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Ce virus qui rend fou par Bernard-Henri Lévy...

L’essai de BHL suivi d’une "Fable pour notre temps" par Roland Jaccard

D 1er juin 2020     A par Viktor Kirtov - C 13 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Matinale de France Inter : le grand entretien avec Bernard-Henri Lévy

lundi 1 juin 2020

par Léa Salamé , Nicolas Demorand-

Le philosophe Bernard-Henri Lévy publie "Ce qui virus qui rend fou" chez Grasset. Il est l’invité du Grand Entretien de la matinale de France Inter avec Nicolas Demorand et Léa Salamé.


22 minutes

Ajout version vidéo 02/06

L’essai « Ce virus qui rend fou » chez Grasset

de Bernard-Henri Lévy

Une épidémie est, toujours, un phénomène social en même temps qu’un désastre sanitaire. Que nous dit, donc, cette épidémie-ci de la société qui est la nôtre ? Que nous révèle-t-elle de son rapport au mal, au tragique et à la mort ? Un virus est-il un message ? Un agent de la providence et de l’histoire ? Est-il l’envoyé d’une Nature épuisée, et qui demanderait grâce ? D’une humanité exsangue, et qui voulait un carême planétaire ? A-t-on bien fait de mettre la planète à l’arrêt ? A-t-on raison d’espérer que, de ce coma où on l’a plongé, notre monde sorte régénéré ? Qu’est-ce que l’hygiénisme ? Que veut dire le Talmud quand il affirme que le meilleur médecin ira en enfer ? Que penser de ce « pouvoir médical » qui semble, partout, se mettre en place et prendre le relais du Politique tel qu’il s’est défini de Platon à Jacques Lacan ? Et qu’est-ce qui a changé, en nous, depuis l’époque où Paul Claudel, dans L’Annonce faite à Marie, magnifiait le baiser au lépreux ? Ce sont quelques-unes des questions posées dans ce livre de colère et de savoir. L’hommage aux soignants n’y interdit pas la lucidité.

Les droits d’auteur seront reversés à l’ADELC (Association pour le Développement de la Librairie de Création).

A propos de l’auteur

Normalien et agrégé de philosophie, Bernard-Henri Lévy est épistémologue de formation et est entré en philosophie par la porte de l’histoire des sciences. Proche de Michel Foucault, élève de Georges Canguilhem et auteur d’une thèse de doctorat consacrée, il y a un demi-siècle, à l’histoire de la médecine, il était mieux placé que beaucoup d’autres pour réfléchir à la crise ouverte par l’apparition du Coronavirus.

BHL : « Ce qui m’a frappé, c’est notre incroyable docilité »

ENTRETIEN. Covid, confinement, Hulot, Onfray, Macron… Le philosophe, qui publie « Ce virus qui rend fou », dresse un état des lieux

Propos recuellis par Sébastien Le Fol

Le Point.fr


Bernard-Henri Lévy, écrivain, philosophe et cinéaste . Son « Bloc-notes » est publié semaine dans « Le Point ». Illustration : Dusault pour « Le Point »

Les lecteurs de son Bloc-notes dans Le Point ont eu la primeur de ses réflexions sur le Covid-19. Dès le mois de mars, Bernard-Henri Lévy les mettait en garde contre l’union incestueuse des pouvoirs politique et médical, fustigeait les discours « jevouslavaisbiendit » qui voyaient dans le virus soit « une chance », soit un « message de la nature », et s’inquiétait des nombreuses restrictions de libertés. Ces « chroniques du coronavirus » ont nourri un pamphlet, Ce virus qui rend fou, à paraître le 10juin aux éditions Grasset*. Un « bilan d’étape », comme le qualifie le philosophe, de la « première peur mondiale ». Comment allons-nous sortir de cette épreuve, individuellement et collectivement ? À quoi avons-nous renoncé ? Pour « BHL », ce « tsunami civilisationnel et mondial » va laisser d’énormes séquelles.

Le Point : Votre livre n’est-il pas avant tout une réaction épidermique à une pandémie qui vous a privé de votre style de vie habituel ?

Bernard-Henri Lévy : Évidemment pas. Elle nous a tous privés, absolument tous, de notre liberté d’aller et de venir. Elle a fait de nos logements des prisons volontaires. Et elle nous a ramenés – avec, encore une fois, notre assentiment ! – à l’âge de la garderie et du jardin d’enfants. Cela n’a rien à voir avec le style de vie de tel ou tel.

L’enfer, contrairement au lieu commun, ce n’est pas les autres.
C’est soi. C’est la clôture de soi sur soi.

Pour un esprit cosmopolite comme vous, la fermeture des frontières et des aéroports, c’est l’enfer, non ?

Pas seulement pour moi ! Pour tous ceux dont l’horizon ne se limite pas au pré carré familial, local ou hexagonal. L’enfer, contrairement au lieu commun, ce n’est pas les autres. C’est soi. C’est la clôture de soi sur soi. Tous les confits du confinement qui allaient répétant que le malheur des hommes vient du divertissement et de leur incapacité à demeurer seuls, dans une chambre, avec eux-mêmes oubliaient juste la suite de la sentence pascalienne : « Le moi est haïssable. Les aéroports, face à ça, ce sont, en effet, des antichambres, des portes de liberté, des sas vers autrui.

Vous n’êtes donc pas de ceux qui ont vu dans ce confinement l’occasion d’un retour sur soi fait de lectures, de méditation et de cuisine ?

C’est quoi, un retour sur soi ? Et c’est quoi, cette vie au rabais sinon une justification commode pour faire enfin un bras d’honneur à ses semblables et au reste du monde ? J’étais à Paris pendant cette période. Et cette ville déserte dont j’entendais partout qu’elle était enfin belle car vidée de ses habitants, m’a paru, au contraire, tragiquement défigurée. Sans âme. Sans âme qui vive. Avec ces rares passants apeurés qui, lorsqu’ils se croyaient, s’évitaient comme la peste et se voyaient comme une menace. Alors, je sais qu’il y a des « diaristes du confinement » qui prétendent avoir déconfiné une vieille édition de Joyce ou de Proust qui dormait du sommeil du juste dans leurs rayonnages. J’ai des doutes…

Le gouvernement avait-il vraiment le choix ? Le confinement aurait-il pu être évité ?

Sans doute pas. Encore qu’il faudra, le moment venu, regarder de près ce qui s’est fait en Suède ou aux Pays-Bas. Mais ce dont je suis sûr, c’est que nous avions, nous, les individus, le choix de râler, d’obéir à contrecœur et, au lieu de nous extasier de ne jamais avoir été aussi libres que sans occupation, de prendre la mesure de cette régression citoyenne, sociale et morale.

Dans cette affaire, n’êtes-vous pas plus proche de Trump et de Bolsonaro que de Conte, par exemple ?

Vous plaisantez ? Ces deux-là étaient dans la dénégation, ce qui, pour le coup, était à la fois con et criminel. De surcroît, il ne vous a pas échappé qu’ils ont profité de l’occasion pour imposer leur camelote. Bolsonaro, pour instaurer un climat de quasi-guerre civile et nettoyer les favelas. Trump, pour réaliser son rêve de mettre un mur entre les États-Unis et le reste du monde en général – à commencer par les Latinos.

Les virus ne parlent pas, les virus n’ont pas de message –
un virus c’est, depuis la nuit des temps,
un pur dérèglement, de la pure mort.

Le virus ne suscite pas seulement un débat entre scientifiques. Intellectuels, politiques et vedettes l’interprètent. Le Covid aurait un message à nous délivrer. C’est grave, docteur ?

Ah oui, c’est grave ! Et c’est vrai à la fois de Trump qui nous disait : « Le virus vote America first » et de cette frange de la gauche qui répondait : « Le virus, c’est l’aube du Grand Soir » ; il nous dit que nous avons trop joui, trop profité, trop consommé, et il nous offre une dernière chance de rédemption. Face à ça, face à ce messianisme virologique, face à ces rentiers de l’effroi et de la mort, il ne faut pas se lasser de rappeler le principe de base cher à mon maître Georges Canguilhem : « Les virus ne parlent pas, les virus n’ont pas de message – un virus c’est, depuis la nuit des temps, un pur dérèglement, de la pure mort. »

Qui sont les plus atteints ?

Je vous dis, d’un côté Trump et ses émules français, genre Philippe de Villiers : « Le Covid c’est, après l’incendie de Notre-Dame, la continuation par d’autres moyens de la colère du Ciel », et, de l’autre, ceux des collapsologues qui ont eu l’indécence de dire, eux aussi : « Béni soit le virus qui parvient à opérer, en cinq minutes, cette décarbonation de l’air et des esprits que nous prônions en vain depuis des décennies. »

Malthusianisme, antihumanisme et guimauve pénitentielle

Certains écologistes se sont particulièrement illustrés dans cette affaire, à commencer par Nicolas Hulot. À les écouter, la nature se vengerait et le virus serait une « occasion formidable ». N’est-ce pas une sorte d’anthropophobie radicale qui s’exprime là ?

