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Alain Kirili : Adieu l’artiste. Evocation d’une rencontre dans son atelier

Hommage

D 26 mai 2021     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Nous avons appris le décès du sculpteur Alain Kirili, « passionné de calligraphie et de jazz » [1]. Il est mort le 19 mai à New York à l’âge de 74 ans, des suites d’un cancer.

1979 : Le MoMa de New York achète une de ses œuvres « Indian Curve ». C’est le début d’une reconnaissance internationale. Il avait joué un rôle important dans la diffusion de la statuaire publique en France, réussissant la fusion de l’expressionnisme abstrait et du minimalisme.

Il s’était installé définitivement à New York à la fin des années 1970, tout en conservant un atelier à Paris, dans le quartier du Sacré-Cœur où nous l’avions rencontré en 2016.

Alors qu’il s’en est allé, prolongement d’un moment de vie en sa présence, un moment de vie partagé qui emplit mon esprit de sa bonhomie bienveillante. Je n’étais rien, il était connu et reconnu mais il m’a accueilli avec une modestie qui m’émeut encore, comme si je comptais parmi les siens. Alain Kirili, un grand artiste et un homme parmi les hommes, un honnête homme des XX et XXIe siècle.


Alain Kirili, 2018
Photo : Ariane Lopez-Huici, NYC

Courtesy of the Artist and Susan Inglett Gallery, NYC
Une des dernières photos publiques d’Alain Kirili, amaigri, alors qu’il se savait atteint du cancer qui l’emporta.
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Rencontre

Alain Kirili, figure parmi les grands noms de la sculpture contemporaine, de renommée internationale. Le MoMA l’accueille dans ses collections à New York, sa ville d’adoption où il vit le plus souvent. Il a côtoyé les stars de l’art et la politique : Parmi eux, Picasso, …Georges Pompidou dont on connaît l’intérêt pour les créations artistiques de son temps, faisait arrêter sa DS noire, à cheval sur le trottoir, devant la galerie où il exposait, pour rendre visite à l’artiste, entre bien d’autres du monde de l’art, de la littérature et de la musique… C’est dans son atelier qu’il aime recevoir et nous l’avons rencontré dans son atelier parisien (un pied à terre qui ressemble à son atelier de New York, « mais en plus petit » dit-il.)
Eh bien, cette star, a la grande élégance et modestie de recevoir les plus grands comme les amateurs sans grade - parmi lesquels je me range – avec une grande simplicité, disponibilité et courtoisie, s’adaptant à son interlocuteur.
Il était de passage à Paris, après la clôture d’une exposition à New York le 3 janvier 2016 et avant de s’envoler dans quelques jours, vers le Cambodge, pour trois semaines. Là où son imaginaire va puiser à Angkor, là, où un entretien avec un sculpteur cambodgien l’attend, là, où sans doute, il va aussi créer sur place.

Simple rencontre informelle, à la suite de la publication dans les colonnes pileface de son texte « Rodin, le culte du nu » et d’un premier contact épistolaire, l’artiste m’avait invité à le rencontrer à son atelier. Une occasion de se « visionner »… Nous avons bavardé autour d’un café (il faisait froid – pas un whisky ou verre de Bourgogne, donc, comme il le propose volontiers dans son atelier de New York). Pas un entretien formel. Même si mes questions, relances, tournaient autour d’un centre de gravité : l’écriture chez lui, son alphabet avec une approche indirecte passant par Julia Kristeva et Michel Serres. Julia Kristeva (qu’il fréquente) auteure d’un beau texte relatant un souvenir d’enfance « la fête de l’alphabet », chaque année, au mois de mai, dans la Bulgarie de son enfance. Autre détour par Michel Serres et son livre « Statues », un livre que j’avais lu, il y a quelques années. Même, si dans cet essai, le titre n’est qu’un prétexte - on y parle assez peu de statues. Néanmoins, il y a toujours quelques étincelles qui jaillissent des court-circuits que Michel Serres établit entre les mots et j’aime cet auteur pour cela, et pour sa double culture scientifique et philosophico-littéraire, assez peu répandue dans le monde littéraire. Michel Serres qui dit :« Le savoir rend heureux, le savoir rend libre. »
Autant de prétextes à solliciter la parole libre d’Alain Kirili sur son art.


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Alléger la masse

Viktor Kirtov : « Les statues précèdent les langues… » écrit Michel Serres.
Ou encore :
« la sculpture témoigne millénairement de la genèse anthropologique de l’expérience ». Menhirs, statues levées, autant de jalons de l’ascension humaine vers son hominisation, sa quête de savoir, de spiritualité et de jouissance. Silhouette d’homme à son image, et signe phallique.

« En deçà, git la matière ou le magma » dit Michel Serres qui poursuit « La masse… est primitive, aussi fondamentale que le temps et l’espace. La physique le sait puisqu’elle en fait ses trois dimensions premières : la métaphysique traditionnelle n’en connaît que deux sur trois : l’espace et le temps. Il faut commencer par la masse.
Les Latins appelaient masse l’amas ou le tas, du mot grec qui signifie « la pâte qu’on pétrit » avant la cuisson de la galette, ou du vase, individués.
Le verbe grec correspondant dit l’action de pétrir, de masser. Dieu massa le premier homme dans la glaise et créa la statue de l’Eve première. »…

Alain Kirili : Quand Michel Serres fait une stylisation
en parlant de masse et de masser la masse,
moi, je dirais plutôt que je modèle la matière.

Je pense que la masse implique un poids,
la matière a forcément un poids,

Seulement, le sculpteur - comme moi en tout cas - lorsque je vais modeler la matière, je vais la faire vibrer cette matière et elle devient le lieu d’une concentration de dépense pulsionnelle qui fait que mon rôle de sculpteur, je ne le conçois pas autrement qu’en allégeant la masse.


...une concentration de dépense pulsionnelle
Alain Kirili à la forge, 1971
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Alain Kirili pratique le forgeage et le modelage
Son medium : le métal mais aussi l’argile, le plâtre, le ciment, la résine et autres…
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Sensualité, Sexualité, Spiritualité

A. K. : Mon rôle de sculpteur, c’est de faire léviter la matière . Donc, je ne suis pas dans un constat scientifique, je suis dans l’antre de l’art, de la jouissance, du plaisir, la grande question qui m’a fondamentalement intéressée à travers mes prédécesseurs dans l’art et surtout en sculpture, que j’ai constatée, c’est la relation entre création et sexualité. Et en fait, la réponse à la question de la jouissance, c’est un constat : ‘’le corps quand il jouit, il perd son poids’’. C’est extraordinaire, et c’est vraiment un constat sur lequel chacun peut revenir à travers ses souvenirs dans son existence et le défi roi c’est d’aller vers une spiritualité

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Alain Kirili, Ascension, chœur de l’abbaye de Montmajour, 2002
© Robert C. Morgan

V.K. : Sensualité, sexualité, spiritualité, …

A.K. : La légèreté, absolument !

V.K. : Dans votre article : « Rodin : Le culte du nu », vous évoquez la sculpture érotique « Iris, messagère des dieux » (dont d’ailleurs Sollers possède un dessin dans son bureau) et j’ai capté dans votre livre « Statuaire » une mention qui a tinté à mes oreilles. Vous avez intitulé une de vos oeuvres : « Ariane, messagère des dieux », du nom de celle qui partage votre vie. Vous êtes de ceux qui aimez la vie et la célébrez.


