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Voir et Entendre - Heidegger et François Fédier -
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Le Thor, août-sept. 1966
Ph. François Fédier
Sommaire :
S’il s’agit vraiment de rendre justice à Heidegger L’irréprochable| Nietzsche, Ecce homo Le "débat" François Fédier - Emmanuel Faye du 23 février 2007 Hannah Arendt et Martin Heidegger Conférences de Pascal David et François Vezin (avec F. Fédier) Voir également : Heidegger meurt le 26 mai 1976. Huit jours après, Philippe Némo s’entretient sur France Culture avec Kostas Axelos, Roger Munier, Michel Haar et Henri Birault (avec le témoignage d’Henri Corbin, premier traducteur de Heidegger) : Heidegger sous l’objectifI. - « Le vieux Bach est arrivé ! »
« Nous sommes, dit François Fédier, de part et d’autre de la table, parlant de choses diverses. Philippe Sollers demande si je n’aurais pas, pour "l’Infini", un ou deux clichés inédits de Heidegger. Je m’entends lui répondre : " Mais j’en ai des dizaines !" Pendant un court instant, il reste en silence - puis il dit très posément : "Il faut absolument publier cela, sans tarder." » Ainsi commence « Soixante-Deux Photographies de Martin Heidegger », par François Fédier (philosophe), qui vient d’être publié chez Gallimard dans la collection « l’Infini » (95 F). Je me suis senti tout de suite très heureux [2]. Un bonheur un peu gâteux, mais un bonheur. Je savais que j’allais vivre un bon moment. Les soixante-deux photos. Ces huit ou neuf pages d’introduction, « Pris au vol », de F.F., qui datent de mai-juin 1998, et enfin les légendes des illustrations. Plaque ? Voilà le mot. Fédier a la plaque sensible. Il disposait dans sa trousse de secours, pour les premières urgences, à portée de main, d’un admirable appareil à plaques. La meilleure façon de traduire Heidegger, c’est encore de le photographier. Et nous avons failli manquer ça. Ces soixante-deux photos auraient pu nous échapper. « Ce livre paraît grâce à un concours de circonstances imprévues. Sans l’intervention de Philippe Sollers, les clichés qui le composent seraient restés dans mes cartons (j’avais même pensé en faire don un jour aux archives Heidegger de Marbach). » Vous imaginez ! A quels périls n’avons-nous pas échappé ? Comme ç’aurait été facile d’aller à Marbach, Marbach am Neckar ! Surtout en ce moment, à Pâques, avec ce peuple ! II. - Il mange bien, il boit bien Qu’avait répondu, à Aix-en-Provence, le 20 mars 1958, Martin Heidegger au doyen ? Ceci : ![]() « Monsieur le recteur,
Autrement dit, Heidegger est heureux en France, et il l’affirme par ses paroles, par son visage. Si le titre n’avait pas été retenu par ou pour Dieu, Fédier aurait pu publier ses soixante-deux photos, qui vont de 1958 à 1969, sous le titre vraiment parlant de « Heureux comme Martin Heidegger en France ! ».
François Fédier le 22 février 2008
Crédit : parolesdesjours
Quand on voit les photos de Fédier, ce que l’on regrette le plus, c’est qu’il n’y en ait pas d’autres. Il y en a, mais elles ne nous sont pas données. Un homme qui est né en 1889, comme Hitler, et qui est mort en 1976, qui a été un grand professeur, ce ne sont pas les photos de lui qui manquent. En 1914, il avait par exemple 25 ans. En 1929, 40 ans. En 1933, 44. En 1939, 50. En 1949, au moment de la création de la République fédérale, 60 ans. Et ainsi de suite. Husserl, son vieux rival, était né en 1859, trente ans de plus. III. - Mes deux voyages Dans ma jeunesse, c’est-à-dire entre 16 et 25 ans, j’ai l’impression d’avoir fait deux voyages d’une relative importance. L’un dans le cinéma américain, dans ce qu’on a appelé « la série noire », où j’ai découvert le suspense. L’autre voyage, c’est Heidegger. Son premier livre traduit en français par Henry Corbin, « Qu’est-ce que la métaphysique », une suite de morceaux choisis. Il y avait des fragments de « l’Etre et le Temps ». Il y avait aussi le suspense. Bernard Frank, Le Nouvel Observateur du 8 avril 1999. Entendre Heidegger et autres exercices d’écouteC’est le titre du dernier livre de François Fédier. Il est publié aux éditions Le Grand Souffle. On peut se le procurer sur le site rezolibre (livraison par retour). Dans un long entretien video du 22 février 2008 avec Stéphane Zagdanski, François Fédier présente le contenu de son livre. On peut voir et écouter cet entretien sur le site paroles de jours, site dont on ne peut que recommander la "visite" régulière. Le livre comprend des textes publiés dans diverses revues, souvent confidentielles, de 1983 à 2007. Ayant fait le constat que « publier en revue est le meilleur moyen de disparaître », il est bien que François Fédier ait décidé de réunir ses textes en volume. On y découvre en effet la cohérence des propos du « spécialiste de Heidegger », mais aussi des analyses qui dépassent « le cas Heidegger » pour ouvrir, à partir du poète Mandelstam, une approche du « fascisme », du « stalinisme » — et de sa langue de bois — qui mérite l’attention (« Aller-retour »). Un certain nombre des textes de Entendre Heidegger, ont été publiés dans la revue L’Infini. Ce sont : S’il s’agit vraiment de rendre justice à Heidegger, Hommage à Jean Beaufret, L’irréprochable. Mais d’autres textes, non repris dans le livre, ont également été publiés dans L’Infini, notamment le cours de François Fédier sur Ecce homo de Nietzsche. Vous en trouverez les références ci-dessous.
