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Diana ou La femme brisée

D 23 août 2017     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Vingt ans après la mort de Lady Diana, le 31 août 1997, dans un accident de voiture à Paris, les chaînes de télévision rivalisent de documentaires. A retenir celui de Gérard Miller, Lady Di, la femme qui s’était trompée de vie, diffusé sur France 3 le 23 août. Je lis que « le dimanche 27 août, France 2 mobilisera son antenne pour une journée spéciale Diana ». Rien que ça ! « Le spectacle, c’est le déferlement silencieux de la mort », écrivait Sollers en 1997.

Flash back. Quelques jours à peine avant la tragédie, la presse mondiale publiait les clichés de Mario Brenna montrant Lady Diana et Dodi plus amoureux que jamais. France Dimanche en faisait sa couverture.


France Dimanche n°2659
Zoom : cliquez l’image.

Voici d’abord l’article, digne des Mythologies de Barthes, que Philippe Sollers publiait dans Le Nouvel Observateur juste après la mort de Diana.

La femme brisée

par Philippe Sollers

Il se passe de drôles de choses, à Paris, pendant l’été. En surface, un million de jeunes gens acclament un vieux pape fatigué et tenace, à la main tremblante. Dans un tunnel, la princesse de Galles et son riche amant musulman s’écra­sent dans une voiture conduite par un chauffeur ivre.
J’entends ou je lis des phrases sur la mort de Diana, des clichés du genre « le monde est en larmes », « elle est morte dans les bras de son dernier amour », « la princesse au grand cœur », « la mort réunit les puissants et les pauvres ». Je me dis alors que la mauvaise littérature est une substance incre­vable qu’on déverse à gros bouillons sur tous les cas gênants. Cette petite lady était gênante. Elle n’a pas fait ce qu’elle aurait dû, elle a endiablé le film dans lequel elle s’est trouvée prise, elle a changé de rôle en cours de tour­nage, elle a mélangé les genres, les époques, les contrats, les identités, les poses. Elle est bien dans la photo, mais le texte du roman est nul. En quoi, nous sommes bien dans le temps que nous vivons, surexposé, aphasique. Le spectacle, c’est le déferlement silencieux de la mort. Diana avait le choix entre une mort lente et royale et l’accélération de la destruction violente. Elle a foncé dans la gueule du loup.

La monarchie britannique vit-elle ainsi ses derniers moments ? Tout le monde le dit, ou a envie de le dire. Mais la suite du récit est parfaitement prévisible : Lady Di sera vite transformée en mère idéale et tragique, et commencera alors la légende du prince triste, celle de son fils, le futur roi William. Elle pourra ainsi régner à travers lui, mais comme une morte. Tout est déjà en place, je vois les images. Charles est un père lointain et faible, un fils attardé accroché à sa Camilla maternelle, ce sont désormais ses fils qui comptent, la restauration est en cours. Westminster ne dira rien d’autre. Avec une hypocrisie programmée, l’in­dustrie spectaculaire prendra des airs consternés et présen­tera des excuses, elle jurera qu’on n’assistera plus jamais à de tels excès, et, bien entendu, elle continuera de plus belle. Diana sera disposée en perspective. La morale de cette his­toire se dégagera très vite : être une femme libre expose à une punition sanglante, et peut-être que Dieu Lui-même y a mis la main. D’ailleurs, n’était-elle pas déjà enceinte de son très étrange fiancé égyptien ? Vous imaginez le futur roi d’une monarchie rénovée ayant un demi-frère aussi étrange. Allons, allons, voilà un mythe sacrificiel tombé du ciel. God save the king. La question principale est désormais : qui épousera William (c’est-à-dire, en somme, Diana dans l’au-delà). Toutes les jeunes Anglaises y pensent déjà.