C’est Nicolas Hulot qui a lancé, le premier, cette idée d’un « ultimatum » adressé aux pécheurs que nous sommes par la mère Nature maltraitée. Alors, après, vous aviez là le point de convergence de plusieurs courants idéologiques. Le malthusianisme et sa théorie des « hommes en trop ». L’antihumanisme lévi-straussien et son idée que le vrai virus c’est l’homme. Le tout enrobé dans une guimauve pénitentielle tout droit sortie des sermons du père Paneloux dans La Peste et d’Égisthe dans Les Mouches.

Lire aussi BHL – Claude Lévi-Strauss, le coronavirus et le dernier homme

Edwy Plenel, lui, a parlé d’un « virus révolutionnaire »…

Ce qui m’a frappé, moi, hélas, c’est notre incroyable docilité. Y compris chez les plus démunis et les plus exposés. Allez voir place de la République les queues, un peu plus longues chaque samedi, de gens tombés dans la précarité qui viennent aux distributions des Restos du cœur : pas de masques, pas de gel et une résignation à fendre l’âme.

Le Covid, pour vous, n’est donc pas une maladie du libéralisme ?

Avouez que l’hypothèse est cocasse pour une épidémie née au cœur de la Chine postcommuniste…

Vous percevez dans les actuelles « invitations au ressaisissement » un écho des « sermons de 1940 ». Ceux de Montherlant et de Morand, par exemple. Encore votre obsession de l’« idéologie française » !

Ce n’est pas mon plus mauvais livre, vous savez ! Et mon concept, à l’époque, de pétainisme transcendantal fonctionne assez bien pour dire ce qui unit ces gens à droite et à gauche. En gros, l’évêque de Bayonne et François Ruffin

Lire aussi Pascal Bruckner – La société du mètre et demi

Quelles seront selon vous les séquelles politiques de cette pandémie ?

Par exemple, la distanciation sociale. Si c’est juste une mesure sanitaire et que cette mesure est provisoire, OK. Mais imaginez que ça s’installe. Imaginez que, comme vient de le dire le petit père des peuples américains, le Dr Anthony Fauci, l’habitude de se serrer la main « ne revienne plus jamais ». Eh bien ce serait un beau signe de solidarité entre les hommes qui disparaîtrait. Ce serait un grand bond en arrière dans l’histoire de la fraternité humaine.

Une humanité masquée, c’est une humanité de la défiance,
du soupçon et, un jour, de la haine.

Portez-vous un masque ?

Parfois. Le moins souvent possible. Et contraint et forcé. Vous connaissez la théorie d’Emmanuel Levinas. Le rapport à l’autre, l’éthique, ça commence par le face-à-face entre deux visages nus, à découvert et qui se découvrent l’un l’autre dans leur bouleversante fraternité. Une humanité masquée, je suis désolé, mais, d’abord c’est un oxymore, et ensuite c’est une humanité de la défiance, du soupçon et, un jour, de la haine.

Quelle sera, selon vous, l’autre séquelle politique de cette pandémie ?

Nos libertés. Je suis effaré de voir, là encore, avec quelle facilité nous avons accepté de voir ces libertés rognées. Le traçage des populations, visiblement accepté. Les labradors renifleurs, dressés à détecter l’« odeur » des porteurs de Covid, qui n’ont l’air de gêner personne. Et puis l’incroyable culot de ces contempteurs de la « gauche kérosène » qui, comme Thomas Piketty, semblent s’arroger le droit de décider quels commerces, ou quels voyages, sont ou non indispensables – et, là encore, pas grand monde pour les contredire.

La sécurité est devenue la préoccupation première…

Ma thèse est que nous assistons à un glissement de civilisation qui a tout d’un glissement de terrain. Depuis Rousseau, la République était fondée sur un contrat social. Aujourd’hui, sur fond d’hygiénisme devenu fou, nous sommes en train de passer au contrat vital (donne-moi tout ou partie de tes libertés, je te les échange contre une garantie de santé).

Vous semblez reprocher aux Français d’avoir respecté les consignes gouvernementales…

Je ne leur reproche rien. Et ils n’avaient, du reste, pas le choix. Ce qui m’inquiéterait, en revanche, ce serait la « douce accoutumance » à des mesures d’exception devenues la règle.Pour un philosophe, il y a dans tout ça un parfum de « servitude volontaire » façon La Boétie (le royaume de mes libertés contre l’élixir de la sécurité) et de « fin de l’Histoire » kojévienne (un monde lisse, purifié de sa négativité, naturalisé – un orwellien dirait « une ferme aux animaux…).

En vous lisant, certains diront : « BHL fait encore son donneur de leçons. Il voulait quoi ? 150000 morts du Covid en France ? Les vieux décimés ? »

Parlons-en, des « vieux » ! On les a laissés mourir, dans les Ehpad, de solitude et de chagrin.Et il n’y a pas eu, que je sache, de tollé quand le Dr Karine Lacombe a déclaré sur BFM qu’il y avait des personnes âgées qu’on choisissait de ne pas mettre sous respirateur…

Tsunami civilisationnel et mondial.

Macron a-t-il bien géré cette crise ?

Oui, plutôt. Mais je vous le répète : ce n’est pas ça le problème. C’est le tsunami civilisationnel et mondial auquel on a eu à faire face.

Durant quelques semaines, on a tout de même eu l’impression que la France était dirigée par le Conseil scientifique…

Ce rêve d’un « pouvoir médical », d’une « junte médicale », Michel Foucault l’a bien dit : il est vieux comme l’Occident moderne. Mais là, les « sachants » jouaient sur le velours. Le discrédit de la parole politique… La montée des populismes… Le désarroi des opinions… Le culte de l’expertise et de l’évaluation… Et, encore une fois, la « volonté de guérir » devenue le dernier mot de la « volonté de puissance ». Heureusement, les plus raisonnables des médecins ont mis le holà. Et la République a repris ses droits.

Les morts du Covid, comme du cancer ou du diabète,
ne sont pas des martyrs de l’Histoire.

Ce Conseil scientifique a lancé l’idée d’un mémorial pour les victimes du Covid. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Grotesque. Et, surtout, indécent. Il y a un mémorial de la Résistance. Un mémorial de la Shoah et un autre pour le génocide arménien.Les morts du Covid, comme du cancer ou du diabète, ne sont pas des martyrs de l’Histoire.

Vous regrettez que le confinement n’ait pas donné lieu à un débat démocratique. Vous vouliez quoi ? Une session extraordinaire du Parlement ? Un référendum ?

Je ne dis pas cela. En revanche, je pense à tout ce temps d’antenne consacré à des pythies tristes qui venaient égrener la litanie des morts ou orchestrer jusqu’à la nausée le ballet des hypothèses et souvent des ignorances. J’aurais aimé qu’on en consacre une portion à la dette de l’Afrique, aux émeutes de la faim que la mise à l’arrêt de la planète était en train de multiplier ou aux islamistes qui, au Kurdistan et ailleurs, reprenaient espoir.

Que pensez-vous de Didier Raoult ?

Voilà le type de débat idiot auquel cette période de folie a donné lieu.

Les intellectuels ont-ils été à la hauteur de cette crise ?

Ça dépend lesquels. Certainement pas ceux qui, comme Emmanuel Todd, ont appelé à mettre les responsables politiques en prison. Ou ceux qui, comme Bruno Latour, se sont juchés sur les épaules des morts pour nous vendre leur monde d’après.

Le Front populaire c’est Blum. Onfray, désormais, c’est Doriot.

Que vous inspire le projet de Michel Onfray, « Front populaire » ?

Ce détournement sémantique est odieux. Le Front populaire, c’est Blum. Onfray, désormais, c’est Doriot.

Vous regrettez que le virus ait été l’unique sujet de ces trois derniers mois. Quel autre événement aurait dû retenir notre attention ?

Tous. On a vécu – et on continue parfois de vivre -dans un monde parallèle où rien d’autre n’existait que des chiffres de contamination, des courbes qu’il fallait aplatir, des pics, des cloches, des modélisations mathématiques. Un novmonde en quelque sorte. Et adieu les damnés de la Terre ! Bye bye la misère du monde ! Je ne suis pas près d’oublier le jour où je suis rentré du Bangladesh et de ses camps de Rohingyas. C’était le moment où la France fermait ses frontières. Sur les réseaux sociaux (et, en fait, de plus en plus asociaux) j’étais devenu un mauvais citoyen, un pollueur de la planète, un criminel au CO2. C’est triste.

« Ce virus qui rend fou », de Bernard-Henri Lévy (Grasset,112p., 8€). À paraître le 10 juin.

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Sur l’anxiété et la peur

« Et c’est, en vérité, toute la planète qui, pays riches et pauvres confondus, ceux qui pouvaient tenir et ceux qui allaient craquer, se rue sur cette idée d’une pandémie inédite, en passe d’exterminer le genre humain. Alors ? Qu’a-t-il bien pu se passer ? Viralité, non seulement du virus, mais du discours sur le virus ? »

Bernard-Henri Lévy
Ce virus qui rend fou

Et aussi cet extrait d’entretien sur la peur :

Une fable pour notre temps : quand la peste décimait Bagdad… par Roland Jaccard

Aussi clivant et aimant la polémique comme le pr Raoult, Roland Jaccard intitule sa chronique dans Causeur : le « billet du vaurien » qui nous y sert une fable pour notre temps. Si vous lisez ce billet c’est que vous avez échappé à la mort. Alors, vous n’aurez plus raison d’avoir peur. Mais laissons la parole à Rolland Jaccard qui n’est pas du tout vaurien dans ce billet que nous reprenons volontiers :

Faut-il rappeler l’histoire de cet homme qui se rend à Bagdad et qui, sur son chemin, rencontre la Peste ? Il lui demande où elle va. Elle répond : « Comme toi, à Bagdad. » Il veut savoir combien de morts elle compte laisser après son passage. Elle lui répond : « Dix mille. »

Arrivé à Bagdad, notre homme trouve une ville décimée par la Peste. Troublé, il lui dit : « Mais tu m’as menti. Tu m’avais parlé de dix mille morts… et j’en compte au moins cent mille. »

« Oui, lui répond la Peste, tu as raison. Mais je ne t’ai pas menti. J’en ai tué dix mille… et les autres sont morts de peur, qu’y puis-je ? »

Quiconque établirait un lien avec le Covid 19 sera immédiatement poursuivi et banni de la Cité.

