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Les apparitions de Jean-Jacques Schuhl

Sortie prévue le 3 février. Première apparition

D 28 janvier 2022     A par Albert Gauvin - C 6 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Un soir de novembre 2020, dans une petite ville balnéaire au bord de l’Océan où j’étais venu passer quelques jours pour finir d’écrire un autoportrait, j’ai été victime d’une violente hémorragie interne entraînant une perte d’oxygène dans le cerveau. On m’a emmené en urgence dans un hôpital, en haut d’une colline, qui me rappelait quelque chose…
Entre veille et sommeil, dans les parages de la mort, de brèves scènes hypnotiques se déroulaient. Des blocs de réalité autonomes, étrangers à moi mais dont je faisais partie, très élaborés, comme mis en scène. Ils étaient menaçants et sauvages, reflets de notre temps.
D’où venaient-ils ?

Extrait

« Il m’arrive de m’apercevoir ailleurs que dans un morceau d’aluminium, au coin d’une rue, par exemple, ou dans un bar, c’est moi et c’est un étranger. Je suis assis à une table, à une certaine distance, là maintenant je regarde ce type à cette table plus loin : je crois me voir. Je me suis reconnu à un je-ne-sais-quoi, pas une véritable ressemblance physique, mais un détail, un geste, une expression, ma myopie arrange bien les choses, une manière, le même esprit qui passe et nous habite un instant lui et moi. Je vis dans les apparences et les surfaces. C’est juste une image, peut-être fausse, que je me fais de moi-même, moi qui ne me regarde qu’à peine et furtivement dans les miroirs, évite toute photo, et ignore le socratique “Connais-toi toi-même”. “Je” suis vêtu d’un complet de flanelle sur-mesure et d’une chemise à rayures, au poignet une gourmette, moi qui n’en porte jamais. “Je” ou il parle avec animation, désinvolte, viril, rassurant, comme je ne me suis jamais perçu. Je n’entends pas ce que “je” dis, ça doit être drôle puisque la fille semble s’amuser, elle rit. Je perçois me semble-t-il quelques sonorités américaines. Je suis apparemment américain. » Les Apparitions, pages 19-20.

Jean-Jacques Schuhl en clair-obscur

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Jean-Jacques Schuhl en 2000
© AFP / ULF ANDERSEN / Aurimages

France Inter, Boomerang par Augustin Trapenard, vendredi 28 janvier 2022

Il y a vingt-deux ans déjà, il recevait le prix Goncourt pour Ingrid Caven. Son cinquième roman, Les Apparitions, parait la semaine prochaine. Jean-Jacques Schuhl est l’invité d’Augustin Trapenard.

Dans Les apparitions, il relate l’étrange expérience qu’il a vécu suite à un accident cérébral, et nous parle de reflets, d’écriture et qui sait, de fantômes. Jean-Jacques Schuhl est dans Boomerang.

Extraits de l’entretien

"L’ombre représente le double. Quand elle disparait, notre double disparait aussi. C’est quelque chose de très néfaste."

"Je me compare à un chirurgien. Je n’écris pas linéairement, j’écris des passages que je monte ensuite. Je pense que c’est la meilleure façon d’associer des idées et des images."

"A l’hôpital, j’ai vu des apparitions, ce que le poète Yeats appelait des ’images mystérieuses et effrayantes’. J’avais l’impression que ces apparitions m’étaient présentées de l’extérieur par une forme de transcendance."

"Il y a deux types de snobisme : le snobisme social, quand on veut s’élever, se rapprocher de gens ayant des positions aristocratiques ; et le snobisme de poésie, celui de Proust : c’est le snobisme des mots et des noms."

Programmation musicale

INGRID CAVEN - LALALA
ALDOUS HARDING – LAWN

Crédit France Inter


art press 496, février 2022.
ZOOM : cliquer sur l’image.

art press 496, février 2022.
ZOOM : cliquer sur l’image.

Écrire avec son sang

par Guillaume Basquin
16 février 2022

D’habitude, quand un écrivain un peu connu a un grave ennui de santé (qui un AVC, qui un cancer, qui une opération chirurgicale importante, etc.), il nous en entretient à longueur d’un livre, avec force détails (« Allô, maman ? bobo !… ») ; rien de tel avec Jean-Jacques Schuhl, qui, au contraire, « profite » d’une violente hémorragie interne ayant entraîné une hypoxie du cerveau (un ulcère perforant : il a perdu beaucoup de sang ; on l’a transfusé) pour, non pas parler de lui (ou peu), mais pour faire advenir le fantastique, c’est-à-dire la fiction.

Fidèle à son habitude, c’est-à-dire à son style littéraire, Schuhl, se vidant de son sang, devient une page blanche où s’écrit le livre. Tous ceux qui connaissent son œuvre savent bien que Schuhl « n’écrit pas », mais qu’« on » l’écrit (par citations-prélèvements, greffes, emprunts, détournements, etc.). « Je me redis : “Je me vide de mon sang”, je revois mon image dans le miroir, blanc comme une feuille de papier. » Cette feuille de papier est aussi un linge blanc où vont s’imprimer, comme sur le voile de Véronique, des apparitions (il y en aura cinq, séparées par un fondu au noir correspondant à un court coma).

