Cézanne m’apprit à regarder la nature chinoise
06/12/07 : Ajout La Chine en direct


La citation en titre de cet article est de Zao Wou-Ki ; on la trouve dans un livre de Raymond Alcovère, publié au printemps 2007, Le sourire de Cézanne  [1]. Nous avons plaisir à saluer, ici, un ami de pileface.

Voir


Sous titré roman, prétexte à une balade au pays de Cézanne, avec en filigrane quelques références à l’univers sollersien ( Cézanne fait aussi partie du panthéon de Philippe Sollers : cf. Le paradis de Cézanne).

Le passage que nous avons choisi évoque l’influence de Cézanne sur Zao Wou-Ki.
Il s’inscrit dans la dynamique des influences réciproques de la pensée chinoise et française et de l’actualité, :
- celle de la récente visite du président Sarkozy en Chine, et sa conversion à l’harmonie chinoise
- celle des Jeux Olympiques en Chine en 2008, demain.
Et bien sûr aussi, parce que la pensée chinoise est présente dans la « Longue marche » de Philippe Sollers de Tel Quel à son récent essai Guerres secrètes. Quelques articles de pileface en rendent compte, notamment :

La hardiesse extrême : Paradis III
Le génie de la Chine
La pensée chinoise et la guerre dans Guerres secrètes
1976 : Mao, le marxisme, la révolution... leur cadavre
« Technologie chinoise » dans Nombres, 1968
Et d’autres articles dans la rubrique thématique Sollers et la Chine

Exergue

(GIF) A propos de l’auteur
Raymond Alcovère vit à Montpellier. Son premier roman : « Fugue baroque » a obtenu le prix 98 de la ville de Balma. Ancien rédacteur en chef de la revue littéraire et artistique « L’instant du monde ». Il a publié une trentaine de nouvelles dans différentes revues, recueils et anthologies.

Son blog

La matière j’ai voulu la copier, je n’arrivais pas,
mais j’ai été content de moi lorsque j’ai découvert
qu’il fallait la représenter par autre chose ... par de la couleur.

La nature n’est pas en surface, elle est en profondeur.
Les couleurs sont l’expression, à cette surface, de cette profondeur,
elles montent des racines du monde.

Cézanne

L’extrait

« Wou-Ki a écrit : Picasso m’avait appris à dessiner comme Picasso, mais Cézanne m’apprit à regarder la nature chinoise. J’avais admiré Modigliani, Renoir, Matisse. Mais c’est Cézanne qui m’aida à me retrouver moi-même, à me retrouver peintre chinois.

Voilà l’hypothèse confirmée, Cézanne a montré le chemin, il a trouvé le lieu et la formule, l’harmonie intérieure, grâce à sa recherche de l’unité du tableau.

Pourquoi divisons-nous le monde ? dira-t-il à Gasquet.

Pour les chinois, la peinture n’est pas représentation du monde, elle est le lieu de sa présence réelle. Les tableaux de Zao Wou-Ki sont des giboulées de couleurs affrontées, la création de la terre racontée, jaillissement, effraction, on a percé un secret. Des arbres accrochés aux montagnes, feu rampant, glissant sur la toile, parfois on discerne en échos l’ ?uvre de Corot, Le Lorrain ou Degas, cieux de neige, ouragans en formation ; toujours une fête de l’esprit.

Une peinture qui parle de l’âme, de ses dérangements, en pointillés. Émotions, rêve, brisures mais épanouissement, vertige atteints, perte du sens, plongée dans le plaisir - voilà la leçon de Cézanne à Zao Wou-Ki -, le plaisir guide et on est sauvé, on découvre des portes, de nouveaux horizons, ceux d’avant étaient factices, des images s’instillent, glissent, surgissent.
[...]
La vie parfois ressemble à une mélodie de Gershwin, drôle, inattendue, iconoclaste, pétillante. Transformer les couleurs, les notes en mots, du rythme et toujours surprendre. Perfection dans la composition.