Ariane Lopez-Huici,
Alain Kirili, 1986

Crédit : Alain Kirili, Statuaire, Denoël, collection L’Infini, 1986
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A.K. : Voilà, c’est tout à fait çà. Absolument.Il y a deux grandes idéologies, à mon avis, au XXIème siècle, et XXème siècle, une qui est de l’ordre de l’enchantement, et l’autre du désenchantement, et très souvent, les intellectuels sont du côté du désenchantement.
Et ça, comment dirais-je, c’est quasiment, non pas éthiquement, politiquement mais, instinctivement, pas mon choix.
…Je ne peux pas faire autrement ;
Mon univers est sur l’allègement, l’éros, l’ivresse. C’est un peu de l’éthique que l’on trouve dans mon travail. C’est la constance de mon travail.

Picasso. La vie et la mort

A.K. : Hier, j’étais au Musée Picasso, il y a une exposition que je vous recommande, remarquable. Pour simplifier c’est « Picasso et les archives ».
Ils exposent pas mal d’archives dont l’une qui m’a beaucoup surpris, que je ne connaissais pas, c’est que Picasso n’ayant jamais été aux Etats Unis, et bien j’ai compris l’énigme.
C’est qu’il n’avait jamais quitté Paris. Comme communiste, il ne pouvait pas entrer aux Etats Unis. Il le savait bien.

Picasso est vraiment un mentor pour moi, alors que je suis abstrait. Oui mais il est un mentor sur la partie, en tout cas, éthique.

C’est une approche célébratoire de la vie, inclus la mort, mais même la mort chez Picasso n’est pas mélancolique, elle n’est pas morbide.

Il est encore un mousquetaire de la mort

VK : Vous parlez de la mort. Je ne sais pas si vous avez vu la vidéo de présentation, par Sollers, de son dernier livre « Mouvement ». Il se termine par une reproduction Picasso, autoportrait de 1972 – un an avant sa mort -, les yeux exorbités, accentués par l’effet de zoom de la vidéo. Picasso regarde la mort en face, Sollers pense à la mort. La vie et la mort, les deux faces...


Picasso, Autoportrait, 30 juin 1972
Picasso a 90 ans ; il regarde la mort prochaine, un an après le 8 avril 1973.
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A.K. : Exactement. Exclure la mort dans l’approche d’une conception enchantée de l’art risquerait de faire basculer l’art, à mon avis, dans un conflit qui deviendrait exclusivement ludique.
Pour moi, il y a quand même une gravité dans certaines choses que je fais.
Et c’est donc d’inclure la totalité du destin de l’homme [que je recherche].

Picasso et la sculpture

A.K. : Il y aura, en mars, au musée Picasso, une exposition sur le thème de la « sculpture de Picasso », des conférences.
…Venez à la conférence à laquelle je participerai. On pourra se revoir à cette occasion.

J’y SUIS ALLE

Une nouvelle rencontre :

V.K. : J’y serai, sauf empêchement.

A.K. : Il y a beaucoup de choses à dire. La sculpture de Picasso a longtemps été un grand secret esthétique au XXe siècle.
Pourquoi ?
Les gens ont du mal avec la sculpture. Les gens ont plus de facilité avec la peinture.

…Parce que la sculpture provoque un corps à corps.

Corps à corps

« Suite Musicale » Une installation d’Alain Kirili à Vannes
au Musée de La Cohue et au Château-Gaillard, avril-octobre 2014

(Redéploiement de « Rythmes d’automne » créés sur le Parvis de l’Hôtel de Ville de Paris)

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« Lorsque des corps de danseurs ou de musiciens s’expriment et créent une kinésie avec mes œuvres, que ce soit un flûtiste ou une danseuse ou un groupe d’enfants, ça devient un corps à corps. Les musiciens et les danseurs rappellent quelque chose d’important : mes sculptures sont des corps vivants et non des objets. Il y a donc un phénomène d’incarnation qui marque tout mon travail.

Alain kirili
Entretien avec Kristell Loquet, 17 février 2014
in Alain Kirili : Lévitations, éditions Marcel Le Poney


J’ai beaucoup d’admiration pour Picasso.

Voir sur pileface : Picasso sculpteur suivie d’une section relative à l’exposition du musée Picasso à Paris, après celle du MoMA à New York.


Alain Kirili, Philippe Sollers, au MoMA, New York, 1977, devant la sculpture Hommage à Apollinaire de Picasso, 1928.
Crédit : Alain Kirili, Statuaire, Denoël, collection L’Infini, 1986.
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Alain Kirili, à l’exposition "Picasso Sculptures".
Musée Picasso Paris, le 21 mars 2016.
Crédit : www.facebook.com/alain.kirili
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Biennale de sculpture à la propriété Caillebotte (à Yerres)

V.K. : Vous aussi, vous exposez, vous venez d’exposer une variation sur votre nouvelle écriture, à New York à l’ OMI International Arts Center. Une exposition intitulé « Linear Elements » en duo avec un autre artiste, James Siena.

A.K. : Oui, et je vais bientôt exposer une écriture un peu plus ancienne que j’avais montré sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Paris.


Alain Kirili, Rythmes d’automne, 2012
Parvis de l’Hôtel de Ville de Paris.
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Une section de cette sculpture va être exposée dans une petite ville en dehors de Paris, qui s’appelle Yerres (A. Kirili épèle : Y-E-R-R-E-S)
C’est une grande demeure, qui appartient à la ville de Yerres. C’était la maison de Caillebotte, le peintre, Gustave Caillebotte. Ce sera en avril.

Vous pouvez regarder « Caillebote, Biennale de sculpture » [2], c’est une exposition importante. C’est ce que je fais prochainement.

Le couple Alin Kirili - Ariane Lopez-Huici : Le sculpteur et la photographe

V.K. :Haenel a écrit de belles pages sur vous et celle qui partage votre vie Ariane Lopez-Huici…

A.K. : Oui. C’est magnifique ! Il est formidable, je l’aime beaucoup. Le texte est d’ailleurs reproduit dans ce catalogue (A. Kirili me montre alors le catalogue « Parcours croisés Alain Kirili, sculpteur – Ariane Lopes-Huici, photographe » de l’exposition au musée des Beaux-Arts de Caen en février-mai 2014).


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« C’est un couple. Lui sculpte, elle photographie. Ils sont deux, ils vivent ensemble, leurs oeuvres se côtoient, se connaissent, se parlent – elles s’aiment. »
Yannick Haenel


"All my lyfe is here" Message d’Alain Kirili sur sa page FaceBook du 5 décembre 2019
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Le texte de Yannick Haenel a aussi été repris sur pileface, ICI…

Voir aussi : « Alain Kirili et Ariane Lopez-Huici reçoivent » ICI…

Les deux artistes Alain Kirili et Ariane Lopez-Huici se sont rencontrés à la fin des années 70. Depuis, ce sculpteur et cette photographe de 68 ans partagent leur vie entre leurs ateliers new-yorkais et parisien. Au premier abord, les sculptures abstraites de monsieur ont peu de points communs avec les clichés de corps nus en noir et blanc de madame. Des corps difformes, imparfaits, parfois mutilés.

La sexualité et le désir sont pourtant des thèmes privilégiés par les deux artistes. Thèmes qu’on retrouve dans cette exposition intitulée « Parcours croisés ».

Crédit : Ouest-France, 11/05/2014

Hasard

V.K. : ...Après les lettres debout, ce sont maintenant des arabesques très épurées

A.K. : Oui, une écriture cursive avec des arabesques très épurées.

V.K. : Qui rappellent l’écriture arabe... Inconsciemment ou plus ou moins consciemment compte tenu des attentats islamiques en France en 2015 ?

