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La somme de L’Infini
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Rien + rien, c’est deux fois rien, mais la somme de l’Infini ?
Un numéro conçu et réalisé par Marcelin Pleynet au titre qui n’est pas innocent : ROMAN ET REFERENCES HISTORIQUES (*) 1983-2007.
En exergue : « Cette publication permanente n’a pas de prix.
Sous-titre : Sommaires des cents premiers numéros/Index (*) Marcelin Pleynet précise en note : Les numéros de L’Infini comportent un très grand nombre de textes qui n’ont jamais été repris en volume. Nous republions ici, dans la suite des sommaires de la revue, quelques uns de ces textes (ou extraits de textes) choisis notamment parmi ceux de Philippe Sollers. Feuilletez ce numéro en écoutant La sonate N°31 (Allegro moderato) de Haydn, par Rudolf Buchbinder « Haydn est le musicien qui ne cesse de revenir dans ma vie.
Extraits« Ce que tu aimes bien demeure
Erza Pound
« La question est celle de l’infini. De l’approche de cette question dépendent toutes les formes et toutes les transformations à l’intérieur de ces formes. L’expérience de l’infini, c’est cela qui rassemble toutes les subordonnées ... et par conséquent le problème est tout à fait différent selon qu’on inscrit, ou non, le chiffre de l’infini dans le langage. » Philippe Sollers, « L’Analyse infinie », L’Infini N° 2. Philippe Sollers : Il est étrange qu’on dise LA mort ... Au moment où tous les effets de substances sont en train de se diversifier sous nos yeux, dans l’ébranlement causé non seulement par la reconnaissance de plus en plus dure de la différence sexuelle, mais encore de la réalité biologique, avec ses conséquences comme maîtrise technique dans l’affaire de la reproduction - et Paradis ou Femmes ne parlent que de ça il n’en reste pas moins que nous continuons à dire : LA mort. Cette unification massive devrait nous intriguer, comme si peu à peu avec l’expérience on voyait se profiler on ne sait quelle divinité, on ne sait quel monos, dont la physiologie serait restée intouchable. y a-t-il une mort ? Une seule ? Un principe unique par rapport auquel tous les corps s’équivaudraient ? En posant la question on voit tout de suite que ce ne serait pas tellement bouleversant d’introduire des différences et des niveaux de matière partout, sauf là ... Tous les hommes égaux devant la mort : c’est d’avoir promulgué cette loi que la modernité au sens où nous l’entendons fait sens. C’est la raison pour laquelle je reviens et je reviendrai souvent sur ce moment inaugural de la Révolution française. C’est en français, n’en doutons pas, qu’a été formulée la religion universelle de la mort comme principe de mesure des corps. Si l’on ne touche pas à cette sacralité, on ne touche à rien. Ne serait-ce d’ailleurs que pour une raison très simple, c’est qu’il y aurait LA même mort pour des corps dont nous savons très bien qu’ils n’ont aucune espèce de commune mesure. Je ne veux pas parler seulement de l’éventail de la matière animée, de la différence qu’il y a entre la mort d’une bactérie et celle d’une baleine, mais bel et bien du fait qu’il deviendra de plus en plus visible qu’on ne peut pas employer ce terme de la même façon pour les hommes et pour les femmes. Philippe Sollers, « Femmes et Paradis »,
« Il y a en politique une vérité dominante : il n’est pratiquement personne qui n’ait tort et toutes les prétentions sont mal fondées. Il faut y ajouter ceci : quiconque s’intéresse à la politique a son opinion, il ne peut donc admettre cette vérité ; en conséquence, la seule vérité politique inébranlable est aussi la seule qui n’est jamais accordée. » Georges Bataille, « Programme politique », L’Infini N° 18. « Je suis une mémoire devenue vivante, dit Kafka, d’où l’insomnie. » Il faut lire Cervantès et Kafka ensemble. Kafka est du Cervantès accéléré. S’il parle si souvent, dans son Journal ou ses lettres, de son sentiment d’effondrement, d’incapacité, de paralysie ; de sa sensation permanente d’être « guetté », c’est qu’il a mis en marche un engrenage d’une grande rapidité (Le Verdict écrit en une seule nuit) et qu’il redoute la vengeance de l’esprit de pesanteur, le Diable lui-même (digression, frein, retard, allusions incompréhensibles et sans doute stupides, malentendus, maladies et malveillances comme organisées, on n’arrivera jamais, il neige, « il y a un but mais pas de chemin, ce que nous nommons chemin est hésitation »). Quelqu’un de né pour la vitesse pure et condamné au métier d’arpenteur ? Un séducteur inné obligé de penser au mariage ? Un voyageur tous terrains forcé de vivre à Prague, horloge arrêtée ? Un Juif tchèque parlant le yiddish et virtuose de l’allemand, entendant par avance dans l’allemand sa propre destruction programmée par la chape de plomb philosophique ? Tout cela, tout cela, et bien d’autres choses encore. L’expérience de K. est urgente. « L’évolution humaine : une croissance de la puissance de mort. » Philippe Sollers, « Personne n’aime la littérature », L’Infini N°32 . Les ortolans de François Mitterrand
Un dîner d’ortolans
dans le Sud-Ouest
Au milieu du repas, les invités, les hommes et l’ancien président de la République glissent la tête sous une serviette : "C’est une dizaine de taches blanches, une drôle d’assemblée de fantômes qui suçotent, pendant que les femmes parlent à voix basse... Il faut prendre la tête de l’ortolan brûlant dans sa bouche et la broyer, la faire craquer franchement sous les dents. »
Marcelin Pleynet (« Situation »), « Tel Quel »-L’Infini N° 58.
« La plus belle définition du mot libertin se trouve dans Littré (1872) : « En termes de fauconnerie, il se dit de l’oiseau de proie qui s’écarte et ne revient pas. » La notion d’écart est ici centrale : elle suppose une règle et une contradiction à cette règle, aussi bien chez l’écolier par rapport à son maître, à la fille par rapport à sa mère, au fils par rapport à son père, à la femme par rapport à son mari, au moine par rapport à son couvent, etc. « Cela se dit d’une personne qui hait la gêne et la contrainte, qui suit son inclination et vit à sa mode. » Au fond, il y a des dévots à travers les siècles (ils changent de costume et ils sont légion), et puis des individus de l’écart, des aventuriers du dérèglement. Les dévots ? Molière a tout dit : « Ils veulent que chacun soit aveugle comme eux. C’est être libertin que d’avoir de bons yeux. » Mais Sévigné n’est pas mal non plus : « Je suis tellement libertine quand j’écris que le premier tour que je prends règne tout au long de ma lettre. » On est déjà libertin quand on va vite, qu’on préfère le galop au trot, qu’on refuse de s’ennuyer, qu’on prend des chemins de traverse, qu’on improvise, qu’on saisit l’occasion, qu’on aime le moment, l’instant. » Philippe Sollers, « Le sexe des Lumières », L’Infini N° 96.
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Crédit : www.gallimard.fr |
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