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De Tienanmen à Pékin il y a 30 ans à la révolte de Hong Kong aujourd’hui

D 19 juin 2019     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



4 JUIN 2019 :
30e anniversaire du massacre de la Place Tianamnen à Pékin. Anniversaire occulté, comme chaque année, en Chine continentale, sauf à Hong Kong.

16 JUIN 2019 :
Près de 2 millions de personnes – sur 7,4 millions d’habitants – ont défilé, à Hongkong, dimanche 16 juin, pour exiger le retrait de la loi d’extradition vers la Chine continentale, que le régime de Pékin avait tenté de faire passer en urgence.

Dans les deux cas, des manifestations pour la sauvegarde des libertés fondamentales et plus de démocratie ! Ce « besoin » de liberté est tenace chez l’être humain. Même contenu par des régimes autoritaires, il couve comme un feu sous la cendre, attendant son heure, le moindre souffle opportun, pour se manifester à nouveau.

Tien’Anmen : En Chine continentale, une chape de plomb recouvre l’événement...
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Journal Du Dimanche

[En ce mois de mai, il est des moments de mémoire que l’on commémore, ainsi le 75 ème anniversaire du D-Day],
L’autre moment mémoire de la semaine est, à l’inverse, un événement occulté, effacé de l’histoire du peuple qui l’a vécu : les 30 ans du massacre de Tiananmen. Le film d’Ian MacMillan et Audrey Maurion, puis le portrait par Pierre Haski de Liu Xiaobo, le Prix Nobel de la paix qui, en prison, ignorait qu’il l’avait reçu, ont bâti une soirée exceptionnelle à revoir en replay sur Arte, Les documents, les « Tian’anmen Papers », sortis clandestinement de Chine, dévoilent le chaos au sein du pouvoir, incapable de répondre aux étudiants, puis à tout un peuple, ouvriers et soldats compris. On devine les débats, au sein du Parti communiste chinois, entre les archidurs comme Li Peng et les réformistes comme Zhao Ziyang, venu en larmes (étonnantes images !) soutenir les étudiants pacifiques.

Il savait que Deng Xiaoping, qui arbitra pour la répression, allait déclencher un carnage de milliers de morts [1], écrasés par les chars et fauchés par les fusils. Le plus frappant, au-delà des images dramatiques, c’est la chape de plomb qui s’est abattue sur un pays qui ne sait rien de ce qui s’est passé. Je me rappelle avoir interrogé la guide qui me faisait visiter la fameuse place, si vide et nue quelques années plus tard, et avoir constaté l’interdiction qui lui était, faite d’évoquer l’événement. Comment fait-on pour qu’une telle secousse reste ignorée par près d’un milliard et demi de Chinois, les parents n’osant même rien en dire à leurs enfants de peur de les mettre en danger ?

L’autre leçon, pour tous les relativistes qui prétendent que nos valeurs universelles ne le sont en fait que pour l’Occident : des millions de personnes, de Pékin, de Chengdu, de Changchun et de centaines de villes, ont demandé, il y a trente ans, la liberté d’expression, les droits de l’homme, la démocratie, la transparence, le suffrage universel. Réconfortant de savoir qu’ils les ont implorés. Désespérant de les voir niés depuis. •

Crédit : Le JDD


Un homme, seul, face à une ligne de chars, canons pointés en sa direction, le 5 juin 1989, près de la place Tiananmen à Pékin, en Chine. REUTERS

Tiananmen 1989 : Le récit vidéo

Sur la place Tiananmen à Pékin, le 5 juin 1989, un homme seul se dresse sur la route d’une colonne de chars. L’image a fait le tour du monde et est devenue le symbole du mouvement étudiant de Tiananmen, réprimé dans le sang par le régime chinois. Dans la nuit du 3 au 4 juin, sur ordre de Deng Xiaoping, le chef du régime communiste, l’Armée populaire de libération a ouvert le feu sur les manifestants de la capitale. Ce « massacre de Tiananmen » met fin à six semaines d’un mouvement inédit, la plus grande mobilisation prodémocratique du XXe siècle en Chine. Comment en est-on arrivé là ? Explications en vidéo.

A Hongkong, le souvenir inquiet de Tiananmen

Trente ans après le massacre, le camp prodémocratie craint la férule de Pékin.

