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Livre atypique pour lecteur néophyte. Je m’attendais à lire une histoire, la quatrième de couverture avançait déjà le ton, voltige de mots. Un livre où les mots seraient partie intégrante de l’histoire, plus qu’au service de l’intrigue. Il est noté roman, il s’agirait plus de chroniques. Ça se déguste plus que ça ne se dévore. Tout se tisse pourtant autour du tir. Deux cent quarante pages pour faire mouche. Des pages qui en valent mille. Qui avalent le Temps et le régurgitent sous vos yeux ébahis. Après digestion, vous recevez une mixture improbable que vous auriez envie d’avaler à votre tour. Vous pourriez dire que c’est de la merde, je répondrais que les meilleurs fruits sortent du fumier. Plusieurs angles. « On veille à occuper plusieurs endroits à la fois, quatre si possible, de façon à changer de position sans changer de cible. »

J’ai pu entendre dire que cet auteur était à la limite de la mégalomanie, or (c’est peut-être ce qu’il vaut), vous êtes invité à son bureau dès les premières lignes. Il le dit lui-même d’ailleurs, qu’il jette ses lignes. A vous de les saisir à pleine bouche et de vous laissez remonter le long du Temps. Si vous accrochez, vous êtes projeté en plein Paris, boulevard Raspail. Qui est cet homme ? Qu’y a-t-il entre ce boulevard et les éditions Gallimard ? Des secrets perdus, mais à peine. Des secrets à gratter qui vous rendrez plus riche qu’un simple jeu de morpion.

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Un autre lecteur de pileface qui, lui, dessine les impressions de ses sens en éveil

Les appâts changent et ne se ressemblent pas. Rimbaud, Lautréamont, T.H.Lawrence, Hölderlin, Maître Eckhart et je ne fais que frôler le foisonnement d’écrivains présents. Il en va de tout temps, de tout voyage. Poésie, philosophie, stratégie, géographie, tant qu’il y a des lignes et des mots, la pêche est bonne. Certains passages sont moins vifs que d’autres, mais cela est très certainement dû à mon ignorance sur l’auteur mis en avant. Et pourtant, pas de culpabilité, c’est un livre de curiosités. Et même si, effectivement, des paragraphes sont inconnus, il y a toujours une citation pour vous mettre l’eau à la bouche, et l’envie au bout des doigts, d’aller tourner d’autres pages.

Sollers vous montre qu’il est un voyageur du Temps. J’ai l’impression qu’il a côtoyé le grand monde, que vraiment, son esprit est une machine à remonter le temps. Je me demande presque s’il est toujours vivant. Il n’écrit pas des faits, mais les rend vivants, comme si le temps, finalement, était toujours là, capable de s’ouvrir dans le présent. Je pense à la pensine de Dumbledore. Les citations sont là, et pourtant, il est possible de les retourner, de les cibler sous différents angles. Pas de contradiction insurmontable.

Les mots chantent, parfois à voix basse, parfois dans de sacrées envolées et voici ma préférée, celle qui résume parfaitement le livre, tout en étant incapable de le réduire :

« Raisonnez mais n’oubliez pas de résonner, sans quoi votre raisonnement sonnera creux un jour ou l’autre. L’entendement est à ce prix. »

S.Dryade



LES VOYAGEURS DU TEMPS

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Nota : choix d’illustrations par pileface.

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