A.K. : Non, ça ne joue pas. Là on est dans la barbarie la plus absolue.

V.K. : Il n’y a pas que la barbarie dans la culture arabe...

A.K. : Non, non, c’est fortuit !

V.K. : Mais vous dîtes aussi que le hasard fait partie de vos œuvres.

A.K. : C’est vrai.

Hasard


« …les installations [d’Alain Kirili] fonctionnent comme des jam-sessions où l’inattendu et le hasard ont leur place. »

in catalogue Kirili et les Nymphéa.


« J’aime bien l’idée d’André Breton selon laquelle le hasard est créateur. J’ai été plus particulièrement sensible à cette notion d’aléatoire à New York au contact de musiciens, compositeurs de la musique minimaliste et de répétitions de Philippe Glass, Steve Reich. Ce sont des gens que j’ai connus très jeune. Comprendre leurs notions de répétitions a été absolument magique pour moi. C’était complémentaire du livre tellement essentiel de mon adolescence : Différence et Répétition de Gilles Deleuze.

Alain kirili
Entretien avec Kristell Loquet, 17 février 2014
in Alain Kirili : Lévitations, éditions Marcel Le Poney

Tactilité

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Alain Kirili « Art Absolument »,
Numéro Spécial, Octobre 2012 (pdf)
Tactilité Documentaire 54’, 2002, de Jean-Paul Fargier.
Co-prod. de Vidéo Montages / Réunion des Musées Nationaux RMN (Editeur )

Kirili me montre la couverture d’un numéro spécial de la revue Art Absolument qui lui est dédié :

A DECOUVRIR ICI

A.K. : Ce que je voulais dire aussi. il l y a, ici, des photos qui montrent un dialogue que j’ai fait avec un peintre important qui s’appelle Hartung, Hans Hartung.
Vous le verrez tranquillement.
On ne peut pas parler de tout en même temps.

J’ai toujours été profondément attiré par la tactilité.


« Ses sculptures sont de forme épurée, mais il insiste sur le fait qu’elles produisent aussi un bonheur tactile. »

Catherine Cusset [3]
« Alain Kirili, sculpteur », French Morning New York, 23 oct. 2007.

*


« J’essaie de mettre en place un univers scriptural tridimensionnel, un alphabet en ronde-bosse, une écriture du geste dans un espace réel, tactile. »

Alain Kirili
« Entretien avec Sollers », Artpress, juin 1983

L’atelier de Paris et l’atelier de New York


Entretien avec le critique Robert Storr à l’atelier de New York, 2008
Documentaire "Sculpteur de tous les éléments" par Sandra Paugam, Bix Films-VISTE (extrait)

V.K. : J’ai vu une vidéo de votre atelier de New York qui ressemblait bigrement à celui-là… [où nous sommes, à Paris]

A.K. : …Qui ressemblait. Comme deux gouttes d’eau.
Le même, mais pas la même taille.

V.K. : Je n’ai pas rêvé.

A.K. : C’est vrai.

Il me montre des photos de ses œuvres sur son téléphone
Avez-vous des photos de cette installation ?
- Non,
- Ce que je peux faire, avec votre appareil, c’est prendre une photo de vous dans l’atelier.


L’atelier parisien, 16 janvier 2016.

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...Des arabesques dansantes

A.K. : Viktor, je vais juste vous dire, une chose qui va vous plaire, car vous à Paris, vous pourrez la vérifier.
J’ai fait cette sculpture
(Il montre les courbes de « La Vague » installées sur les trois murs contigus, en face de nous.)
Vous savez, moi je fais mes sculptures sans savoir…
Elles n’illustrent pas.
Une fois que j’ai fait la sculpture et l’ai déployée au mur, j’essaie de comprendre ce que j’ai fait.
Ce qui est venu à mon esprit…
C’est, oui, les arabesques, …dansantes, …de Matisse !

...Une calligraphie tridimensionnelle, tactile et monumentale.

V.K. : Ah oui, je n’y avais pas pensé, oui c’est une bonne association (et miracle de la suggestion : les silhouettes féminines de Matisse dansent dans mon esprit).

A.K. : A ce moment-là, vous allez faire une expérience.

Vous allez au Musée d’art moderne de l’avenue du président Wilson.
Vous pouvez descendre un escalier et il y a, dans le fond, une double porte.
Vous tirez sur une porte et vous arrivez dans une salle où il y a l’immense Danse de Matisse.
Vous prenez la photo de la danse.
C’est à mon avis, ce qui se rapproche le mieux…

Parce que, ce qui me frappe chez Matisse, c’est que toute l’unité secrète et globale de son travail, c’est l’arabesque.

C’est vrai dès son premier grand chef d’œuvre fondateur qui s’appelle – et ce n’est pas pour me déplaire - La joie de vivre…


Matisse La Joie de vivre
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Dans, La joie de vivre tout est en courbes..
Ensuite, pratiquement, le corps de la femme quitte son existence.

Je crois qu’à la fin de son existence, il n’y a qu’une seule fois où un corps d’homme revient, C’est le père dominicain dans la chapelle de Vence. Et le Christ de la Crucifixion
Donc dans la chapelle de Vence, le corps revient, le corps masculin revient.
Sinon, au début de sa carrière il y a un célèbre tableau qui s’appelle Le marin….

...Mais disons que d’une façon très dominante, il s’agit de courbes comme dans ce chef d’oeuvre La Joie de vivre..

Ce qui se passe avec la sculpture, c’est qu’elle monumentale.


La Vague, 2015, fer martelé, 18 m.
à l’ OMI Arts Center, Ghenf, N.Y. (Michael_Fredericks)
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Je joue sur l’angle du mur, comme vous voyez elle se déploie sur l’autre angle du mur…
C’est une sculpture qui est appelée à être une calligraphie tridimensionnelle, tactile et monumentale

…Avec la Danse de Matisse, si vous prenez le temps d’y aller…d’en faire l’expérience.
Vous vous installez.
Vous vous asseyez
Vous serez probablement seul dans la salle
Et vous avez ce chef d’œuvre…


Matisse, La Danse, 1932, à Paris.
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…Je vous raconte une anecdote, que vous ne connaissez peut-être pas.

La Danse est à Paris parce que Matisse s’était trompé dans les dimensions, par rapport à l’œuvre pour laquelle il avait été commissionné. Celui qui l’avait commissionné, c’était le Dr Barnes pour sa maison particulière.


Matisse, La Danse, 1933, à la Fondation Barnes
(plus de 13 mètres de long, hauteur d’environ 3,50 mètres, située à 6 mètres du sol).
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Comme moi je travaille à Philadelphie, je vais souvent à la Fondation Barnes et là, je suis plongé en France. La joie de vivre appartient à cette collection.

Je dis toujours - et je suis parfois véhément là-dessus - je dis toujours : « En quoi êtes-vous Français si vous n’êtes jamais allé à Philadelphie, à Washington, et à Baltimore ? »

V.K. : …Je suis allé à Philadelphie, à Washington, mais pas à Baltimore…

A.K. : Alors, vous êtes presque Français…

Pourquoi je dis ça :

Parce que Baltimore c’est la collection de Madame Cone qui est dans le musée [The Baltimore Museum of Art], une collection de Matisse incroyable [4] (Cf sur pileface : « La belle et énigmatique Lydia Delectorskaya », muse et modèle de Matisse, notamment pour le Grand nu couché, 1935, exposé au Baltimore Museum of Art.)

