacun de ses romans obéit, selon Minière, à une logique implacable, celle du livre de bord. Non d’un simple traité de navigation, encore moins d’un récit d’aventures, mais de la relation d’une expérience intérieure qui est aussi bien celle de l’abandon que de l’épreuve ; c’est-à-dire du néant. « Soyez honnête, écrit Melville, et ne niez pas l’existence du noir ».

C’est alors qu’affleurent ces personnages hors du commun, façonnés comme l’homme à l’image de la création : « Nous nous sentons contemporains de la Création », reconnaît d’ailleurs Melville. Qui n’a jamais pensé que les refus lancinants de Bartleby pouvaient aussi être l’œuvre du Diable, de celui qui toujours nie ? Qui ne voit pas que dans son ivresse vengeresse, l’hubris du capitaine Achab rejoint la révolte de Job ? Quant à mon préféré, le matelot humilié par son officier refoulant son désir homosexuel, Billy Budd, qui ne succombe pas d’émotion devant cette figure profane d’un Christ désespérément abandonné ? « Billy Budd, écrit justement Minière, conte l’histoire d’un homme qui bégaie face à ceux qui parlent en règlements disciplinaires. » Melville sera resté fidèle, en dépit de ses nombreux voyages, à son poste d’écriture et n’aura eu de cesse de lutter, corps et âme, contre « l’universel reportage » décrié par Mallarmé. « J’aime tous ceux qui ont plongé au plus profond et sont remontés les yeux injectés de sang. » Combien d’entre nous se résignent à rester à la surface des choses, n’affrontant aucune menace intérieure, collaborant lâchement avec les donneurs d’ordre autoritaires et les équipages de fortune ? Joyeux anniversaire monsieur Melville, vous auriez eu deux cents ans, cette année !

Olivier Rachet

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(Note de lecture), Claude Minière, "Encore cent ans pour Melville"

par Guillaume Basquin

On le sait, c’est le bicentenaire de la naissance de Melville ; les opérations d’hommage se multiplient, plus ou moins officielles, académiques, romancées. Il y a la méthode « éléphant blanc », hollywoodienne, tape-à-l’œil, faite pour impressionner son lecteur, à la Yannick Haenel (on romance Moby Dick, refusant la forme de l’essai, moins vendeuse — plus légère pourtant, parfois : ici même !) ; et il y a la méthode « termite » (voir Manny Farber à ce sujet, L’art termite et l’art éléphant blanc, 1962*), celle qui fore longuement et profondément son sujet, à coup de sondes rapides (Claude Minière multiplie les chapitres courts, comme Melville dans Mardi et Moby Dick ; il fait son court essai à Son image) : « On doit y revenir sans cesse, par de multiples touches, sous des angles variés, des “éclairages”. » Pendant que les autres commémorent Melville, Minière, lui, prépare son avenir : son à-venir, écrit-il — soit son tricentenaire, quand on aura commencé à lire les autres livres de Melville (ses débuts, avec Typee (livre « qu’on […] donnera peut-être » à lire aux enfants « avec leur pain d’épices »), et sa fin, soit ses poèmes publiés dans l’indifférence générale et à titre privé, et tous les grands romans au milieu : Mardi, Pierre ou les ambiguïtés) ; et qu’on aura appris à se rendre compte que sa langue si sonore perd beaucoup en traduction : dans cent ans, on aura tous appris les langues étrangères ; et on saura gré à Minière d’avoir commencé à défricher ce long chemin qui mène vers l’intelligence de la langue de Melville ; à savoir qu’en montrant toutes les citations qu’il a choisies avec soin en bilingue, on peut goûter ceci : “We threaded our way straight along the very Line itself. Westward sailing ; peering right, and peering left, but seeing naught”, plutôt que cela : « Nous filions droit vers l’ouest, le long précisément de la Ligne, scrutant de gauche et de droite, mais ne voyant que le rien » (in Mardi). Mais quel est « l’idiot » qui a changé la ponctuation de cette phrase, et sa forme répétitive ? Nombre des plus belles combinaisons de sons, de voix, ont été complètement perdues pour l’oreille du lecteur en raison**… de la traduction. Longtemps j’ai cru que la fameuse et très souvent citée phrase de Melville était « j’aime tous les hommes qui plongent », quand en vérité elle est « j’aime tous les hommes qui plongent profond. N’importe quel poisson peut nager proche de la surface, mais il faut un poids lourd pour descendre dans les grandes profondeurs ». Louons Minière qui a souligné ce profond. La preuve que l’art de Melville est termite plutôt qu’éléphant blanc ? La voici : « Écrivant, Herman Melville passe la Ligne, il multiplie les analogies, sautant d’un événement historique à un autre éloigné, rapportant un acte à la Bible, plongeant dans les profondeurs de l’âme humaine […]. Son récit progresse lentement, il passe et repasse la Ligne. Il semble que la narration soit une épreuve, non commandée par un “scénario” mais vécue comme une expérience de la langue avec la pensée. » Et voilà.

