Voir et Entendre - Heidegger et François Fédier -


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Le Thor, août-sept. 1966
Ph. François Fédier

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Heidegger sous l’objectif

I. - « Le vieux Bach est arrivé ! »

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« Nous sommes, dit François Fédier, de part et d’autre de la table, parlant de choses diverses. Philippe Sollers demande si je n’aurais pas, pour "l’Infini", un ou deux clichés inédits de Heidegger. Je m’entends lui répondre : " Mais j’en ai des dizaines !" Pendant un court instant, il reste en silence - puis il dit très posément : "Il faut absolument publier cela, sans tarder." » Ainsi commence «  Soixante-Deux Photographies de Martin Heidegger  », par François Fédier (philosophe), qui vient d’être publié chez Gallimard dans la collection « l’Infini » (95 F). Je me suis senti tout de suite très heureux [2]. Un bonheur un peu gâteux, mais un bonheur. Je savais que j’allais vivre un bon moment. Les soixante-deux photos. Ces huit ou neuf pages d’introduction, « Pris au vol », de F.F., qui datent de mai-juin 1998, et enfin les légendes des illustrations.
L’« Album Saint-Exupéry » ou l’« Album Green » de la Pléiade, pour ne prendre que les deux premiers exemples qui me viennent à l’esprit, m’auraient fait moins plaisir à feuilleter, à commenter même, que ces soixante-deux photos. Dans mon imaginaire, dans mes rêveries, et pour peu que j’y pense, Fédier, c’est un louveteau. Et qu’il soit devenu le photographe, enfin l’un des photographes, de Martin Heidegger, ça lui va très bien. « Ça colle », comme dirait le Maître. Dans la tribu respectueuse, empressée, on doit l’appeler, à l’occasion, « éclair qui jaillit ». Et c’est tellement mieux que de traduire avec maladresse, à n’en plus finir, Heidegger. A force de rechercher le mot exact, l’expression la plus proche, on n’en finit pas. Il n’y a que l’allemand qui serait clair. On commence par l’allemand et on finit par lui. En français, on met à côté de la plaque.

Plaque ? Voilà le mot. Fédier a la plaque sensible. Il disposait dans sa trousse de secours, pour les premières urgences, à portée de main, d’un admirable appareil à plaques. La meilleure façon de traduire Heidegger, c’est encore de le photographier. Et nous avons failli manquer ça. Ces soixante-deux photos auraient pu nous échapper. « Ce livre paraît grâce à un concours de circonstances imprévues. Sans l’intervention de Philippe Sollers, les clichés qui le composent seraient restés dans mes cartons (j’avais même pensé en faire don un jour aux archives Heidegger de Marbach). » Vous imaginez ! A quels périls n’avons-nous pas échappé ? Comme ç’aurait été facile d’aller à Marbach, Marbach am Neckar ! Surtout en ce moment, à Pâques, avec ce peuple !
C’est joli, remarquez, sur une péniche fleurie, de remonter ou de descendre le Neckar, de s’arrêter au passage à Tübingen, à Stuttgart, à Heidelberg et surtout à Marbach, où il y a la maison natale, avec les petits rideaux, de Schiller. Il a donc fallu un deus ex machina pour que tous ces clichés restent en France. Il a fallu rien de moins que Philippe Sollers. « La publication de ces documents va dès aujourd’hui rendre possible, je l’espère, de mettre un visage sur un nom. Que je sois le premier à en remercier Philippe Sollers. » Tant pis, je ne serai que le second.
François Fédier a pris dix séries de photographies de Martin Heidegger. « La première, le jour même où je l’ai vu pour la première fois, à l’occasion de la conférence qu’il était venu prononcer à Aix-en-Provence, " Hegel et les Grecs ", le 20 mars 1958. » C’est-à-dire il y a plus de quarante ans. Le doyen de la Faculté d’Aix aurait rappelé le mot du roi Frédéric II interrompant ainsi une soirée de Potsdam : « Messieurs, le vieux Bach est arrivé ! »

II. - Il mange bien, il boit bien

Qu’avait répondu, à Aix-en-Provence, le 20 mars 1958, Martin Heidegger au doyen ? Ceci :

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« Monsieur le recteur,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
je remercie le Doyen pour ses aimables mots de bienvenue ;
je remercie la faculté de philosophie pour son invitation à parler ici devant nous :
je remercie enfin le collègue Sagave et mon ami Jean Beaufret pour le travail de traduction.