Philadelphie, vous avez des musées les plus extraordinaires avec le Musée Rodin, la Fondation Barnes… [5]

Washington
vous avez tout le reste à la National Gallery et autres.


Vous avez une impossibilité de savoir ce qu’est le goût français, si vous n’avez pas vu ces musées.

Pour moi qui habite New York, j’ai ici une expérience de la France qui est extraordinaire.

Imaginez un peu, ces œuvres (il me les montre sur son téléphone)

Je vais, comment dirais-je, m’y recharger.

L’atelier parisien

Une rue étroite, pentue qui descend de la butte Montmartre, un petit immeuble avec un portail, une large double porte en métal et verre Pas de nom. Un digicode. Zut, je n’ai pas le code !
…La porte se laisse pousser et débouche sous un porche. Sur le mur de gauche des grandes boîtes aux lettres, à partir du sol. En bas, il y a un nom composé avec Kirili. Je brûle ! Le porche débouche sur une petite cour pavée. En face, un immeuble avec une façade de rez-de chaussée en haute baie vitrée translucide, fentes de lumière étroites et contigües sur toute la largeur : les attributs d’un atelier d’artiste. Qui a œuvré là avant Alain Kirili ? Un peintre ? Ai oublié de lui poser la question. A gauche et à droite, un escalier de trois ou quatre marches, en saillie sur la cour. Instinctivement, me dirige vers la droite. En haut des marches, une porte métallique vitrée translucide à mi-hauteur : mastiquées sur les bords, les mêmes fentes vitrées que la verrière. Une inscription, …un graffiti, « Kirili » gravé maladroitement, sur le fer, avec un objet ayant servi de poinçon. Peut-être pour indiquer que le lieu a bien un propriétaire, tant il doit, souvent, sembler inoccupé. L’artiste vit surtout à New York.
…Pas de sonnette. Je pousse la porte et débouche sur une pièce très éclairée, la lumière électrique double intensément la lumière naturelle de la verrière.
Alain Kirili est là avec un de ses voisins du dessus. Je comprends qu’il habite là depuis plusieurs années et, n’avait jusqu’alors, jamais rencontré son illustre et discret voisin.
…Je vais prendre sa place, autour d’une table basse, il fait froid dehors, Alain Kirili me propose un café et se dirige vers le coin meuble-kitchinette de l’atelier où une cafetière délivre le breuvage de bienvenue. A côté, des étagères avec des livres d’art, des photos d’œuvres, des pots de poudre de couleurs, une table de travail, un canapé. Un lieu pour travailler et recevoir. Sur un présentoir, devant la verrière, des créations de petite taille en fil de fer, issues de son dialogue avec le peintre Hartung, lors de son séjour à la fondation Hans Hartung à Nice. Sur les murs blancs qui nous font face, les arabesques aériennes et légères, en fer martelé, de sa récente création La Vague, 2015, installée en continuité sur trois murs, sa dernière page d’écriture.
…Avant une autre, née de son dialogue avec la civilisation khmère d’Angkor Vat ?

Alain Kirili dans son atelier de Paris, 2009..
Documentaire Alain Kirili, sculpteur de tous les éléments par Sandra Paugam, Bix Films (extrait)

Le Cambodge


« Le Cambodge. Les temples d’Angkor, lieu magique de l’adolescence de mon ami Séra. Nous avons en commun l’amour de Picasso, de la forme qui devient sens et mémoire sous nos mains. Les bas relief des temples évoquent, préfigurent les sculptures de Picasso, qui furent à l’origine de ma vocation de sculpteur. Je partage une autre passion avec Séra : celle de la mémoire, qui prend corps dans le fer et perdure dans la pierre. […]
Je comprends et soutiens mon confrère et ami Séra dans sa volonté à rendre hommage à « Ceux qui ne sont plus là » par une sculpture monumentale. En érigeant avec force et volonté une telle œuvre à Phnom Penh il rend hommage aux victimes du régime des khmers rouges. J’aime l’ébauche qu’il m’a fait l’amitié de me montrer, car j’y reconnais le subtil dialogue que Séra entretien entre la statuaire khmère et l’œuvre de Rodin. Ensemble, Séra et moi, nous partageons la même éthique, celle que l’artiste se donne de se mettre en résonnance avec le temps, avec l’histoire des hommes et d’en témoigner par delà son existence. »

Alain Kirili, Artiste sculpteur, 21 Juillet 2014.

Crédit : Page FaceBook de Séra

Phoussera Ing dit Séra, est né le 24 juin 1961 à Phnom Penh et a émigré en France en 1975 à la suite de la prise de la ville par les Khmers rouges. Son père ne survivra pas.

Maquette de l’œuvre mémorielle en hommage aux victimes du génocide cambodgien par les Khmers rouges. (Création de Séra)
Cambodge : l’art au secours de la mémoire (Arte, 19/04/2015)

L’alphabet de Julia Kristeva

Kirili me montre des tableaux enregistrés sur son téléphone

A.K. : Voici une installation que j’ai exposée récemment aux Etats Unis.
Vous l’aviez vue ?

V.K. : Je l’ai vue sur votre site. On retrouve l’inspiration de l’œuvre exposée, ici, sur les murs de votre atelier parisien.
Vous avez rapatrié cette oeuvre des Etats Unis ?

A.K. : Non, non,
Aux Etats Unis, je crée sur place.
Ca, ça été fait en France, dans les Alpes de Provence.

V.K. : On parlait d’écriture, de calligraphie. Vos dernières œuvres en donnent une nouvelle illustration. Dans ces courbes de métal frappé disposées sur des murs, on retrouve comme des lettres de l’alphabet avec lesquels vous composez des mots…

A.K. : Absolument.


Alain Kirili et Juilia Kristeva, Paris, 1997 (c) Ariane Lopez-Huici.
ZOOM... : Cliquez l’image.

V.K. : En voyant, ces sculptures, je pense à un très beau texte de Julia Kristeva qui s’intitule « Mon alphabet ou comment je suis une lettre ». C’est dans son livre Pulsions du temps.

Julia Kristeva y rencontre ses souvenirs d’enfance à Sophia, où chaque année il y a la « fête de l’alphabet » pour célébrer les frères Cyrille et Méthode et leur invention de l’alphabet cyrillique. A chaque lettre est associé, un mot, une signification : A, c’est “je”, la lettre B, signifie en vieux slave “les lettres”, le G, c’est “le Verbe”… Je ne sais pas si vous connaissez ce texte
- Non, non.
- Je lis le début du texte :


Aujourd’hui, 24 mai, c’est la Fête de l’écriture, à Sofia. Ma première Fête de l’Alphabet. J’ai six, sept ans peut-être ? Je sais en tout cas déjà lire et écrire, cela me plaît et je progresse vite. Les Bulgares sont le seul peuple au monde à célébrer un jour pareil : celui des frères Cyrille et Méthode, créateurs de l’alphabet slave. Derrière l’immense effigie de ces deux moines, le pays défile sur les grands boulevards : les écoliers, les professeurs en tout genre - de la maternelle aux académies des sciences-, les écrivains, les artistes, les amateurs de littérature, les parents... Tout le monde arbore sur son plastron une grande lettre cyrillique.

Julia Kristeva

A.K. Formidable !

Kirili me montre d’autres tableaux enregistrés sur son téléphone

A.K. : Voilà le premier tableau « La Joie de vivre ». Tout est en cours…

C’est à Philadelphie

V.K. : C’est sensuel. C’est vertigineux comme tous les artistes ont été sensibles au nu…

A.K. : Je ne dirais pas tous les artistes… Regardez ça c’est beau !
Voilà une vue partielle de La danse installée au musée de Philadelphie
Il y a l’équivalent, l’autre version qui est avenue du Président Wilson….
C’est fondateur pour moi.