La vie de Diana est un révélateur du système global où nous sommes pris. On sélectionne une jeune fille d’un bon milieu social, un peu gauche, niaise, aux grands yeux bleus. C’est encore le temps où le cinéma se raconte des histoires de rois, de reines, de princesses, avec cérémonies, car­rosses, chevaux, enthousiasme populaire, mariages idyl­liques. Bon, c’est vrai, il y a des fissures dans les décors, mais enfin le dix-neuvième siècle est encore solide, la grande Victoria en a mis un coup pour longtemps. Cepen­dant la technique suit son cours : les journaux ont changé, la télévision est là, on va pouvoir bientôt enregistrer les conversations téléphoniques à distance. La jeune Diana, promise à la pure et simple reproduction biologique, va découvrir, comme toutes les femmes de son temps, qu’une femme, désormais, a plusieurs vies à sa disposition. Le cir­cuit jeune fille vierge-mariée-mère-placard paraît soudain archaïque. La godiche à qui on demande de faire la potiche se rebiffe. Ce n’est pas tellement que son mari la trompe avec une ancienne maîtresse qui l’ennuie, c’est l’ennui tout court. Il y a les corvées de charité, mais c’est le vieux style. Rien à voir avec le show nouveau qui est en train de se mettre en place : l’humanitaire international. Celui-ci est la nouvelle bonne conscience de la mise en publicité du monde. La reine, autrefois, pouvait assister à des contor­sions de peuplades de son Empire, visiter la misère, se pen­cher sur les malades, mais la distance était là, infranchis­sable. Diana, peu à peu, étudie la situation. Elle se déprime, se replie, se suicide un peu, se découvre plus jolie que prévu, écoute ses amies en cours de recyclage moderne, tente deux ou trois aventures avec le mâle local, histoire de se sentir mieux, fraîche, désirable. Comme on s’en doute, ce n’est pas la bagatelle physique qui l’intéresse, mais le jeu, les sourires, la séduction, les glissements de pouvoir.

La sphère « people » entend parler de ses nouvelles dis­positions. La sphère tourne vite. Dans son empire, le soleil ne se couche jamais. Le flash est sa lumière permanente. Ses légionnaires sont partout, c’est la maîtrise des airs et des mers. Une princesse est en cours d’évolution ? Bonne nouvelle. Diana est donc approchée. Elle sera bientôt en stage de formation. On l’imagine déjà quelque part entre Madonna et Mère Teresa. Il faut qu’elle sorte, qu’elle s’ha­bille, qu’elle distille des confidences, qu’elle ait une « his­toire vraie ». Elle va mettre un certain temps à améliorer son goût qui, il faut bien le dire, a d’abord été détestable. Tout récemment, elle y était : vente de ses robes au profit des démunis, et cap sur la nébuleuse Versace, autre vedette de l’été meurtrier. L’arrivée de la princesse de Galles à la cathédrale de Milan pour la cérémonie funèbre du coutu­rier assassiné, voilà un plan parlant, pas du tout gratuit. Faut-il regretter celui où Diana, en hélicoptère, va consul­ter sa voyante ? Peut-être. Les déclarations de la voyante, pour l’instant, nous manquent. Mais attendons, cela finira bien par venir.

Diana, donc, se modèle. Et la métamorphose, peu à peu, a lieu : elle a du talent, un vrai, c’est une actrice sincère. Sa poignée de main au type qui a le sida est un scoop. Elle ferme les yeux avec intensité en prenant contre elle un petit garçon de couleur qui ouvre de grands yeux effrayés, mais voilà, il est aveugle, et d’ailleurs, depuis, il est mort. Plus le look de Diana s’améliore, plus elle est dégagée, sportive, élégante, gaie, affectueuse, plus ses rapprochements avec le malheur des autres, la faim, le désespoir, sont touchants. L’argent, un bon argent, commence à rentrer, quoi de plus naturel, elle travaille. De simple manipulée, elle devient manipulatrice, elle a son mot à dire, son service de presse n’arrête pas d’évaluer les demandes, elle est en train de fon­der sa propre firme, son réseau mondial. Prenez ce brave Dodi Al-Fayed, par exemple : les magasins Harrods, le Ritz, un père décoré par Mitterrand, la hantise de la légiti­mation par la Couronne, voilà le compagnon parfait. Des bateaux, des avions, des voitures, des hôtels particuliers, des bijoux, des virements électroniques puissants, un exotisme un peu crispant mais de bon aloi, cela aussi va dans le bon sens. La princesse est formidable, quel courage, quelle allure, et, en plus, voyez, elle est progressiste, et même travailliste. C’est la princesse du peuple, version Capital radieux. J’ai l’air d’ironiser, mais je suis comme tout le monde : la montée de Diana, c’est !’Histoire elle­ même, et tant pis si la firme royale n’a pu compter que sur cette dissidente pour la représenter. Tant pis, ou plutôt tant mieux : la monarchie sera sauvée par elle. Diana est une sorte de De Gaulle pour les Windsor. Elle sort, elle agite la révolte, elle explose, elle rentre. N’a-t-elle pas cessé d’être une bonne mère ? Voilà l’essentiel. Elle a voulu être heu­reuse ? Et alors ? Le bonheur est une idée neuve à Bucking­ham. Un bonheur, en plus, historiquement juste : ne pas oublier que le duc de Windsor et madame Simpson, vieux scandale, avaient quand même une fâcheuse tendance à ser­rer la main de Hitler.