Pourquoi parlé-je ici, à Aix-en-Provence ?
J’aime la douceur de ses pays et de ses villages ;
j’aime la rigueur de ses monts
j’aime l’harmonie des deux ;
j’aime Aix, Bibemus, la montagne Sainte-Victoire ;
j’ai trouvé ici le chemin de Paul Cézanne, auquel, de son début
jusqu’à sa fin, mon propre chemin de
pensée en une certaine mesure correspond.
J’aime ce pays avec sa côte marine parce que s’y annonce le voisinage de la Grèce.
J’aime tout cela parce que j’ai la conviction qu’il n’y a pas d’ ?uvre essentielle de l’esprit dont les racines ne plongent dans un sol original sur lequel il s’agit de tenir debout.
 »

Autrement dit, Heidegger est heureux en France, et il l’affirme par ses paroles, par son visage. Si le titre n’avait pas été retenu par ou pour Dieu, Fédier aurait pu publier ses soixante-deux photos, qui vont de 1958 à 1969, sous le titre vraiment parlant de « Heureux comme Martin Heidegger en France ! ».
Il mange bien. Il boit bien. Il contemple des paysages délectables qui le ravissent. Il est avec des amis, des disciples, un autre lui-même, on le respecte, on l’écoute, on le comprend, il peut parler des choses qui l’intéressent, des seules choses qui comptent, et tout ce qu’il dit suscite l’intérêt admiratif de ceux qui l’écoutent. Il y a à côté de lui l’incomparable Jean Beaufret qui semble danser gracieusement dans le paysage. Beaufret, si c’est possible, c’est comme si c’était Heidegger en français, son double. Peut-être que Heidegger n’a jamais été aussi heureux de sa vie que pendant ces années-là. Les vacances de la vie. Il faut le croire. Et puis plus tard, quand il partira avec sa femme pour la Grèce. En bateau. En croisière. Le retour à l’origine.
Fédier, ce sont donc ses photos qui nous touchent. Il est fait pour admirer et pour photographier. On peut trouver par moment ses réflexions un peu niaises. Mais pas plus que celles de certains disciples de Socrate.

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François Fédier le 22 février 2008
Crédit : parolesdesjours

Quand on voit les photos de Fédier, ce que l’on regrette le plus, c’est qu’il n’y en ait pas d’autres. Il y en a, mais elles ne nous sont pas données. Un homme qui est né en 1889, comme Hitler, et qui est mort en 1976, qui a été un grand professeur, ce ne sont pas les photos de lui qui manquent. En 1914, il avait par exemple 25 ans. En 1929, 40 ans. En 1933, 44. En 1939, 50. En 1949, au moment de la création de la République fédérale, 60 ans. Et ainsi de suite. Husserl, son vieux rival, était né en 1859, trente ans de plus.
Maintenant qu’on sait que Heidegger a fait une « grosse bêtise » et qu’on le sait depuis plus de cinquante ans, plutôt que de chercher un document de plus pour tenter de l’accabler davantage, on pourrait peut-être écrire un gros livre sur lui. Avec toute la subtilité possible. Un Américain peut-être. Un moment, Fédier dit : « Me revenaient mon intention, il y a dix ans, de faire paraître ces photographies à l’occasion du centenaire de la naissance de Heidegger, et les circonstances qui m’ont fait abandonner le projet - l’abandonner pour de bon (en avoir fait le deuil). Tout à coup redevient possible ce qui avait cessé de l’être. » Ô le gros chagrin d’enfant ! Et l’oncle Philippe qui lève la punition !

III. - Mes deux voyages

Dans ma jeunesse, c’est-à-dire entre 16 et 25 ans, j’ai l’impression d’avoir fait deux voyages d’une relative importance. L’un dans le cinéma américain, dans ce qu’on a appelé « la série noire », où j’ai découvert le suspense. L’autre voyage, c’est Heidegger. Son premier livre traduit en français par Henry Corbin, «  Qu’est-ce que la métaphysique  », une suite de morceaux choisis. Il y avait des fragments de «  l’Etre et le Temps  ». Il y avait aussi le suspense.

Bernard Frank, Le Nouvel Observateur du 8 avril 1999.

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Entendre Heidegger et autres exercices d’écoute

C’est le titre du dernier livre de François Fédier. Il est publié aux éditions Le Grand Souffle. On peut se le procurer sur le site rezolibre (livraison par retour).
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Dans un long entretien video du 22 février 2008 avec Stéphane Zagdanski, François Fédier présente le contenu de son livre. On peut voir et écouter cet entretien sur le site paroles de jours, site dont on ne peut que recommander la "visite" régulière.

Le livre comprend des textes publiés dans diverses revues, souvent confidentielles, de 1983 à 2007. Ayant fait le constat que « publier en revue est le meilleur moyen de disparaître », il est bien que François Fédier ait décidé de réunir ses textes en volume. On y découvre en effet la cohérence des propos du « spécialiste de Heidegger », mais aussi des analyses qui dépassent « le cas Heidegger » pour ouvrir, à partir du poète Mandelstam, une approche du « fascisme », du « stalinisme » — et de sa langue de bois — qui mérite l’attention (« Aller-retour »).

Un certain nombre des textes de Entendre Heidegger, ont été publiés dans la revue L’Infini. Ce sont : S’il s’agit vraiment de rendre justice à Heidegger, Hommage à Jean Beaufret, L’irréprochable. Mais d’autres textes, non repris dans le livre, ont également été publiés dans L’Infini, notamment le cours de François Fédier sur Ecce homo de Nietzsche. Vous en trouverez les références ci-dessous.