Votre couleur préférée ?
L’harmonie générale a répondu Cézanne. On est assailli de flèches contradictoires, certaines vous atteignent, d’autres non, arrive une toile, un andante, un livre et tout s’éclaire.
Si ma toile est saturée de cette vague religiosité cosmique qui m’émeut, moi, qui me rend meilleur, elle va toucher les autres en un point qu’ils ignorent de leur sensibilité, écrira-t-il. Je joins les mains errantes de la nature ; entre ces mots s’élèvent des paysages déserts, des abîmes habités, une pensée, donner couleur, forme, désir au magma qui nous entoure
[...]
L’homme assis tranquillement dans son jardin, c’est Cézanne, en paix, fondu dans la nature. A un moment on est l’ ?uvre, l’artiste a atteint son but. Le jardinier Vallier, c’est nous. Voilà son legs ; visiblement, toute impatience a disparu.
[...]
Il vénérait Monet tout de même : c’est le seul ?il, la seule main qui puisse suivre un coucher de soleil, dans toutes ses transparences, et la nuancer, d’un coup, sans avoir à y revenir sur sa toile.
[...]
Léonore est immergée dans son livre. Rien de plus apaisant que les fresques de Piero della Francesca. Comme Cézanne, il a poursuivi un chemin solitaire, sans chercher la gloire ni la protection d’hommes influents, préférant l’ ?uvre aux intrigues du monde. Reste la plénitude, un sentiment d’éternité. Personne n’a imprimé à ses personnages autant de grâce, de sérénité sur les visages, jamais on n’a pu lire une telle absence d’anxiété jusque dans les scènes de violence, de guerre.
Visages proches de ceux de Cézanne d’ailleurs, hiératiques, paisibles. L’acte de voir ne se détermine pas à partir de l’ ?il mais à partir de l’éclaircie de l’être, cette phrase de Heidegger, Léonore la met en exergue de son livre.
[...]
Léonore rêve son livre.I l existe déjà, écrit dans sa chair. Ce qui restera d’elle au dernier instant, à supposer qu’elle ait la chance de pouvoir le déguster. [...]ce vertige ressenti face aux chefs-d’oeuvre[...] Cette illumination [...] on l’emporte avec soi.
Perdu dans une église baroque, tournoyant dans ses méandres, secoué dans une vertige insensé [2] comme on se noie de bonheur dans les bleus de Miro, de Matisse ou de Zao Wou-Ki. Une clarté brûlante qui dépasse tout en beauté. La certitude. Pour cela, l’humilité est indispensable,laisser descendre en soi la lumière. Reste la grâce. D’abord se fondre. Cézanne l’a réussi dans ses paysages et portraits. »

Zao Wou-Ki : « Peindre, peindre, Toujours peindre Encore peindre Le mieux possible, le vide et le plein Le léger et le dense Le vivant et le souffle. »

(JPEG)
Juillet/octobre 97 janvier 98 - Triptyque

PLUS SUR ZAO WOU-KI

Brève rencontre avec... Zao Wou-Ki
France Huser
Le Nouvel Observateur N° 2034 du jeudi 30 octobre 2003

Extraits
Zao Wou-ki : Dialogue avec l’invisible
Sa peinture réconcilie l’Orient et l’Occident dans les tourmentes de couleurs insensées où la lumière devient l’espace même. Il est l’un des plus grands peintres abstraits de notre temps. Une rétrospective [galerie nationale du Jeu de Paume] déploie l’aventure de cet artiste qui quitta la figuration pour peindre l’infini de ce qui ne se voit pas : « Le vent, le souffle même de la vie... »

N.O.-Vous prenez beaucoup de photographies d’arbres, de paysages. Comment expliquer chez vous qui êtes un peintre abstrait, cette nécessité d’un lien constant avec la réalité ?
Zao Wou-ki.- Pour m’apprendre à lire, mon grand-père traçait sur chaque objet les caractères qui le désignent : j’ai appris en même temps à dessiner et à lire, à appréhender la nature même des choses. Dans la calligraphie, chaque caractère est un signe. Regardez ces idéogrammes : celui-ci représente le ciel, celui-là le coeur. Paul Klee aussi a utilisé des signes qui l’ont amené, à partir du souvenir d’un petit port tunisien, à atteindre un au-delà des apparences.