Cela dit, le spectacle a ses lois, elles sont implacables. Diana, c’est probable, a dû penser qu’elle pouvait jouer ce jeu en toute innocence (une certaine plasticité hystérique a ce genre de naïveté). Or la sphère people n’aime pas les amateurs, les passants, les marginaux, ceux qui voudraient l’exploiter sans la servir avec fidélité, ceux qui s’imaginent que c’est pour eux que la machine fonctionne. Diana doit devenir une professionnelle. Soit, elle sait faire, et une cou­verture pour Vanity Fair, c’est encore un plaisir. Pourtant, d’où vient ce malaise, ce mauvais pressentiment, ce nouvel ennui, à l’horizon, quand tout semble aller si bien ? Diana ouvre un livre que lui a recommandé un ami français. Elle lit : « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. » Elle ne comprend pas très bien. Elle poursuit : « Le spec­tacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. » Non, vraiment, elle ne voit pas. L’image c’est bien la réalité elle-même, à quoi bon réfléchir là-dessus ? Elle bâille, elle fait la moue, elle bat des paupières, elle lève un instant vers le plafond du Ritz ses admirables yeux bleus. Elle lit encore un peu : « À mesure que la nécessité se trouve socia­lement rêvée, le rêve devient nécessaire. Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’ex­prime que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil. » Bon, elle ferme le volume, ce livre n’est pas pour elle, elle avait cru un instant qu’il lui parlerait de son métier. Car c’est un travail à plein temps, maintenant, sa vie. Le cache-cache avec les paparazzi est épuisant, exci­tant aussi, n’exagérons rien. Il faut bien que la pression soit entretenue, qu’il y ait des fuites, des courses, des dispari­tions, des réapparitions, du suspense. Elle est lancée dans un grand film, là, Diana. Une super-production, avec pyra­mides égyptiennes dans le fond, British Museum coupable d’avoir emporté autrefois des trésors, colonialisme sur­monté, saut dans le troisième millénaire. Ce Dodi est un peu lourd, il avait l’habitude des modèles faciles, en voilà justement une qui essaye de tirer la couverture à elle en s’exhibant, bague au doigt, avec son avocate. Elle crie à la trahison, il lui avait promis le mariage, elle porte plainte. Quelle mauvaise actrice, les pleurs sont trop appuyés. Et ce pauvre Clinton avec son accusatrice sexuelle ! Ah, nous sommes bien exposés, nous autres, et pourtant nous faisons le bien au moins trois fois par jour. Dodi tiendra-t-il le coup ? Il le faut. Ça va être dur, mais c’est la guerre. D’ailleurs que faire d’autre ? Sur qui s’appuyer ? Il est sportif, gentil, attentionné, respectueux, sensible aux migraines de sa camarade royale. Pourquoi ne veut-il pas rester au Ritz cette nuit ? Il semble tenir absolument à ce que les pho­tographes tournent autour de son hôtel particulier. Il va donc falloir, encore une fois, entamer une course poursuite. Les gens de l’hôtel ont l’air de trouver ça amusant, et Paris est quand même une ville magnifique. Quoi ? Le pape vient de faire ici un gros succès ? Montrez-moi les photos. Ah oui, pas mal. Élizabeth, en tant que chef de l’Église d’An­gleterre, doit en faire une jaunisse. Tant mieux. Pauvre femme. Quelle vie. Bon, Dodi est de plus en plus énervé, ce doit être ce coup de téléphone de son père. Il a trop bu. On va prendre un chauffeur de l’hôtel qui semble, lui aussi, avoir un sérieux coup dans l’aile. C’est bien comme ça qu’on dit en français ?