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Francois Fédier dans L’Infini

Nous reproduisons les présentations faites par François Fédier des occasions qui ont justifié l’écriture ou la publication des textes auxquels nous renvoyons le lecteur.

S’il s’agit vraiment de rendre justice à Heidegger

« Dans le numéro 53 de L’Infini, quelqu’un qui n’a visiblement jamais réfléchi au fait pourtant bien intéressant qu’habituellement nous ne voyons guère que ce que nous croyons voir, évoquait ma « mine catastrophée... lors des révélations sur l’attitude de Heidegger pendant le nazisme » [3]. J’ai donc écrit à la revue pour rectifier cette bévue, et signaler que ma mine reflétait bien plutôt une profonde consternation — celle de voir qu’il se trouvait, dans l’intelligentsia parisienne, des gens qui, sans le moindre esprit critique, prenaient pour des « révélations » le ramassis de contrevérités auquel se réduit le livre de Farias.
Au reçu de mon courrier, Philippe Sollers m’a proposé de clarifier les raisons pour lesquelles, à mon sens, le débat autour de Heidegger continue, après la publication des Ecrits politiques, d’être verrouillé.
Nous savons tous qu’il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ; mais on n’avance guère tant que l’on ne demande pas pourquoi le sourd ne veut pas entendre.
Je remercie vivement Philippe Sollers de m’avoir ouvert les pages de L’Infini — et sans plus tarder j’aborde mon sujet. »

François Fédier (juillet 1996), Entendre Heidegger, p. 273-306 [’Infini n°56, hiver 1996, p.33-52 [4].].

Se reporter aussi aux entretiens qui ont suivi la parution, en septembre 1995, des Écrits politiques 1933-1966, de Martin Heidegger, traduits, annotés et préfacés par François Fédier ici.

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Hannah Arendt à propos de Heidegger

Entendre Heidegger, p.53. A propos d’une lettre de H. Arendt du 24 mai 1952 et du verbe gelassen et de la gelassenheit.
Le court texte de Fédier suit un entretien de Ph. Sollers avec Yannick Haenel et François Meyronnis, Heidegger en passant, illustré d’une photo de Heidegger en compagnie de Barbara Cassin prise par F. Fédier au Thor l’été 1966.  L’Infini n°67 , automne 1999 (p.25 pour le texte de Fédier).

Fumée sans feu

Article de juillet 2001, publié dans L’Infini n°76 , automne 2001 (p.106-108).

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Hommage à Jean Beaufret

Entendre Heidegger, p.365-386, [L’Infini n°91, été 2005, p.99 à 111].

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Conférence prononcée pour le bi-centenaire du lycée Condorcet le mardi 11 mai 2004.

(GIF) 1ère partie, 33’14

(GIF) 2ème partie, 22’34

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Jean Beaufret : Une vie, une oeuvre

1. Une vie, une oeuvre

Avec Pierre Jacerme, François Fédier et Hadrien France-Lanord.


Pour démarrer l’écoute, cliquez sur la flèche verte

2... Un autre hommage de François Fédier à la mort de Jean Beaufret (1982) sur le site des Editions de Minuit

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L’irréprochable

S’ils se taisent, je me tairai...
Jean de Condé, trouvère (Fin du XIIIème siècle).

[Ce texte, peu modifié, reprend celui qui a été publié en 2003, aux éditions Humanitas de Bucarest dans le livre d’hommage à Walter Biemel, à l’occasion de ses 85 ans. Il était judicieux de rappeler le rôle éminent qu’a joué Walter Biemel dans la connaissance que nous pouvons avoir du comportement de Heidegger, aussi bien comme professeur d’Université que comme interlocuteur privé, au moment où la tyrannie nazie battait son plein, c’est-à-dire au moment où le jeune homme qu’était Walter Biemel arriva de sa Roumanie natale pour étudier à Fribourg en Brigsbau.
On reproche beaucoup de choses à Heidegger. Faire des reproches est une attitude si répandue que nous y passons si facilement les bornes. Cela n’est pas trop grave tant qu’il s’agit de peccadilles. Mais quand l’objet du reproche touche à l’essentiel, il est pour le moins prudent de se demander d’abord si le reproche que l’on formule contre quelqu’un est recevable ou non. En d’autres termes, il s’agit, au préalable, de savoir ce qui peut être reproché à quelqu’un, par opposition à ce qui ne le peut pas. C’est pourquoi je prends soin de définir l’acception univoque dans laquelle je prends le terme « irréprochable ». Ainsi, à celui qui a volé un ?uf il n’est pas reprochable d’avoir volé un b ?uf. La précaution introduite de la sorte devrait empêcher de déraper en de honteux excès d’incrimination.]