Kirili - Sollers : mêmes passions

Des goûts esthétiques communs

Le sculpteur et l’écrivain partagent des goûts esthétiques communs, un même intérêt pour les textes sacrés qui nourrissent leurs œuvres respectives : la Torah pour Kirili qui lui inspira sa série des « Commandements », la Bible qui pour Sollers a nourri, entre autres, son Paradis, sa Divine Comédie (Entretiens avec Benoît Chantre), ses Illuminations - A travers les textes sacrés. Outre les mythes fondateurs des civilisations judéo-chrétiennes, leur intérêt s’étend pour Kirilli à celles de l’Inde et du Japon, et pour Sollers à celle de la Chine. En commun aussi, leur goût pour le jazz et l’érotisme, ainsi que pour New-York. Kirili y a installé son atelier depuis 1980 où il vit avec sa compagne Ariane Lopez-Huici, photographe, et Sollers y a vécu quelques années quand Julia Kristeva exerçait comme Visiting Professor d’Université à New York. Il y est souvent retourné et rencontrait Kirili. On doit aussi quelques textes sur Kirili à Julia Kristeva.

Alain Kirili, sculpteur, et Ariane Lopez-Huici, photographe, se sont rencontrés dans les années 1970 pour ne plus se quitter : lui travaille le fer forgé, le métal, le ciment dans des installations en premier lieu minimalistes, et parfois monumentales, comme Rythmes d’automne sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris en 2012. Le principe de la verticalité innerve sa pratique, dans le sens d’une sculpture « debout », qui fait front. Elle, pour sa part, saisit avec son appareil des corps qui transgressent la beauté physique conventionnelle [6].

Le cercle Kirili-Sollers s’est étendu à Yannick Haenel qui a écrit un beau texte sur Commandement II, et sur le couple Kirili — Ariane Lopez-Huici, et dans une moindre mesure à Marcelin Pleynet auteur également d’un texte sur Kirili.

VOIR AUSSI « Entretien Kirili-Sollers de mars 1989

*

V. K. :... J’ai vu une vidéo de Sollers de présentation de son dernier livre « Mouvement » et j’y ai retrouvé des points communs avec vous…

A. K. :
On s’est satellisé l’un l’autre…

V.K. : Vous dîtes que vous aimez le flamenco. Comme Sollers. Cette vidéo de Sollers est aussi ponctuée de plans de corridas…

A. K. : Qui a fait cette vidéo ? …C’est pas Fargier ?

V.K. : Non, c’est une vidéo réalisée par son vidéaste attitré Georgi Galabov que, depuis quelques années, Sollers s’est attaché pour constituer ses propres archives… [avec la photographe Sophie Zhang].

A.K. : … Il a quel âge Sollers ?

V.K. : Il est né en 1936. Il va avoir 80 ans en novembre.

A.K. : On ne le voit plus tellement à la télévision…

V.K. : La télévision passe très vite à autre chose. Il n’est plus…

A.K. : Il n’est plus en haut de l’affiche… On est tellement dans l’événementiel ! C’est affolant.

V.K. : Les politiques n’y échappent pas non plus. Regardez Juppé que l’on ne cesse de présenter comme un vieux cacique…

A.K. : Juppé, …fait âgé parce qu’il est très raide. C’est pas son âge qui le rend âgé, c’est son caractère.
Il y a des gens âgés qui sont une merveille de jeunesse.
J’ai rencontré Picasso, j’ai rencontré Man Ray...
J’étais impressionné par leur jeunesse.

V.K. : Vous avez écrit sur Rodin… et ses dessins érotiques de la fin de sa vie.

A.K. : Tous les gens, toute la communauté qui s’intéresse à l’art …ont tous ce trait en commun : Il n’y a pas de différence générationnelle, ni de classe sociale.
C’ est très impressionnant.
On peut être un chef d’état, et puis s’intéresser et aller voir l’atelier d’un jeune artiste.
Je me souviens de Pompidou quand il venait dans les galeries où j’exposais
Il avait sa voiture. C’était évidemment, à l’époque, une DS noire. Il la faisait stationner à cheval sur le trottoir, entrait dans la galerie et allait voir une exposition.


Alain Kirili et Jacques Derrida, à l’atelier 17 White Street, New York 1998
© Ariane Lopez-Huici
ZOOM... : Cliquez l’image.

Mon plus grand choc. J’étais très très gamin, vers 13, 14 ans, peut-être même avant. J’avais un médecin. J’allais le voir …pour un contrôle général et autres.
Ce Mr, Il avait quantité de tableaux, dans les couloirs, des tableaux posés à même le sol…
Ce monsieur, ce docteur, quand il a compris que je m’intéressais à l’art, il prenait beaucoup plus le temps pour m’en parler.

Et ça m’a tellement exalté, tout à coup, j’ai eu comme un choc, un flash, ...conscient, qu’au fond, ce monsieur très âgé - pour moi il était très âgé, peut-être qu’il avait cinquante ans à l’époque - …ce vrai Mr, ce Mr était plus proche de moi que les copains que je voyais de mon âge.

V.K. : Vous qui avez rencontré le gratin de l’art, je vous suis d’autant plus gré de m’accorder du temps aujourd’hui.

A.K. : Je vais vous dire : on crée pour des gens comme vous
Le bonheur que moi, j’ai de voir
que ce que je peux faire
compte pour vous dans votre existence,
vous apporte une joie de vivre,
pour moi c’est une gratification.
Cà me fait plaisir.

… La sculpture sur le mur devant vous
c’est La Vague
Elle est de 2015.
Le medium c’est du fer martelé.
Martelé en France
Et, je vous ai pris en photo, devant.

Je dis ça parce que, comment dirais-je :

C’est une symbolique importante qu’il y ait la visite d’atelier.

Ce n’est pas comme pour un écrivain, où on n’a pas forcément besoin d’aller à l’intérieur.

Un atelier d’artiste se visite.

V.K. : Je vous remercie infiniment pour le temps que vous m’avez accordé, dans le cadre de votre atelier, et je vous souhaite un bon séjour au Cambodge. Vous y restez longtemps…

« Alain Kirili est un diable de bonhomme. Familier des voyages intercontinentaux et des expériences créatrices. Jamais las, jamais en faille d’énergie, de volubilité et de passion. »
Jacques Bouzerand

A.K. : Trois semaines ! Je vais allez voir le sourire d’Angkor Vat…

V.K. : Trois semaines… alors vous allez créer là-bas

A.K. : Oui je prends mon temps. Je vais peut-être bien créer mais je vais faire un interview avec un sculpteur cambodgien. J’ai aussi un deuxième but : la visite des sites du génocide. Cà j’y tiens beaucoup…

…« We keep in touch » comme on dit à New York.

*
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Alain Kirili : le goût de l’écriture dans toutes ses expressions

Extrait de Prière de toucher (c) Jean-Paul Fargier
de la forge de Trenton, New Jersey à l’atelier de New York

- Le site d’Alain Kirili
- Le site d’Ariane Lopez-Huici


LA MUSIQUE ET L’ART


Pour moi, la fusion de la sculpture, de la musique et de la danse n’est pas une performance mais une communion.
Alain Kirili


ZOOM : cliquer l’image

ZOOM : cliquer l’image


Le Jazz et la Sculpture se créent dans l’urgence. Le risque extrême est la condition minimale de cette création, la mesure absolue du musicien et du sculpteur... Le renouveau de la verticalité dans ma sculpture est lié à la statuaire, à la musique et à la danse.
Alain Kirili

[…] Il suffit d’avoir été là, un soir, au 17 White Street, dans le quartier de Tribeca, à New York, où habitent Ariane Lopez-Huici et Alain Kirili, et d’avoir assisté à l’un de ces concerts de free-jazz qu’ils organisent chez eux avec des musiciens amis pour savoir ce qui se joue entre les photographies, les sculptures et la musique.