Diana reprend un moment son livre (puisqu’il n’y a déci­dément rien à voir à la télévision) : « La spécialisation des images du monde se retrouve, accomplie, dans le monde de l’image autonomisé, où le mensonger s’est menti à lui­ même. Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant. » Elle relit la phrase, elle n’y comprend toujours rien, elle sent qu’elle a très sommeil. Une autre phrase scintille un moment : « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Ces
Français boivent trop, ou bien ils écrivent des choses incom­préhensibles. Heureusement qu’il y a Paris, où on aimerait se promener tranquille, mais non, pas un moment libre, le travail est là.

Elle pense trente secondes à son triste Charles, Diana. Et puis à ses fils, William, Harry. Oui, tout va être très difficile. Quelle aventure. Et peut-être dangereuse, après tout. Enfin, elle a l’opinion pour elle, et l’opinion est la reine du monde, n’est-ce pas. Voilà, il faut partir. Elle se regarde une dernière fois dans la glace. Parfaite, de plus en plus par­faite. Elle boucle son sac et elle jette le livre : elle sait qu’elle n’en aura pas besoin.

Philippe Sollers, Éloge de l’infini, Gallimard, 2001, p. 666-673. Folio 3806, p. 675-682.

*

Gérard Miller : « Diana est une erreur de casting »

Les documentaires ne manquent pas pour évoquer la mémoire de Diana, vingt ans après sa disparition. Gérard Miller, lui, livre un portrait inspiré : Lady Di, la femme qui s’était trompée de vie.

« J’ai toujours trouvé fascinant l’aveuglement de la cour d’Angleterre concernant Diana. C’est ce que j’ai appelé dans le film l’erreur de casting du siècle, note Gérard Miller. Cette jeune fille a été castée sur dossier, on s’est intéressé à ses ancêtres, on a étudié chaque détail qu’on imaginait important et on a oublié l’essentiel, qu’on pourrait appeler la psychologie de Diana. » Si le psychanalyste tente tout d’abord de comprendre comment la cour d’Angleterre a pu se tromper à ce point sur elle, il s’intéresse par la suite à un deuxième aspect. « Comment cette petite jeune fille, cueillie à 19 ans, a pu devenir l’ennemie la plus farouche de toute l’histoire de la monarchie », interroge-t-il.

Pour cela, Diana va notamment s’appuyer sur son incroyable popularité. Dans le portrait Lady Diana, la femme qui s’était trompée de vie, une journaliste de la chaîne britannique ITV avance : « On l’aime parce qu’elle est tout le contraire de la famille royale. Elle était tellement fragile ». Un point de vue que partage Gérard Miller. « Diana était incapable de cacher ses sentiments. Simplement ça. Ce qui est tout à fait singulier pour les Anglais, c’est que dans cette famille, qui arrive à ce point à feindre, qui a une force de caractère incontestable - on a vu pendant la guerre que la famille royale était particulièrement courageuse -, ait pris place cet être si différent et en même temps si princier, comment une telle jeune fille fragile pouvait néanmoins cohabiter avec la reine, cohabiter avec Charles. »

Que retenir alors aujourd’hui de l’histoire de Diana Spencer ? « C’est très bien que les petites filles se déguisent en princesse quand elles ont 6 ans, mais il ne faut pas qu’à 19 ans, comme Diana, elles s’imaginent encore que, dans les palais, le bonheur règne, énonce-t-il. C’est un mythe tenace que celui des princes et des princesses, c’est important de comprendre que dans les contes de fées, les dragons et les sorcières, c’est avant le mariage, et que dans la réalité c’est aussi après. »

Lady Di, la femme qui s’était trompée de vie. A revoir ici

LES BETTENCOURT SUR LE GRIL

Gérard Miller connaît déjà le sujet de son prochain portrait. « Ce sera sur la famille Bettencourt, annonce-t-il. Avec Anaïs Feuillette, on va réaliser un documentaire sur leur histoire, pas seulement le procès et l’affaire Banier, mais en commençant au début du siècle dernier, juste avant la guerre de 14-18, avec la naissance de L’Oréal. Tout part du père de Mme Bettencourt. »

lefigaro.fr

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Gérard Miller : "La mort de Lady Di était pratiquement annoncée"

Votre documentaire s’appelle "Lady Di, la femme qui s’était trompée de vie". C’est-à-dire que Lady Di aurait pu être heureuse si elle n’avait pas épousé Charles et intégré la famille royale ?