Guillaume Basquin

LIRE AUSSI :
Fabien Ribery, Melville, un auteur pour demain, par Claude Minière, essayiste
Augustin Voegele, Pour saluer Melville à nouveau
Philippe Chauché, La Cause littéraire

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HERMAN MELVILLE (1819-1891). (©MARY EVANS/SIPA)
Zoom : cliquez l’image.

De son vivant, Herman Melville, qu’on traita de "fou", fut mal ou peu lu. Depuis, son génie court le monde. On réédite deux de ses chefs-d’oeuvre dans lesquels, à New York comme en haute mer, le Bien et le Mal se font la guerre.

Melville le diabolique

Par Philippe Sollers

Dieu étant devenu inaudible, la présence dérobée du Diable en littérature mériterait une étude à part. De ce point de vue, Herman Melville (1819-1891) a droit à une mention spéciale. « Moby Dick » est un énorme roman « diabolique », et le capitaine Achab aux prises avec sa baleine blanche n’a pas fini de hanter les imaginations. Pourtant, en profondeur, deux brefs récits se détachent : « Bartleby le scribe » et « Billy Budd, marin ». Ce sont des chefs-d’oeuvre.

Melville a beaucoup souffert de l’Amérique, qui, après lui avoir concédé quelques succès pour ses romans « maritimes », l’a vite trouvé fou. Echecs sur échecs, refus de ses poèmes, fin de vie comme employé aux douanes du port de New York, mais création obstinée et souvent fulgurante. Tout semble opposer Bartleby et Billy : pourtant, dans les deux cas, vous éprouvez bien l’action d’un mal incompréhensible. Si vous n’êtes pas inquiet et profondément ému, vous avez tort. Folie calme et négative d’un côté, crime contre la beauté de l’autre.

Bartleby est un simple copiste dans un cabinet d’avoués de New York. Soudain, il ne veut plus copier ni rien faire. A toute demande de son employeur, d’ailleurs fasciné par cette « silhouette livide et soignée, pitoyablement respectable, incurablement abandonnée », il répond, avec une « blafarde hauteur » et une « austère réserve », par une phrase appelée à devenir célèbre : « I would prefer not to. » Vous pouvez traduire, comme dans la Pléiade, par « je ne préférerais pas », ou, si vous voulez insister, par « je préférerais ne pas ».

Imaginez cette scène aujourd’hui dans n’importe quel bureau d’une mégapole. Un type de ce genre, irréprochable, croise les bras devant son ordinateur et répète mécaniquement, d’une « voix singulièrement douce et ferme », la même phrase. L’employeur le renvoie-t-il sur-le-champ ? Mais non, il est pris d’une étrange fascination pour ce héros de la négation, lequel finit par squatter son bureau et en faire son habitation.