Par Florence de Changy
Le Monde, 05 juin 2019


Veillée en souvenir de Tiananmen, dans le parc Victoria de Hongkong, mardi 4 juin 2019.
KIN CHEUNG / AP

Près de 180 000 personnes ont participé, mardi soir, dans le parc Victoria de Hongkong, à la veillée de commémoration des trente ans de la sanglante répression du mouvement de la place Tiananmen, en 1989. La participation a été la plus forte depuis le vingt-cinquième anniversaire, en 2014. Tous les soirs de « 4 juin », depuis 1990, Hongkong joue très consciencieusement son rôle de porte-flambeau du souvenir, consciente d’être la seule ville de Chine à pouvoir le faire.
L’artère piétonne qui mène au parc Victoria se transforme alors en une grande foire effervescente. Les haut-parleurs, à quelques mètres les uns des autres, rivalisent en décibels. Tous les partis politiques du camp prodémocratie de Hongkong sont là, avec leurs chefs de file perchés sur la dernière marche d’escabeaux en équilibre instable. Sont également au rendez-vous la plupart des ONG des droits de l’homme, l’association des « mères de Tiananmen », divers groupes taïwanais critiques de Pékin, ainsi que la secte Falun Gong, interdite en Chine continentale. Des hordes de volontaires tendent à la foule, qui joue le jeu, de grandes urnes transparentes, vite bourrées de billets. On distribue aussi chandelles, tracts, posters, autocollants et magazines.
A 20 heures, heure officielle du début de la cérémonie, tous les terrains de sport du terre-plein principal étant complets, les retardataires sont guidés vers d’autres zones du parc. Après un dépôt de gerbes et une minute de silence pour laquelle toute l’assemblée se met debout, musiciens, témoignages et documentaires se succèdent.

« Un parti politique ne peut pas décider de changer l’histoire »
« C’est notre devoir de continuer de rappeler au reste du monde qu’un évènement aussi tragique a eu lieu. Un parti politique ne peut pas décider de changer l’histoire. Il faut montrer que les gens se souviennent de ce qui s’est vraiment passé », déclare avec véhémence Anna, 22 ans, institutrice, bougie dans son cône en papier à la main, qui ne participe que pour la deuxième fois. Partageant la même bâche en plastique étalée sur le sol encore trempé par l’orage, le père de son amie d’école, John Ma, est un banquier d’une cinquantaine d’années qui, comme la plupart des Hongkongais à l’époque, a suivi le » printemps de Pékin » en 1989 à la télévision et a été bouleversé par la répression. Le processus de rétrocession de Hongkong à la Chine, qui aboutira en 1997, était déjà lancé et les Hongkongais ont eu alors très peur pour leur avenir. « La participation à cette veillée est un baromètre du sentiment des Hongkongais à l’égard de Pékin », affirme-t-il.

« Il n’y a aucun autre événement dans le monde qui mobilise trente années de suite des dizaines de milliers de personnes de la sorte », observe le Pr Edmund W. Cheng, de l’Université baptiste de Hongkong. Il identifie toutefois deux forces qui s’opposent désormais à la perpétuation de cette cérémonie : le camp pro-Pékin de Hongkong, qui tente d’étouffer, de minimiser, voire de réécrire l’épisode, et le camp dit « localiste », qui part du principe que les Hongkongais n’ont pas à se soucier de ce qui se passe en Chine continentale.

Selon un sondage universitaire, la majorité des participants à ces veillées annuelles sont déjà venus « dix fois ou plus ». Le nombre de primo-participants a tendance à baisser depuis le « mouvement des parapluies », 79 jours d’occupation d’artères centrales de la ville, en 2014, pour dénoncer la mainmise de Pékin sur Hongkong, qui avait mobilisé particulièrement les jeunes.
« Un travail de lente persuasion »
Les nouvelles générations s’interrogent sur le message de la veillée, certains jugeant illusoire d’espérer encore la démocratisation de l’ensemble de la Chine, comme le précise d’ailleurs le nom du groupe qui organise la veillée, l’Alliance de soutien aux mouvements patriotiques et démocratiques de Chine. Ce même groupe a ouvert un petit musée à Hongkong, pour documenter le « printemps de Pékin ». « Je ne désespère pas, par un travail de lente persuasion, de convaincre les jeunes leaders qui proposent une autre manière de commémorer le 4 juin de faire front commun », indique, en distribuant des tracts, l’ancien professeur de sciences politiques et militant prodémocratie, Joseph Cheng. Une veillée alternative a d’ailleurs rassemblé une centaine de jeunes participants de l’autre côté du port.
Si les Hongkongais tiennent à montrer qu’ils n’oublient pas le 4 juin 1989, c’est également pour faire bon usage de leurs libertés d’expression et de rassemblement, hors de portée en Chine continentale et qu’ils sentent à présent menacées à Hongkong. Le leader étudiant Feng Congde, qui avait été accueilli en France en 1990 et vit actuellement aux Etats-Unis, a d’ailleurs été refoulé à son arrivée à Hongkong, dimanche 2 juin. « Il n’y a clairement pas d’autonomie juridique à Hongkong qui n’écoute plus que le Parti communiste », a réagi Feng Congde.