PS. S’il y a bien un film à revoir aujourd’hui, c’est « Knock » avec l’incomparable Louis Jouvet dans le rôle d’un médecin qui inculque à tous ses patients bien portants qu’ils sont des malades qui s’ignorent…

https://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/B088HC7W36/pileface-21

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13 Messages

  • Albert Gauvin | 7 juillet 2020 - 18:41 1

    Demain, 8 juillet de 18h30 à 20h30, le Barreau de Paris organise un webinaire où il fera débattre Bernard-Henri Lévy et Didier Raoult sur la crise sanitaire. VOIR ICI.


  • luc nemeth | 30 juin 2020 - 12:33 2

    Bonjour. Même BHL en finirait, par contraste, par passer pour un dangereux gauchiste quand on voit la servilité abjecte dont ont fait preuve et dont continuent de faire preuve ceux-et-celles qui en France exercent le beau métier de journaliste...


  • Albert Gauvin | 27 juin 2020 - 15:49 3

    JPEG - 66 ko
    Didier Raoult et Bernard-Henri Levy.
    Christophe SIMON / Ludovic MARIN / AFP

    L’Express, sous le titre « Didier Raoult - BHL : l’improbable idylle » écrit :

    Tout les oppose, et pourtant le professeur marseillais antisystème et le très élitiste philosophe parisien se flattent. Mais comment est-ce possible ?
    L’un, avec son look de druide exilé sur les bords de la Méditerranée, est devenu l’incarnation des anti-système, le symbole de l’opposition Marseille-Paris, l’idole des populistes. L’autre, chemise blanche et costume taillé chez Charvet, est l’élite même. Pourtant, Didier Raoult et Bernard-Henri Lévy se citent et se complimentent. C’est Amicalement vôtre chez les épistémologues.

    Le point écrit de son coté :

    « Dans sa nouvelle vidéo, on distingue sur sa table le livre de notre éditorialiste Bernard-Henri Lévy, Ce Virus qui rend fou. Et, à deux reprises au cours de l’enregistrement, le professeur en fait mention et lui rend hommage.
    Bernard-Henri Lévy, lui, n’avait jamais pris position sur ce qui est devenu "l’affaire Raoult". Mais Didier Raoult, lui, semble d’accord avec le philosophe pour penser qu’une épidémie de folie a suivi de fort près l’épidémie de Covid. »


    Les journalistes du Point lisent mal leur éditorialiste !
    Pourquoi Didier Raoult a-t-il sur son bureau le livre de BHL ? On peut supposer qu’il n’a pas été indifférent à ce que qu’écrit BHL dans son livre :

    Où en sera-t-on, quand ces lignes paraî­tront, avec le professeur Didier Raoult ? Des études auront-elles fini par trancher entre les effets secondaires et les vertus de la chloro­quine ? Nul ne le sait. Mais on voit bien les querelles auxquelles sa personnalité a donné lieu. On observe l’ubris des uns, le ressenti­ment des autres, la propension des troisièmes à attendre que l’on ait fini de tester les souris pour songer à soulager la détresse des humains. On entend le dépit des quatrièmes qui, une fois évacuée la question des effets collaté­raux de ce vieux médicament, ne trouvèrent à incriminer que l’arrogance, la fantaisie ou le look du « Depardieu de la médecine » et oublièrent, ce faisant, tant d’autres grands extravagants flingués de la même manière Joseph Priestley moqué pour avoir, en 1793, découvert le « gaz hilarant », c’est-à-dire le principe de l’anesthésie ... William Harvey, inventeur de la circulation sanguine mais jugé peu sérieux par les « anticirculationnistes »... Thomas Willis, le neurologue qui produit le concept de réflexe à partir de l’image d’un corps humain parcouru par des flammes et passe, lui-même, pour un illuminé... Darwin censuré à Cambridge ... les attaques de Cle­menceau, qui était médecin, contre Pasteur qui ne l’était pas et qui, circonstance aggra­vante, était un fieffé bigot...). (p. 24-25)

    Et dans son interview au Midi libre du 14 juin, à la question : Didier Raoult a-t-il fait l’objet d’un débat excessif ?, BHL répondait sèchement :

    Évidemment. Il n’aurait même pas dû y avoir de débat du tout. Raoult est un grand savant. Doublé d’un grand toubib. Et il a, comme toubib, dans son CHU, sauvé des vies. Point barre.

    Qui sait lire aujourd’hui ? On se le demande. CQFD.


  • Albert Gauvin | 21 juin 2020 - 22:57 4

    BHL présentait son livre Ce virus qui rend fou en présence des journalistes-chroniqueurs Laetitia Krupa et Claude Askolovitch, de Manuel Carcassone, pour l’autobiographie du cinéaste Woody Allen Soit dit en passant » (Stock) et Jean-Pascal Zadi pour le film Tout simplement noir.


  • Albert Gauvin | 14 juin 2020 - 14:41 5

    Ne lui parlez plus de ce virus, de ce vent de peur mondial ! Ça rend fou de colère BHL. La preuve. Grand entretien avec l’écrivain et philosophe Bernard-Henri Lévy.

    Extraits.

    Vous n’avez pas perdu votre temps pendant le confinement, vous avez écrit un livre, et un livre énervé ! Pourquoi autant d’agacement ?

    Énervé ? Je ne suis pas sûr ? J’ai essayé d’écrire un livre sage. Un livre de philosophie. Je connais ces questions. J’ai été, dans ma lointaine jeunesse, un peu spécialiste de ces questions d’épistémologie et d’histoire des sciences. L’enjeu, pour moi, était de mettre tout ça, tout ce modeste savoir, à la disposition des lecteurs qui sont sortis sidérés, quand ce n’est pas assommés, de cette crise.

    à vous lire, nous sommes tous devenus réellement fous pendant cette période. Vous y allez un peu fort…

    Ah non ! Là, je ne crois pas ! Les télés sont devenues folles ! Les journaux sont devenus fous ! Et le principal symptôme de cette folie, il est là. Pendant tous ces mois, vous ne parliez plus que du Covid. C’est comme si le reste du monde n’existait plus. Un vent de panique a, vraiment, soufflé sur le monde. Et je ne parle même pas des pays peu touchés par le virus. Le Portugal par exemple. Ou la Grèce. Ils se sont mis, eux aussi, en état de coma auto infligé. C’était absurde.

    Vous n’avez personnellement jamais eu peur ?

    Non. Et, en tout cas, mille fois moins peur que d’avoir un cancer. Ou de choper une malaria dans le camp de Rohingyas où je me trouvais à la veille de ce fameux confinement.

    Reprochez-vous aux Français d’avoir respecté les mesures gouvernementales et d’avoir tourné le dos à nos libertés fondamentales ?

    Non. Je leur reproche de l’avoir fait avec trop de docilité. Et d’avoir, finalement, peu protesté contre cette mise en suspens des libertés. Vous avez, dans ce pays, des gens qui pétitionnent pour tout et n’importe quoi. Vous avez, ne serait-ce que sur Change.org, des pétitions pour "sauver les derniers gorilles", fermer la "ferme des mille vaches", voter pour que "Claude" soit "le réel vainqueur de Koh Lanta 2020", protéger les chiens de Mayotte ou "baisser le prix du carburant à la pompe". À ma connaissance, il n’y a pas eu de pétition pour exiger que le parlement recommence de se réunir en vrai, que la justice sorte de ses vacances prolongées, que les éboueurs soient augmentés sans délai ou que soit inscrite dans notre attestation Covid, à côté du droit de sortir notre animal de compagnie, celui d’aller se promener sur un chemin de randonnée.

    Vous nous reprochez en tout cas d’avoir oublié le monde qui nous entoure, les conflits, les drames…

    Oui. Et c’est la même question. Et le même mystère. Et la même indifférence, non pas de vous, les journalistes, mais de nous tous. Est-ce que vous avez eu des lecteurs qui se sont insurgés contre le fait qu’on ne leur parle plus des révoltés de Hong Kong ? Est-ce que vous en avez tellement eu qui se sont inquiétés de savoir le nombre de torturés en Syrie, de morts de la faim en Inde ou de civils assassinés au Yémen pendant que nous nous demandions quel périmètre de sécurité il fallait autour des enfants dans les cours d’école transformées en garderies ?

    Beaucoup de Français assurent avoir appris sur eux-mêmes, sur leur vie, sur l’essentiel… Tout n’est pas à jeter dans cette histoire !