Cet esprit qui toujours nie n’a rien de faustien : c’est un pauvre diable qui déserte le camp du diable social. Il ne préfère pas, c’est tout. Il interrompt la comédie, ne mange plus, finit à la prison des Tombes, tourné contre un mur, et meurt tranquillement dans l’herbe de la cour où on le laisse à son destin immobile. D’où venait ce spectre réfractaire ? D’un emploi aux lettres de rebut à la poste de Washington (ce sont les dead letters brûlées périodiquement). Bartleby est devenu lui-même une lettre morte. Le très religieux Melville vous fait signe à travers saint Paul : « La lettre tue, l’esprit vivifie. » Le Diable tue dans l’attachement servile à la lettre, et Bartleby est un martyr, qui, sans rien dire, a tout compris.

Nous passons maintenant sur un navire de guerre anglais en 1797. Trois personnages principaux : un commandant lettré et réservé, un capitaine d’armes extrêmement bizarre (c’est un policier possédé), et enfin la vedette inoubliable : Billy le « Beau Marin », un « joyau », un « pur-sang », un innocent incapable de discerner le mal, « essentiellement ignorant de la vie factice ». Billy a 21 ans, c’est « la force alliée à la beauté », il a des yeux « célestes » et surtout une « bonté essentielle ».

Il n’a qu’un seul défaut : quand il est très ému, il se met à bégayer, il ne peut plus parler. Sans quoi, bien qu’illettré, il chante en inventant sa chanson « comme un rossignol ». Billy gabier de misaine, vit dans les hauteurs du bateau comme un « joyeux Hypérion », et d’ailleurs ces marins du ciel sont des « dieux nonchalants » enviés des rampants des ponts du navire. Billy Budd a vite un surnom : c’est « Bébé Budd », membre lumineux d’un « club aérien ».

Il a été enrôlé de force, c’est un adolescent plein de grâce et de vérité, aux allures parfois féminines en contraste avec sa nature athlétique. Bref, la séduction même, d’autant plus irritante qu’elle semble inconsciente d’elle-même. Voilà : le Diable n’a plus qu’à se manifester.

Le Diable, c’est le capitaine d’armes, Claggart, surnommé « Jim Lamouche ». Il est bizarrement discret, celui-là, il fait régner l’ordre, il est très raisonnable, mais dissimulé. D’emblée, sans rien laisser paraître, il a repéré l’ange Billy ce pur et virginal Adam d’avant la Chute. Sous ses airs policés, il est atteint, dit Melville, d’une « dépravation naturelle », d’une « perversion congénitale et innée ».

Ne dites pas tout de suite « homosexualité », ce serait trop simple. Il n’y a, chez Claggart, « rien de sordide ni de sensuel ». Le mal est beaucoup plus profond, et la « sexualité » n’est qu’une conséquence latérale d’un principe spirituel cachant une folie froide et un « orgueil phénoménal » sous une raison apparente. Ce serpent, hypnotisé par une rose (bud, bouton de fleur), est du « diabolisme incarné ».

Melville écrit : « Incapable d’annuler en lui un mal élémentaire, percevant le bien, mais impuissant à y participer », il est comme un scorpion « surchargé d’énergie ». Cette énergie démesurée est l’Envie (comme catégorie du mal absolu). L’envie, passion diabolique par excellence, veut tuer, c’est une négativité pure. L’envie veut la mort.

Satan, selon Milton, n’est que « pâle colère, envie, désespoir ». Melville, par petites touches bibliques et évangéliques (le « mystère d’iniquité » évoqué par saint Paul), fait du navire en pleine mer un lieu cosmique et métaphysique. Inutile de dire que Billy Budd, malgré quelques avertissements donnés sur un ton oraculaire par un vieux marin, ne s’aperçoit de rien et ne comprend rien.

A partir de là, tout va très vite : le Diable accuse l’ange de préparer une mutinerie à bord. Billy bouleversé d’émotion par ce mensonge et devenu aphasique, le frappe à mort, et le commandant, tout en le sachant innocent, est obligé de le condamner à être pendu. L’aumônier du navire renonce vite à préparer le condamné à son exécution : c’est un enfant qui écoute poliment son sermon sans réagir. Au petit matin, l’agneau Billy Budd est pendu à la grande vergue devant l’équipage rassemblé. Il bénit, avant de mourir sans la moindre convulsion, le commandant. Le jour se lève, et c’est une apothéose en rose envahie de mouettes. Un innocent meurt dans un monde coupable : un de plus, mais un pour toujours.