N.O.-Vous considérez-vous aujourd’hui comme un peintre chinois ?
Zao Wou-ki.- Qu’est-ce que cela veut dire ? Je déteste les « chinoiseries » ! Les époques Tang et Song sont celles qui m’ont appris à la fois l’espace et l’économie du geste. J’aime cette tension chinoise, ce refus du bavard. Mais c’est Cézanne qui m’a permis de redevenir chinois. Matisse, lui, m’a appris la lumière, la couleur.

N.O.-Michaux, Char et de nombreux poètes ont écrit sur vous. Pourquoi cette affinité de votre oeuvre avec la poésie ?
Zao Wou-ki.-
Dans l’histoire de l’art chinois, peinture et poésie sont inséparables et parfaitement complémentaires. On ne distingue pas l’intelligible du visible.

France Huser
Le Nouvel Observateur

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D’autres évocations :

Fabienne Verdier a relaté dans Passagère du silence la démarche qui l’a poussée, au début des années 80, à aller apprendre, au fond de la Chine communiste, l’art pictural et calligraphique malmené par la Révolution culturelle. Une immersion totale pendant dix ans.

« Ceux qui jugent artificielle ma démarche vers la calligraphie et la peinture chinoises ne s’étonnent pas, en revanche, que des asiatiques viennent en Europe suivre des cours dans nos écoles d’art, qu’ils deviennent, par leurs recherches et leurs travaux, de grands créateurs et participent à l’aventure qu’est l’art contemporain. Je pense à Maître Zao Wou-ki en peinture à maître Yoyoma en musique, ou à maître François Cheng en littérature, entré récemment à l’académie française. »

Fabienne Verdier,
Passagère du silence, _ éd. Albin Michel, 2003, Le livre de poche, p.10

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Actuellement : une exposition Zao Wou-Ki
au Château Musée de Nemours
7 octobre 2007 - 6 janvier 2008

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Lien

Galerie Malborough , New York

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Sarkozy et l’harmonie chinoise

Nicolas sarkozy a placé son voyage sous le signe de « l’harmonie » valeur de la tradition chinoise et clin d’ ?il à la « société harmonieuse » souhaitée il y a quelques semaines par le 17e Congrès du Parti communiste chinois

La même volonté « d’harmonie » sera invoquée pour des « relations justes » entre les monnaies et dans le commerce, mais aussi dans les domaines problématiques de la propriété intellectuelle et de la contrefaçon

« La France et la Chine partagent une même volonté de paix, de prospérité et d’harmonie »

« Un grand pays doit avoir une monnaie forte. Je souhaite les convaincre (les Chinois) que l’harmonie mondiale à laquelle la Chine est particulièrement attachée doit se traduire par un équilibre juste entre les grandes monnaies, qu’il s’agisse du dollar, de l’euro, du yen ou du yuan" » a déclaré le chef de l’Etat devant la Chambre de commerce française en Chine. »
Mots du Temps linéaire ... éphémères

Une seule Chine

Le président français a clairement rassuré ses hôtes chinois en déclarant solennellement
« il n’y a, du point de vue français, qu’une seule Chine et Taïwan fait partie du territoire chinois ».

L’harmonie selon Lao Tzu

chapitre XLII et les commentaires de François Cheng [3]  :
« Le Tao d’origine engendre l’Un
L’Un engendre le Deux
Le Deux engendre le Trois
Le Trois produit les dix mille êtres
Les dix mille êtres s’adossent au Yin
Et embrassent le Yang
l’harmonie naît du souffle du Vide médian