« C’est dans l’intérêt de la Chine d’arrêter de balayer le 4 juin sous le tapis. Le 4 juin pèse lourd, tant en Chine qu’à Hongkong », suggère, dans son éditorial du jour, le quotidien anglophone de Hongkong, le South China Morning Post, qui cultive, depuis son rachat en 2016 par le géant chinois du commerce en ligne Alibaba, fondé par le milliardaire chinois Jack Ma, une ligne éditoriale subtile quant aux affaires chinoises. Le journal relève toutefois le risque de divisions au sein du parti qu’impliquerait une telle révision de la lecture officielle du printemps 1989.

Florence de Changy (Hongkong, correspondance)

Manifestation monstre à Hongkong

Europe 1, le 17 juin 2019 ,


Près de deux millions de personnes ont manifesté dimanche 16 juin à Hong Kong contre un projet de loi facilitant les extraditions vers Pékin. © HECTOR RETAMAL / AFP

Deux millions de personnes, soit plus d’un Hongkongais sur quatre, ont manifesté dimanche pour demander le retrait d’une loi autorisant les extraditions vers la Chine continentale. Refusant de se contenter de la suspension du texte, ils demandent la démission de la cheffe de l’exécutif, pro-Pékin.

Comprendre la crise à Hong Kong en cinq points

ON DÉCRYPTE

Sur les 7,4 millions d’habitants de Hong Kong, près de deux millions ont manifesté dimanche contre un projet de loi autorisant les extraditions vers Pékin. La veille, la cheffe pro-Pékin de l’exécutif local, Carrie Lam, avait annoncé la suspension du texte, sans réussir à décourager les manifestants, qui demandent son retrait pur et simple. Lundi matin, le leader pro-démocratie Joshua Wong, écroué pour des faits survenus durant le "mouvement des parapluies" de 2014, est sorti de prison, et a appelé la dirigeante à démissionner. Quel est le statut de Hong Kong ? Pourquoi le projet de loi sur les extraditions fait-il polémique ? Qui est Joshua Wong ? Europe 1 fait le point.

1. "Un pays, deux systèmes", la spécificité hongkongaise

Hong Kong est un territoire semi-autonome situé au sud-est de la Chine, régi par le principe "un pays, deux systèmes". Administrativement, la mégalopole appartient à la Chine, mais elle dispose de ses propres organisations politique, économique et judiciaire, incomparablement plus libérales que celles de Pékin. Officiellement "région administrative spéciale", Hong Kong dispose en outre de sa propre monnaie.
Cette spécificité s’explique par l’histoire. Au terme de deux guerres sino-britanniques, Pékin avait accordé en 1898 un bail de 99 ans sur Hong Kong au Royaume-Uni, qui a donc dominé ce territoire jusqu’en 1997. Pendant cette période, Hong Kong a progressivement pris la forme d’une démocratie libérale, et connu un important développement économique. La date fatidique de 1997 approchant, le gouvernement britannique a accepté de rétrocéder le territoire à la Chine, à condition que celle-ci lui accorde une période de transition de 50 ans, durant laquelle son système spécifique serait maintenu. Hong Kong vit actuellement sous ce régime, prévu pour durer jusqu’en 2047.

2. La loi sur les extraditions, menace pour l’indépendance de la justice

Depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir en 2012, Pékin tente de renforcer son contrôle sur Hong Kong. Mais la population, qui redoute de perdre ses libertés, s’oppose systématiquement à ces velléités. Les manifestations contre le projet de loi sur les extraditions en sont le dernier exemple. Concrètement, les Hongkongais redoutent que si cette loi est adoptée, n’importe qui puisse être envoyé en Chine continentale à la demande de Pékin, pour être jugé selon la justice locale, réputée opaque et soumise au Parti communiste (là où la justice hongkongaise est louée pour son indépendance).