J’ai toujours lu et relu « Billy Budd » la gorge serrée. Ce petit livre inachevé (Melville y a travaillé jusqu’à sa mort) n’a été publié qu’en 1924. C’est du très grand art de marin connaissant tous les noeuds de la tragédie humaine, un requiem chantant une extraordinaire noblesse disparue. Sans illusions sur ses bouteilles jetées à la mer, Melville a quand même écrit ce qui suit :

« Dans certaines dispositions, aucun homme ne peut peser ce monde sans jeter quelque chose comme le Péché originel dans la balance pour rétablir l’équilibre. »

Philippe Sollers, L’Infini 111, Eté 2010.
Le Nouvel Observateur du 11 mars 2010.

Bartleby le scribe, Billy Budd, marin,
et autres romans. Oeuvres, IV,
par Herman Melville,
édition de Philippe Jaworski,
avec David Lapoujade et Hershel Parker,
Gallimard, la Pléiade, 1424 p.

LIRE AUSSI :
Melville joue au pendu
Tiens ferme ta couronne
Sur Herman Melville (Entretien de Yannick Haenel avec Michel Crépu). Le texte intégral.
Haenel, Meyronnis : eh bien, la guerre !
Prélude à la délivrance
Dieu, Melville, Cimino et moi… l’Apocalypse selon Yannick Haenel

Herman Melville sur France Culture

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5 Messages

  • Albert Gauvin | 30 octobre 2019 - 14:32 1

    Vous connaissez l’histoire de Bartleby ? Comment il a vécu, comment il est mort ? Ça vous a plu ? Vous en demandez encore ? Eh bien voici un merveilleux petit livre de 116 pages, L’imitation de Bartleby, de Julien Battesti, publié aux éditions Gallimard, dans la collection« L’infini », qui en relance le mystère.
    On ne sait rien de son auteur, sinon qu’il aurait d’abord publié un extrait de ce livre dans l’étrange revue Ligne de risque.
    C’est son premier roman, et c’est le genre de livre qu’on commence par inadvertance, charmé par les premières phrases où l’on fait connaissance avec un étudiant en théologie de l’Institut catholique qui ne cesse de tomber et vit allongé sur le plancher de sa chambre ; et voici qu’on le lit d’une seule traite, tant les aventures de ce jeune homme sont gorgées d’énigme — « doublées d’ombres sacrées », comme il l’écrit.
    Bartleby est ce personnage d’une nouvelle d’Herman Mel­ville : employé aux écritures dans un bureau de Wall Street, il répond invariablement aux ordres de son patron par cette bizarre formule :« I would prefer not to » (« J’aimerais mieux pas »), qui désactive toute prise. Est-ce un refus ? Pas exactement. C’est peut-être pire. Bartleby ne veut rien. Chassé du bureau, il dort dans la cage d’escalier ; puis se laisse mourir contre un mur, en prison.
    Ce récit fascinant, qui a suscité une glose infinie (Deleuze, Blanchot, Agamben), est ici l’objet d’un midrash, c’est-à-dire d’une interprétation biblique.
    Qui est ce Bartleby auquel le narrateur s’identifie obscuré­ment ? Faire de sa vie un déchiffrement est une promesse d’ini­tiation : l’existence est un buisson de signes qui ne demande qu’à s’enflammer. Pour ceux qui savent voir, il y a partout des signes : le monde ne cesse de s’écrire.
    Ainsi le jeune théologien malade déchiffre-t-il sur un mur de Paris un extrait d’lnferno de Strindberg qui le conduit- en un parcours kabbalistique qui est aussi une trame de guérison — jusqu’à la tombe de James Joyce à Zurich, en passant par le site Internet de Dignitas, une association d’« assistance au suicide », sur lequel il visionne la vidéo ahurissante où Michèle Causse, la traductrice de Bartleby, met fin à ses jours.
    Un tel périple le destine à une vérité qui sauve : ainsi entre-t-il dans ce pays de révélation perpétuelle qu’est la littérature. Car celle-ci n’est-elle pas, depuis sa dimension profane, une torsion extatique des Écritures ?
    Voilà : Battesti déchiffre Bartleby, il montre combien son apparition cryptée renvoie au voyage de Moïse, et les murs de Wall Street à l’esclavage d’Égypte.
    J’ai tellement aimé ce roman que je l’ai lu deux fois de suite, debout, dans la rue, dans le métro, dans le bus. Une fois arrivé chez moi, je me suis assis par terre dans le jardin pour le finir. Et puis j’ai ouvert ma porte.