    Oui. Sans doute. Mais moi je crois que les Français sont grands quand ils cherchent à apprendre, certes sur eux-mêmes et sur leur vie, mais aussi sur les autres et sur le reste du monde. Il y a eu une épidémie de nombrilisme. Les gens se sont émerveillés de découvrir Sa Majesté leur Moi. Pourquoi pas ? Mais, de mon point de vue, Sa Majesté, c’est l’autre, le prochain, le lointain, le démuni, parfois le damné ou, tout simplement, le voisin.

    Vos premières cibles dans votre livre, ce sont les médecins, des apprentis sorciers, vous confirmez ?

    Des cibles, je ne sais pas. Mais il y a eu abus d’autorité, ça c’est sûr. Et il y a eu un moment d’ivresse où certains ont réellement cru qu’ils allaient dicter leur loi à la société.

    Le pouvoir politique n’aurait pas dû leur laisser autant les commandes écrivez-vous, mais pouvait-il faire autrement ?

    Oui, bien sûr. Il pouvait consulter aussi des économistes. Des syndicalistes. Des patrons. Des chômeurs. Des enseignants. Des psychologues. Il y avait des tas de gens qui avaient leur mot à dire sur la façon dont il convenait de naviguer dans cette crise. Pas seulement les médecins.

    Vous faites tout de même le distinguo avec l’ensemble des équipes soignantes mobilisées dans les services et applaudies tous les soirs, ce que vous avez fait j’imagine ?

    Oui, je l’ai fait. Et oui, bien sûr, je fais le distinguo. Ceux-là se sont conduits comme des héros. Ils ont fait honneur à la France. Ils ont été les Arnaud Beltrame du front sanitaire. Et ils ont pris le risque de mourir pour que vous et moi ne mourions pas. Mais les autres ? Ceux qui venaient, sur les plateaux de télé, baver sur Raoult ? Ou nous donner des nouvelles terrifiantes, contradictoires et, finalement, fausses ?

    Didier Raoult a-t-il fait l’objet d’un débat excessif ?

    Évidemment. Il n’aurait même pas dû y avoir de débat du tout. Raoult est un grand savant. Doublé d’un grand toubib. Et il a, comme toubib, dans son CHU, sauvé des vies. Point barre. [...]

    La suite de l’entretien dans le Midi Libre.


  • Viktor Kirtov | 14 juin 2020 - 10:30 6


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    BERNARD-HENRI LÉVY CHANTRE DU MONDE D’HIER

    Dans un essai fiévreux, le philosophe s’inquiète de certains discours qui ont accompagné la crise du Covid. Il y défend le souci de l’autre qui fonde la civilisation judéo-chrétienne.

    LES RENDEZ-VOUS DE J-R VAN DER PLAETSEN

    Lorsqu’il reçoit chez lui, au cœur de Paris, dans un décor d’Extrême-Orient dominant un jardin à la française avec quelques fantaisies anglaises, Bernard-Henri Lévy serre la main de son invité. Coronavirus ou pas, on ne l’empêchera pas de respecter les codes du savoir-vivre et recevoir. C’est une question de cohérence, une façon d’accorder ses actes à ses convictions. Car BHL, qui aime être là où on ne l’attend pas, se demande si l’on n’en a pas trop fait ces trois derniers mois. Il n’est pas le seul, mais il le dit avec plus de force et d’éloquence que les autres, avec cette espèce de crânerie désinvolte qui lui a valu tant d’ennemis.

    Avec Ce virus qui rend fou, petit livre écrit dare-dare, dans la fièvre et la colère, auquel ne manque pas une virgule car BHL est un styliste, le philosophe globe-trotteur dénonce ce que l’on a fait dire au Covid. En aucun cas il ne conteste l’urgence sanitaire : c’est au délire hygiéniste qui l’a accompagné qu’il s’en prend.

    La phrase du livre à retenir (p. 68) "L’enfer, ce n’est pas les autres, mais c’est moi"

    Les pages contre le discours des collapsologues, des écologistes fous et autres adeptes de la décroissance sont formidables. Même ceux qui aiment, par principe, critiquer BHL se rangeront, s’ils sont honnêtes intellectuellement, à ses arguments. Point de défense des élites ici, mais la crainte de voir les libertés reculer et s’amenuiser la joie de vivre. Pas tant les libertés publiques, d’ailleurs, que les libertés intimes, les fantaisies personnelles, les licences de gaieté que l’on s’accorde et qui rendent la vie plus douce lorsqu’elles sont tournées vers les autres. « Je suis un écrivain mal-pensant mais je suis aussi, dit-il, un homme de bonne volonté.  » Et de courage-ce qu’on ne peut lui dénier. Ce Virus qui rend fou est un appel à ne pas renoncer aux élans vers autrui, à l’urbanité des rapports, aux charmes et délices des rencontres. À ce que nous sommes, en quelque sorte, et qui nou distingue d’autres civilisations. A serrer la main des autres, par exemple.

    CE VIRUS QUI REND FOU,
    de Bernard-Henri Lévy, Grasset, 110 p., 8 €.

    Crédit : Figaro Magazine 12-13/06/2020


  • Albert Gauvin | 13 juin 2020 - 17:21 7

    Dans son nouvel essai, Bernard-Henri Lévy s’interroge sur l’étonnante formule talmudique qui affirme que le meilleur des médecins ira en enfer. Analyse.


  • Viktor Kirtov | 12 juin 2020 - 10:01 8

    Ce petit livre, Ce virus qui rend fou, je l’ai écrit dans le chagrin.

    Je l’ai écrit dans le voisinage et le deuil de ceux dont j’apprenais, comme nous tous, la mort.

    Mais je l’ai aussi écrit dans l’inquiétude face à l’autre épidémie, non de Covid, mais de peur, qui s’est abattue sur le monde.

    On hait quand on a peur.

    On se défie de son voisin, on devient délateur ou corbeau.

    Et, là, parce qu’on avait peur, on était prêt à dénoncer le même soignant qu’on applaudissait au balcon mais qu’on ne voulait pas voir habiter l’étage en dessous.

    Et là, parce qu’on avait peur, on était prêt à céder sur ses libertés, ses droits et les droits de son prochain.

    Et là, parce qu’on a eu peur, on a commencé d’échanger le bon vieux contrat social contre un nouveau contrat vital qui promettait de transformer nos sociétés, au pire, en fermes aux animaux parqués en toute sécurité – au mieux, en espaces confinés (ah l’abomination de ce mot !) où il sera recommandé de se claquemurer, de respecter les gestes barrières et de maintenir, sous contrôle médical, une prudente distanciation sociale.

    J’ai écrit ce petit livre parce que j’ai vu le monde devenir l’otage de cette peur.

    Je l’ai écrit parce que je sais que le virus de la peur est une autre cause des calamités qui, depuis des millénaires, accablent les humains.

    Je l’ai écrit parce que je sais, à l’oreille, qu’il y a là une musique qui est celle de toutes les lâchetés et persécutions.

    Je l’ai voulu comme un barrage modeste et fragile face à une terreur qui rôde et dont je crois qu’elle peut, armée de ses bréviaires et évangéliaires hygiénistes, dévaster le monde davantage que le Covid.

    Je l’ai écrit pour essayer, non de répondre, mais de comprendre.

    Je l’ai écrit pour poser cette vertigineuse question : pourquoi le monde, comme un seul homme, a-t-il cédé à la panique ? d’où vient que la mondialisation soit advenue, non par la prospérité heureuse annoncée par les meilleurs des libéraux, non par le cosmopolitisme fraternel auquel le beau sansfrontiérisme œuvrait depuis des décennies, mais par cette chape de plomb qui s’est écrasée sur la ville-monde ?

    Mystère d’un Occident qui, la seconde d’avant, était encore ivre de lui-même et de l’hypersanté jaillissant, comme les grandes eaux versaillaises, de ses bassins d’intelligence artificielle : le voilà qui se recroquevillait dans ses terreurs, ses hontes et ses chaussons.

    Mais mystère, plus grand encore, de mes amis darfouris, de mes compagnons kurdes bunkerisés dans leurs tranchées, mystère de ces damnés que j’avais quittés à Lagos, Mogadiscio ou Lesbos : ils souffraient de toutes les calamités possibles ; ils mouraient de maladies très anciennes, à commencer par la plus atroce des malnutritions et des famines ; mais voilà qu’ils se drapaient dans la même prophylaxie ! voilà qu’ils se rangeaient dans la batterie du confinement ! Pourquoi ?

    D’où vient que le Bangladesh qui déplore 672morts du Covid pour 160millions d’habitants, a signé l’arrêt de mort économique et donc, souvent, l’arrêt de mort tout court de centaines de milliers de travailleurs précaires, privés de leur maigre subsistance par « l’interruption » de l’économie mondialisée ?

    En vertu de quelle aberration mimétique les 900000Rohingyas de Cox’s Bazar, que j’ai quittés le jour de l’entrée en apnée de la planète et qui, deux mois plus tard, ne comptent toujours que quelques cas, ont moins peur des polices, des mafias, du retour forcé en Birmanie, de l’exil à perpétuité ou encore des dengues, douves, diarrhées diverses et variées, encéphalites, qui sévissent dans la région que de la Grande Peur Mondiale ? C’est à pleurer de tristesse.

    On s’en taperait la tête contre les murs d’absurdité.