Entendre Heidegger, p.307-327 [L’Infini n°95, n° spécial Heidegger : le danger en l’Être, été 2006, p.140 à 153].

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L’irréprochable

Le texte complet à télécharger ci-joint :

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Nietzsche, Ecce homo

(Cours de François Fédier, professé pendant l’année 1977-1978)
Le cours tout entier pourrait s’intituler : Comment remonter la pente

La publication est précédée de l’avertissement suivant :

[Ce travail doit se comprendre comme une simple introduction à la lecture du livre de Frédéric Nietzsche. Mais il suppose du même coup déjà acquise une certaine familiarité avec le texte. Ce dernier ne peut malheureusement pas être inclus intégralement dans le commentaire, pour la simple raison qu’il en rendrait trop hachée la lecture. Comme il existe de nombreuses éditions de poche de Ecce homo, aussi bien en traduction que dans le texte original, il suffira d’en avoir un exemplaire près de la main pour reprendre contact avec le texte chaque fois que cela sera ressenti comme nécessaire.]

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Fédier, Ecce homo

L’Infini n°97 , p. 66 à 85.
L’Infini n°98 , p. 84 à 101.

Texte ci-joint.

Nietzsche, Ecce homo dans la traduction d’Alexandre Vialatte

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Voir aussi sur Public Sénat

Le "débat" François Fédier - Emmanuel Faye du 23 février 2007

Jean-Pierre Elkabbach reçoit les philosophes et éminents spécialistes de Heidegger François Fedier et Emmanuel Faye pour un débat sur la philosophie de Heidegger en rapport avec les liens que celui-ci a entretenu avec le régime nazi.

François Fedier : Heidegger à plus forte raison (Fayard) Emmanuel Faye, Heidegger : l’introduction du nazisme dans la philosophie (Albin Michel)

avec :
Pascal DAVID, Philosophe
Emmanuel FAYE, « Heidegger l’introduction du nazisme dans la philosophie »
François FEDIER, Auteur de « Heidegger à plus forte raison »
Edouard HUSSON, Historien, maître de conférences à l’université Paris IV.









La transcription intégrale du débat.

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Nombreux documents de François Fédier sur (GIF) Paris4philo

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Hannah Arendt et Martin Heidegger

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Hannah Arendt a pris des photos de Martin Heidegger le 17 août 1967 avec son propre appareil photo. Celles-ci se trouvent reproduites ci dessous en étant disposées dans le sens des aiguilles d’une montre (en partant de la photo n°2 en haut à gauche) ; de la première photo (au centre), a également été tirée une série au format carte postale.

Martin Heidegger écrivit, après avoir reçu ces tirages : « Merci pour les clichés si réussis, qui ont le don de fixer des phases de nos entretiens, et de donner à l’invisible une visible configuration. »

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 Conférences de Pascal David et François Vezin 

A l’occasion de la publication des Lettres et autres documents 1925-1975 — Hannah Arendt-Martin Heidegger, la Librairie « La Belle Image » et Cécile Delobel, professeur de philosophie, ont organisé à Reims le 14 mars 2001 une soirée de présentation du livre avec Pascal David, traducteur de la correspondance, François Fédier et François Vezin, traducteurs de Heidegger [5].
Vous pouvez écouter ci-dessous la présentation des invités par Cécile Delobel, l’intervention de Pascal David qui porte sur la correspondance et celle de François Vezin à propos d’un texte de Hannah Arendt — non publié de son vivant — Heidegger "le renard".
François Fédier est intervenu lors du débat qui a suivi. Débat qui, comme il fallait s’y attendre, a beaucoup porté sur l’"engagement" de Heidegger et l’épisode du Rectorat. La qualité sonore des interventions des auditeurs est médiocre, en raison des conditions de l’enregistrement.

(JPEG) Présentation (4’51)


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Intervention de Pascal David (23’)


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Intervention de François Vezin (46’50)

Heidegger "le renard" [6]


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Le débat (1h12)


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Hommage à Heidegger

Quelques jours après la mort de Heidegger le 26 mai 1976, Philippe Nemo réunit pour un hommage sur France Culture plusieurs de ses amis : Kostas Axelos, Henri Birault, Henry Corbin, Michel Haar et Roger Munier. Cet hommage fut l’occasion d’un débat sur la question de l’être et du sacré, sur les relations entre pensée et expérience.

juin 1976, 90’.


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Un professeur. Hommage à Henri Birault

En ces temps de misère de l’enseignement et de crise de la « transmission » — crise ouverte en mai 1968, dont Mai 68 n’est pas la cause (comme on nous répète à l’envie), mais qu’il manifeste ouvertement —, en ces « temps de détresse », il faut savoir aussi saluer certains professeurs. François Fédier rend hommage à Jean Beaufret. Si, après 68, je n’ai pu assister, pour des raisons géographiques, qu’à certains des cours de Jean Beaufret (on le pouvait sans être son élève), j’ai eu, étudiant en philosophie à Lille dans les années soixante, en fait de 1966 à 1968, la chance d’avoir comme professeur Henri Birault.