    Yannick Haenel, Charlie Hebdo, 30 octobre 2019.


  • Albert Gauvin | 24 octobre 2019 - 21:23 2

    « Comment ne pas voir que chaque ouvrage théologique était un exemplaire de ce grand “livre sur rien” que les écrivains les plus ambitieux convoitaient ? Je n’ai jamais jugé utile de dire à mes professeurs que j’envisageais la théologie comme un genre littéraire car de la littérature, encore aujourd’hui, je n’attends pas moins que la résurrection et la vie éternelle ».

    L’Imitation de Bartleby possède le pouvoir romanesque de faire se lever les morts du néant où on les a abandonnés. De faire entendre des voix, celle de Bartleby, le scribe de Melville, I would prefer not to, qui irrigue toujours les admirateurs de l’éblouissant aventurier de Manhattan et des îles du Pacifique. I would prefer not to, qui peut vouloir dire Je préférerais ne pas, Jean-Yves Lacroix, ou encore Je préférerais n’en rien faire, mais aussi J’aimerais mieux pas, sous le regard cette fois de Michèle Causse, l’autre voix que fait entendre Julien Battesti, l’écrivain inspiré. Une voix et un visage accompagnent ce roman, gracieusement composé. L’imitation de Bartleby est un roman visité, habité par Melville et Michèle Causse. LIRE LA SUITE.


  • Albert Gauvin | 3 août 2019 - 11:45 3

    JULIEN BATTESTI
    L’imitation de Bartleby
    Collection L’Infini, Gallimard
    Parution prévisionnelle : 10-10-2019
    Le 29 juillet 2010, à Zurich, Michèle Causse, théoricienne féministe et traductrice, a choisi de dénaître en mourant par suicide assisté le jour de son anniversaire. Se pourrait-il qu’existe un lien entre sa mort et celle du personnage du livre Bartleby le scribe qu’elle avait traduit en français ? Telle est la question qui travaille le narrateur, un étudiant en théologie qui commence à bien connaître les Évangiles, où il a lu cette phrase : Cherchez et vous trouverez.


  • Albert Gauvin | 11 mai 2018 - 18:52 4

    Le chef-d’œuvre d’Herman Melville, abyssal roman d’aventures, paraît en « Quarto » assorti d’illustrations inédites et de compléments érudits. A lire en apnée. LIRE ICI pdf


  • D.B. | 1er novembre 2017 - 13:41 5

    Y aurait-il depuis ces dernières années une "actualité" Moby Dick ? Si en effet le dernier roman de Yannick Haenel évoque explicitement Melville, on avait déjà noté cette référence en 2009 avec Prélude à la délivrance (avec François Meyronnis) et plus avant dans son roman Cercle en 2007.
    Notons qu’en cette même année 2007, le réalisateur Philippe Ramos (aussi lecteur de G Bataille) intitulait son film Capitaine Achab, après un court métrage du même titre datant de 2003.
    Pierre Senges intitulait quant à lui en 2015 son roman Achab (séquelles).
    Le constat de cette référence récurrente nous amène à une autre observation : Haenel, Meyronnis, Senges, Ramos, sont rigoureusement de la même génération. Hasard ?