Francois Fédier dans L’InfiniNous reproduisons les présentations faites par François Fédier des occasions qui ont justifié l’écriture ou la publication des textes auxquels nous renvoyons le lecteur. S’il s’agit vraiment de rendre justice à Heidegger« Dans le numéro 53 de L’Infini, quelqu’un qui n’a visiblement jamais réfléchi au fait pourtant bien intéressant qu’habituellement nous ne voyons guère que ce que nous croyons voir, évoquait ma « mine catastrophée... lors des révélations sur l’attitude de Heidegger pendant le nazisme » [3]. J’ai donc écrit à la revue pour rectifier cette bévue, et signaler que ma mine reflétait bien plutôt une profonde consternation — celle de voir qu’il se trouvait, dans l’intelligentsia parisienne, des gens qui, sans le moindre esprit critique, prenaient pour des « révélations » le ramassis de contrevérités auquel se réduit le livre de Farias. François Fédier (juillet 1996), Entendre Heidegger, p. 273-306 [’Infini n°56, hiver 1996, p.33-52 [4].]. Se reporter aussi aux entretiens qui ont suivi la parution, en septembre 1995, des Écrits politiques 1933-1966, de Martin Heidegger, traduits, annotés et préfacés par François Fédier ici. Hannah Arendt à propos de HeideggerEntendre Heidegger, p.53. A propos d’une lettre de H. Arendt du 24 mai 1952 et du verbe gelassen et de la gelassenheit. Fumée sans feuArticle de juillet 2001, publié dans L’Infini n°76 , automne 2001 (p.106-108). Hommage à Jean BeaufretEntendre Heidegger, p.365-386, [L’Infini n°91, été 2005, p.99 à 111]. ![]() Conférence prononcée pour le bi-centenaire du lycée Condorcet le mardi 11 mai 2004. Jean Beaufret : Une vie, une oeuvre1. Une vie, une oeuvre Avec Pierre Jacerme, François Fédier et Hadrien France-Lanord.
2... Un autre hommage de François Fédier à la mort de Jean Beaufret (1982) sur le site des Editions de Minuit L’irréprochable
S’ils se taisent, je me tairai...