« À peine eut-il franchi le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre… » On connaît ce célébrissime carton du début de Nosferatu de Murnau ; on sait aussi le goût profond de Schuhl pour le cinéma muet ; rien d’étonnant alors à ce que la partie proprement fantastique du livre commence ainsi : « J’avais dû m’endormir mais je ne rêvais pas. Alors les apparitions arrivèrent. »

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Transfusion de sang.
Photographie de l’Atelier Nadar (vers 1900)
© Gallica/BnF

En prélude à ces apparitions, avant l’accident cérébral, il y a un événement annonciateur du drame, une parabole : « C’était une nuit d’orage » (comme dans tout bon film fantastique…) ; « à mon réveil, j’ai eu une surprise : un vers en anglais était inscrit sur la page. Ce n’était pas mon écriture. / Here s the ma with thr e staves an here s the Wheel. / Il manquait cinq lettres. »

Cette « entrée en matière » arrange bien notre écrivain, puisqu’elle lui permet tout un tas de digressions sur sa méthode créatrice : être écrit, plutôt qu’écrire. Les lecteurs de Schuhl savent que son souhait est d’être le scribe du monde (se référer en particulier à son avant-dernier livre, Entrée des fantômes, 2010, même collection) : un monteur sur papier, une sorte de médium…

On apprendra plus tard que ce vers vient du long poème de T. S. Eliot, The Waste Land ; mais peu importe (à la limite) ; ce qui compte, c’est la transfusion : « Il m’arrive de transfuser un vers, quelques mots d’un poète dans mon texte, un shoot de poésie pour électriser une prose languissante.  » L’encre et le sang deviennent la même chose : liquides de vie, de mort, et de résurrection ! « Mes modèles [tous évanescents, blancs comme des linges, ou comme des pages blanches : Frankenstein-le-dandy (Rose poussière), Marge (Entrée des fantômes), Ingrid Caven dans le roman éponyme] ont déteint sur moi et, comme dans un film d’horreur plein d’hémoglobine, je me vide de mon sang. »

On se souvient de cette célèbre phrase de Nietzsche (dans son Zarathoustra) : « Écris avec ton sang : et tu verras que le sang est esprit  ». Schuhl, dans ce livre, applique strictement ce programme : les poches de sang de la transfusion sanguine deviennent la matière première de l’écriture : « Mon cerveau était branché, par des fils mystérieux [ceux de la transfusion], sur l’Ailleurs… » D’un fil (celui des agences de presse) l’autre (celui de la transfusion), tout n’est plus que clic-clic-clic des mots qui arrivent, comme autant d’apparitions, et couture et chirurgie : « Le fil qui justement relie une chose à une autre, les fait tenir ensemble. » L’écrivain-monteur est aussi un chirurgien !

On le sait, Jean-Jacques Schuhl partage ce souhait tardif de Flaubert : écrire un livre qui s’écrirait tout seul et dont aucun mot ne serait de lui, être une sorte de Monsieur Loyal des mots des autres (« la citation est une transfusion, les collages des greffes, la papier une peau ») ; tandis que « se fatiguer » à écrire ses propres phrases ne serait que le contraire de la liberté : un dur labeur artisanal et rien (ou pas grand-chose) de plus… Cet effacement de soi serait la grande sagesse : aller vers le rien, le repos, le zen absolu.

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Hudson River, à New York (2013) © Jean-Luc Bertini

Deux des grandes références de Schuhl sont Baudelaire et Proust : Baudelaire pour son art des ténèbres, de l’ombre ; et Proust pour sa recherche de la mémoire involontaire. L’écriture ne se fait pas dans la lumière, mais seul dans l’ombre. Schuhl nous rappelle cette position du psychanalyste Otto Rank selon laquelle « l’ombre c’est l’âme, une personne sans ombre a perdu son âme » ; ce qui lui permet ensuite de dérouler tout un fil de réflexions sur nos temps présents beaucoup trop surexposés à la lumière. Quant à la mémoire involontaire, voici comment elle se présente à notre scribe qui se réclame de « Transfusions en tout genre / 24 heures sur 24 » : «  Des carnets très anciens, capsules de temps, resurgissent parfois de mon désordre, je n’en reconnais souvent pas l’écriture, et quand j’arrive à la déchiffrer, je n’en comprends pas le sens, […] et je trouve agréable cette étrangeté, opacité hermétique, distance avec moi-même  ».