C’est avec lui que j’ai découvert Heidegger et Nietzsche [7]. Alors que certains universitaires, ressassant leur énième publication, plongeaient les étudiants dans l’ennui, Henri Birault éveillait. Henri Birault venait en cours avec quelques livres, les ouvraient devant lui et... pensait à haute voix devant nous. J’entends par là qu’il ne lisait pas son cours, comme tant d’autres, mais que, lectures et citations à l’appui, nous faisait entendre une pensée à l’état naissant. Le souvenir que j’en ai me fait penser à ces « improvisations » des grands jazzmen qui vous emportent là où vous ne vous y attendez pas et donnent à la musique un sentiment d’« évidence » (c’est le titre, on s’en souvient, d’une des meilleures interprétations de Thelonius Monk). Parler d’improvisation ne doit pas nous tromper : on sait qu’il y faut une grande maîtrise de son sujet.
Henri Birault pensait devant nous et nous faisait participer à l’émergence de cette pensée. Ce n’était pas un « spectacle » qu’il proposait, mais une écoute active qu’il sollicitait.
Inutile de dire qu’avec lui, l’idée que des penseurs comme Heidegger ou Nietzsche auraient pu être réduits à des philosophes universitaires « ratiocinant » ou, plus encore, à des philosophes « nazis », était inconcevable. Il s’agissait de tout autre chose.

Henri Birault pouvait donner l’impression d’être « perdu » dans ses pensées, il était en fait très attentif à ses étudiants même si ceux-ci n’avaient pas l’âme d’un « courtisan » (c’était mon cas). J’en ai eu une preuve manifeste en 1969.
Henri Birault venait d’être nommé professeur à la Sorbonne. Fauché, venant de Lille en "auto-stop", j’allais l’écouter. A son premier cours, j’étais assis tout en haut de l’amphi (l’amphi Richelieu si ma mémoire est bonne). Henri Birault remonte tout l’amphi avec un grand sourire, je me retourne pensant qu’il va saluer quelqu’un derrière moi : personne. Il me serre la main et me dit, visiblement ému : « Il ne fallait pas ! » C’est lui qui était reconnaissant !

Henri Birault a laissé deux gros livres : «  Heidegger et l’expérience de la pensée  », le seul qu’il ait publié de son vivant (Gallimard, 1978), et De l’être, du divin et des dieux , recueil de ses articles publié en 2005 ( Editions du Cerf).

Dans l’avertissement de Heidegger et l’expérience de la pensée, je lis :

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« Penser signifie maintenant se laisser dire ce qui est digne d’être pensé. Penser signifie donc écouter. Ecouter est déjà parler. L’écoute est la forme la plus simple et la plus haute de la parole. Quelle est cette parole qui n’est pas la parole d’un homme ou d’un dieu ? C’est la rumeur du silence, c’est le dire d’une parole sans origine et sans épaisseur qui toujours en chaque chose se déclare. Elle n’exprime rien, elle ne représente rien, elle ne communique rien. Elle parle seulement et tout est changé : les choses nous regardent, les choses nous disent quelque chose, un monde se lève. [...]

La parole n’a plus rien derrière elle et tout est devant elle : la terre et le ciel, les hommes et les dieux. Tout est dans l’attente de cette nomination inconsistante et souveraine. Penseurs et poètes recueillent la parole inexpressive et signifiante qui toujours appelle, désigne ou convoque. Ils donnent la parole à la parole, ils la font parler, ils la laissent parler. Quelque chose se dit  : la parole parle. »

A la fin du livre, dans un beau chapitre intitulé « Le temps et l’histoire », Henri Birault écrit :

« Seul Heidegger ose dire que si le temps est le prénom ou l’horizon de l’être, il est aussi le fondement et la condition de l’esprit. » (p.534)

Et dans une Note, après avoir rappelé que, pour Heidegger, « c’est seulement lorsqu’elle cesse de battre — l’horloge... que pour la première fois tu l’entends » [8], il cite le fragment Zeit, extrait des textes dédiés à René Char sous le titre Gedachtes :

Zeit

Wie weit ?
Erst wenn sie steht, die Uhr,
im Pendelschlag des Hin und Her,
hörst du : sie geht und ging und geht,
nicht mehr.
Schon spät am Tag die Uhr,
nur blasse Spur zur Zeit,
die, nah der Endlichkeit,
aus ihr ent-steht.

Temps

Quelle ampleur ?
Ce n’est que lorsqu’elle cesse de battre, l’horloge,
le va-et-vient du pendule,
que tu entends : elle va, elle allait et
ne va plus.
Déjà tard dans le jour, l’horloge,
rien que le pâle sillage vers le temps ;
lui, à l’orée de la finitude,
c’est à partir d’elle qu’il s’en vient.

