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Degas et moi / La lumière et les danseuses

Edgar Degas, Arnaud des Pallières, Yannick Haenel

D 13 novembre 2019     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Edgar Degas, Autoportrait à la statue de Bartholomé, 1895.
Photo A.G., Roubaix, 21-11-2010. ZOOM : cliquer sur l’image.


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Charlie hebdo, 13 novembre 2019.

Il y a depuis quelques jours sur Internet un petit film splendide. Il dure à peine vingt minutes, on y accède gratuitement sur le site de l’Opéra de Paris. Il suffit d’aller sur operadeparis.fr puis vous cliquez sur « 3e scène » : le film s’appelle Degas et moi, il a été réalisé par le cinéaste Arnaud des Pallières, et franchement c’est ce que j’ai vu de plus beau depuis bien longtemps. C’est un plaisir de le visionner avec quelqu’un à qui on dit : « Tu as vingt minutes, là ? Viens, tu vas voir ! »
Les images tressautent, comme les vieilles bobines. On entend une sonate de Schubert, fragile, presque trouée. Une porte s’ouvre, un insert dit : « Degas était chez lui. » Et c’est l’acteur Michael Lonsdale qui apparaît, amaigri, avec une longue barbe blanche, « vêtu comme un vagabond ». On le suit dans sa chambre où se diffuse une lumière très jaune, comme mangée par le soleil ; sa vieillesse vacille, on craint qu’il ne tombe. Les gestes sont difficiles, la silhouette est cassée ; mais devant sa fenêtre, fragile, immense, comme un colosse qui tremble, il tend son bras vers une toile, il peint.
Le film devient sonore, on entend une lettre de Degas, lue par Lonsdale ; et voici la lumière, frissonnante et dorée, qui sculpte des corps de danseuses. On est dans une petite salle de l’Opéra de Paris, Degas est jeune maintenant ; dans un coin il dessine ce qu’il voit.
C’est alors que ce film devient ce qu’il nous montre, c’est-à-dire peinture, c’est-à-dire danse, c’est-à-dire grâce. L’art est un corps de petite danseuse — un enivrement de soie flottante.
Arnaud des Pallières scrute comme Degas les nuques des jeunes filles serrées d’un ruban de soie noire ; il suit les rais de la lumière qui clignent sur le parquet, le poudroiement qui fait aux corps un halo de soleil brisé, et se diffuse comme un alcool roux dans les gestes — les allonge, les diffracte. C’est le cœur ému de toute chose : l’amour des courbes et de la nacre.
Regardez : la caméra ondule par saccades, elle caresse la pulpe orangée des épaules, trace au fusain les contours qui vibrent, soulève la gaze des tutus, pique au pastel les joues rougies par l’effort, le bleu des souffles courts. Et nous voici emportés, avec le trait de Degas, dans le tournis des entrelacs, l’harmonie du ballet qui s’ajuste, quatre, cinq, six petits corps soudain ensemble.
Puis c’est une voix de fille, l’un des petits rats qui dit en voix off : « Qu’est-ce que je vais dire à maman ? La journée a été rude. Le maître a demandé des combinaisons difficiles. »
On la suit dans les rues, guidés par sa nuque. C’est le soir, c’est Paris aujourd’hui, elle nous confie alors sur « Monsieur Degas », comme elle dit, un secret effrayant, quelque chose que je vous laisse découvrir par vous-même, et qui donne à penser terriblement.

Yannick Haenel, Charlie hebdo, 13 novembre 2019.

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Degas et moi

Réalisation : Arnaud des Pallières (2019)

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Edgar Degas, Ballet dit aussi L’Étoile, vers 1876.
© Musée d’Orsay. ZOOM : cliquer sur l’image.

Degas à l’Opéra

Disponible du 29/09/2019 au 04/12/2019 sur arte.tv

Réalisation : Blandine Armand & Vincent Trisolini (2019)

De la scène aux coulisses, Edgar Degas a exploré sans relâche l’Opéra de Paris, révélant l’essence d’un art et d’une époque. À la faveur d’une exposition au musée d’Orsay, immersion dans une géniale obsession.

Fils d’un banquier féru d’arts, Edgar Degas (1834-1917) fréquente l’opéra Le Peletier, cœur battant de la vie culturelle et mondaine parisienne, dès son plus jeune âge. En 1868, le peintre, en mal de reconnaissance et bridé par l’académisme, immortalise la célèbre danseuse Eugénie Fiocre dans une toile novatrice, singulière hybridation de styles titrée Portrait de Mlle E. F. à propos du ballet "La source". Si le tableau passe quasiment inaperçu, l’artiste y inaugure le sujet qui l’occupera sa vie durant. Introduit dans les coulisses de l’institution par l’entremise de son ami, le librettiste Ludovic Halévy, Degas y collecte, en observateur scrupuleux, une matière qu’il s’emploie à recréer à l’infini. Après l’incendie de l’opéra Le Peletier puis l’ouverture du palais Garnier, le peintre travaille de mémoire dans son atelier. Partant toujours du dessin, cet "impressionniste d’intérieur" saisit le mystère du corps en mouvement dans des compositions d’une saisissante modernité (personnages de dos, coupés, décentrés…). Dans d’autres toiles imprégnées de naturalisme, il capture la banalité des gestes quotidiens ou la vulnérabilité sociale des ballerines, proies miséreuses et faciles d’hommes fortunés.

Incessantes expérimentations

De sa première commande, portrait d’un bassoniste de l’Opéra, à ses tardives "orgies de couleurs", influencées par sa cécité croissante, en passant par sa Petite danseuse de 14 ans sculptée, qui provoqua un tollé, cet élégant documentaire explore, au fil d’un voyage entre les œuvres et les coulisses actuelles de Garnier, la relation fusionnelle qu’entretint Edgar Degas, génie révolutionnaire et homme insaisissable, avec le temple lyrique et chorégraphique dont il fit le laboratoire de toutes ses audaces.

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La Petite danseuse de quatorze ans

« "L’art peut-il tomber plus bas ?" se demandait un des crétins qui découvrirent horrifiés la Petite Danseuse de quatorze ans. Il peut. Dans les profondeurs de la terre d’où prennent leur élan les aériennes danseuses du Maître. » (Jacques Henric)

La sculpture n’est exposée que derrière des vitres de verre.

La petite danseuse de 14 ans.
Entre 1921 et 1931 (Modèle entre 1865 et 1881, édition du bronze en 1932)
Bronze, fonte à la cire perdue, patiné, satin, tulle.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

La petite danseuse de 14 ans Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

La petite danseuse de 14 ans (Photo A.G., Roubaix, novembre 2010) Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

LIRE : Degas sculpteur

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