Et c’est ainsi, au détour des phrases, qu’apparaissent toutes les madeleines de Schuhl : des bandelettes de l’actualité, «  coupures déchirées de journaux », « enroulées autour des poignets », momie du Temps présent (souvenirs échappés de Télex n°1) ; un journal « déployé devant mon visage : comme un écran pour me protéger du monde […] ou comme un miroir [le] reflétant » (façon Godard dans ses films Pop de la période années 60) ; une autre page de journal que l’auteur « passe lentement sans raison […] dans la lumière oblique de la lampe » de façon que «  la photo peu à peu s’efface et appara[isse] ce qui se trouve de l’autre côté » : le double, le négatif, «  la part accessoire, rejetée dans l’ombre, oubliée, exilée, l’envers des choses venu un peu dans la lumière » (résurgence d’une scène-clef d’Entrée des fantômes) ; le styl’œil d’Entrée des fantômes (une machine à voir très roussellienne) ; et enfin l’un des morceaux de bravoure littéraire de son chef-d’œuvre Ingrid Caven : un petit pan de ciel bleu (en réalité, morceau bleu de la rivière Hudson) : « J’avais d’abord cru à un trompe-l’œil et je mis un temps à réaliser qu’il s’agissait de l’Hudson qui borde Manhattan à l’ouest, quelques centimètres carrés à peine, un rectangle parfait qui donnait à tout le reste un éclairage spécial, comme un élément étranger surajouté dans le décor, […] tel un papier collé » : véritable Rauschenberg sur la page écrite !

Tout le talent de Jean-Jacques Schuhl est là, dans la saisie sur le vif du Zeitgeist d’une ville, et de son unicité architecturale : être une ville sans perspective, sans profondeur de champ : « cubiste ! », dans une véritable culture de la congestion, de l’encombrement. Et pourtant « grâce à ce morceau bleu de rivière on réalisait à nouveau qu’on était sur une île et ça donnait une liberté, une euphorie ».

Guillaume Basquin, En attendant Nadeau, 16 février 2022.

Jean-Jacques Schuhl : « La vie n’est pas réservée à ceux qui s’agitent. Il y a aussi les autres »

L’écrivain signe son sixième livre en un demi-siècle avec « Les Apparitions ». Rencontré chez lui, à Paris, il parle de son travail, de sa façon d’observer le monde d’hier et d’aujourd’hui, et de la place qu’il y occupe.

Par Clément Ghys

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Jean-Jacques Schuhl, au Plaza-Athénée, à Paris, en 2013.
DOMINIQUE ISSERMANN

La baie vitrée donne sur le parc de la résidence de l’ambassadeur de Russie. Depuis vingt-cinq ans, Jean-Jacques Schuhl réfléchit, reçoit, lit, écrit face à cette vue. Il ne se passe jamais rien dans ce triste jardin du 7e arrondissement parisien. Il a vu des chats et des petites filles passer, une dame en anorak faire du sport, des lumières s’allumer dans le bâtiment.

« Reflets en vase clos des changements en Russie et dans le monde… », écrit-il dans son nouveau livre, Les Apparitions. Plus loin, comme s’il singeait un Victor Hugo contemplant les tumultes de l’époque depuis son exil anglo-normand, il ajoute : « J’aurais pu dire : “J’ai vu passer un peu de l’Histoire sous ma fenêtre.” »

LIRE AUSSI : « Les Apparitions », de Jean-Jacques Schuhl : autoportrait en hiéroglyphes

La vie partagée avec une chanteuse et actrice allemande, Ingrid Caven, dont il a fait l’héroïne éponyme d’un roman qui lui a valu le prix Goncourt en 2000 (Gallimard), la consommation de champagne, la connaissance des cultures underground et un goût pour le name dropping (à condition que les noms en question sonnent bien)… Tout cela a pu donner à l’auteur de 80 ans l’image d’un dandy. Un esthète autocentré, coupé du monde, entouré d’objets raffinés et de parfums capiteux. Il n’en est rien.

Certes, Jean-Jacques Schuhl ne sort pas de chez lui, mais c’est la faute à une arthrose qui l’immobilise. Et il ne fait que regarder ailleurs, vers ce parc russe, vers ses livres. Il pioche dans ses souvenirs et ceux des autres. En petit reporter, il griffonne des notes. Elles s’empilent sur son bureau, sur la table de son salon. Parfois, cela donne un livre.

Les voyeurs, les taiseux

Les Apparitions est son sixième livre en cinquante ans. Il ne sait pas faire plus rapidement. Il écrit, corrige, rature, soupèse les mots. Il ne tape jamais à l’ordinateur – ni à rien. «  Tutto fatto alla mano », s’amuse-t-il. Il montre toujours ses notes à Ingrid Caven. « Elle a une très grande musicalité. Evidemment parce qu’elle est chanteuse, mais aussi grâce à une solide formation classique. Et puis, elle est de langue allemande, cela apporte quelque chose, un regard différent. » Quand il est satisfait de quelques pages, il les envoie (par fax) à une collaboratrice chez Gallimard. Celle-ci, habituée à le déchiffrer, les lui renvoie tapées. Ainsi de suite jusqu’à ce qu’un livre soit prêt, et que Philippe Sollers, directeur de la collection « L’Infini », le publie.