Cette perspective effraie, un peu moins de trois ans après l’affaire des libraires disparus. En 2015, cinq professionnels du livre, connus pour publier ou commercialiser des ouvrages critiques envers Pékin, n’avaient plus donné signe de vie du jour au lendemain. Ils étaient réapparus quelques mois plus tard, et étaient restés très vagues sur ce qui leur était arrivé, se contentant de présenter leurs excuses aux autorités chinoises pour leurs publications critiques. Selon les détracteurs du projet de loi sur les extraditions, si celui-ci passait, les épisodes de ce type pourraient se reproduire à la moindre occasion, en toute légalité.

3. De la contestation d’un texte à la contestation générale

Lors de la première manifestation d’opposition au texte, dimanche 9 juin, environ un million de personnes étaient descendues dans la rue. Parmi elles, des défenseurs des libertés individuelles comme de simples citoyens, mais aussi des capitaines d’industrie, qui redoutent que la loi ne ternisse l’image de Hong Kong à l’international, et ne fasse baisser les investissements.

Le mercredi suivant, un nouveau rassemblement massif a été violemment réprimé par la police, qui a utilisé des balles en caoutchouc pour disperser la foule. Avec 80 blessés, dont 22 policiers, il s’agit du plus grave épisode de violence politique survenu sur la péninsule depuis la rétrocession de 1997. Dès lors, les mots d’ordre du mouvement se sont élargis. À la critique du projet de loi, s’ajoutent désormais celle des violences policières, et, dans certains cas, l’appel à la démission de la cheffe de l’exécutif hongkongais Carrie Lam.

Pour l’heure, celle-ci s’est contentée de présenter ses "excuses", dimanche soir, dans un communiqué laconique reconnaissant des "lacunes" dans le traitement du problème par le gouvernement. Pékin lui a toutefois renouvelé sa confiance lundi, laissant présager de son maintien au pouvoir.

4. Le retour de Joshua Wong

La démission de Carrie Lam a notamment été demandée par Josha Wong, leader du "mouvement des parapluies" de 2014, sorti de prison lundi matin. Il avait été condamné en janvier 2018 à trois mois d’incarcération pour avoir refusé, à l’époque, d’évacuer un campement de protestation sur une place. Il avait fait appel du jugement et était resté libre sous caution jusqu’au verdict, rendu mi-mai, au terme duquel il avait été écroué, sa peine réduite à deux mois.

Il semble avoir bénéficié d’une remise de peine pour bonne conduite, et rien ne permet d’affirmer que sa libération ait un rapport avec le mouvement en cours, cette pratique étant courante à Hong Kong. Il a toutefois immédiatement annoncé son intention de rejoindre les manifestants, pour lutter "contre la loi maléfique sur l’extradition vers la Chine".


5. Les médias chinois entre déni et mutisme

La presse d’État chinoise a gardé le silence, dimanche, sur la manifestation, pourtant couverte par les médias du monde entier. Seul le Quotidien du Peuple s’est fendu d’un bref article, affirmant que le projet de loi était "soutenu par la majorité de l’opinion publique à Hong Kong", sans mentionner sa suspension, la veille. Une semaine plus tôt, à la suite de la première manifestation, le China Daily avait assuré qu’une marche pro-loi avait réuni 800.000 personnes. Le mouvement est en outre resté hors des radars des réseaux sociaux chinois.

Crédit : Europe 1

Le président chinois, Xi Jinping, affaibli par la crise à Hongkong

Le dirigeant veut faire de l’intégration de la ville un modèle qu’il entend reproduire – voire imposer – à Taïwan. Las, les habitants de l’île ont rappelé qu’ils n’entendent nullement se faire absorber par Pékin.

Par Frédéric Lemaître
Le Monde, 17 juin 2019


Le président chinois, Xi Jinping, le 14 juin. SPUTNIK REUTERS

Avec de tels amis, le président chinois, Xi Jinping, n’a plus besoin d’ennemis. En pleine guerre froide technologique et commerciale avec Washington, Pékin vient de se tirer une balle dans le pied de la façon la plus inattendue qui soit. Pour avoir voulu faire adopter en urgence un projet de loi sur l’extradition, notamment vers la Chine continentale, puis pour y avoir renoncé sous la pression populaire, Carrie Lam, chef de l’exécutif de Hongkong, vient de perdre sur toute la ligne et, par ricochet, d’affaiblir son mentor, Xi Jinping.
Pire, dans cette région administrative spéciale rétrocédée par le Royaume-Uni à la Chine le 1er juillet 1997, elle a provoqué, dimanche 16 juin, la plus grande manifestation jamais organisée contre Pékin sur ce territoire. Deux millions de personnes, sur 7,4 millions d’habitants.

