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Cézanne m’apprit à regarder la nature chinoise
06/12/07 : Ajout La Chine en direct La citation en titre de cet article est de Zao Wou-Ki ; on la trouve dans un livre de Raymond Alcovère, publié au printemps 2007, Le sourire de Cézanne
[1]. Nous avons plaisir à saluer, ici, un ami de pileface.
Sous titré roman, prétexte à une balade au pays de Cézanne, avec en filigrane quelques références à l’univers sollersien ( Cézanne fait aussi partie du panthéon de Philippe Sollers : cf. Le paradis de Cézanne).
Le passage que nous avons choisi évoque l’influence de Cézanne sur Zao Wou-Ki.
ExergueRaymond Alcovère vit à Montpellier. Son premier roman : « Fugue baroque » a obtenu le prix 98 de la ville de Balma. Ancien rédacteur en chef de la revue littéraire et artistique « L’instant du monde ». Il a publié une trentaine de nouvelles dans différentes revues, recueils et anthologies. mais j’ai été content de moi lorsque j’ai découvert qu’il fallait la représenter par autre chose ... par de la couleur. La nature n’est pas en surface, elle est en profondeur. Les couleurs sont l’expression, à cette surface, de cette profondeur, elles montent des racines du monde. Cézanne L’extrait« Wou-Ki a écrit : Picasso m’avait appris à dessiner comme Picasso, mais Cézanne m’apprit à regarder la nature chinoise. J’avais admiré Modigliani, Renoir, Matisse. Mais c’est Cézanne qui m’aida à me retrouver moi-même, à me retrouver peintre chinois. Voilà l’hypothèse confirmée, Cézanne a montré le chemin, il a trouvé le lieu et la formule, l’harmonie intérieure, grâce à sa recherche de l’unité du tableau. Pourquoi divisons-nous le monde ? dira-t-il à Gasquet. Pour les chinois, la peinture n’est pas représentation du monde, elle est le lieu de sa présence réelle. Les tableaux de Zao Wou-Ki sont des giboulées de couleurs affrontées, la création de la terre racontée, jaillissement, effraction, on a percé un secret. Des arbres accrochés aux montagnes, feu rampant, glissant sur la toile, parfois on discerne en échos l’ ?uvre de Corot, Le Lorrain ou Degas, cieux de neige, ouragans en formation ; toujours une fête de l’esprit. Une peinture qui parle de l’âme, de ses dérangements, en pointillés. Émotions, rêve, brisures mais épanouissement, vertige atteints, perte du sens, plongée dans le plaisir - voilà la leçon de Cézanne à Zao Wou-Ki -, le plaisir guide et on est sauvé, on découvre des portes, de nouveaux horizons, ceux d’avant étaient factices, des images s’instillent, glissent, surgissent.
Votre couleur préférée ?
Zao Wou-Ki : « Peindre, peindre, Toujours peindre Encore peindre Le mieux possible, le vide et le plein Le léger et le dense Le vivant et le souffle. »
Juillet/octobre 97 janvier 98 - Triptyque
PLUS SUR ZAO WOU-KIBrève rencontre avec... Zao Wou-Ki
Extraits
N.O.-Vous prenez beaucoup de photographies d’arbres, de paysages. Comment expliquer chez vous qui êtes un peintre abstrait, cette nécessité d’un lien constant avec la réalité ?
N.O.-Michaux, Char et de nombreux poètes ont écrit sur vous. Pourquoi cette affinité de votre oeuvre avec la poésie ?
