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20 jours avec le Covid-19

D 1er avril 2020     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

par François Heilbronn

(Dans notre série : La chronique du confinement et coronavirus)

La Règle du Jeu, 29 mars 2020

« Depuis 20 jours, je suis malade ainsi que l’un de mes fils, âgé de 20 ans. » Journal de convalescence et mises en gardes.


"L’ambulance improvisée" de Frédéric Bazille représente Monet blessé à l’hôtel du Lion d’Or à Chailly-en-Bière en 1865.
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Je veux ici témoigner pour vous demander de RESTER CHEZ VOUS, de respecter tant que faire se peut les gestes barrières. Ce virus est très puissant, il repart souvent à l’assaut de votre organisme. Le combat contre sa charge virale dure bien au-delà des soi-disant 14 jours.

Voici à titre d’illustration, le journal d’une maladie qui heureusement se termine bien pour mon fils et moi.

Lundi 9 mars. J’ai la gorge sèche, je me mets à tousser d’une toux sèche, rauque, irritante. J’ai plusieurs réunions au bureau, je reste loin de mes collaborateurs. Je tousse dans mon coude, je me lave les mains. Je rentre épuisé. Au même moment, à Londres, notre fils Max, étudiant à Kings College, est cloué au lit depuis deux jours, avec tous les symptômes de la grippe, forte fièvre, courbature, vertiges, migraines. Un médecin anglais au téléphone lui prescrit de l’ibuprofène (le médicament à éviter, nous l’apprendrons plus tard). Il a pourtant déjà eu la grippe en janvier. Bizarre.

Mardi 10 mars. La toux empire, très irritante, mais pas de fièvre, pas de courbatures. Je cours toute la journée et le soir je dois diriger une cérémonie au Mémorial de la Shoah. Je reste loin des gens, ne serre aucune main, n’embrasse personne. Max à Londres, toujours fiévreux, petite voix au téléphone. Impossible de voir un médecin. Un pharmacien lui donne enfin du paracétamol.

Mercredi 11 mars. Je tousse de plus en plus, ma gorge s’assèche. J’ai l’impression d’avoir marché 5 heures dans un désert sans avoir bu. Je bois, en 2 heures, 3 litres d’eau. J’ai des bouffées de chaleur. Je prends du Doliprane. De mon bureau, j’appelle le 15. J’essaie pendant 90 minutes, je suis toujours en attente. Je raccroche. J’appelle mon généraliste sur son portable. Il me dit que je suis probablement atteint. Je demande un test. Il me dit que le seul moyen est de me rendre à l’hôpital mais me déconseille de le faire. Trop risqué. J’anime le soir une table ronde à Sciences-Po, je reste loin des élèves. Max au téléphone va un peu mieux, mais est épuisé.

Jeudi 12 mars.Je reste au lit, affaibli, fiévreux, toussant. J’ai un cours en fin d’après-midi à donner aux étudiants réfugiés de pays en guerre à Sciences-Po. Je ne trouve pas de gants, pas de masques. J’annule ou pas ? Je dors puis j’y vais, je reste loin d’eux. Ils sont brillants, attachants. Je rentre chez moi. J’écoute le Président qui enfin prend la mesure du défi. Mais quelle déception, quelle colère, il n’annonce pas le report des municipales. Quelle inconscience, quelle cuisine politique indigne ! Avec mes associés, nous prévenons jeudi soir l’ensemble de nos collaborateurs que nous les mettons en télétravail immédiatement. Max va mieux, la fièvre est tombée, il est allé en cours.

Vendredi 13 mars. Toujours la toux, moins de fièvre. Je reste au lit. Je prends mes 3g de Doliprane par jour, je bois tout le temps. Je commence à avoir mal aux bronches. Comme un poing qu’on écrase sur ma poitrine. J’essaie d’alerter autour de moi, ma famille, mes amis, le temps de l’insouciance est encore là. Tout le monde me parle de grippe. Max a l’air guéri, il sort à Londres avec son frère qui l’a rejoint.

Samedi 14 mars.La toux ne faiblit pas, la fatigue vient par vagues. J’appelle un autre de mes fils qui termine un tournage en République Dominicaine. Il a fini de filmer, il est en train de monter son film à Santo Domingo. Je lui dis qu’il peut le faire de Paris et lui demande de sauter dans le premier avion, s’il en trouve un. Je crains que les frontières se ferment. Il comprend, il agit. Il trouve un billet sur un vol le dimanche soir de Punta Cana. Sa productrice américaine, elle, ne comprend pas. Quatre heures plus tard, les autorités dominicaines annoncent la fermeture des frontières et l’arrêt des vols pour lundi. Il traverse toute l’île en voiture et monte dans le dernier vol pour Paris. 5.000 Français restent coincés là-bas.

Samedi soir. Je m’attends à ce qu’Édouard Philippe qui prend la parole, comprenne enfin la dangerosité de la pandémie et reporte les élections. J’ai parlé depuis une semaine à mes amis milanais, c’est l’hécatombe et pourtant Milan est aussi sophistiquée que Paris. Non, il nous alerte du danger mais, pris lui aussi dans une misérable tambouille politique matinée d’un juridisme inadapté, maintient les élections. Quelle monstrueuse erreur, je peste.