Le musicien passe, comme Dionysos avec sa flûte, il invente une voix qui anime les sculptures et les images. Cette voix s’élève, elle ouvre un chemin, elle fonde.

Alors il n’y a plus ni photographies, ni modelés verticaux, ni sonorités ; il n’y a plus ni photographe, ni sculpteur, ni musicien : il n’y a qu’une remise en jeu du temps, une vibration invisible, une sorte d’étreinte qui mêle les oeuvres et les êtres, une noce, un sourire : celui d’Ariane Lopez-Huici et d’Alain Kirili.

Yannick Haenel, 2014
Parcours Croisés, Musée des Beaux-Arts de Caen


Improvisation by Leena Conquest, Daniel Carter and Roy Campbell, White Street Studio, New York, 2008.


Concert at White Street Studio, Daniel Carter, Joe McPhee and William Parker, New York, 2018

DESSINS ET CALLIGRAPHIE

S’il revendique la qualité de statuaire, c’est qu’Alain Kirili est d’abord et avant tout un sculpteur de la verticalité et du modelé.

Le métal, la terre et le plâtre ne sont pas ses seuls matériaux de prédilection ; parallèlement à son œuvre sculptée, l’artiste développe depuis longtemps une œuvre graphique tout aussi intéressante qui procède de l’inscription de tout un monde de signes et de formes en écho à ses sculptures.

Tel est le cas de la série des grands dessins sur calque, au fusain et au pastel gras, intitulée New York Incandescence. Présentés au Musée de Grenoble dans la foulée de l’inauguration de sa sculpture monumentale Résistance, au cœur du parc Mistral en 2011, ceux-ci témoignent d’une même force et d’une même puissance. Quelque chose de fulgurant est à l’œuvre dans les dessins d’Alain Kirili que sanctionnent tant l’énergie déployée à leur exécution que le caractère d’immédiateté de leur épiphanie. Il y va de tension, d’imbrication et d’urgence comme si tout se jouait dans l’instant. Un instant décisif.

Les dessins de Kirili émergent sans aucun préalable, ils ne sont la préfiguration d’aucun projet particulier et n’existent pleinement que pour eux-mêmes. Comme avec le fer forgé ou la terre, il n’est question que de confrontation physique aux matériaux, de délivrer une charge pulsionnelle et impérieuse, celle-là même qui est une façon de dire la présence du corps à l’œuvre. Une présence sensuelle et incarnée.

PHILIPPE PIGUET, · L’ŒIL-
LE 18 MAI 2011

Nota : Ses dernières œuvres prolongent son art du dessin
Avec Signes II, 2018

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Alain Kirili, Signes II, 2018

Mais aussi une ultime calligraphie de 2021, en forme de dernier geste artistique

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Alain Kirili, Calligraphie, 2021

.
Retour aux sources de ses débuts – il avait suivi l’enseignement d’un maître coréen Ung No Lee – La sculpture ne lui était plus possible alors que ses forces l’abandonnaient mais peut-être faut-il voir aussi dans cet ultime geste artistique, une forme de spiritualité qu’il évoquait à travers ses premières œuvres Commandement d’inspiration biblique et sa sculpture Ascension, installée dans le chœur de l’abbaye de Montmajour, 2002 (illustration plus haut dans cet article)

Le maître Ung No Lee

Alain Kirili : « J’allais souvent au Studio Paul Facchetti qui tenait galerie rue de Lille et qui avait été le premier à montrer Pollock. Un jour, comme je lui parlais de ma fascination pour la peinture chinoise et pour la calligraphie, il m’a recommandé d’aller prendre des cours chez Ung No Lee qui était un des artistes de sa galerie. »

C’était dans les années 1965-1966, Alain Kirili avait tout juste 20 ans, il venait d’avaler l’ouvrage de référence de James Cahill sur la peinture chinoise ; il n’attendit pas plus longtemps et prit main avec le maître coréen via une petite annonce que celui-ci publiait dans les Lettres françaises pour s’attirer une clientèle. « Les cours avaient lieu chez lui, raconte Alain Kirili, sur le mode de la leçon particulière personnelle ou en petit groupe. Ung No Lee nous apprenait à faire notre encre et à tenir le pinceau entre les doigts, à la verticale. L’homme était simple et chaleureux. Aujourd’hui, il est considéré chez lui comme un monstre sacré et un musée lui est consacré à Daejeon, au centre de la Corée du Sud. »

Crédit : PHILIPPE PIGUET · L’ŒIL , LE 15 MAI 2014

ALAIN KIRILI OU LA LEGERETE DE L’ETRE

Par Mary Jones
Artcritical, 27 décembre 2018

Alain Kirili, malade, discute avec Mary Jones de sa dernière œuvre : une installation de 33 pièces peintes et collées
.

J’ai rencontré Alain Kirilli dans le loft de Tribeca qu’il partage depuis 1980 avec sa femme, l’artiste Ariane Lopez-Huici. Nous regardons ensemble ses nouvelles œuvres sur papier, massées sur le mur, flanquant des sculptures en métal sur des fonds colorés.
Les lignes organiques des pièces de papier sont ouvertes à de multiples lectures, comme une écriture, un coup de pinceau ou un autre type de signifiant qui fait référence aux formes sculpturales de Kirili. Elles dégagent une improvisation confiante. Elles rappellent également les découpages tardifs de Matisse dans la manière dont la couleur opère comme la lumière.


Alain Kirili, installation de studio : « Signes », 2018, flanquant l’une des sculptures murales de l’artiste. Courtesy of the Artist

ALAIN KIRILI : Ma vie d’artiste est un antidote à ce que j’aurais dû devenir. Kirili est un pseudonyme. J’ai quitté les attentes conventionnelles de ma famille et choisi de devenir un artiste.

Le processus créatif a toujours été sacro-saint pour moi, j’y ai consacré ma vie, et aujourd’hui, c’est ma façon de résister à la négativité actuelle de mon corps. Je suis atteint d’un cancer de la moelle osseuse et je subis différents traitements. Je ne sais jamais quand l’un d’eux réussira. J’affronte cette négativité avec la joie de la création, qui est profondément ancrée dans mon identité. La maladie est une nouvelle expérience pour moi. Jusqu’à présent, mon corps a toujours été une grande source de joie et d’inspiration.
MARY JONES : Il n’est pas étonnant que vous ayez trouvé une âme sœur dans l’œuvre tardive de Matisse, qui, après avoir survécu à son opération réussie du cancer en 1941, a senti qu’on lui donnait une seconde vie et a donc inventé les découpes.
A. K. : Ce nouveau travail est un bon signe que je veux survivre. Je suis donc un héritier de la seconde vie de Matisse, car lorsque je suis sorti de l’hôpital, j’avais soif de créer et de défier toute forme de négativité. J’ai travaillé intensément pour parvenir à célébrer la vie dans ce nouveau corpus d’œuvres.