Observer le monde, ce n’est pas y participer. Il faut des spectateurs à un spectacle, des témoins à un crime, des croyants à une idole. « La vie n’est pas réservée à ceux qui s’agitent, s’engagent, écrivent des tribunes, partent au bout du monde, dit-il. Il y a aussi les autres. » Les voyeurs, les taiseux, qui extirpent des mots du réel.

Ceux qui, comme lui, ce jour de mai 1968, quand il s’était retrouvé à dîner avec Jean-Luc Godard, Anne Wiazemsky (1947-2017) et Jean-Pierre Léaud dans le Quartier latin. La bande avait fini la soirée près des étudiants qui arrachaient les pavés de la chaussée. Au lieu de les jeter sur les policiers, Schuhl s’était contenté d’en passer quelques-uns à son voisin. Puis, lassé, il s’était baladé, croisant des militaires. Il avait alors noté leurs chaussures de cuir, similaires aux bottines des jeunes Londoniens dans le vent. Il en tirerait la première phrase de son premier livre, Rose Poussière : « Les gardes mobiles portent des boots. » C’était en 1972. Il avait bien fallu quatre années de respiration, de fétichisme, pour saisir ainsi la disparition d’une époque et l’échec d’une révolution.

Depuis l’annonce de sa sortie, Les Apparitions jouit de la curiosité médiatique. Sans doute par effet de balancier, parce qu’il est le négatif même d’une littérature en vogue qui se doit d’avoir un thème, un sujet, un message ou une thèse. Sans citer personne, il s’amuse de « la naïveté de ceux qui écrivent des romans réalistes, qui tombent encore dans cette supercherie dont on n’arrive pas à se débarrasser depuis le XIXe siècle », et affirme n’avoir « rien à dire sur tout ce qui est sociétal, politique, collectif  ».

Au jeu de la société, il lui faut toujours « une singularité, quelque chose d’incongru. Bref, une apparition ». Il en a longtemps cherché dans les journaux, achetant différentes éditions par jour de France-Soir, étudiant la structure des brèves, observant les changements de maquettes. Il s’amuse à dire qu’il aurait aimé être journaliste, « non pas sur le terrain, mais un rédacteur en chef, à travailler avec les mots des autres ». Les chaînes d’info en continu, qu’on pourrait penser similaires par leur platitude alléchante, ne le séduisent pas : « On a l’impression que rien n’arrive vraiment. Chaque fait est annoncé, préparé, puis décortiqué. »

Figurant « ad vitam »

Et puis il y a la question de la biographie. Lire Schuhl, mais aussi l’interviewer, c’est aller contre l’idée qu’un écrivain doit tout dire, distribuer son journal intime au format encyclopédique. De sa conversation ne surgissent que des éclats de vie, comme des flashes remontant après une nuit intoxiquée : une enfance à Marseille ; la découverte, dans le magasin londonien Biba, alors à la mode, d’une teinte de maquillage nommée «  Rose Poussière » ; la lecture émerveillée de John Dos Passos (1896-1970) ; une amitié silencieuse avec le cinéaste de la modernité Jean Eustache (1938-1981) ; une rencontre avec Raymond Queneau (1903-1976), qui lui avait confié avoir lu deux fois son premier livre ; de la drogue ; des voyages à New York ; des journées passées à écouter le Velvet Underground et les Rolling Stones ; du champagne bu avec l’illustrateur Pierre Le-Tan (1950-2019) ; des années passées à accompagner Ingrid Caven en tournée, à ne faire rien d’autre qu’être là. Figurant ad vitam.

Le Goncourt n’y a rien changé. Il avait alors joué le jeu, sans se faire aucune illusion, amusé, après une vie de spectateur, de se retrouver vedette éphémère. Le prix l’a un peu rassuré. « Une récompense, c’est pas mal pour les gens comme moi, qui ne se sentent jamais en règle. C’est sans doute le fait d’être juif, rouquin. Et puis le reste aussi. Après tout, il n’y a pas que les juifs et les rouquins qui ne se sentent pas en règle ! »

Après le prix, il n’a pas beaucoup plus écrit, a continué à griffonner des phrases, à monter des textes comme d’autres découpaient autrefois des bobines de films. Il est toujours ce jeune chirurgien sadique, scalpel à la main, s’amusant à disséquer le classicisme, à trancher dans les mots. Comme Philippe Sollers, comme Catherine Millet, Schuhl est de la génération des avant-gardes des années 1960 et 1970, celle qui n’en finit pas avec son adolescence, s’oppose aux grands maîtres. Même quand il n’y en a plus, même quand les insurgés d’hier sont eux-mêmes devenus des caciques.