    Mais affronter l’absurdité du monde n’est-ce pas, aussi, pour cela que l’on écrit ?

    Et puis j’ai écrit ce livre parce que j’en avais assez des rentiers du virus.

    Il y avait Trump, et ceux qui lui ressemblent, profitant de la crise pour faire passer leurs règles scélérates et ériger les murs dont ils avaient, jusque-là, rêvé en vain.

    Mais il y avait ces avocats de Mère Nature qui, quand ils nous enjoignaient à produire français, consommer français, manger français, quand ils faisaient l’éloge des « circuits courts » et du « souverainisme », quand ils envisageaient de limiter les grands voyages mangeurs de kérosène, ne raisonnaient pas de manière très différente de celle des braillards de l’America First.

    Je l’ai écrit parce que j’ai senti monter, à droite et à gauche, le même goût de la pénitence.

    Je l’ai écrit parce que j’ai cru entendre, chez les partisans du retour à la nature comme chez les développeurs des nouvelles « applis » capables de nous tracer en douceur, le même obscur désir de soumission.

    Et je l’ai écrit parce que j’ai trouvé navrant le nombre de bons esprits, ivres d’une deuxième vague attendue comme dans LeDésert des Tartares,qui voyaient dans le virus une « opportunité historique » à ne « rater » sous aucun prétexte.

    J’ai écrit ce livre parce que j’en avais assez d’entendre dire que le virus nous adressait un message et un ultimatum.

    Je l’ai écrit parce que je n’en pouvais plus des discussions interminables sur un monde d’après dont je vois surtout, pour l’heure, le front de bœuf ou la niaiserie.

    J’ai écrit ce livre parce que le seul monde qui m’importe c’est, à condition de le réparer, le monde de maintenant.

    ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »

    Crédit : Le Point N°2494, 11 juin 2020


  • Viktor Kirtov | 8 juin 2020 - 20:42 9

    Par Bernard-Henri Lévy
    JDD, le 6 juin 2020

    SIDERATION Dans un livre à paraître dont nous publions des extraits exclusifs, le philosophe Bernard-Henri Lévy dresse un "bilan d’étape" de la crise du coronavirus.
    EMBALLEMENT L’étrange réaction de l’humanité à cette pandémie, qu’il a rebaptisée "la Première Peur mondiale", l’a épouvanté.

    LE JOURNAL DU DIMANCHE ; 7 juin 2020
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    Toujours chez lui le dandysme a triomphé de tout, et d’abord du meilleur de lui-même  : sa vaillante passion pour la résistance. Jamais il ne s’en est inquiété. Ça ne lui déplaisait pas, de confondre ce dandysme avec lui. N’est-ce pas sa signature, sa coquetterie ? Son masque, aussi. C’est tout le paradoxe de cette affaire  : il a fallu que le monde entier soit sommé de porter des masques pour que Bernard-Henri Lévy jette le sien avec indignation. Il a fallu une pandémie pour terrasser son dandysme. On ne sait pas encore s’il en réchappera  ; on espère que non. Ce que l’on sait, c’est qu’aujourd’hui il est "HS". En "réa". La colère l’a écrasé. La colère, oui. BHL est en colère. Contre la "grand-peur" – c’est son mot – qui s’est abattue sur le monde. Contre "notre ahurissante docilité à l’ordre sanitaire en marche". Contre "le virus du virus" qui attaque ses chers principes. Contre la soumission. Cela donne Ce virus qui rend fou, un petit livre noir et puissant. Et profond.

    ANNA CABANA

    "J’ai été sidéré, moi aussi. Mais ce qui m’a le plus sidéré, ce n’est pas la pandémie. Car cette sorte de désastre a toujours existé. La grippe espagnole, avec ses cinquante millions de morts, a fait, il y a un siècle, plus de victimes que n’en fera sans doute le Covid. Pour m’en tenir à notre temps, celui dont je suis en âge de me souvenir, il a connu, après Mai 1968, la fameuse grippe de Hongkong où un million de terriens moururent les lèvres cyanosées, d’hémorragie pulmonaire ou d’étouffement. Il y avait eu, dix ans plus tôt, non moins effacée de la mémoire collective, la grippe asiatique qui, à nouveau partie de Chine, passa par l’Iran, l’Italie, l’est de la France, l’Amérique et fit deux millions de morts. Non, le plus saisissant c’est la façon très étrange dont on a, cette fois-ci, réagi. Et c’est l’épidémie, non seulement de Covid, mais de peur qui s’est abattue sur le monde.

    On a vu des tempéraments hardis, soudain paralysés. On a entendu des intellectuels, qui avaient vu d’autres guerres, reprendre la rhétorique de l’ennemi invisible, des combattants de première et de deuxième ligne, de la guerre sanitaire totale. On a vu Paris se vider, comme dans le Journal de l’Occupation d’Ernst Jünger. On a vu les villes du monde devenir des villes fantômes avec leurs avenues, muettes comme des chemins de campagne, où les jours, disait Hugo, étaient comme les nuits. J’ai vu, sur des vidéos que l’on m’envoyait de Kiev et de Milan, de New York et de Madrid, mais aussi de Lagos, d’Erbil ou de Qamishli, des rares passants hâtifs qui ne semblaient là que pour rappeler l’existence d’une espèce humaine mais qui changeaient de trottoir, les yeux baissés, quand surgissait un autre humain. Nous avons tous vu, d’un bout à l’autre de la planète, dans les pays les plus démunis non moins que dans les grandes métropoles, des peuples entiers trembler et se laisser rabattre dans leurs habitats, parfois à coups de matraque, comme du gibier dans ses tanières.

    Les manifestants de Hongkong, comme par enchantement, ont disparu. Les Peshmerga, ces guerriers dont le nom dit qu’ils savent braver la mort, se sont bunkérisés dans leurs tranchées. Les Saoudiens et les Houthis qui se livraient, au Yémen, une guerre interminable, ont, à l’annonce des premiers cas, conclu un cessez-le-feu. Le Hezbollah s’est confiné. Le Hamas, qui déplorait alors huit cas, a déclaré n’avoir plus qu’un but de guerre, obtenir des masques d’Israël  : "Des masques ! des masques ! notre royaume pour des masques ! nous viendrons, si besoin, couper le souffle à six millions d’Israéliens."

    Daech a déclaré l’Europe zone à risque pour ses combattants qui ont filé se moucher, dans des Kleenex à l’eucalyptus, au fond de quelque caverne syrienne ou irakienne. Le Panama, parce qu’on avait détecté un cas suspect, a confiné dans la jungle 1.700 désespérés en train de marcher vers la frontière des États-Unis. Le Nigeria d’où j’avais rapporté, quelques semaines plus tôt, un reportage sur des massacres de villages chrétiens par des djihadistes peuls, dénombrait, à la mi-avril 2020, selon l’AFP, douze morts du virus mais dix-huit tués par les forces de sécurité pour non-respect du confinement.

    Le Bangladesh où je me trouvais aussi en reportage, quelques heures avant que la France ne boucle ses frontières, cumulait toutes les calamités  ; on y mourait de la dengue, du choléra, de la peste, de la rage, de la fièvre jaune et de virus inconnus  ; mais voilà que l’on y détecte quelques cas de Covid et lui aussi, comme un seul homme, se sangle dans le confinement. Et c’est, en vérité, toute la planète qui, pays riches et pauvres confondus, ceux qui pouvaient tenir et ceux qui allaient craquer, se rue sur cette idée d’une pandémie inédite, en passe d’exterminer le genre humain.

    UN SUPPLICE CHINOIS

    Alors ? Qu’a-t-il bien pu se passer ? Viralité, non seulement du virus, mais du discours sur le virus ? Aveuglement collectif comme dans ce roman de José Saramago où une épidémie mystérieuse frappe une ville entière de cécité ? Victoire des collapsologues qui, depuis le temps qu’ils nous prédisaient la fin du monde, la sentent pointer le nez et nous laissent une dernière chance de carême et de reset ? Celle des maîtres du monde voyant ce grand confinement – traduction anglaise du "grand renfermement" théorisé par Michel Foucault dans les textes où il dépeignait les systèmes de pouvoir du futur – comme la répétition générale d’un type nouveau d’arraisonnement et d’assignation des corps ?

    Une grand-peur, comme celle de 1789, avec son lot d’infox, de complots, de fuites éperdues et, un jour, d’émeutes sans espérance ? L’inverse ? Le signe, rassurant, que le monde a changé, qu’il sacralise enfin la vie et qu’entre elle, la vie, et l’économie, il a choisi de choisir la vie ? Ou, l’inverse encore  : un emballement collectif, aggravé par les chaînes d’information et les réseaux sociaux qui, en matraquant, jour après jour, le chiffre des réanimés, des mourants et des morts, nous plaçaient dans un univers parallèle où n’existait plus, nulle part, aucune autre information et, à la lettre, nous rendaient fous  : n’est-ce pas ainsi, après tout, que fonctionne un supplice chinois ? N’est-il pas établi que le son de la goutte d’eau, indéfiniment répété, devient un dragon menaçant ? Et comment réagirions-nous si les responsables de la sécurité routière s’avisaient de placer, tous les kilomètres, des haut-parleurs géants diffusant, en continu, les accidents mortels de la journée ?