(Trad. Jean Beaufret et François Fédier)

Les deux mots qui composent le premier vers : Wie weit ? ne sont qu’une interrogation : ils interrogent le temps quant à sa longueur. L’écriture insolite du dernier mot du poème : ent-steht ne dit pas seulement la genèse du temps à partir de la finitude ; il dit aussi qu’il y a deux formes de temps : le temps authentique et le temps inauthentique, celui qui ne passe pas et celui qui passe, le temps debout et le temps couché (cf. l’opposition entre gehen et stehen). »

Comme dit le narrateur de Un amour américain :

« Ce qui a été ne passe pas. On demeure ce qu’on est si on a connu un grand été. « Je suis été » : le Français permet cette clarté d’orage. [...]
Quand on dîne ensemble, aujourd’hui, le « être été » nous précède. Un temps vertical passe à travers nous, on se pardonne de voyager dans le temps horizontal. »
(c’est moi qui souligne)

On le voit : je ne suis pas sorti du sujet.

A.G.

PS : Je découvre l’hommage rendu à Henri Birault par Michel Guérin, mon condisciple de Louis-le-Grand. Lisez-le, je ne peux qu’y souscrire : pdf(GIF) (le 17-12-13).

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[1] Documentaire réalisé par Walter Rudel et Richard Wisser (1975). Un entretien télévisé avec Heidegger avait été diffusé sur ZDF le 24 septembre 1969. Il avait été réalisé par Richard Wisser, né en 1927, à l’époque professeur de philosophie à l’université de Mayence. Le texte en a d’abord été publié en 1970 aux éditions Alber. La traduction française figure dans les Cahiers de l’Herne Martin Heidegger, p.93-97 (1983).

[2] Heureux ? Moi aussi, et plutôt deux fois qu’une :

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Dédicace

[3] Dans le n°53 de la revue, Philippe Batsale consacrait un article au Rêve de Bourdieu dans lequel il s’attachait à démonter la mécanique bourdieusienne et à démontrer qu’il existait, à l’université, dans l’édition, « une répartition bureaucratique du pouvoir » amenant « un universitaire, ou un groupe d’universitaires, à constituer des réseaux, parfois avec l’aide de maisons d’édition, pour s’approprier l’oeuvre d’un auteur et faire la police autour de leur droit de propriété. » François Fédier était cité, à titre d’exemple, d’« identification à un auteur » (p.112).

[4] A noter que, dans ce numéro, Sollers publie un entretien Sur Artaud où il revient longuement sur Heidegger et Nietzsche, Heidegger et Hölderlin, pensée et poésie, affirmant que « Artaud attend son Heidegger. »

[5] On doit à François Vezin la traduction de Sein und Zeit (Etre et Temps, Gallimard, 1986)

[6] Extrait du journal de Hannah Arendt (manuscrit), datant d’août ou septembre 1953.

[Extrait de Journal de mes pensées, Cahier XVII, conservé au Deutsches Literaturarchiv de Marbach sous le n° 93.37.16 ; ce texte a été publié dans une traduction anglaise due à Jerome Kohn, cf. Essays in Unders­tanding, p. 261-362]

(PNG) Heidegger rapporte, très fièrement : « Les gens disent : ce Heidegger, c’est un vrai renard. » Or voilà l’histoire très-véridique du renard Hei­degger :

Il était une fois un renard si peu rusé que non seulement il tombait régulièrement dans les pièges, mais ne savait même pas faire la différence entre un piège et ce qui n’en est pas un. Ce même renard avait en outre une infirmité, liée à quelque léger défaut de son pelage, en sorte que lui manquait totalement la protection naturelle dont jouissent les autres renards face aux intempéries auxquelles est exposée une vie de renard. Après que notre renard eut passé le plus clair de sa jeunesse à se démener dans les pièges tendus à d’autres comparses, tant et si bien qu’il n’était pour ainsi dire plus une seule touffe de sa fourrure qui s’en sortît indemne, il prit la résolution de se retirer entièrement du monde des renards et se mit à construire son terrier. Dans son ignorance inimaginable de la différence entre les pièges et les non-pièges, mais fort de son incroyable expérience en matière de pièges, il eut soudain une riche idée, qui, de mémoire de renard, n’était jamais venue à aucun goupil : il s’aménagea un piège en guise de terrier, s’y établit à demeure, et le fit passer pour un terrier parfaitement normal (non par ruse, mais parce qu’il avait toujours pris les pièges où il arrivait aux autres renards de tomber pour leurs terriers), mais il s’avisa néanmoins de devenir rusé à sa manière en apprêtant le piège arrangé par ses soins, et qui ne convenait qu’à lui seul, en piège accueillant pour quiconque voudrait seulement se donner la peine d’entrer. Ce qui témoi­gnait une fois de plus de sa grande ignorance en matière de pièges : nul ne pouvait se trouver à l’aise dans son piège, vu que lui-même occupait déjà les lieux. Et cela le contrariait beaucoup ; on sait bien, malgré tout, qu’il arrive à tous les renards de tomber à l’occasion dans des pièges, si rusés soient-ils. Comment donc se pouvait-il qu’un piège à renards, dis­posé de surcroît par le plus expert en pièges de tous les renards, fît piètre figure en comparaison des pièges tendus par les hommes et les chasseurs ? Pour la bonne raison, se dit-il, que le piège n’était pas assez clairement signalé comme piège. Notre renard eut donc l’idée de déco­rer son piège fort joliment et de disposer partout des signaux indiquant fort clairement : venez tous, venez donc voir un piège, le plus beau piège du monde. Une chose devint parfaitement claire, c’est que si d’aventure un renard allait se fourrer dans ce piège, ce n’était pas faute d’avoir été prévenu. Et pourtant, ils furent nombreux à venir. Car, nous l’avons dit, ce piège faisait office de terrier pour notre renard. Voulait-­on lui rendre visite dans le terrier qui était son chez-lui, il fallait bien entrer dans le piège. Tout autre que lui pouvait assurément aller voir ailleurs. Lui non, parce que son piège lui était au sens propre du mot taillé sur mesure. Ce qui fait que notre renard ayant élu domicile dans son piège disait fièrement : mon piège attire beaucoup de monde, me voilà devenu le meilleur de tous les renards. Il y avait bien là une part de vérité : nul ne s’y entend mieux en matière de pièges que celui qui, sa vie durant, a élu domicile dans un piège.(PNG)