L’époque ne lui plaît guère. Il semble se rassurer en disant que «  le passé n’est jamais fini », qu’il suffit de penser aux fantômes pour qu’ils apparaissent. Il oublie que le monde peut encore être schuhlien, si ce n’est schuhlesque. Le rose n’est plus poussière, mais fuchsia, comme la couleur de la doudoune que la star Rihanna portait il y a quelques jours pour annoncer sa grossesse. Les notifications « push » sur nos écrans de téléphone sont des apparitions comme l’étaient autrefois les gros titres des tabloïds. Dans le monde anglo-saxon sont publiés des ouvrages d’« oral history  », des livres constitués seulement de témoignages, où l’auteur ne fait que compiler des citations, comme ses livres-montages.

Eternel surréaliste, il dit que le réel ne suffit pas, que « les illusions comptent aussi ». Il les observe souvent, assis face au feuillage du parc russe. Bercé par la voix d’Ingrid Caven qui répète dans une pièce à côté, il laisse les images et les mots venir à lui. Un maître zen en pleine méditation.

Repères

1941 Jean-Jacques Schuhl naît à Marseille.

1972 Il publie (chez Gallimard, comme tous les ouvrages suivants) son premier livre, Rose poussière. « Jean-Jacques Schuhl écrit la biographie du citadin moderne, autant dire le roman de la marchandise, car celle-ci domine la totalité d’une vie qu’elle attire dans le miroir aux alouettes de la mode », note François Bott dans « Le Monde des livres ».

1976 Télex no 1 emprunte son principe au téléscripteur, qui dévide jour et nuit des nouvelles sans lien entre elles, organisant ainsi la rencontre entre des fragments sur le pape, la mort de la couturière Elsa Schiaparelli, le champion de cyclisme Eddy Merckx, Baudelaire, une histoire d’amour…

2000 Ingrid Caven, prix Goncourt, rompt un silence de vingt-quatre ans, livrant, de manière évidemment non linéaire, le portrait de la chanteuse et actrice allemande qui partage la vie de l’auteur après avoir été l’épouse et muse de Fassbinder.

2010 Entrée des fantômes, autoportrait entre fiction et réalité, littérature et cinéma.

2014 Obsessions, recueil de nouvelles facétieuses sur le romanesque de l’existence, «  le fugitif et l’incertain ».

Clément Ghys, Le Monde du 16 février.

Jean-Jacques Schuhl sur Pileface

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6 Messages

  • Albert Gauvin | 19 mars 2022 - 19:41 1

    Jean-Jacques Schuhl vient de faire paraître Les Apparitions. Qui n’est que son sixième livre en cinquante ans. S’il nous écrit parfois, c’est pour disparaître un peu plus.
    La dernière fois, c’était il y a huit ans. Le livre s’appelait Obsessions (au pluriel), et comme il arrivait quatre ans seulement après Entrée des fantômes, on a vraiment cru que quelque chose venait à se précipiter. Mais non : l’enlisement a repris son cours. Et il aura fallu à Jean-Jacques Schuhl l’impavide presque dix ans pour écrire un nouveau texte, Les Apparitions. En disparaissant huit ans, Jean-Jacques Schuhl est redevenu ce qu’il avait toujours été : cet écrivain pour qui publier, c’est déjà commettre un écart. LIRE ICI.


  • Albert Gauvin | 13 mars 2022 - 11:18 2

    Cinquante ans après la parution de son premier roman, l’écrivain underground Jean-Jacques Schuhl signe “Les apparitions”, son sixième livre seulement. Le temps d’un entretien au long cours, il lève le voile sur son mystérieux parcours, entre ombre et lumière, et sur son processus créatif.

    Affaires culturelles par Arnaud Laporte, 12 mars 2022.

    Jean-Jacques Schuhl est de ces météorites qui passent tous les vingt ans avec fulgurance et disparaissent aussitôt, laissant une onde de choc derrière elles. Avec seulement cinq livres publiés en l’espace de cinquante ans, l’écrivain à l’élégance underground couronné du prix Goncourt en 2000 pour "Ingrid Caven" s’est imposé comme un des fantômes les plus reconnus de la littérature. Il revient en majesté avec “Les apparitions” chez Gallimard, son sixième livre. L’occasion de lui consacrer cette émission pour tenter d’en savoir un peu plus sur un des écrivains les plus discrets qui soient et les moins prolixes.

    Portrait d’un dandy en creux

    Fils unique d’une famille de la grande bourgeoisie marseillaise, Jean-Jacques Schuhl s’implante rapidement dans le Paris des années 1960 où il fréquente les soirées chez Castel, lit les quatre éditions quotidiennes de France Soir, et cultive une inactivité délibérée et radicale avec son grand ami Jean Eustache. En 1972 néanmoins, inspiré par le maquillage des filles sur les barricades en Mai-68 et les boots des gardes mobiles, il signe Rose Poussière, sorte de chronique indirecte et dépersonnalisée de la fin des sixties. Télex n°1, paru chez Gallimard quatre ans plus tard, est fait de la même étoffe, celle d’un livre-machine qui semble s’être écrit tout seul.