De ce passage, nous pouvons donner, en simplifiant beaucoup, l’explication suivante. Le Tao d’origine est conçu comme le Vide suprême, d’où émane l’Un qui n’est autre que le Souffle primordial. Celui-ci engendre le Deux, incarné par deux souffles vitaux que sont le Yin et le Yang. Le Yang en tant que force active et le Yin, en tant que douceur réceptive, par leur interaction, régissent les multiples souffles vitaux dont les Dix mille êtres du monde crée sont animés. Toutefois entre le Deux et Dix mille êtres prend place le Trois. Le Trois dans l’optique taoïste, représente la combinaison des souffle vitaux Yin et Yang et du Vide médian dont parle la dernière ligne du texte cité. Ce Vide médian, un souffle lui- même procède du Vide originel dont il tire son pouvoir. Il est nécessaire au fonctionnement du Yin-Yang : c’est lui qui attire et entraîne les deux souffles vitaux dans le processus du devenir réciproque. Sans lui, le Yin et le Yang se trouveraient dans une relation d’opposition figée : ils demeureraient des substances statiques et comme amorphes. C’est bien cette relation ternaire [4] entre le Yin, le Yang et le Vide médian qui donne naissance et sert aussi de modèle aux Dix mille êtres ( un penseur chinois, je ne sais plus lequel a utilisé l’image de la roue qui tourne autour du moyeu grâce au vide entre les deux [5].)

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Stratégie chinoise

Le pouvoir politique chinois est expert dans la guerre des mots : le concept « Une seule Chine », est déjà accepté de facto pour Taïwan y compris par la France, comme évoqué ci-dessus. Ce même concept a ramené Hong Kong dans le giron chinois bien avant son officialisation le 1er juillet 1997, date de la rétrocession par les Britanniques. Den Xiaoping, en 1984, avait fait savoir haut et fort que les « traités inégaux » sont sans valeur. Le traité de Nankin de 1898 qui accordait aux Britanniques la concession de Hong Kong et des Nouveaux Territoires était de ceux-là. De la même façon que les Anglais avaient voulu sauver les apparences pour les Chinois, en mettant une clause de durée de cent ans, les Chinois ont laissé l’échéance arriver pour sauver la face des Anglais ( et aussi leurs intérêts de demain).

Un pays, deux systèmes

Les dés étaient jetés dès 1984. Et, en 1990, le pragmatique et intelligent Den Xiaoping a inventé un nouveau concept « Un pays, deux systèmes » pour le projet de « Loi fondamentale » devant régir Hong Kong après sa rétrocession. L’alliance du communisme et du capitalisme, le mariage de la carpe et du lapin...
Sans un coup de canon, autres que ceux tirés pour saluer la rétrocession officielle. La stratégie de guerre chinoise, opposée à la guerre frontale à l’occidentale, avait porté ses fruits.

Nul doute que le Tibet qui fait encore grincer des dents les Occidentaux, reste longtemps encore dans le giron chinois. Nous, occidentaux, n’avons pas la même conception du Temps et de la guerre.

Le Temps chinois

La conception du Temps chinoise est plus sophistiquée que la nôtre. (GIF) Elle combine deux mouvements, une composante linéaire, notre flèche du temps horizontale que la tradition chinoise (cf. Le Livre des Mutations ) nomme pien-i « mutation changeante », et une autre, circulaire que l’on pourrait placer sur un axe vertical (pour tenter une représentation) et figurer ainsi, spiralée, en liaison avec le Vide cosmique originel. La tradition chinoise la nomme pu-i « mutation non changeante »...(d’après François Cheng, Vide et plein [6] )
Dialectique chinoise ! Une sorte de « Temps constant » si l’on veut...

La langue chinoise

Pourquoi ces différences de conception du Temps et cette logique ternaire qui étend le concept de la dualité Yin / Yang en le liant avec le Vide Originel ? Concept de Yin Yang déjà prodigieusement fécond pour rendre compte de nos sentiments et comportements en forme d’oscillations paradoxales... La philosophie chinoise raffine encore en y ajoutant une dimension supplémentaire avec ce lien au cosmos originel... Se pourrait-il que la langue, expression de la pensée et son support l’écriture y soient pour quelque chose ?

Un embryon d’hypothèse : on peut dire que l’écriture chinoise est analogique avec ses idéogrammes : une idée, un signe alors que les écritures alphabétiques sont abstraites et dans ce processus d’évolution vers l’abstraction nos langues auraient-elles plus perdu de la mémoire de leur développement, de leur essence ?