France Huser
D’autres évocations : Fabienne Verdier a relaté dans Passagère du silence la démarche qui l’a poussée, au début des années 80, à aller apprendre, au fond de la Chine communiste, l’art pictural et calligraphique malmené par la Révolution culturelle. Une immersion totale pendant dix ans. « Ceux qui jugent artificielle ma démarche vers la calligraphie et la peinture chinoises ne s’étonnent pas, en revanche, que des asiatiques viennent en Europe suivre des cours dans nos écoles d’art, qu’ils deviennent, par leurs recherches et leurs travaux, de grands créateurs et participent à l’aventure qu’est l’art contemporain. Je pense à Maître Zao Wou-ki en peinture à maître Yoyoma en musique, ou à maître François Cheng en littérature, entré récemment à l’académie française. » Fabienne Verdier,
Actuellement : une exposition Zao Wou-Ki
Lien Galerie Malborough , New York Sarkozy et l’harmonie chinoiseNicolas sarkozy a placé son voyage sous le signe de « l’harmonie » valeur de la tradition chinoise et clin d’ ?il à la « société harmonieuse » souhaitée il y a quelques semaines par le 17e Congrès du Parti communiste chinois La même volonté « d’harmonie » sera invoquée pour des « relations justes » entre les monnaies et dans le commerce, mais aussi dans les domaines problématiques de la propriété intellectuelle et de la contrefaçon « La France et la Chine partagent une même volonté de paix, de prospérité et d’harmonie » « Un grand pays doit avoir une monnaie forte. Je souhaite les convaincre (les Chinois) que l’harmonie mondiale à laquelle la Chine est particulièrement attachée doit se traduire par un équilibre juste entre les grandes monnaies, qu’il s’agisse du dollar, de l’euro, du yen ou du yuan" » a déclaré le chef de l’Etat devant la Chambre de commerce française en Chine. »
Une seule ChineLe président français a clairement rassuré ses hôtes chinois en déclarant solennellement L’harmonie selon Lao Tzu chapitre XLII et les commentaires de François Cheng [3]
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De ce passage, nous pouvons donner, en simplifiant beaucoup, l’explication suivante. Le Tao d’origine est conçu comme le Vide suprême, d’où émane l’Un qui n’est autre que le Souffle primordial. Celui-ci engendre le Deux, incarné par deux souffles vitaux que sont le Yin et le Yang. Le Yang en tant que force active et le Yin, en tant que douceur réceptive, par leur interaction, régissent les multiples souffles vitaux dont les Dix mille êtres du monde crée sont animés. Toutefois entre le Deux et Dix mille êtres prend place le Trois. Le Trois dans l’optique taoïste, représente la combinaison des souffle vitaux Yin et Yang et du Vide médian dont parle la dernière ligne du texte cité. Ce Vide médian, un souffle lui- même procède du Vide originel dont il tire son pouvoir. Il est nécessaire au fonctionnement du Yin-Yang : c’est lui qui attire et entraîne les deux souffles vitaux dans le processus du devenir réciproque. Sans lui, le Yin et le Yang se trouveraient dans une relation d’opposition figée : ils demeureraient des substances statiques et comme amorphes. C’est bien cette relation ternaire [4] entre le Yin, le Yang et le Vide médian qui donne naissance et sert aussi de modèle aux Dix mille êtres ( un penseur chinois, je ne sais plus lequel a utilisé l’image de la roue qui tourne autour du moyeu grâce au vide entre les deux [5].) Stratégie chinoiseLe pouvoir politique chinois est expert dans la guerre des mots : le concept « Une seule Chine », est déjà accepté de facto pour Taïwan y compris par la France, comme évoqué ci-dessus. Ce même concept a ramené Hong Kong dans le giron chinois bien avant son officialisation le 1er juillet 1997, date de la rétrocession par les Britanniques. Den Xiaoping, en 1984, avait fait savoir haut et fort que les « traités inégaux » sont sans valeur. Le traité de Nankin de 1898 qui accordait aux Britanniques la concession de Hong Kong et des Nouveaux Territoires était de ceux-là. De la même façon que les Anglais avaient voulu sauver les apparences pour les Chinois, en mettant une clause de durée de cent ans, les Chinois ont laissé l’échéance arriver pour sauver la face des Anglais ( et aussi leurs intérêts de demain). Un pays, deux systèmesLes dés étaient jetés dès 1984. Et, en 1990, le pragmatique et intelligent Den Xiaoping a inventé un nouveau concept « Un pays, deux systèmes » pour le projet de « Loi fondamentale » devant régir Hong Kong après sa rétrocession. L’alliance du communisme et du capitalisme, le mariage de la carpe et du lapin...
Nul doute que le Tibet qui fait encore grincer des dents les Occidentaux, reste longtemps encore dans le giron chinois. Nous, occidentaux, n’avons pas la même conception du Temps et de la guerre.
Le Temps chinois La conception du Temps chinoise est plus sophistiquée que la nôtre. La langue chinoisePourquoi ces différences de conception du Temps et cette logique ternaire qui étend le concept de la dualité Yin / Yang en le liant avec le Vide Originel ? Concept de Yin Yang déjà prodigieusement fécond pour rendre compte de nos sentiments et comportements en forme d’oscillations paradoxales... La philosophie chinoise raffine encore en y ajoutant une dimension supplémentaire avec ce lien au cosmos originel... Se pourrait-il que la langue, expression de la pensée et son support l’écriture y soient pour quelque chose ? Un embryon d’hypothèse : on peut dire que l’écriture chinoise est analogique avec ses idéogrammes : une idée, un signe alors que les écritures alphabétiques sont abstraites et dans ce processus d’évolution vers l’abstraction nos langues auraient-elles plus perdu de la mémoire de leur développement, de leur essence ?