    Erigé en pape de l’underground en seulement deux livres, Jean-Jacques Schuhl oppose néanmoins à son succès un silence de près de trente ans. En 2000, il revient en majesté avec Ingrid Caven, biographie romancée de l’actrice et chanteuse allemande, également sa compagne, qui lui valu le prix Goncourt. Il n’est depuis réapparu qu’en 2010 avec Entrée des fantômes, en 2014 pour le recueil de nouvelles oniriques Obsessions, et dernièrement pour Les apparitions à l’occasion duquel nous le recevons.

    À LIRE AUSSI : Plan large : Spécial Jean Eustache

    A bien des égards, Jean-Jacques Schuhl est ainsi aussi célèbre pour ses mots que pour les longues périodes de respiration qui les accompagnent. Dans sa carrière, partagée entre ombre et lumière, le silence se fait caisse de résonnance.

    Un artisan-monteur-chiffonnier

    Ajusteur, monteur, chiffonnier … les titres dont se revendique Jean-Jacques Schuhl sont nombreux, mais toujours puisés du côté de l’artisanat plutôt que de l’art. L’écrivain s’envisage en effet davantage comme un récepteur et émetteur de choses extérieures que comme un auteur. Une apparente coquetterie qui trouve toute sa légitimité au regard de son processus créatif. Aux stylos ou à la machine à écrire, il préfère des ciseaux et un tube de colle pour pouvoir découper un passage dans une feuille et le placer ailleurs. La citation et le montage sont ses deux opérations littéraires phares.

    Au terme de chapitre, il préfère celui de séquence. Au terme de description, celui de plan. Le cinéma occupe une grande place dans ses romans, tant du point de vue du processus créatif que des thèmes et des personnages qui les traversent. Son goût pour le détail et l’échantillon renvoie également à la technique du « sample » employée en musique. L’écrivain parvient toutefois à éviter le pot-pourri en tirant un fil qui tient l’ensemble, celui de sa pensée et de sa sensibilité.

    Son actualité :

    Livre : Les apparitions paru le 3 février 2022 chez Gallimard.
    Résumé : "Un soir de novembre 2020, dans une petite ville balnéaire au bord de l’Océan où j’étais venu passer quelques jours pour finir d’écrire un autoportrait, j’ai été victime d’une violente hémorragie interne entraînant une perte d’oxygène dans le cerveau. On m’a emmené en urgence dans un hôpital, en haut d’une colline, qui me rappelait quelque chose…Entre veille et sommeil, dans les parages de la mort, de brèves scènes hypnotiques se déroulaient. Des blocs de réalité autonomes, étrangers à moi mais dont je faisais partie, très élaborés, comme mis en scène. Ils étaient menaçants et sauvages, reflets de notre temps. D’où venaient-ils ?"


  • Albert Gauvin | 8 mars 2022 - 10:56 3

    L’homme invisible est l’un des thèmes inexpugnables de l’auteur d’« Ingrid Caven ».


    Jean-Jacques Schuhl (J Sassier /Gallimard).
    ZOOM : cliquer sur l’image.

    par Mathieu Lindon

    Les Apparitions pourraient s’appeler « les Autoportraits » – Jean-Jacques Schuhl en a cependant décidé autrement. Né en 1941 à Marseille, il a publié Rose poussière il y a pile un demi-siècle et Télex N° 1 en 1976, dans la collection de Gallimard « le Chemin », dirigée par Georges Lambrichs, où il côtoyait entre autres Pierre Guyotat, Michel Butor, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Michel Deguy, Georges Perros, Jean Starobinski, André Pieyre de Mandiargues, Henri Meschonnic et Jude Stefan. Puis Jean-Jacques Schuhl, auteur underground comme on disait à l’époque, ne publia aucun livre pendant vingt-quatre ans et obtient le Goncourt en 2000 avec Ingrid Caven (suivi par Entrée des fantômes en 2010 et Obsessions en 2014).

    Voici, dans l’ordre où elles apparaissent dans le court roman, des phrases qui pourraient se rattacher à des autoportraits. « “Soyez creux, vous résonnerez mieux” » qui fut son « slogan » quand il était un « personnage assez snob ». De son intérêt pour « l’envers des choses venu un peu dans la lumière », il tire la conclusion : « Je suis du signe du Verso ! » Perdant son sang à l’hôpital, il évoque les prémonitions malgré soi de l’écriture : « “Les esprits que tu invoques, tu finiras par ne plus pouvoir t’en débarrasser.” Pas besoin d’être Faust pour subir cette malédiction du Diable… » A propos de cette hypoxie et des apparitions qu’elle a engendrées, paroles de médecin : « Ce n’est pas un accident exceptionnel, ce qui l’est ce sont vos images, votre tournure d’esprit. » Dialogue avec ce médecin : « — Vous, votre autoportrait ? ! Vous me disiez que vous évitiez les miroirs et que vous n’avez jamais écrit sur vous. — C’est un autoportrait indirect : je regarde ailleurs si j’y suis. »