Gérard Miller : C’est toujours difficile d’imaginer un autre destin que celui que les gens ont eu. Dans le cas de Diana, on peut penser que les deux années les plus heureuses de sa vie ont été celles qu’elle a passées à Londres entre 18 et 20 ans. Elle n’était pas encore dans les griffes du Palais. Elle a vécu avec des copines dans un appartement, multiplié les petits boulots : baby-sitter, femme de ménage et notamment assistante maternelle dans l’école où Charles est allé la chercher. On peut imaginer que sans ça, elle serait restée à s’occuper d’enfants, et aurait attendu un amoureux. C’était une jeune femme sans grande ambition professionnelle ou personnelle, qui n’avait pas fait d’études et qui avait simplement envie de profiter de la vie. Oui, elle aurait peut-être pu être heureuse …

Ses souffrances auraient pu être atténuées...

On peut imaginer que comme tout un chacun, elle aurait essayé de surmonter ses propres démons. C’est vrai qu’elle était très mal barrée, mais nous, psychanalystes, on arrête pas de croiser des gens mal barrés qui s’en sortent.

A première vue, Lady Di a tout d’une Princesse : le charme, la douce naïveté, la compassion. Qu’est-ce qui l’empêche comme les autres princesses, d’être "heureuse jusqu’à la fin des temps"` ?

Il ne faut pas surestimer le bonheur des princes et princesses. La différence, c’est qu’elle était simplement plus humaine que ceux qu’on voit à Buckingham. Elle était moins robotisée, et l’éducation qu’elle avait reçue, qui était certes une éducation d’aristocrate, ne l’avait pas formatée comme Charles, Andrew et les autres rejetons royaux. Dans le film, on explique qu’elle n’a pas réussi à faire ce que font les membres de la famille royale : masquer ses émotions. La famille royale est composée de zombies. Les gens capables de cacher leurs sentiments sont extrêmement rares. Imaginez la prouesse que réalise la Reine d’Angleterre. C’est une championne de l’hypocrisie.

Lady Di est passée de la fille docile à la femme rebelle. A-t-elle toujours eu ce ce côté "indiscipliné" ou s’est-elle endurcie au gré des souffrances subies au Palais ?

Elle s’est opposée au Palais. Mais elle n’était pas une révolutionnaire ni une insoumise. Elle ne cherchait pas à changer le système. Elle reprochait à la Monarchie de l’empêcher d’être heureuse et de vivre ce qu’elle avait envie de vivre. C’était une rebelle très égoïste, même si elle avait un grand cœur et qu’elle témoignait d’une sympathie beaucoup plus vive que la plupart des femmes de cette aristocratie. Mais sa rébellion était particulière, assez homogène à ce qu’était l’Angleterre de la fin du siècle dernier, où l’individualisme devient de plus en plus marqué. Je crois qu’elle a toujours été très individualiste. Arrivée à la cour d’Angleterre, elle a d’abord pensé qu’elle pourrait mieux s’en tirer que Camilla. Elle était plus jeune, plus jolie, et elle allait donner à l’Angleterre le futur Roi. Puis elle a vite déchanté. Elle s’est rebellée parce qu’elle n’arrivait pas à être princesse comme elle l’aurait aimé. Elle n’a jamais voulu divorcer, lorsque cela a empiré. Elle voulait rester Princesse de Galles, donc c’est quand même une rébellion bien circonscrite.

Est-ce par crainte de ne plus être sous les projecteurs et de perdre l’admiration de ses fans qu’elle ne souhaitait pas divorcer ?

Ne plus être Princesse de Galles lui aurait sans doute fait perdre une partie de cette notoriété qu’elle appréciait tant. D’ailleurs, elle a bien négocié le divorce, puisque le titre de Princesse devait lui être retiré, ce qui n’a pas été le cas.