Grâce à Carrie Lam, que le gouvernement chinois a affirmé, lundi, soutenir « fermement », Hongkong vient spectaculairement de rappeler au monde entier qu’une grande partie des habitants de cette ville prospère, qui continue de jouir de libertés impensables dans le reste de la Chine, n’entendent nullement se faire absorber par le régime communiste. Un revers de taille pour le président chinois.

Celui-ci veut en effet faire de l’intégration de cette ville un modèle qu’il entend reproduire – voire imposer – à Taïwan. Le 2 janvier, dans un discours au ton martial prononcé au Palais du peuple, à Pékin, Xi Jinping a déclaré que cette île de 23 millions d’habitants, indépendante de facto mais que Pékin considère toujours comme une province chinoise, devait à son tour être régie par la formule « un pays, deux systèmes » en vigueur à Hongkong.


Premier revers

Dimanche, les Hongkongais ont signifié qu’à leurs yeux Pékin ne tenait pas ses engagements. En 1997, la Chine avait accepté que Hongkong devienne une démocratie pleine et entière. Une vingtaine d’années plus tard, les Hongkongais s’aperçoivent qu’au contraire la Chine communiste veut les absorber, sans même attendre 2047, fin de son engagement à respecter la célèbre formule.

Hongkong devait être un modèle pour les Taïwanais : elle devient un repoussoir. Tous les sondages montrent que la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, chef de file du Parti indépendantiste, profite indirectement de la crise de Hongkong. A sept mois de la prochaine élection présidentielle, cette femme, bête noire de Pékin, ne pouvait rêver meilleur argument électoral.

Qui plus est, cette nouvelle révolte des Hongkongais survient alors que Pékin s’apprête à célébrer en grande pompe les 70 ans de l’arrivée des communistes au pouvoir, le 1er octobre 1949. Elle montre qu’il existe en Chine même des millions de personnes pour qui la « nouvelle ère » promise par Xi Jinping est un leurre.

Ce revers sur le front intérieur est le premier subi par M. Xi depuis son arrivée au pouvoir, à la fin de 2012. A dix jours du sommet du G20 à Osaka (Japon), il met le dirigeant chinois en difficulté face au président américain, Donald Trump. Dimanche, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, s’est fait un plaisir d’annoncer sur Fox News que le locataire de la Maison Blanche, « farouche défenseur des droits humains », évoquerait Hongkong au sommet.

Plus grave : des élus démocrates et républicains américains avaient annoncé, vendredi, que si la région administrative spéciale qu’est Hongkong cessait d’être gouvernée par l’Etat de droit, Washington pourrait remettre en cause les accords économiques qui lient les Etats-Unis à cette île et dont Pékin bénéficie indirectement. Bref, M. Trump dispose désormais d’une carte supplémentaire dans son jeu.

Le pire pour Xi Jinping est peut-être que Pékin n’est pas pour grand-chose dans le fiasco de Carrie Lam. Ces derniers jours, la chef de l’exécutif hongkongais a pris sur elle la responsabilité de présenter aux députés ce texte facilitant les extraditions, répondant ainsi à une demande de la communauté internationale.

Jusqu’ici, la plupart des organismes internationaux, comme la Banque mondiale ou le Forum économique mondial, classaient cette place financière parmi les bons élèves en matière de gouvernance. A leurs yeux, celle-ci n’avait qu’un point faible : son absence d’accords d’extradition avec le reste du monde, qui l’empêchait de participer pleinement à la lutte contre le crime organisé et le blanchiment d’argent.
Impasse

C’est pour remédier à cette lacune que l’administration de Hongkong aurait commencé à travailler sur un nouveau dispositif législatif. Mais en mars, un Taïwanais, désormais à Hongkong, reconnaît avoir commis un meurtre dans son île. Or, en l’absence d’accord, impossible de l’extrader. Carrie Lam a alors décidé de faire adopter en urgence un texte qui concerne les crimes économiques mais également toute une batterie d’autres crimes.