M. J. : Nous avons maintenant l’habitude de voir un champ ou un rectangle de couleur peint derrière vos grandes œuvres sculpturales. Cela me rappelle la théorie du psychanalyste britannique Wilfred Bion sur "le contenant et le contenu". Il y a une interaction entre l’espace peint et l’objet sculptural. Ils semblent à la fois avoir émergé de cet espace, mais aussi s’en étendre ou s’y attacher. Parfois, le rectangle coloré fonctionne comme une base ou un piédestal. La tension est plus étroite ici, car le contraste entre les matériaux s’est réduit, les rapports de couleur progressent. Cela est-il dû en partie à votre admiration renouvelée pour Matisse ?

A. K. : Oui, la perception fraîche et directe de la couleur et de la forme est très nouvelle dans ces œuvres, et il y a un lien spécifique avec Matisse, avec son livre "Jazz" et avec la "chapelle Matisse", la chapelle du Rosaire à Vence, en France. Ariane et moi y avons assisté à la messe plusieurs fois et cela a toujours été très stimulant pour moi. J’ai bien sûr admiré les couleurs des vitraux, mais aussi la très riche collection de chasubles qu’il a créée. Le jeune prêtre, le père Paul Anel, a même célébré une messe en l’honneur d’Ariane et de moi en portant une chasuble remarquable. C’est dans cet esprit que j’ai étudié le symbolisme des couleurs dans l’art religieux dans le célèbre ouvrage de René Gilles, "Le symbolisme dans l’art religieux" (1961).

Il est essentiel de comprendre que la couleur dans une église a toujours une dimension symbolique profonde. Je choisis et je mélange des couleurs magnifiques et résonnantes avec des attributs spirituels spécifiques. Il y a une dialectique entre la formalité et le symbolisme de la couleur et l’aspect organique de la ligne, une tension puissante que j’aime explorer.

[…] Aujourd’hui, pour moi, montrer l’utilisation du papier et du fil est une façon de briser la hiérarchie traditionnelle où seul le bronze est la version finale de la sculpture. Maintenant, le papier et le fil sont révélés et sont les versions finales de mes sculptures.

Crédit : D’après artcriticalcom

oOo

[2Ce sera la 4ème Biennale en ce lieu

[3Catherine Cusset a été publiée par Philippe Sollers. Voir ICI sur pileface

[4La plus grande collection d’œuvres d’Henri Matisse dans le monde. « La collection Cone de renommée internationale est le joyau de la couronne du Baltimore Museum of Art. Au début du 20e siècle, les sœurs Claribel et Etta Cone ont visité les ateliers parisiens de Henri Matisse et Pablo Picasso et ont commencé à amasser une collection exceptionnelle d’environ 3000 oeuvres, qui ont été exposées dans leurs appartements de Baltimore avant de venir au Musée » (Crédit : BMA).

[5le Rodin Museum qui abrite la deuxième collection de Rodin au monde,

- La Barnes Foundation , à Merion, en banlieue de Philadelphie, jusqu’en 2012, et désormais située à Philadelphie, même. Albert C. Barnes, un richissime pharmacien (1872-1951), était grand amateur de peinture européenne, française en particulier2. Fin connaisseur des ateliers parisiens, il a rassemblé une exceptionnelle collection de toiles impressionnistes et post-impressionnistes :
- 181 Pierre-Auguste Renoir,
- 69 Paul Cézanne,
- 59 Henri Matisse,
- 46 Pablo Picasso,
- 21 Chaim Soutine,
- 18 Henri Rousseau,
- 16 Amedeo Modigliani,
- 11 Edgar Degas,
- 7 Vincent van Gogh,
- 6 Georges Seurat,
et de nombreuses œuvres d’auteurs classiques ou modernes : Giorgio de Chirico,Peter Paul Rubens,Titien,Paul Gauguin,El Greco,Francisco Goya,Édouard Manet,Jean Hugo, Claude Monet,Maurice Utrillo…

- Le Philadelphia Museum of Art avec d’importantes œuvres de Marcel Duchamp, Constantin Brancusi et Pablo Picasso

[6Revue Art absolument N°58.

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3 Messages

  • Viktor Kirtov | 29 mai 2021 - 17:33 1

    (*) Michel Destot : Ingénieur, chef d’entreprise, membre du Parti socialiste, puis député de l’Isère entre 1988 et 2017, et maire de Grenoble entre 1995 et 2014, ville qui a accueilli des œuvres d’Alain Kirili.

    Un des plus grands sculpteurs contemporains au monde n’est plus.
    Alain Kirili s’est éteint, en artiste apaisé, au milieu de ses œuvres, dans son atelier de Tribeca à Manhattan.

    Nous avons suivi avec admiration son courage exceptionnel dans le combat qu’il a mené des années durant contre la maladie, repoussant l’étape ultime au-delà des pronostics les plus optimistes. Et nous savons, bien sûr, que tout cela n’aurait pu arriver sans la présence de tous les instants, sans l’accompagnement intelligent et plein d’amour d’Ariane Lopez-Huici.

    Avec Marie, Marilia, Damien et Roman, nous adorions Alain, son talent et sa passion d’artiste créatif, son engagement politique des deux côtés de l’Atlantique, et par dessus tout son immense sens du partage en amitié.

    Que de souvenirs ensemble !

    Je dois à Serge Lemoine, alors directeur du musée de Grenoble, notre première rencontre. C’était à l’occasion d’une impressionnante exposition sur le plan d’eau intérieur du musée, événement qui connut un grand succès. Et depuis, nous ne nous sommes plus quittés…
    Comment oublier, à Grenoble déjà, entre autres moments forts, l’installation « Résistance » de ses sculptures en blocs de pierre de Bourgogne dans le Parc Paul-Mistral, dans une mise en scène architecturale d’Alexandre Chemetoff ?

    Le catalogue de l’exposition avait été réalisé suite à des rencontres, très importantes pour Alain, avec Mimi Mingat et Arielle Giffard, deux grandes figures de la résistance grenobloise, rendant plus vraie encore l’expression d’Alain pour qui « la création est un acte de résistance ».
    Son inauguration, avec une superbe chorégraphie de Jean-Claude Gallotta restera un temps artistique intense, le massif du Vercors en arrière-plan. Lionel Jospin et Catherine Tasca avaient fait le voyage, ainsi qu’Aubert de Villaine, figure de proue du vin de Bourgogne, avec Pamela, tout juste arrivés de leur domaine de la Romanée-Conti.
    Alain avait fait aussi une donation à la Ville de Grenoble d’un ensemble sculptural, dénommé Résistance, qui devait être installé sur une place de l’avenue des Martyrs, alors en cours de réalisation, en regard du monument dédié justement à la Résistance. La mise en œuvre de cet engagement municipal n’a malheureusement pas été respectée par l’actuelle municipalité, ce qui nous avait profondément heurtés, Alain et moi, car tellement contraire à nos valeurs.

    Et puis, il y a eu Paris, nos rencontres dans ses bistrots improbables ou chez Ariane et Alain autour d’une bouteille généralement de légende.
    Comme avec Bertrand Delanoë, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, autour d’une nouvelle superbe création « Rythmes d’automne ».
    Ou au musée de l’Orangerie, « Kirili et les Nymphéas » en dialogue avec les œuvres de Claude Monet.

    A deux pas de l’installation « Le Grand Commandement blanc » dans le jardin des Tuileries, où Alain avait œuvré à une exceptionnelle sélection sculpturale moderne et contemporaine du XXème siècle, répondant à son souci permanent de rendre la sculpture, dans sa plus grande et belle diversité, visible et accessible de tous et de toutes les générations.
    Je ne veux pas oublier non plus nos escapades communes, scellant entre nos couples une amitié pour toujours, à la Colombe d’Or à St Paul-de-Vence pour un anniversaire mémorable, ou à Cogne au pied du Grand Paradis !