Dimanche 15 mars. Toujours sans gant, sans masque, je vais voter dans mon petit village de Seine-et-Marne dont mon père fut maire. Je connais tout le monde, je reste à plus de deux mètres. Je préviens que je suis peut-être malade. Mes amis reculent. J’ai préparé mon bulletin après m’être lavé les mains. Je reste loin, je glisse comme un voleur mon bulletin. J’ai honte d’être là, qu’on me force à voter et à mettre les autres en danger. Mais je vote pour mon ami adjoint au maire avec qui nous parlons toujours de l’essentiel : des arbres. C’est lui qui tient le bureau.

J’appelle un de mes amis, chef de service dans un grand hôpital parisien. Il me confirme que j’ai le virus ainsi que Max. Il me dit de rester loin des miens. Mais depuis une semaine, nous sommes ensemble et Max a passé le week-end avec son frère.

Lundi 16 mars. Nous sommes rentrés à Paris. J’espère qu’enfin le confinement soit décrété. Je fais rentrer de Londres mes deux fils en urgence. L’avion de celui qui rentre de République Dominicaine se pose. Il était bondé. Je vais à mon bureau, prendre mes dossiers, mes livres. Le temps du confinement sera long. Nous nous préparons tous à repartir dans ce beau pays aux confins de la Brie champenoise et forestière. Le Président prend la parole. Nous l’écoutons, il prend enfin la mesure du danger et emploie le bon ton. Le confinement est enfin décrété, une semaine à dix jours trop tard. Nous partons le soir. Je n’ai plus de fièvre, moins de toux. Max va bien.

Mardi 17 mars. Nous nous réveillons dans ce paysage vallonné, non loin d’une rivière. Les pêchers et les cerisiers sont en fleurs, les forsythias explosent de leur jaune éclatant. Nous espérons aller mieux. Mais Max ce matin est brûlant de fièvre, cloué au lit. Il a soif, la gorge sèche. Il respire normalement. Nous le confinons dans sa chambre. Nous mesurons régulièrement son taux d’oxygène comme me l’a prescrit mon ami hospitalier. Cela va durer deux jours. Deux jours d’inquiétude. Si cela s’aggrave, vers quel hôpital l’emmener ? Il en ressort épuisé.

Mercredi 18 mars. Je vais mieux. Je travaille à distance. Je tousse moins, plus de fièvre, toujours un poing sur les bronches. Mais Ariane, mon épouse, commence à tousser et avoir de la fièvre. Elle a aussi mal aux bronches. J’enregistre mon billet sur Radio Shalom où j’évoque la Peste Noire de 1347, la Grippe Espagnole qui elle se rapproche plus de notre pandémie du Covid19. J’évoque aussi le cataclysme économique et social qui hélas déferle sur le monde. Je ne délivre pas de message d’espoir, mais j’essaie d’alerter sur les jours sombres qui nous attendent. Je partage mon podcast avec mes amis. Ils le trouvent trop noir. Ils préfèrent partager des vidéos humoristiques.

Jeudi 19 mars. Max va mieux. Il ressort. Nos autres enfants vont bien. Ils suivent leurs cours en ligne. Ariane a mal aux bronches. La fièvre repart chez moi.

Les jours suivants, Max perd le goût et l’odorat. Un jour sur deux, il dort dans la journée, épuisé. Pour moi, la toux et la douleur aux bronches ont disparu. Je vais mieux. Serait-ce la guérison ?

Lundi 23 mars.Max à J+16 est de nouveau alité avec de la fièvre. Cela ne devait durer que 14 jours pourtant !

Les mardi 24 et jeudi 26 mars. C’est à mon tour d’être cloué au lit, fiévreux, épuisé. Je ne peux me lever. Et pourtant, je ne suis jamais malade. Je n’ai jamais de grippe, de gastro, angine ou autres. Et là, je sens ce virus insidieux mener ce combat épuisant contre mes défenses naturelles. Qui a dit que ce virus durait 14 jours ? Je suis à J+15 et J+17 et toujours malade. Max qui a 20 ans et mesure 2m04 pour 90kgs de muscle, lui est à J+20 et est toujours attaqué par le virus.

Nous sommes le dimanche 29 mars. Max retrouve le goût. Nous respirons mieux. Nous avons, je crois, vaincu cet ennemi fourbe, insidieux, persistant. Cela a duré 20 jours pour moi, mais heureusement sans besoin d’hospitalisation. Max est guéri aussi après 22 jours. Ariane va mieux.

Nous aimerions maintenant pouvoir enfin être testés pour savoir si nous sommes immunisés. Si nous le savions, nous pourrions nous déplacer et aider les personnes âgées solitaires autour de nous.

Ne sous-estimez pas ce virus. Nous avons ressenti sur des corps sains et sportifs la griffe de son attaque. Je comprends à quel point, elle peut être mortelle sur des organismes âgés, fatigués ou aux défenses immunitaires faibles.

Restez chez vous. Ne sortez vraiment que pour l’essentiel. Protégez-vous dehors : les gants et les masques sont vitaux. Encore faut-il en trouver. Faîtes-vous tester dès que les tests de dépistage seront disponibles.

Pour ma part, je me ferai tester dès que possible pour savoir si je suis vraiment immunisé et si je ne suis plus le danger que j’ai été pour les autres. J’irai me rendre utile pour tous ceux qui en ont besoin.

oOo

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