[7] Etait-ce « au programme » ? L’intérêt de sa lecture de Heiddeger et de Nietzsche est qu’elle compliquait les choses. H.B. ne se contentait pas de faire une lecture "heideggerienne" de Nietzsche, il lisait aussi Heidegger à partir de Nietzsche. Cette sorte d’oscillation entre les deux penseurs est encore très visible à la fin de Heidegger et l’expérience de la pensée.

[8] Comment ne pas penser à Rimbaud : « Il y a une horloge qui ne sonne pas. » (Enfance III). Lire notre article : Question de Temps

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Commentaires

  • Voir et Entendre - Heidegger et François Fédier -
    6 octobre 2013, par A.G.
    Le livre de François Fédier Entendre Heidegger - Et autres exercices d’écoute vient d’être réédité en format de poche dans une « édition revue et corrigée ». Nicolas Plagne en donne un nouveau compte-rendu dans Mais veut-on vraiment lire ?.
  • Entendre
    17 avril 2008, par A.G.

    François Fédier et Jean Beaufret

    Vous pouvez écouter l’hommage que France Culture a rendu à Jean Beaufret le jeudi 16 avril dans l’émission :

    Une vie, une oeuvre(GIF)

    avec Pierre Jacerme, François Fédier, Hadrien France-Lanord.

  • > Voir et Entendre - Heidegger et François Fédier -
    10 mars 2008, par V.K.

    Temps / Quel mouvement ? En écho de Zeit / Wie weit ? Plutôt que la traduction littérale Temps / Quelle ampleur ?

    Un parti pris. Celui d’accorder une place à la rime complètement sacrifiée dans la traduction que je lisais, D’où la liberté prise de rimer Temps avec mouvement en liaison avec le battement de l’horloge dont on ne prend conscience que lorsqu’il n’est plus - lorsqu’il s’arrête ! ( en résonance avec le gehen/stehen)
    En prime, identité de genre du couple Temps/mouvement - deux masculins - sauvegardée, en lieu et place des deux féminins Zeit/weit, identité de genre perdue dans Temps / Quelle ampleur.
    Avais aussi envisagé Temps / Quel espace proche du littéral, dans l’opposition temporelle/spatiale, avec identite de genre du couple, mais sans conserver la rime)

    D’où, aussi, les variations : son va-et-vient / ....plus ne revient. / ...de là, il advient. où là, sens littéral et musique peuvent jouer à plein leur partition.

  • > Voir et Entendre - Heidegger et François Fédier -
    10 mars 2008, par A.G.

    J’ouvre au hasard les « Lettres de 1925 à 1975 - Hannah Arendt - Martin Heidegger » (Gallimard, p.220) et voilà :

    Extrait de « Pensivement »

    TEMPS

    En quel ampleur ?
    C’est seulement lorsqu’elle s’arrête, l’horloge, _ avec le battement et son va-et-vient, _ que tu l’entends : elle marche, _ elle marchait et ne _ marche plus. _ Déjà le jour, _ l’horloge, _ simple pâle sillage _ du temps _ qui, à l’orée de la finitude, _ d’elle en naît.

    M.H.

    C’est le texte que Heidegger a joint à sa lettre à Hannah Arendt en date du 9 XI 70.
    La traduction est de Pascal David.

  • > Voir et Entendre - Heidegger et François Fédier -
    9 mars 2008, par A.G.

    Debout / couché.