L’amour du public compensait-il l’absence d’affection de la part de Charles ?

Je ne sais pas si elle avait le sentiment d’avoir gagné aux changes, ce qui est sûr, c’est qu’elle a aimé la notoriété, la célébrité invraisemblable qui est la sienne, et elle en a joué. Il y a de très nombreux exemples de ce que l’on peut appeler des moments de manipulation de la presse, la sublime photo où elle se tient sur la bateau de Dodi Al-Fayed, l’âme en peine, tout au bout d’un plongeoir… C’est photo est faussement volée.

Est-elle parvenue à faire abstraction de sa mésentente avec Charles pour s’accomplir en tant que mère avec William et Harry ?

L’un n’empêche pas l’autre, mais nous montrons dans le film qu’elle a joué un jeu inquiétant avec ses enfants, puisqu’elle a souvent empêché Charles de les voir après leur séparation. Peut-être craignait-elle qu’on lui enlève William et Harry. Sa propre mère, battue par son mari, chassée, répudiée, n’a plus eu le droit de voir ses enfants, tout ça parce que le père était plus puissant que la mère. Diana gardait certainement cette crainte.

Avant de se marier, Lady Diana a hésité. Se doutait-elle du quotidien difficile qui l’attendait, ou pensait-elle réellement trouver le bonheur ?

La soeur aînée de Diana a eu une liaison avec Charles. Sans aucun doute, elle lui a parlé de Camilla, puisque celle-ci avait fait capoter les aventures de Charles avant son mariage. Donc, elle connaissait l’existence de Camilla et a pensé qu’elle arriverait à la vaincre. Diana est une victime d’un système atroce et de gens épouvantables, mais qui en savait long sur ce qui l’attendait. Elle a grandi au coeur d’une aristocratie resplendissante, et a vu ce qu’était son père : une brute, qui cognait sa femme et se tenait mal. Elle n’était pas naïve. La veille de son mariage, Diana s’est rendue compte que cela capotait. Elle dit qu’elle a passé son voyage de noces à dormir… Ce qui ne laisse pas beaucoup de place pour l’optimisme. Les hostilités ont commencé à fleurets mouchetés, puis en bazooka. Lui, n’a jamais voulu faire les confessions qu’il aurait peut-être dû faire. Après tout, il a été constant dans cette histoire d’amour avec Camilla.

Une histoire d’amour qui a survécu aux obstacles…

C’est une relation très forte. Sauf que souvent, dans les histoires d’amour, il y a des victimes. Dans le cas de Roméo et Juliette, ce sont les intéressés qui meurent. Dans le cas de Charles et Camilla, Diana ne survit pas. Il est intéressant de remarquer que dans les histoires d’amour, il y a du sang sur le carrelage.

Selon vous, sa mort précoce était-elle prévisible ?

Dans son histoire personnelle, quelque chose rapprochait certainement Diana de la mort. Au-delà de ses tentatives de suicide, je crois qu’il y avait chez elle quelque chose de profondément suicidaire. La dernière année de sa vie se lit à la lumière de cette mort tragique. Se rapprocher de la famille de Dodi Al-Fayed, et la nuit de l’accident, se retrouver dans cette voiture insensée, pas conduite par un professionnel, c’était une voiture pourrie, qui roule à 130km/h dans Paris… Quelque chose l’amène à la mort. C’était pratiquement annoncé.

Mais lorsqu’elle a commencé à prendre des amants, à tomber amoureuse, n’était-elle pas prête à goûter au bonheur ?

C’est vrai qu’elle est tombée amoureuse de Hasnat Khan, qu’elle a pensé qu’une autre vie commençait, qu’elle deviendrait femme de médecin, et irait parcourir avec lui le monde pour des causes humanitaires. Son cœur n’était pas éteint. Mais cet amour était compliqué, c’était une famille musulmane pas spécialement ouverte, un type qui n’avait pas l’air d’apprécier beaucoup la vie qu’elle menait… On tombe amoureux de qui on peut, mais elle n’a pas choisi le plus facile. Diana croyait au bonheur, mais son inconscient n’y croyait pas beaucoup. En général, c’est l’inconscient qui gagne, donc cela s’est mal terminé.

Le journal des femmes

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