    J’avais avec moi, toujours précieux, mon Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie. J’avais, pour essayer de penser cette extraordinaire soumission mondiale à un événement dont je répète qu’il était tragique mais nullement sans précédent, mes souvenirs de René Girard et de son désir mimétique qui, lui aussi, est un virus et qui, comme tout virus, déclenche des pandémies.

    Il y avait encore Jacques Lacan avançant que, face au surgissement d’un "point de réel", un vrai, celui qui heurte et auquel on se heurte, celui qui fait trou dans le savoir et dont il n’y a pas d’image (et n’est-ce pas, en effet, le cas pour n’importe quel nouveau virus ?), l’humanité a le choix entre le déni et le délire, la névrose et la psychose  : Trump trépignant qu’il faut "libérer le Michigan" – ou les gouvernants inquiets de la menace, brandie par des collectifs d’avocats, d’un "Nuremberg du corona" et jugeant plus prudent de mettre le monde à l’arrêt.

    Il était trop tôt pour trancher. Aujourd’hui encore, à l’heure où j’écris ces lignes et où l’on commence de "déconfiner", il est trop tôt pour casser, non seulement le code du virus, mais celui de l’effroi qu’il a suscité.

    Et ayant, aussi, mes morts que je n’ai pas fini de pleurer, je n’ai pas le cœur à rire du bon rire brechtien que nous inspirera peut-être, un jour, l’énorme mise en scène distanciée que l’appel à la distanciation sociale aura produite sous nos yeux ébahis.
    Il est temps, en revanche, de dire les effets de tout cela dans nos sociétés et nos esprits. Il est temps de dire ce qui, dans ce qui nous relie comme au plus obscur et profond de nous-mêmes, a commencé de s’opérer.

    Et s’il est vrai que, comme aimait à le dire, non sans ironie, le grand médecin allemand de la fin du XIXe siècle, père de l’anatomie pathologique, Rudolf Virchow, "une épidémie est un phénomène social qui comporte quelques aspects médicaux", c’est le moment ou jamais de reprendre ses esprits et de tenter de décrire quelques-uns des aspects non médicaux de cette histoire.

    Certains sont heureux. Nous vécûmes de vrais moments de civisme et d’entraide. Et l’on ne se réjouira jamais assez que l’on se soit enfin avisé, non seulement de l’existence, mais de l’éminente dignité d’un peuple d’humiliés (personnels soignants, caissières et caissiers, agriculteurs, transporteurs, éboueurs, livreurs…) qui sont apparus dans la lumière.

    Mais d’autres sont fâcheux. Des mots ont été dits, des plis ont été pris, des réflexes sont revenus qui m’ont épouvanté. Des principes auxquels je tenais, et qui étaient ce que les sociétés occidentales ont de meilleur, ont été attaqués par le virus, et par le virus du virus, en même temps que les hommes mouraient. Et parce que les idées meurent aussi, parce qu’elles vivent de la même matière que les humains et qu’il se pourrait bien que, l’épidémie refluant, elles restent, elles, sur la rive, telles des méduses crevées, disparues sans laisser de trace car elles étaient, comme nous, presque entièrement faites d’eau, c’est d’elles que j’ai voulu, ici, prendre la défense. Première Peur mondiale (au sens où on le dit de la guerre)  : bilan d’étape. […]

    AHURISSANTE DOCILITE

    M’est revenue, l’autre nuit, tandis que je me trouvais, comme tout le monde, hypnotisé par les images en boucle de ces femmes et hommes admirables, bataillant contre la maladie et sauvant des vies, une étrange formule du Talmud, entendue il y a longtemps, lors d’une des dernières visites que je lui rendis, dans la bouche d’Emmanuel Levinas  : "Le meilleur des médecins ira en enfer." […]
    Je suis allé voir chez Rachi  : tout médecin, dit-il, commet des erreurs et abuse de son pouvoir  ; le fait qu’il soit "meilleur" le rend d’autant plus inexcusable – d’où l’enfer. Chez le Méiri, rabbin catalan du XIIIe siècle, ami des sciences et des lumières  : il arrive au meilleur médecin d’opérer sans être sûr que l’intervention soit nécessaire et il abuse alors de son savoir – l’enfer encore. […]

    Mais c’est chez le Maharal de Prague que j’ai trouvé l’éclaircissement le plus fouillé et, finalement, le plus édifiant  : 1. le meilleur médecin est celui qui se voue, avec une passion sans bornes, à l’examen, l’hygiène, la guérison du corps  ; 2. ce corps-là, le corps seul, le corps, malade ou sain, dont on oublie que c’est l’esprit qui l’a éclairé de son trait de foudre et qui l’a mis en forme, le corps organique, n’est qu’un paquet de matière opaque et ténébreuse  ; 3. cette matière opaque, ce corps sans lumière et sans âme, cette chair que l’on traite comme si elle était déliée de l’intelligence humaine et de ses projets, ce corps réduit à sa seule masse d’organes, d’humeurs et de nerfs, voilà précisément l’enfer… L’enfer, pour le Maharal de Prague, n’est ni, comme chez Pascal, le moi. Ni, comme chez Sartre, les autres. Ni même la chambre noire de Genet, Crevel et les autres. L’enfer c’est le corps. Seulement le corps et le corps seul. L’enfer, c’est vous, c’est moi, c’est nous – mais en tant que nous sommes enfermés dans notre corps, réduits à notre vie de corps et que, sous l’empire du pouvoir médical, ou du pouvoir tout court s’emparant du pouvoir médical, ou de notre propre assujettissement aux deux, nous y consentons.

    Tout, alors, devenait clair. Le malaise que m’avait inspiré, dès le premier instant, notre ahurissante docilité à l’ordre sanitaire en marche et à sa mise en demeure des corps. […]

    Le spectacle d’un souverain pontife, héritier du "N’ayez pas peur" de Jean Paul II et personnellement rompu à l’exercice, si éminemment catholique, du baiser aux fiévreux, eczémateux et autres lépreux des bidonvilles de Buenos Aires, qui se distancie du peuple chrétien, ne communique plus que par Internet, ordonne que l’on vide les bassins d’eau bénite et fait son chemin de croix, sur le parvis de la basilique, devant une place Saint-Pierre déserte.

    Effacée, l’image juive du Messie qui attend, aux portes de Rome, au milieu des scrofuleux. Oublié, le baiser de Jésus au lépreux qui, de Flaubert à Mauriac, a inspiré tant de belles pages. Aux oubliettes Violaine, la "jeune fille pure" de Claudel qui, s’il écrivait aujourd’hui cette Annonce faite à Marie, s’il osait sanctifier cette héroïne lumineuse, embrassant exprès un lépreux et réenfantée par ce baiser, passerait pour irresponsable, criminel contre la société, mauvais citoyen.

    Impensable, cette image troublante et belle, gardée de mon enfance, d’un général de Gaulle en visite à Tahiti, deux ans avant son retour au pouvoir  : sa voiture est bloquée par un cortège de lépreux  ; il descend  ; serre la main de chacun  ; prend dans ses bras une enfant  ; étreint l’organisateur de cette étrange manifestation  ; ne dit rien  ; redémarre. […]

    EPIDEMIE DE LA DELATION

    Et puis toutes ces applications numériques dont, la veille encore, nous semblions nous défier et tenir pour les ennemies du genre humain – les voilà devenues les plates-formes d’un commerce salubre, hygiénique, diététique, sans contact, clean ! Les fameux Gafa, qui, de pestiférés qu’ils étaient avant la peste, devenaient pourvoyeurs bénis de télétravail, téléenseignement, téléconsultation, télétransport, télésurveillance ! Jusqu’à l’Organisation mondiale de la santé qui, au pic de la panique, rejoignait la campagne "Play Apart Together" et recommandait à tous les parents du monde de veiller à ce que leurs enfants ne jouent plus qu’à des jeux vidéo (Konbini, 30 mars 2020)…

    […] Recul des libertés ? Mise entre les mains des compagnies, mais aussi des États, d’un stock de données dont nul n’ignore le mauvais usage que l’on peut faire ? Risque, plus effrayant encore, de vivre en état d’alerte et de suspicion perpétuelles, surveillant notre bluetooth, traquant nos contacts douteux, exigeant frénétiquement les noms, oui, les noms, on ne plaisante pas avec la santé ! De l’inconnu croisé ce matin, l’œil torve, la mine pas catholique et qui, dit l’App, nous a peut-être contaminé ?

    Il y a eu quelques fortes têtes, heureusement, pour s’inquiéter de cela. […]

    On a même lu de bonnes enquêtes sur le retour des corbeaux à l’ancienne, l’épidémie de délation dans les commissariats de police, les centres d’appels submergés par des correspondants, anonymes ou non, dénonçant un papy entré deux fois à la supérette, une ménagère venue n’acheter qu’un rouleau de papier toilette, un Parisien débarqué nuitamment ou un rassemblement suspect de plus de deux personnes – que sera-ce avec "StopCovid" ! avec les "brigades de cas contact" annoncées par le gouverneur de l’État de New York et les ministres de la Santé européens ! avec les "caméras intelligentes" d’ores et déjà chargées, dans telle ville du sud de la France, de contrôler le port du masque ! ou avec les labradors "au nez puissant" dressés à détecter l’odeur du Covid chez les humains (Washington Post, 29 avril 2020) !