La défiance envers Pékin est telle à Hongkong – surtout depuis que la police chinoise enlève, à l’étranger et à Hongkong, des opposants au régime – que, très vite, les juristes puis les citoyens se sont méfiés de ce texte, rédigé en catimini, qui incluait la Chine continentale et listait plus d’une quarantaine de motifs d’extradition. Au départ, Pékin, dit-on, n’aurait pas attaché plus d’importance que cela à ce projet, même si le pouvoir voyait d’un bon œil ce dispositif qui lui permettait de rapatrier les auteurs de sorties illégales de capitaux.

Aujourd’hui, la Chine est dans une impasse. Soit elle accède à la demande des Hongkongais, reconnaissant la victoire de la mobilisation, et provoque la chute de Carrie Lam, ce qui serait une première. Soit celle-ci garde son poste et les pro-Pékin risquent de perdre les prochaines élections. Dans tous les cas, Xi Jinping a perdu une manche. Même si nul n’imagine que les Hongkongais ont gagné définitivement la partie.

Frédéric Lemaître (Hongkong, envoyé spécial)


[1le nombre de morts n’est pas connu, le pouvoir a avancé un nombre de 300 morts. Selon Amnisty International il y aurait eu plus de mille morts (note pileface)

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1 Messages

  • Viktor Kirtov | 20 juin 2019 - 20:48 1


    Crédit : Dessin de Graff, Norvège, (Le Courrier International )

    L’éditorial d’Etienne Gernelle dans Le Point du 20 juin 2019

    Que l’Occident est étrange vu de Hongkong. A qui s’adressait cette foule immense le 16 juin ? Au gouvernement local ? Evidemment. A celui de Pékin ? Certainement. Mais, sans le savoir, elle nous parle aussi... Ils étaient 2 millions – selon les organisateurs - à défiler dans les rues de l’ancienne colonie britannique, qui en compte à peine plus de 7... Le projet de loi qui aurait permis d’extrader quiconque vers la Chine continentale a déclenché une gigantesque colère de la population, déterminée à défendre pied à pied son modèle de démocratie libérale. Celui-là, précisément, qui est de moins en moins soutenu en Occident... Car, chez nous, la perte de confiance dans la démocratie est désormais très bien documentée. Ce phénomène, particulièrement répandu chez les jeunes, et l’idée selon laquelle un « homme fort » serait plus efficace ont été abondamment décrits, notamment par Yascha Mounk [« Le peuple contre la démocratie » (Editions de l’Observatoire, 2018)] . S’y ajoute une seconde mutation : le retour du socialisme. Selon un sondage Gallup de 2018, 51 % des Américains entre 18 et 29 ans en auraient une image positive, contre 45 % pour le capitalisme. Une autre étude, réalisée par François Facchini et Mickaël Melki et révélée par notre veille d’idées Pheôé, met les deux mouvements en relation. Non qu’ils aillent nécessairement de pair, mais il s’opère, selon les auteurs, une sorte d’arbitrage. Notre modèle n’ayant pu satisfaire les aspirations égalitaires, affirment les auteurs, ces dernières, et avec elles l’interventionnisme de l’Etat dans l’économie, deviennent prioritaires sur les libertés politiques, confirmant la fameuse sentence de Tocqueville : « Les peuples démocratiques ( ... ) veulent l’égalité dans la liberté, et s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavaqe. »

    Ici, à Hongkong, le décalage est vertigineux. Un manifestant, devant le siège du gouvernement, lundi, tenait ce propos : « Si la loi passe, cela ne fera pas que limiter notre liberté, cela nuira aussi à notre économie. Des gens vont partir, des investisseurs vont partir, parce qu’ils auront peur d’être extradés. » Là, semble-t-il, la démocratie libérale a encore quelques attraits... Plus loin, un autre participant aux protestations ajoute ceci : « La loi chez nous protège tout le monde. En Chine, elle ne protège que les riches... » « Ah bon, les riches ? » lui demande-t-on. « En général, les gens qui ont du pouvoir », précise alors un de ses amis.

    De quoi écouter avec un peu de distance les discours qui, chez nous, fustigent ensemble l’économie de marché, l’ « oligarchie » et notre démocratie représentative. Ironie de la chromie politique, les révoltés de Hongkong étaient pour beaucoup vêtus de noir. Mais ces libéraux, démocrates et non-violents n’ont visiblement que ce point en commun avec nos Black blocs...

    Etienne Gernelle

    Le Point 2442, 20 juin 2019