    « J’étais alors d’une porosité extrême »

    Il ne risque toutefois pas de s’y voir, ni ailleurs ni ici. L’homme invisible est un de ses thèmes inexpugnables. Une citation du roman de H. G. Wells apparaissait en épigraphe de Télex N° 1 et des apparitions dans des Apparitions ressemblent à des disparitions. Autoportrait : « visage incomplet, en cours d’effacement, me rapprochant ainsi de l’Homme invisible que je me sens être parfois, outsider silencieux en bout de table ». Quinze pages plus loin, à propos aussi de sa propension à user des citations des autres : « leur laisser la parole, copier, recueillir, sentir que je m’efface peu à peu de plus en plus, homme invisible à une époque où tout le monde se photographie et envoie sa bobine sur Instagram à l’univers entier ».

    Et puis cette citation, justement, de William Burroughs : « “A Tanger on m’appelait l’Homme invisible.” Parce qu’il était discret et fuyant sans doute, mais aussi pour sa maigreur, la silhouette raide un peu cassée d’un squelette. » William Burroughs qui est un compagnon des premiers livres de Jean-Jacques Schuhl, avec son invention du cut-up, sa façon de réorganiser au hasard des articles journalistiques. Une des « apparitions » sera sans doute « l’ancien président d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, à des centaines de milliers d’exemplaires ». Mais avant d’en arriver là : « J’étais alors d’une porosité extrême à ce qui arrivait dans le monde – sans engagement de ma part ! –, je me dissolvais dans le journal, j’étais le journal… » Il arrive aussi à Jean-Jacques Schuhl d’être plutôt du côté d’Albert Dürer, et de constater un lien inattendu entre poésie et pornographie.

    L’écrivain en « ajusteur monteur sur papier »

    Si les « poches de sang » évoquent d’abord au narrateur d’anciennes affaires de dopage, l’expression prend un sens plus personnel quand c’est lui qui est à l’hôpital et que les transfusions deviennent un besoin vital. Mais, à leur façon, elles l’ont toujours été. « Je me voulais scribe, transfusé donc de manière permanente pour l’écriture », et toujours à l’affût des mots, de « l’encre des autres, par transfusion de style, esprit d’autres écrivains ». « Pour un écrivain, il ne s’agit pas d’une imitation mimétique, mais qu’une tournure d’esprit, un style, un rythme, se transfusent dans une écriture et la colorent légèrement du ton d’un modèle, comme une actrice qui incarne un personnage connu […] doit s’effacer mais aussi garder ses propres gestes et intonations » afin que l’incarnation puisse prendre. L’écrivain n’est pas juste transfuseur, il est aussi « ajusteur monteur sur papier ». Tout cela donne son rythme particulier aux Apparitions. La densité y repose sur une fluidité insaisissable, telle cette vision du « chanteur anglais Doherty » qui « avance à vitesse lente comme dans du mercure ». Et à cette vitesse lente correspond aussi la fièvre froide que donnent Jean-Jacques Schuhl et ce mercure imprégnant l’atmosphère du roman.

    Libération, 5 mars 2022.


  • Albert Gauvin | 23 février 2022 - 17:35 4

    Schuhl, la gaze des mots

    Philippe Lançon

    « Je voulais être vide, au bord d’un avenir qui résonnait de nouveautés  » : cette phrase, qui n’est pas la première du livre, en a fait mon tapis volant. Le livre s’intitule Les Apparitions (éd. Gallimard). Son auteur, Jean-Jacques Schuhl, n’en a écrit que cinq en cinquante ans. C’est peu, et suffisant. Le troisième, Ingrid Caven, a reçu le Goncourt en l’an 2000. À l’époque, c’était déjà une anomalie. Pourquoi ces jurés populaires avaient-ils distingué une telle oreille de la langue  ? Comment avaient-ils choisi ce dandy mondain, marginal et fêlé, vestige transparent du pop art et de la contre-culture  ? Schuhl était déjà son propre fantôme, et il écrivait depuis ce fantôme. C’est ce qu’un véritable écrivain fait toujours, plus ou moins : son expérience flotte comme une mariée dans la gaze des souvenirs et des mots, et le vent qui la soulève ne fait que passer.