[Ce texte, peu modifié, reprend celui qui a été publié en 2003, aux éditions Humanitas de Bucarest dans le livre d’hommage à Walter Biemel, à l’occasion de ses 85 ans. Il était judicieux de rappeler le rôle éminent qu’a joué Walter Biemel dans la connaissance que nous pouvons avoir du comportement de Heidegger, aussi bien comme professeur d’Université que comme interlocuteur privé, au moment où la tyrannie nazie battait son plein, c’est-à-dire au moment où le jeune homme qu’était Walter Biemel arriva de sa Roumanie natale pour étudier à Fribourg en Brigsbau. Entendre Heidegger, p.307-327 [L’Infini n°95, n° spécial Heidegger : le danger en l’Être, été 2006, p.140 à 153]. Le texte complet à télécharger ci-joint : ![]() Nietzsche, Ecce homo(Cours de François Fédier, professé pendant l’année 1977-1978) La publication est précédée de l’avertissement suivant : [Ce travail doit se comprendre comme une simple introduction à la lecture du livre de Frédéric Nietzsche. Mais il suppose du même coup déjà acquise une certaine familiarité avec le texte. Ce dernier ne peut malheureusement pas être inclus intégralement dans le commentaire, pour la simple raison qu’il en rendrait trop hachée la lecture. Comme il existe de nombreuses éditions de poche de Ecce homo, aussi bien en traduction que dans le texte original, il suffira d’en avoir un exemplaire près de la main pour reprendre contact avec le texte chaque fois que cela sera ressenti comme nécessaire.] L’Infini n°97 , p. 66 à 85. Texte ci-joint. Nietzsche, Ecce homo dans la traduction d’Alexandre Vialatte Voir aussi sur Public Sénat Le "débat" François Fédier - Emmanuel Faye du 23 février 2007Jean-Pierre Elkabbach reçoit les philosophes et éminents spécialistes de Heidegger François Fedier et Emmanuel Faye pour un débat sur la philosophie de Heidegger en rapport avec les liens que celui-ci a entretenu avec le régime nazi. François Fedier : Heidegger à plus forte raison (Fayard) Emmanuel Faye, Heidegger : l’introduction du nazisme dans la philosophie (Albin Michel) avec : La transcription intégrale du débat. Nombreux documents de François Fédier sur Hannah Arendt et Martin Heidegger![]() Hannah Arendt a pris des photos de Martin Heidegger le 17 août 1967 avec son propre appareil photo. Celles-ci se trouvent reproduites ci dessous en étant disposées dans le sens des aiguilles d’une montre (en partant de la photo n°2 en haut à gauche) ; de la première photo (au centre), a également été tirée une série au format carte postale. Martin Heidegger écrivit, après avoir reçu ces tirages : « Merci pour les clichés si réussis, qui ont le don de fixer des phases de nos entretiens, et de donner à l’invisible une visible configuration. » ![]() Conférences de Pascal David et François VezinA l’occasion de la publication des Lettres et autres documents 1925-1975 — Hannah Arendt-Martin Heidegger, la Librairie « La Belle Image » et Cécile Delobel, professeur de philosophie, ont organisé à Reims le 14 mars 2001 une soirée de présentation du livre avec Pascal David, traducteur de la correspondance, François Fédier et François Vezin, traducteurs de Heidegger [5].
Intervention de Pascal David (23’)
Intervention de François Vezin (46’50) Heidegger "le renard"
Le débat (1h12)
Un professeur. Hommage à Henri BiraultEn ces temps de misère de l’enseignement et de crise de la « transmission » — crise ouverte en mai 1968, dont Mai 68 n’est pas la cause (comme on nous répète à l’envie), mais qu’il manifeste ouvertement —, en ces « temps de détresse », il faut savoir aussi saluer certains professeurs. François Fédier rend hommage à Jean Beaufret. Si, après 68, je n’ai pu assister, pour des raisons géographiques, qu’à certains des cours de Jean Beaufret (on le pouvait sans être son élève), j’ai eu, étudiant en philosophie à Lille dans les années soixante, en fait de 1966 à 1968, la chance d’avoir comme professeur Henri Birault. C’est avec lui que j’ai découvert Heidegger et Nietzsche [6]. Alors que certains universitaires, ressassant leur énième publication, plongeaient les étudiants dans l’ennui, Henri Birault éveillait. Henri Birault venait en cours avec quelques livres, les ouvraient devant lui et... pensait à haute voix devant nous. J’entends par là qu’il ne lisait pas son cours, comme tant d’autres, mais que, lectures et citations à l’appui, nous faisait entendre une pensée à l’état naissant. Le souvenir que j’en ai me fait penser à ces « improvisations » des grands jazzmen qui vous emportent là où vous ne vous y attendez pas et donnent à la musique un sentiment d’« évidence » (c’est le titre, on s’en souvient, d’une des meilleures interprétations de Thelonius Monk). Parler d’improvisation ne doit pas nous tromper : on sait qu’il y faut une grande maîtrise de son sujet. Henri Birault pouvait donner l’impression d’être « perdu » dans ses pensées, il était en fait très attentif à ses étudiants même si ceux-ci n’avaient pas l’âme d’un « courtisan » (c’était mon cas). J’en ai eu une preuve manifeste en 1969. Henri Birault a laissé deux gros livres : « Heidegger et l’expérience de la pensée », le seul qu’il ait publié de son vivant (Gallimard, 1978), et De l’être, du divin et des dieux , recueil de ses articles publié en 2005 ( Editions du Cerf). Dans l’avertissement de Heidegger et l’expérience de la pensée, je lis :