    […] La vie, donc. La vie que l’on nous enjoignait, sur tous les tons, de sauver en restant chez nous et en résistant au démon du relâchement. Mais une vie nue.

    […] Une vie terrifiée d’elle-même et terrée en son terrier kafkaïen transformé en colonie pénitentiaire. […]

    Un monde où règnent les techniciens de la ventilation, les surveillants généraux de l’état d’urgence, les délégués à l’agonie. Un monde où, à la place du monde qui fait trop mal, on a des gels hydroalcooliques, des balcons où l’on s’autocomplimente, des chiens à promener deux fois par jour muni de son attestation Covid et des villes expurgées de la foule humaine comme une salle d’op de ses infections nosocomiales. Un monde de maîtres-chiens, c’est à-dire de maîtres qui sont des chiens et qui dressent comme des chiens une humanité qui n’a le droit que d’aboyer quand on lui rappelle qu’elle est faite d’hommes, de gémir quand elle attrape un virus et de japper quand Monsieur Corona, notre roi, vient lui donner sa leçon comme on donne une pâtée, au double sens de pitance et de raclée. Le monde est fait pour s’y blottir, dit le roi Corona. Il est fait pour que l’on s’y couche. Et si le sommeil tarde à venir, il faut y compter les moutons, les gros sous quand on en a et, donc, les virus.

    Elle est pas belle, la vie ?

    On n’y a pas tout ce qu’il faut (les produits de première nécessité mais aussi, en fin de compte, le sexe, l’imagination, la mort) à portée de clics et de Netflix ? Tiens ! Encore ce "net", qui est l’autre sens du mundus…
    Telle est la leçon du virus. Telle est la raison de ma colère. […]


  • Albert Gauvin | 4 juin 2020 - 13:58 10

    La Grande Librairie, 3 juin. Penser le monde pour mieux le panser : c’est ce que propose François Busnel cette semaine, en compagnie de trois philosophes et un neuropsychiatre. L’animateur accueille Bernard-Henri Lévy, pour "Ce virus qui rend fou", paru chez Grasset. A ses côtés, Marylin Maeso présente deux livres "Les lents demains qui chantent", paru tous deux aux éditions de L’Observatoire. Corine Pelluchon, quant à elle, publie "Réparons le monde : Humains, animaux, nature", chez Rivages poche. C’est via Skype que Boris Cyrulnik évoque son ouvrage "France-Algérie : Résilience et réconciliation en Méditerranée", publié chez Odile Jacob.


  • Viktor Kirtov | 2 juin 2020 - 15:24 11

    Pouvoir médical et pouvoir politique, c’est le thème du message de AG. Retour aux sources : l’entretien de Bernard-Henri Lévy, et le chapitre 1 de son livre qui s’intitule : « Reviens, Michel Foucault » :

    "Il y a eu une sorte de mondialisation de la peur" et une "incroyable docilité", analyse BHL

    Le philosophe dénonce "les exagérations du pouvoir médical" et décrit sa "peur bleue" d’un monde où nos maîtres seraient "ces chiens labradors dressés à renifler les porteurs de Covid".

    Ces médecins qui passaient leur temps à nous faire la leçon à la télévision, moi à l’oreille, j’entendais l’abus d’autorité. La République, ce n’est pas le pouvoir des experts, c’est le pouvoir des politiques.

    CHAPITRE 1 Reviens, Michel Foucault

    La première chose qui m’a frappé c’est la montée du « pouvoir médical ».

    Ce n’est, certes, pas nouveau.

    Et ce pouvoir a une longue histoire derrière lui.

    Galien, le philosophe-médecin qui fut, parce que médecin, le quasi-directeur de conscience de Marc Aurèle, Commode, Septime Sévère.

    John Locke dont on a fini par comprendre, à travers ses manuscrits d’étudiant à Oxford, ce que son invention des droits de l’homme dut à sa formation d’expert en bien-être des corps.

    A partir de la Révolution française, la figure du magistrat-médecin dont Cabanis (épargné par la Terreur à raison de son savoir médical) est la figure emblématique.

    L’on n’entend rien, explique Michel Foucault, aux disciplines mises en œuvre, à l’âge classique, par les Etats si l’on ne voit qu’elles sont inspirées par le modèle de l’hôpital non moins que par celui de la prison –Surveiller et punir, oui, mais d’abord Naissance de la clinique et son archéologie d’un regard médical appelé à nourrir les « savoirs-pouvoirs » contemporains.

    Et l’on ne peut d’ailleurs relire sans se pincer les pages qu’il consacre à la gestion, jusqu’au XVIIIe siècle, des épidémies de peste : non plus, comme pour la lèpre ou les fous, l’exil vers une île ou un ghetto repoussés vers les confins mais le confinement de la ville entière ; l’assignation de chacun à résidence ; les surveillants de quartier qui patrouillent et verbalisent les récalcitrants ; et, à la nuit tombée, tout le monde au balcon – non, certes, pour applaudir les soignants, mais pour permettre aux autorités sanitaires de faire le décompte des morts, des mourants et des vivants.

    Mais est-ce le discrédit grandissant de la parole publique ?

    Le désaveu des élites parvenu à son stade terminal ?

    Est-ce le propre de pouvoirs désorientés qui ne savent plus à quel saint se vouer ?

    Jamais les choses n’étaient allées si loin.

    Jamais un médecin ne s’était invité, chaque soir, dans les foyers, pour annoncer, telle une Pythie triste, le nombre des morts de la journée.

    Jamais l’on n’avait vu, comme en Europe, des chefs d’Etat s’entourer, avant de parler, d’un ou plusieurs Conseils scientifiques.

    Jamais, aux Etats-Unis, l’on n’avait imaginé l’impossible M.Trump nommant un épidémiologiste patron d’une « task force » –et jamais l’on n’aurait imaginé que, confondu par la popularité de celui que le New Yorker appelle le « médecin de l’Amérique », éberlué par l’épidémie de chaussettes à son effigie, de T-shirts marqués « In Fauci We Trust » ou de « Fauci cocktails » à base de limonade, de fleur de sureau et de vodka, tétanisé par la métamorphose de ce conseiller devenu un personnage culte interviewé, sur Snapchat et YouTube, par tout ce que la contre-culture compte de plus branché, il puisse accepter de se tenir un pas derrière et de se laisser contredire, voire recadrer, par lui.

    Jamais l’on n’avait vu non plus, sur tous les écrans de la planète, l’image de ces éditorialistes cédant la place à des commentateurs hospitaliers, nouveaux venus dans l’exercice, parfois savants, parfois moins, mais toujours investis –comme Fauci dans le jeu vidéo où on le voit foudroyer de ses yeux d’acier l’horrible dragon Corona– d’une aura qui grandit, grandit toujours, comme l’étoile mystérieuse de Tintin.

    Sans oublier, en France, le spectacle de cette ancienne ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, dont on découvre tout à coup qu’elle est aussi « Docteur en pharmacie » et qu’elle eut le mérite de stocker des vaccins et des masques à l’époque où la planète les déstockait : on la consulte comme un oracle ; elle qui fut si décriée, la voilà admirable et presque canonisable ; riant du retournement de situation et du rôle qu’on lui fait maintenant jouer, visiblement pas dupe des lauriers rétrospectifs qu’on n’en finit pas de lui tresser et qu’elle reçoit avec une feinte humilité, elle n’est plus ni ministre ni chroniqueuse, mais une sommité modeste reconvertie en messagère de la bonne parole scientifique perdue.

    Et sans oublier non plus l’autre ex-ministre, Philippe Douste-Blazy, auteur, en 2004, d’un plan de lutte contre la pandémie grippale dont nul n’avait pris acte : il n’en revient pas davantage, quinze ans après, de sa réhabilitation cathodique et de son improbable come-back

    On dira que, face à un épisode sanitaire dont les ressorts restent inconnus, il vaut mieux une blouse blanche qu’un gilet jaune, ou que l’édito approximatif d’un opinioniste professionnel ou, aux Etats-Unis, qu’un président irresponsable qui recommande de se soigner en ingurgitant du désinfectant –et c’est vrai.

    On dira que ces médecins étaient, pour la plupart, des femmes et hommes admirables, en première ligne de l’épidémie, héros du quotidien risquant leur vie pour sauver la nôtre, sublimes de dévouement –et c’est également vrai.

    Mais, de là à en faire des surhommes et à leur donner les pleins pouvoirs, il y avait un pas que l’on ne pouvait franchir qu’au prix de plusieurs malentendus.