    En 2000, Schuhl vivait peut-être encore « au bord d’un avenir qui résonnait de nouveautés ». Mais le monde où un tel personnage pouvait naître avait déjà disparu. Aujourd’hui, n’en parlons pas. Il cite (ou transforme, ou invente) les paroles d’un académicien chez qui, un soir, une amie l’a invité : « Mais dis-moi, Paola, qui est cet être un tiers animal, un tiers végétal, un tiers minéral, et peut-être un peu humain, que tu nous as amené hier à dîner  ? » Il me paraît improbable qu’un tel animal, confidentiel et mythologique, puisse encore obtenir le Goncourt – ce qui, après tout, est sans importance. Son précédent livre s’intitulait Entrée des fantômes. C’était il y a douze ans. De temps en temps, un livre remonte en surface et fleurit comme ça, comme un nénuphar. Entre-temps, la société et la vie ont changé. Schuhl ajoute à la phrase qui m’a embarqué : « Maintenant où tout est pétrifié dans un présent sans issue, des lambeaux de ce passé me reviennent, mais comme des parasites car je n’en voulais plus de l’enfance "à tout asservie", de la guerre et de ses vieux clichés. Je ne cherchais pas d’histoires, ce que je cherchais c’était l’immédiateté. Mais aujourd’hui où est-elle  ? »

    Dans Les Apparitions, justement. Mais cette immédiateté n’est pas celle de qui vit dans un monde tout plat, sinistrement adhérent. C’est de la dentelle toujours ancienne, toujours neuve. Profonde, mais en surface, c’est l’immédiateté de la grâce. Après une hémorragie et un passage dans l’au-delà, le médecin dit à l’écrivain : «  Votre cerveau avait perdu le contrôle et aussi le contact avec la réalité… » Il répond : «  J’avais plutôt l’impression qu’il était en contact avec une autre réalité, plus proche de l’univers des formes, et moi dedans, victime et témoin, dans un monde d’horreurs qui m’étaient présentées, mais par qui  ? » Ah  ! Comme je le comprends, Schuhl… La mort galope avec ses coursiers, plumes au cul et grelots sur le crâne : évanouissements, hallucinations, hôpital, poches de sang et poches d’encre dignes d’un calamar des grands fonds.

    C’est quoi, la grâce  ? Schuhl, évoquant son titre, explique ce qui est chez lui moins une méthode qu’une respiration : «  Des apparitions, c’est le but d’un jeu d’enfant simple comme bonjour, bête comme chou, mais pas beaucoup plus que les collages, décalcomanies, frottages et autres jeux plus ou moins automatiques de Max Ernst, auquel je m’amusais depuis longtemps. Dans l’obscurité de mon bureau, une photo dans le journal m’ayant attiré, je passe lentement sans raison manifeste la page dans la lumière oblique de la lampe, la photo peu à peu s’efface et apparaît ce qui se trouve de l’autre côté. » Jeu d’enfant, lanterne magique du recto verso fabriquée avec de l’actualité, cette fine couche de papier immédiatement datée. Suit un cas pratique : « J’avais trouvé par hasard une page que j’avais gardée d’un France-Soir de 1966, une autre époque, une grande photo de Mao Tsé-toung. Le président devant la lampe s’était peu à peu effacé, remplacé par une cover-girl en soutien-gorge, publicité pour sous-vêtements Lejaby. J’avais essayé l’inverse mais dans le mannequin occidental rien ne transparaissait. Mao pouvait devenir une jolie fille, pas l’inverse. » Et plus loin : «  Mao se métamorphosant en une jeune cover-girl new-yorkaise, c’était son côté Orient extrême. Warhol qui aimait les corps vides l’avait sûrement noté avant sa série des Mao. » Essayez d’en faire autant avec les demi-gloires du jour : vous entrerez au pays enchanté, libertaire, des métamorphoses. Encore faut-il lire sur papier. Les écrans, eux, n’ont aucune transparence.

    Charlie Hebdo. Mis en ligne le 23 février 2022. Paru dans l’édition 1544 du 23 février.


  • Albert Gauvin | 13 février 2022 - 15:54 6

    Jean-Jacques Schuhl : « Je ne suis pas heureux du tout »

    « Si je n’ai pas quelque chose qui me motive, une rampe de lancement, je n’écris pas. C’est pour ça que j’ai écrit très peu, cinq ou six livres. Il me faut un déclic. » Depuis « Rose poussière », manifeste d’une nouvelle élégance littéraire qu’il publie en 1972, Jean-Jacques Schuhl s’est donc fait rare : il s’est passé vingt-quatre ans entre son deuxième livre (« Télex n° 1 », 1976) et son troisième (« Ingrid Caven », 2000) – pour lequel il a obtenu le prix Goncourt et qui dresse le portrait de la femme de sa vie : la chanteuse Ingrid Caven –, et huit ans entre son précédent ouvrage (« Obsessions », 2014) et son nouveau roman. C’est dire que la parution d’un nouveau livre de Schuhl fait figure d’événement. Il a écrit celui-ci après avoir survécu à une grave hémorragie. Pourquoi a-t-il eu des visions, comme celle de Mahmoud Ahmadinejad, l’ancien président iranien ? La réalité est-elle un leurre, et qui tire les ficelles ? Ce sont les questions auxquelles répond ce court récit, qui est à la fois enjoué et navré, ludique et crépusculaire. En somme, du Schuhl tout craché. LIRE ICI.