Ying Chen, fait elle aussi l’expérience d’être des deux côtés à la fois, chinois et français, ce qu’elle raconte de façon très émouvante dans Quatre mille marches (Seuil, 2004) : « Je voudrais que chaque phrase, sinon chaque mot, ait un sens double ou ambigu, tout en étant clair et direct. Car c’est ainsi que je perçois la réalité. » Elle vit au Canada, elle repense à Shanghaï, elle écrit directement en français, elle donne envie d’écrire en chinois (concision, rythme, souffle, couleur). »
Le Temps chinois d’aujourd’huiQuand la croissance chinoise (10%) est cinq fois plus rapide que la nôtre (2%), le temps chinois coule cinq fois plus vite... La Chine rattrape le temps perdu pendant l’époque coloniale et les égarements maoïstes. La Chine s’occidentalise. Va-t-elle perdre son Temps ? Le Temps de la science moderneLes intuitions des philosophies anciennes sont-elles corroborées par les scientifiques modernes ? Un premier pavé dans la mare a été lancé dans les années 1900 avec le concept d’espace-temps, dont l’intuition est présente dans la philosophie chinoise dès l’époque de la dynastie Han contemporaine du Christ. Dans le Huai-nan-tzu le terme yü-chou « Espace-Temps » est même celui utilisé pour désigner l’univers [7]] Sur le Temps chinois à deux dimensions, une simple spéculation de l’esprit ? Une vieille lune ? Les curieux peuvent lire un article sur une théorie scientifique toute récente d’un espace-temps à deux dimensions pour le Temps et quatre pour l’Espace), sophistication de l’espace-temps « classique » ( une dimension pour le Temps s’ajoutant aux trois dimensions classiques pour l’Espace, ) A quand remonte l’interêt de Sollers pour la Chine ?La réponse est dans Portrait du Joueur, édition illustrée Furupolis. Elle trouve sa source dans la brève aventure des études de Ph. S chez les jésuites de Ginette à Versailles « 1953... 1954... vous trouverez mon nom dans l’annuaire des anciens élèves. [...].
Le Dragon chinois vous salue bien
« ...La Chine a plusieurs coups d’avance » nous dit Philippe Sollers dans Guerres secrètes. [1] éditions nb, 108 pages [2] On croit voir l’ombre de Philippe Sollers frappé par la grâce, aux Gesuiti, cette église de Venise où il aime entrer, expérience mystique qu’il évoque dans Paradis : « je suis entré aux gesuiti et le mouvement a fondu de nouveau sur moi de l’intérieur encens bois ciré orgue cloches enfance debout indestructible et debout montée frisson pores tapis rouge peinture plafond pigeons claquant du dehors. » [3] François Cheng, Vide et plein, langage pictural chinois, ed. du Seuil /coll. Points-Essais ) [4] je souligne [VK]) , la pensée occidentale est plutôt binaire : une proposition est vrai ou fausse [5] Note pileface [6] ...un petit livre très éclairant sur les philosophies chinoises qui ont été opérantes ces trois mille dernières années. Demain ? [7] Vous trouverez des commentaires intéressants sur ce sujet, encore une fois, dans Vide et plein, de François Cheng, qui indirectement se révèle un guide d’initiation à la philosophie chinoise et m’a permis de découvrir ces pépites extraites de leur gangue d’origine. Rien que pour ça, j’aurais été pleinement gratifié de ma lecture (p. 66, Seuil/Points-Essais). Mais, il y a beaucoup d’autres choses intéressantes à y découvrir, même si j’ai zappé le Préliminaire de 32 pages sur l’historique des dynasties chinoises successives, qui m’a semblé d’autant plus fastidieux qu’il n’était pas au c ?ur de ce que j’étais venu chercher dans ce livre. Trop pressé, sans doute. Si François Cheng a jugé bon de l’insérer, c’est qu’il devait considérer que sa connaissance était aussi, éclairante pour son propos... [8] ( soupçon d’autocritique si rare chez PS, en forme d’hommage à ce vieux Jésuite. Et nouvel hommage à l’aventure jésuite en chine dans Guerres secrètes...) |
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