    Les médecins, d’abord, n’ont pas toujours plus d’informations que nous et il y a dans la confiance aveugle qui leur est vouée quelque chose d’un peu absurde. Ils savent, comme Bachelard, que la « vérité scientifique » que nous les adjurons de délivrer n’est jamais qu’une « erreur rectifiée ». Ils sont conscients de n’être pas mieux vaccinés que les politiques contre les pronostics hasardeux (Yazdan Yazdanpanah : « il ne va pas y avoir d’épidémie en France parce qu’on est préparés »), les erreurs de jugement (Jean-François Delfraissy : sans doute n’ai-je « pas suffisamment perçu la gravité de l’événement ») ou même les délires complotistes (Luc Montagnier annonçant que des séquences du virus du Sida ont été volontairement placées dans le Covid). Ils connaissent les chemins qui ne mènent nulle part et les errances inabouties. Ils ont la mémoire de tous les virus dont on s’est épuisé à casser le code et qui sont morts de leur belle mort, sans qu’on ait percé leur secret. Ils ont compris, depuis Heisenberg et la physique quantique, que, n’en déplaise à Einstein, le dieu de la science « joue aux dés » et a pour principe l’« incertitude ». Et ce frémissement intime, cet éveil d’une alarme intérieure, ce frisson que nous sommes nombreux à ressentir quand, scotchés devant notre télévision comme devant une TSF et entendant énoncer, sur le ton à la fois lyrique et rassurant que prennent toujours les abus d’autorité, le désormais fameux « Ecoutons ceux qui savent », je sais que les meilleurs d’entre eux les ressentent aussi –et sont embarrassés de ce rôle comme un poisson d’une pomme.

    Ensuite, on dit « le corps médical » par-ci… La communauté scientifique par-là… On s’émerveille de voir les chercheurs du monde entier se donner la main pour avancer d’un seul élan et parler, le moment venu, d’une seule voix…

    Sauf que tout cela n’a pas de sens. Et, ayant la chance d’être entré en philosophie par la porte de l’épistémologie, je sais que la « communauté » des sachants n’est pas plus communautaire que d’autres ; qu’elle est traversée par des lignes de fracture, des sensibilités et intérêts divergents, des jalousies minables, des querelles mandarinales et aussi, bien entendu, des disputes fondamentales ; je sais que le monde de la recherche est une Kampfplatz, un champ de bataille, où règne une foire d’empoigne non moins confuse que celle, pointée par Kant, dans la métaphysique ; je sais que les écoles, les hypothèses, les opinions, ont pour habitude de se contredire les unes les autres et de ne jamais prétendre avoir gagné que le temps d’une courte pause où les adversaires agitent le drapeau blanc d’une main tandis qu’ils rechargent, de l’autre, leur mitraillette expérimentale ; je sais, en un mot, qu’écouter ceux qui savent, si c’est bien des scientifiques que l’on parle, c’est écouter une pétarade perpétuelle et, quand on est un Etat, inviter la foire à la table du roi !

    Où en sera-t-on, quand ces lignes paraîtront, avec le professeur Didier Raoult ? Des études auront-elles fini par trancher entre les effets secondaires et les vertus de la chloroquine ? Nul ne le sait. Mais on voit bien les querelles auxquelles sa personnalité a donné lieu. On observe l’ubris des uns, le ressentiment des autres, la propension des troisièmes à attendre que l’on ait fini de tester les souris pour songer à soulager la détresse des humains. On entend le dépit des quatrièmes qui, une fois évacuée la question des effets collatéraux de ce vieux médicament, ne trouvèrent à incriminer que l’arrogance, la fantaisie ou le look du « Depardieu de la médecine » et oublièrent, ce faisant, tant d’autres grands extravagants flingués de la même manière (Joseph Priestley moqué pour avoir, en 1793, découvert le « gaz hilarant », c’est-à-dire le principe de l’anesthésie… William Harvey, inventeur de la circulation sanguine mais jugé peu sérieux par les « anticirculationnistes »… Thomas Willis, le neurologue qui produit le concept de réflexe à partir de l’image d’un corps humain parcouru par des flammes et passe, lui-même, pour un illuminé… Darwin censuré à Cambridge… les attaques de Clemenceau, qui était médecin, contre Pasteur qui ne l’était pas et qui, circonstance aggravante, était un fieffé bigot…).

    Tout cela – dont on trouvera le détail dans ces chefs-d’œuvre de l’histoire des sciences que sont Le Normal et le Pathologique et La Formation du concept de réflexe aux XVIIe et XVIIIe siècles de mon maître Georges Canguilhem– est loin de l’éthique de la vérité et de l’autorité que cette éthique est censée conférer à la science. Le roi est nu, même s’il est médecin. Le roi est nu, surtout s’il est médecin. Le grand patron, le ponte, si considérable et savant soit-il, est nu sous sa blouse blanche –et c’est là, d’ailleurs, qu’il retrouve et partage le sort de ses frères en humanité.

    Il y a, troisièmement, la question de l’hygiénisme. C’est une belle et bonne chose que le souci de l’hygiène. Et la société française ne peut que se féliciter d’avoir eu, au XIXe siècle, des bataillons de députés médecins plaçant au cœur du débat parlementaire l’assainissement des quartiers populaires, la lutte contre la syphilis et l’alcoolisme –et le droit, pour chacun, au souci de soi et de son corps (Isabelle Cavé,Les Médecins-législateurs et le mouvement hygiéniste sous la Troisième République). Mais chacun sait aussi qu’il y a unedoctrinehygiéniste (en gros : quand la santé devient une obsession ; quand tous les problèmes sociaux et politiques sont réduits à des infections qu’il faut traiter ; bref, quand la volonté de guérir devient le paradigme de l’action politique) et nul n’ignore que les effets de cette doctrine peuvent être effroyablement pervers.

    […]

    Et puis c’est le moment de se souvenir d’un des premiers grands textes de la philosophie consacrés à la question. C’est Le Politique de Platon. Il y est envisagé de passer au médecin, pour mener le troupeau humain, le relais du divin pasteur défaillant. Y sont examinées les raisons qui plaident pour cette formule : l’analogie structurale du corps animal et du corps civique ; l’homologie de la tête du premier et du chef du second ; le choix du même mot, epimeleia, pour désigner le soin dû à l’un et l’administration à l’œuvre dans l’autre. Mais il y a une raison, une seule, décisive, qui fait qu’à la dernière minute, juste avant que le dialogue ne se conclue et avec cet accent de vérité que donne toujours à la parole philosophique sa proximité entrevue avec celle du sophiste, Socrate se ravise : la politique est un art qui, certes, depuis le retrait des dieux, a affaire à un monde en changement, chaotique, soulevé par des tempêtes et privé de gouvernail ; mais précisément ! qu’a-t-on à faire, dans la tempête, d’un examen hippocratique des « cas » ? la difficulté des temps n’appelle-t-elle pas des gardiens qui auront l’audace et la force de penser, graver dans le marbre et énoncer des « codes » ?

    Les cas contre les codes…Des diagnostics, et non des lois… D’un côté le médecin qui, le nez dans ses cas et ne voyant pas plus loin que le bout des organes qu’il a, selon la formule de Valéry, la redoutable charge de réduire au silence, aurait bien prolongé l’état d’urgence sanitaire jusqu’à la saint-glinglin ; du même côté, le président du Conseil scientifique, le professeur Delfraissy déjà nommé, annonçant à la commission des lois du Sénat, déconcertée, que la Faculté a « décidé » de « retarder » le « déconfinement » de « 18 millions de personnes à risque » qui ne « peuvent faire un Covid dans des conditions raisonnables » ; du même côté encore, une assemblée de sachants auxquels certains auraient bien donné tous les pouvoirs, jusques et y compris celui de décider de l’orientation scolaire des enfants (en mai, la rentrée, comme le voulait Macron ? ou en septembre ?) ou des paramètres de la richesse nationale (10% de chômeurs supplémentaires ? 20 ? 50 ? et tant pis pour la récession annoncée ?) ; et puis, de l’autre côté, la recommandation platonicienne d’en revenir, tout simplement, à la République…

    L’exhortation a été entendue. L’autorité républicaine a fait savoir que les médecins peuvent être des héros mais ne sont ni Dieu le père, ni les archontes de la Cité en proie à une nouvelle peste. Elle a signifié aux apprentis sorciers que le silence des organes ne doit pas être un silence de couvre-feu, ou de mirador, planant sur les corps administrés. Mais in extremis. Après des semaines d’une agitation fiévreuse, asthmatique, harassée, où l’Opinion voulait clairement voir la médecine au poste de commande. Et au terme d’une séquence où faillit bien se sceller l’union incestueuse (et, pour Foucault encore, fatale à tous deux) du pouvoir politique et médical. Ce qui restera de tout cela ? L’empreinte, durable ou non, de ce moment de vacillement ? Tout est possible.


  • Albert Gauvin | 2 juin 2020 - 00:47 12

    Vidéo : Bernard-Henri Lévy lit un extrait de son livre sur le Coronavirus pour Purple Diary. VOIR ICI.


  • Albert Gauvin | 1er juin 2020 - 20:53 13

    Une analyse très critique, très pertinente, de BHL, comme souvent, mais alors pourquoi à la question — "Macron a-t-il bien géré cette crise ?" — cette réponse étrange, étonnante : — "Oui, plutôt. Mais je vous le répète : ce n’est pas ça le problème." Ah bon ? Je ne suis pas de ceux qui font une fixation sur la personne de Macron, mais enfin le "pouvoir médical", montré du doigt, qui l’a renforcé, au point de lui laisser les commandes, sinon le pouvoir politique ? Que la France n’ait pas été une exception dans cette période particulière et, oui, complètement folle, ne doit pas empêcher de poser le problème. A moins que, persuadé qu’à l’avenir l’ennemi principal sera encore et toujours le populisme (de droite, de gauche ou d’ailleurs), on ne s’interdise, une fois de plus, de s’interroger sur ses causes politiques. Mais comme cet aveuglement dure depuis plus de quarante ans, pourquoi ne pas jouer les prolongations ?