(GIF) Deux chinois francophones donnent leur point de vue :
(GIF) « Gao Xingjian, Prix Nobel de littérature en 2000, dans Le Témoignage de la littérature (Seuil, 2004) : « Quand on pense en chinois, on peut très facilement dépasser définitions, analyses, déductions et raisonnements pour arriver tout droit au jugement et à la conclusion. »

Ying Chen, fait elle aussi l’expérience d’être des deux côtés à la fois, chinois et français, ce qu’elle raconte de façon très émouvante dans Quatre mille marches (Seuil, 2004) : « Je voudrais que chaque phrase, sinon chaque mot, ait un sens double ou ambigu, tout en étant clair et direct. Car c’est ainsi que je perçois la réalité. » Elle vit au Canada, elle repense à Shanghaï, elle écrit directement en français, elle donne envie d’écrire en chinois (concision, rythme, souffle, couleur). »
Extrait d’un article de Philippe Sollers, La Chine en direct dans Le Monde des Livres du 19.03.04,
en mémoire cache pileface, ici (GIF) ,
cf. lemonde.fr/

Le Temps chinois d’aujourd’hui

Quand la croissance chinoise (10%) est cinq fois plus rapide que la nôtre (2%), le temps chinois coule cinq fois plus vite... La Chine rattrape le temps perdu pendant l’époque coloniale et les égarements maoïstes. La Chine s’occidentalise. Va-t-elle perdre son Temps ?

Le Temps de la science moderne

Les intuitions des philosophies anciennes sont-elles corroborées par les scientifiques modernes ? Un premier pavé dans la mare a été lancé dans les années 1900 avec le concept d’espace-temps, dont l’intuition est présente dans la philosophie chinoise dès l’époque de la dynastie Han contemporaine du Christ. Dans le Huai-nan-tzu le terme yü-chou « Espace-Temps » est même celui utilisé pour désigner l’univers [7]]

Sur le Temps chinois à deux dimensions, une simple spéculation de l’esprit ? Une vieille lune ? Les curieux peuvent lire un article sur une théorie scientifique toute récente d’un espace-temps à deux dimensions pour le Temps et quatre pour l’Espace), sophistication de l’espace-temps « classique » ( une dimension pour le Temps s’ajoutant aux trois dimensions classiques pour l’Espace, )
voir ici (GIF)

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A quand remonte l’interêt de Sollers pour la Chine ?

La réponse est dans Portrait du Joueur, édition illustrée Furupolis. Elle trouve sa source dans la brève aventure des études de Ph. S chez les jésuites de Ginette à Versailles

« 1953... 1954... vous trouverez mon nom dans l’annuaire des anciens élèves. [...].
Et p.46 :
...J’ai tenu un an et demi. Puis renvoi. Mais, à propos de la Chine, c’est à l’Ecole que j’en ai entendu parler pour la première fois comme existant vraiment. Une série de conférences données par un vieux de la Compagnie venant de là-bas... Descriptions, détails, Pékin, Nankin, Shanghaï, tout à coup dans les nuits d’hiver de Versailles... Rizières au bout du parc du château... (sic) Matteo Ricci, Lao-tseu traduit par Wieger, la tradition, quoi... jamais un mot sur la Chine au Lycée, je le jure... C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’aller en Chine, plus tard. Je l’ai fait. Sous couvert de "maoïsme" et toute la gomme, mais peu importe. En bateau sur le Yang-tsé, je pensais aux conférences du soir... Au prêtre à cheveux blancs évoquant l’Université Aurore. Les persécutions quotidiennes. Ils me persécutaient bien, eux, je ne trouvais pas si mauvais qu’on les embête un peu quelque part... Frivole jeunesse. Comme s’il y avait eu la moindre comparaison... »  [8]

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Le Dragon chinois vous salue bien