    Comme dit le narrateur de Un amour américain :

    « Ce qui a été ne passe pas. On demeure ce qu’on est si on a connu un grand été. « Je suis été » : le Français permet cette clarté d’orage. [...]
    Quand on dîne ensemble, aujourd’hui, le « être été » nous précède. Un temps vertical passe à travers nous, on se pardonne de voyager dans le temps horizontal. »
    (L’Infini n°67. C’est moi qui souligne. A.G.)

  • > Voir et Entendre - Heidegger et François Fédier -
    3 mars 2008, par V.K.

    Voilà bien avec Zeit en version originale et sa traduction en français, une illustration de l’assertion que l’allemand est particulièrement efficace comme langue de la philosophie.

    Zeit

    Wie weit ?
    Erst wenn sie steht, die Uhr,
    im Pendelschlag des Hin und Her,
    hörst du : sie geht und ging und geht,
    nicht mehr.
    Schon spät am Tag die Uhr,
    nur blasse Spur zur Zeit,
    die, nah der Endlichkeit,
    aus ihr ent-steht.

    Temps

    Quelle ampleur ?
    Ce n’est que lorsqu’elle cesse de battre, l’horloge,
    le va-et-vient du pendule,
    que tu entends : elle va, elle allait et
    ne va plus.
    Déjà tard dans le jour, l’horloge,
    rien que le pâle sillage vers le temps ;
    lui, à l’orée de la finitude,
    c’est à partir d’elle qu’il s’en vient.

    (Trad. Jean Beaufret et François Fédier)

    _ Tout l’art des traducteurs et leur expertise tant de la langue allemande que de Heidegger ne suffisent pas à rendre l’admirable musique et la force de concision et richesse de sens du texte allemand.

    L’unité des féminins _ avec die Zeit, die Uhr, die Endlichkeit,

    Les opositions : _ Zeit / weit en double résonance de la rime et physique (temps et espace),

    Les Hin ou Her du balancier de l’horloge, ample mouvement « de » (l’origine) vers - (la destination, la fin, le but...) - on peut aussi entendre « l’éternel retour » avec le Her qui suit le Hin - plus ample que le simple « va-et-vient » réducteur de la traduction. Amplitude accentuée par la personnalisation de Hin et Her avec l’utilisation non conventionnelle de la majuscule .

    gehen/stehen, opposition soulignée par A.G. Quoique l’opposition soit, à mon avis, plus de nature mouvement / statique que couché / debout. L’idée de « couché » n’est pas présente dans gehen. Au mouvement de gehen (aller), s’oppose le statique stehen (se tenir là). Et entstehen (naître, le passage à la vie - du statique au mouvement, le différentiateur de la matière inerte et de la matière vivante. Nos cellules les plus élémentaires et du plus lointain de la vie unicellulaire sont doués de mouvement [1] ) _ Le préfixe ent (notre de dé-couvrir..., cesser de couvrir pour faire apparaître) associé à stehen, illustre parfaitement ce changement d’état. _ entshehen : cesser d’être statique, se mettre à bouger, naître pour être.

    Les rimes _ Zeit/weit _ Uhr/Uhr _ Her/mehr _ Zeit/keit _ geht/steht _ _

    A partir de cette analyse ai tenté un autre compromis de traduction. Ce compromis, ne restitue pas non plus la totalité de l’original. Meilleur ou pire ? Cela reste un compromis. Simple jeu de l’esprit et divertissement en ce qui concerne son élaboration :

    Zeit

    Wie weit ?
    Erst wenn sie steht, die Uhr,
    im Pendelschlag des Hin und Her,
    hörst du : sie geht und ging und geht,
    nicht mehr.
    Schon spät am Tag die Uhr,
    nur blasse Spur zur Zeit,
    die, nah der Endlichkeit,
    aus ihr ent-steht.

    Temps

    Quel mouvement ? _ Seulement lorsque cesse de battre l’horloge, _ que son balancier arrête son va-et-vient, _ tu entends qu’il va, allait et plus ne revient. _ Déjà tard dans le jour l’horloge, _ rien que pâle traînée vers le Temps, _ à l’orée de sa finitude, _ de là, il advient.

    —oOo—

    [1] Comment est-on passé de cet organisme circulaire élémentaire qui se déplace par contraction-décontraction, au tétrapode humain avec tronc et membres ? Lisez l ?intéressant livre de Sylvain Fleury : L ??uf et l ?éternité, le sens de l ?évolution, Flammarion, 2006. Un physicien applique la physique des fluides à la morphogénèse qui a en engendré nos formes à partir de la gelée primaire - façon méduse ? jellyfish en anglais - des cellules premières ( la méduse « pâte vivante », à l ?échelle du temps de l ?évolution animale, c ?est l ?animal le plus primitif qui existe encore). Mieux, écoutez une de ses conférences si vous en avez l ?occasion. En mouvement, il est encore plus passionnant. Et la morphogénèse se comprend mieux avec des animations sur écran qu ?en lisant une page statique d ?un livre.