    Entre Paris et New-York, s’est noué le destin d’une vie dans la confrontation stimulante pour la création. Ce fut aussi pour ma famille l’occasion de rencontres plus fréquentes et plus impliquées encore sur le plan artistique. Alain et Ariane accueillirent généreusement à Manhattan ma fille Marilia et Damien, qui débutaient leurs carrières dans la photographie et le cinéma, Marilia devenant un moment l’assistante d’Alain et Ariane.

    Que de découvertes d’artistes amis et de performances dans les musées et les galeries !

    L’atelier d’Alain était devenu le lieu incontournable où sculpture, musique et danse fusionnaient dans un mouvement quasi-sacré. Dans ce loft un peu magique, nous nous retrouvions, heureux de communier dans une même émotion artistique, où l’amour du beau nous portait vers l’autre. Passionnés de jazz, nous nous abandonnions aux vibrations de tous ses amis venus jouer autour de ses sculptures. Au delà d’Archie Shepp et Cecil Taylor, ses premières rencontres, il nous a été donné de comprendre mieux encore, selon sa belle expression, qu’il importait de « rendre à la culture noire américaine tout ce qu’elle a fait pour l’art de ce dernier siècle ». Avec William Parker, Joe Mc Phee, Michael Attias, les plus proches ; avec Ned Rothenberg, le dernier venu à l’atelier pour un concert « roulette » filmé ce printemps, et où l’on voit Alain dessiner ses dernières calligraphies sculpturales.
    Avec la danseuse Maria Mitchell, la chanteuse Leena Conquest, et combien d’autres…

    Comme je le glissais à Ariane avec laquelle nous poursuivrons, dans l’affection, cette aventure hors norme, Alain demeurera à jamais pour moi cette belle personne, à l’immense talent artistique, toujours en mouvement, mû par une énergie et une générosité hors du commun. Il fallait le suivre en vélo dans Chinatown ou dans ses envolées passionnées en politique comme en culture, où se bousculaient le français et l’anglais, les références historiques et l’expression de ses fulgurances.

    J’ai appris à connaître et à aimer Eugène Dodeigne, Germaine Richier, Louise Bourgeois, Daniel Dezeuze, François Morellet, Pierrette Bloch, l’immense Pierre Soulages, et d’autres encore.
    Mais j’ai connu et aimé Alain aux premiers échanges, percevant au-delà de ses œuvres, ses qualités humaines et son engagement politique pour le monde entier. Jamais tiède, toujours là. Avec ses cris du cœur, ses colères et ses joies.
    Il aurait pu prononcer ces mots de Pablo Picasso : « l’art est là pour laver l’âme de la poussière du quotidien. Il s’agit de réveiller des passions, car la passion est ce dont nous avons le plus besoin, pour nous et la jeune génération ».


    Concert de Joe Mc Phee à l’atelier, New York.

    inauguration de « Résistance » d’Alain Kirili au Parc Paul Mistral, dans l’architecture conçue par Alexandre Chemettof, avec une chorégraphie de JC Gallotta, Grenoble 2011

    Exposition Alain Kirili au Musée de Grenoble, 2011

    Séance de calligraphie à l’atelier, New York, 2013

    Installation « water +letters » au Musée de Grenoble, 1999

    Crédit : http://www.micheldestot.fr/actualites/alain-kirili/


  • Viktor Kirtov | 29 mai 2021 - 16:00 2

    25 mai 2021

    L’artiste français Alain Kirili est décédé à New York le 19 mai à l’âge
    de 74 ans des suites d’une leucémie. Le sculpteur, formé à la calligraphie,
    participe en 1972 à une exposition collective à la galerie Sonnabend à
    Paris. La galeriste américaine l’invite pour son premier solo show
    dans son espace de New York en 1978, avant la Galerie Beyeler à Bâle en 1980. Alain
    Kirili partage alors sa vie entre Paris et New York. Très présent aux États-
    Unis, il bénéficie de nombreuses expositions dans des musées américains,
    du Fine Arts Museum à Dallas (1981) au Guggenheim Museum à
    New York (1997) ou au Fine Arts Museum, Palace of the Legion of Honor,
    à San Francisco (1999). Il fait partie de nombreuses collections, dont celle
    du MoMA de New York. En 1977, il participe à la Documenta VI à Cassel.
    Promoteur de l’art dans l’espace public, il installe en 1985
    Le Grand Commandement blanc dans le jardin des Tuileries, à Paris, toujours visible.

    Passionné de jazz, il avait encore organisé une performance-concert sans
    public avec Ned Rothenberg et Ariane Lopez-Huici le 24 avril à New York.

    Ph. R.

    Crédit : daily.artnewspaper


  • Viktor Kirtov | 29 mai 2021 - 15:35 3

    25 mai 2021


    Funambule VII, Alain Kirili. . ©Alain Kirili
    ZOOM : cliquer l’image

    Hier, la galerie Richard, à Paris, écrivait : « C’est avec une grande tristesse que nous vous annonçons le décès d’Alain Kirili le 19 mai à New York, à l’âge de 74 ans. Né en 1946 Alain Kirili est reconnu pour ses sculptures en fer forgé, mais aussi en plâtre. Classifié comme post-minimaliste, il s’en est affranchi et a mis en avant la sensualité, la spontanéité et l’improvisation avec des esthétiques plus complexes. Il a beaucoup contribué avec Ariane [son épouse] à faire partager sa passion pour le free jazz en organisant très régulièrement des concerts dans son loft, à Tribeca. Ron Gorchov et Alain Kirili ont offert une très belle exposition à Galerie Richard, en 2009 intitulée « Célébration de la main : l’art de Ron Gorchov et Alain Kirili ».A l’occasion de cet événement, Florent Founès écrivait pour ArtsHebdoMédias : « Installé à Paris, partageant son temps entre New York et la capitale, Alain Kirili est l’initiateur de cette rencontre et de ce dialogue à deux sur le thème de laCélébration de la main. Sculptures en liberté, en équilibre, ses œuvres dansent, aériennes, filiformes. Ardent défenseur de l’art contemporain et farouche contempteur du kitsch façon Jeff Koons, il affirme qu’“un sculpteur qui ne peut plus créer, et ce sont Rodin et Carpeaux qui nous deviennent étrangers”. Une de ses œuvres parmi les plus récentes, Funambule, rend hommage au beau texte de Jean Genet, long et déchirant poème d’amour dédié à un jeune acrobate suicidé à 28 ans. Ce sont ici de fines barres en fer dont les spirales sont comme aspirées vers le haut, Equivalences, appuyées à la verticale contre un mur. Fragilisées, leur posture rappelle la précarité de l’existence, l’éphémère équilibre qui maintient en vie, l’appréhension que les barres ne s’écroulent ; une liberté en sursis. Martelées, façonnées, malaxées par la main, elles se subliment, se font chair, sensualité retrouvée, défi gracile et angoisse conjurée. D’autres, sculptures en terre cuite, Adamah ou Adam nous racontent la plus ancienne histoire de l’humanité ; et si certaines de ces terres portent des brisures, l’artiste les garde comme autant de blessures. Il ne signe que dans l’urgence du combat. » La rédaction d’ArtsHebdoMédias présente ses sincères condoléances à la famille et aux proches d’Alain Kirili.

    Crédit : ArtsHebdoMédias