(GIF) 1949 ( il y a 50 ans ), la révolution de Mao faisait fuir les forces entrepreneuriales les plus vives à Hong Kong, alors un ilôt de réfugiés et de taudis.
1997 (Il y dix ans), Hong Kong, qui avait dépassé le Royaume uni en matière de PNB, dès 1993, réintégrait la Chine. Aujourd’hui « le Trésor » chinois regorge de liquidités. La Chine peut s’offrir le patrimoine immobilier de prestige à Paris, Londres mais elle ne le fait pas. La Chine peut s’offrir nos entreprises en difficulté mais elle ne le fait pas ou peu. Pas encore...
Mais ne nous y trompons pas, la Chine n’aspire rien moins qu’à supplanter les Etats Unis en tant que première puissance mondiale. En même temps que la Chine devenait l’usine du monde, elle est entrée dans le club très fermé de l’Espace. La Chine nous achète des avions, des centrales nucléaires ...avec transfert de savoir faire. Pas d’urgence pour le Dragon chinois devenu matou, à donner le coup de grâce aux souris européennes et américaines. Le matou sait qu’il est Dragon et ne doute pas de sa suprématie. Les Jeux Olympiques sont aussi là pour nous l’annoncer. Pas de guerre frontale, elles ne servent plus à rien. Voir comment l’encore première puissance économique et militaire du Monde, est impuissante en Irak.

« ...La Chine a plusieurs coups d’avance » nous dit Philippe Sollers dans Guerres secrètes. (GIF) sur pileface
...La Chine a aussi une réserve de patience infinie qu’elle puise peut-être dans son "temps constant"... Avec grande constance.

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[1] éditions nb, 108 pages

[2] On croit voir l’ombre de Philippe Sollers frappé par la grâce, aux Gesuiti, cette église de Venise où il aime entrer, expérience mystique qu’il évoque dans Paradis : « je suis entré aux gesuiti et le mouvement a fondu de nouveau sur moi de l’intérieur encens bois ciré orgue cloches enfance debout indestructible et debout montée frisson pores tapis rouge peinture plafond pigeons claquant du dehors. »

[3] François Cheng, Vide et plein, langage pictural chinois, ed. du Seuil /coll. Points-Essais )

[4] je souligne [VK]) , la pensée occidentale est plutôt binaire : une proposition est vrai ou fausse

[5] Note pileface

[6] ...un petit livre très éclairant sur les philosophies chinoises qui ont été opérantes ces trois mille dernières années. Demain ?

[7] Vous trouverez des commentaires intéressants sur ce sujet, encore une fois, dans Vide et plein, de François Cheng, qui indirectement se révèle un guide d’initiation à la philosophie chinoise et m’a permis de découvrir ces pépites extraites de leur gangue d’origine. Rien que pour ça, j’aurais été pleinement gratifié de ma lecture (p. 66, Seuil/Points-Essais). Mais, il y a beaucoup d’autres choses intéressantes à y découvrir, même si j’ai zappé le Préliminaire de 32 pages sur l’historique des dynasties chinoises successives, qui m’a semblé d’autant plus fastidieux qu’il n’était pas au c ?ur de ce que j’étais venu chercher dans ce livre. Trop pressé, sans doute. Si François Cheng a jugé bon de l’insérer, c’est qu’il devait considérer que sa connaissance était aussi, éclairante pour son propos...

[8] ( soupçon d’autocritique si rare chez PS, en forme d’hommage à ce vieux Jésuite. Et nouvel hommage à l’aventure jésuite en chine dans Guerres secrètes...)

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Commentaires

  • > Cézanne m’apprit à regarder la nature chinoise
    6 décembre 2007, par V.K.
    Cézanne ne m’a pas appris à regarder la nature de mes fautes... _ Même pas le temps de vous informer de la publication de cet article, que vous l’avez déjà découvert. Avec ses enaurmes coquilles sur votre nom... _ C’est maintenant corrigé.
  • > Cézanne m’apprit à regarder la nature chinoise
    6 décembre 2007, par Raymond Alcovère
    Bonjour Viktor et merci pour ce bel article ! (Vous avez mangé mon nom comme on dit : Alcovère) !