« Penser signifie maintenant se laisser dire ce qui est digne d’être pensé. Penser signifie donc écouter. Ecouter est déjà parler. L’écoute est la forme la plus simple et la plus haute de la parole. Quelle est cette parole qui n’est pas la parole d’un homme ou d’un dieu ? C’est la rumeur du silence, c’est le dire d’une parole sans origine et sans épaisseur qui toujours en chaque chose se déclare. Elle n’exprime rien, elle ne représente rien, elle ne communique rien. Elle parle seulement et tout est changé : les choses nous regardent, les choses nous disent quelque chose, un monde se lève. [...] La parole n’a plus rien derrière elle et tout est devant elle : la terre et le ciel, les hommes et les dieux. Tout est dans l’attente de cette nomination inconsistante et souveraine. Penseurs et poètes recueillent la parole inexpressive et signifiante qui toujours appelle, désigne ou convoque. Ils donnent la parole à la parole, ils la font parler, ils la laissent parler. Quelque chose se dit : la parole parle. » A la fin du livre, dans un beau chapitre intitulé « Le temps et l’histoire », Henri Birault écrit : « Seul Heidegger ose dire que si le temps est le prénom ou l’horizon de l’être, il est aussi le fondement et la condition de l’esprit. » (p.534) Et dans une Note, après avoir rappelé que, pour Heidegger, « c’est seulement lorsqu’elle cesse de battre — l’horloge... que pour la première fois tu l’entends » [7], il cite le fragment Zeit, extrait des textes dédiés à René Char sous le titre Gedachtes :
Les deux mots qui composent le premier vers : Wie weit ? ne sont qu’une interrogation : ils interrogent le temps quant à sa longueur. L’écriture insolite du dernier mot du poème : ent-steht ne dit pas seulement la genèse du temps à partir de la finitude ; il dit aussi qu’il y a deux formes de temps : le temps authentique et le temps inauthentique, celui qui ne passe pas et celui qui passe, le temps debout et le temps couché (cf. l’opposition entre gehen et stehen). » Comme dit le narrateur de Un amour américain : « Ce qui a été ne passe pas. On demeure ce qu’on est si on a connu un grand été. « Je suis été » : le Français permet cette clarté d’orage. [...] On le voit : je ne suis pas sorti du sujet. A.G. [1] Documentaire réalisé par Walter Rudel et Richard Wisser (1975). Un entretien télévisé avec Heidegger avait été diffusé sur ZDF le 24 septembre 1969. Il avait été réalisé par Richard Wisser, né en 1927, à l’époque professeur de philosophie à l’université de Mayence. Le texte en a d’abord été publié en 1970 aux éditions Alber. La traduction française figure dans les Cahiers de l’Herne Martin Heidegger, p.93-97 (1983). [2] Heureux ? Moi aussi, et plutôt deux fois qu’une :
Dédicace
[3] Dans le n°53 de la revue, Philippe Batsale consacrait un article au Rêve de Bourdieu dans lequel il s’attachait à démonter la mécanique bourdieusienne et à démontrer qu’il existait, à l’université, dans l’édition, « une répartition bureaucratique du pouvoir » amenant « un universitaire, ou un groupe d’universitaires, à constituer des réseaux, parfois avec l’aide de maisons d’édition, pour s’approprier l’oeuvre d’un auteur et faire la police autour de leur droit de propriété. » François Fédier était cité, à titre d’exemple, d’« identification à un auteur » (p.112). [4] A noter que, dans ce numéro, Sollers publie un entretien Sur Artaud où il revient longuement sur Heidegger et Nietzsche, Heidegger et Hölderlin, pensée et poésie, affirmant que « Artaud attend son Heidegger. » [5] On doit à François Vezin la traduction de Sein und Zeit (Etre et Temps, Gallimard, 1986) [6] Etait-ce « au programme » ? L’intérêt de sa lecture de Heiddeger et de Nietzsche est qu’elle compliquait les choses. H.B. ne se contentait pas de faire une lecture "heideggerienne" de Nietzsche, il lisait aussi Heidegger à partir de Nietzsche. Cette sorte d’oscillation entre les deux penseurs est encore très visible à la fin de Heidegger et l’expérience de la pensée. [7] Comment ne pas penser à Rimbaud : « Il y a une horloge qui ne sonne pas. » (Enfance III). Lire notre article : Question de Temps |
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