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DESTOUCHES (Louis-Ferdinand) ALMANSOR (Lucette) et TOTO

TOTO et BEBERT + scoop : « Tragique méprise sur un perroquet… »

D 19 novembre 2020     A par Viktor Kirtov - D. Brouttelande - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


A peine avions-nous bouclé cet article, que tombait un communiqué de presse : « Révélations sur les derniers moments de Céline. Tragique méprise sur un perroquet… » avec en guest star, Ernest Hemingway impliqué dans cette affaire… Oui, vous avez bien lu, Ernest Hemingway en personne. Aussi, avons-nous pris la décision d’ajouter, immédiatement, un addendum à l’article initial, que vous trouverez ICI ; Bonne lecture.

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Il y a un an, à la suite de la disparition dans la nuit du 7 au 8 novembre 2019 de Lucette Destouches à 107 ans, la veuve de Louis-Ferdinand Céline qui vivait toujours dans la maison du couple à Meudon, nous recevions une photo insolite, celle de la boîte aux lettres fixée sur la grille de la maison, portant la mention :

DESTOUCHES ALMANSOR TOTO

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Meudon, 1er août 2018. Route des Gardes, la maison de l’écrivain Céline a été vendue par sa veuve, Lucette, qui conserve cependant le droit d’y habiter jusqu’à son décès.LP/E.D.
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Photo : Dominique Brouttelande
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Nous devons ce document à Dominique Brouttelande qui n’aime rien tant que déambuler dans les lieux historico-littéraires pour en débusquer les secrets, et avait pris cette photo :

DESTOUCHES (Louis Ferdinand) alias Céline. Pas de mystère !

ALMANSOR, idem ! C’est le nom de jeune fille de Lucette son épouse, son nom d’artiste et de professeur de danse, activité qu’elle exerce dans la maison.


« LUCETTE ALMANSOR – DANSES CLASSIQUES – ET DE CARACTERE »
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- TOTO ? Je ne vois pas immédiatement. Je pose la question :
- Qui est ce troisième locataire de la maison, TOTO ?
- ...Le perroquet de Céline me répond Dominique Brouttelande.

Mais oui, bien sûr, comment l’avais-je oublié. C’est vrai qu’il est moins célèbre que Bébert le chat de Céline dont il ne se séparait jamais et qui accompagna le couple dans son exil à Sigmaringen, Berlin et Copenhague
Toto, c’est le perroquet offert à Céline par Lucette quand, en 1952, le chat de Céline, Bébert, était mort.


Louis-Ferdinand Céline en 1957 dans sa maison de Meudon. L’écrivain, alors âgé de 63 ans, est assis devant un bol de café posé sur la table sur laquelle se trouve son perroquet Toto avec un stylo dans le bec. Photo François PAGES/Paris Match
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Que sait-on de Toto ?


Pierre Lalanne dans son blog « L’ombre de Louis-Ferdinand Céline » s’est posé la question et nous lui empruntons les lignes qui quivent :

Peu après la mort de Bébert, en 1952, Lucette fit l’acquisition d’un perroquet à la Samaritaine pour consoler Céline de la mort de son chat en lui offrant un nouveau compagnon. En colère, Céline refuse alors l’animal et exige de le renvoyer à la Samaritaine, trop onéreux fut la raison invoquée. Raison la plus simple, Céline est naturellement proche de ses sous.

Toutefois, rappelons-nous qu’il refusa également, au début, de prendre Bébert, car, adopter un animal exige de son maître une grande responsabilité. Il n’a pas alors hésité à faire castrer le chat et s’assurer qu’il avait tous les papiers nécessaires ; se limiter au prix est un peu court, Céline voyait nécessairement plus loin.


Céline, Toto et l’actrice Arletti ; « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce qu’ella a une gueule d’atmosphère ? » demande Céline.
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Le perroquet gris du Gabon est reconnu comme un animal très intelligent, certains d’entre eux peuvent apprendre jusqu’à 200 mots (ce qui n’est pas le cas de Toto), reproduire des bruits courants, exécuter toutes sortes de mimiques I

J’ai acheté le perroquet Toto à la Samaritaine et après un premier contact désastreux, ils sont devenus inséparables. Toto vivait en liberté dans la pièce où Louis travaillait. Il picorait ses feuilles de papier ou ses pinces à linge. Il avait tous les droits et je les entendais souvent se disputer et dialoguer dans un langage connu d’eux seuls.
Céline secret, Véronique Robert avec Lucette Destouches, Grasset p.145.

Il est également reconnu que cette espèce de perroquet est un animal très exigeant, qui nécessite temps et attention de la part de son maître, beaucoup de contacts et de la stimulation. Des études affirment que le Gris du Gabon réagit émotionnellement à peu près comme un enfant de deux ans et renferme la capacité intellectuelle de celui de cinq ans.

Enfin, ces perroquets sont prudents, nerveux et méfiants, devant des situations qu’ils ne connaissent pas ou en présence d’inconnus qui viennent perturber leur quotidien. Leur réputation est de se consacrer à un seul maître, mais il peut également s’adapter à un groupe de personnes, si on l’habitue à vivre en communauté.

Lucette connaissait-elle les caractéristiques du perroquet lorsqu’elle offrit Toto à Céline ? À lire cette description du caractère des Gris du Gabon, elle ne pouvait pas faire un meilleur choix et il n’y a pas à s’étonner que, malgré l’opposition de principe de Céline, l’un ne tarderait pas à séduirait l’autre.

Sachant l’affection que Céline portait aux enfants, il pouvait laisser libre court à ses instincts d’éducateur. Ainsi, elle laissa passer les invectives et Toto s’installa à demeure et deviendra rapidement son meilleur compagnon, complice et, nécessairement, confident, car, Céline causait avec les bêtes, Bessy, Bébert, Lucette en a témoigné à plusieurs occasions.


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En fait, nous connaissons assez peu de chose sur ce dernier compagnon, sinon qu’il est très jaloux, harcelle le visiteur et protège férocement son intimité avec l’écrivain en mordant les jambes et les pieds de l’intrus qui s’attarde un peu trop longtemps auprès de son maître. Toto vit librement dans le bureau de Céline et est constamment à ses côtés lorsqu’il écrit, lui casse ses crayons, et, toujours au dire de Lucette, lui joue des mauvais tours, comme lui dérober ses pinces à linge pour attacher ses manuscrits. Brefs, ils s’entendent comme de vieux copains de bistrots, gueulards, et toujours à se réconcilier.

Toto ne semble pas parler beaucoup, quelques mots, seulement, mais on ignore lesquels. Par contre, Céline lui apprend à siffler « dans les steppes de l’Asie centrale » et il crie : « Les Tarrrrrrrtarres à Meudon... Les Tarrrrrrrtarres à Meudon ! », en écho au célèbre « Les Chinois à Cognac ! », de son maître affirme Éric Mazet.

Ils causent surtout dans une langue connue d’eux seuls et s’engueulent parfois férocement, se réconcilient. Toto est le contraire de Bébert, ce vieux sage discret qui dormait sur sa table de travail. Toto est actif, de son perchoir, il grimpe sur l’épaule du maître où arpente la table de travail ; Toto est celui qui fait rire Céline, celui que l’on entend jacasser lors des dernières entrevues que l’écrivain donne aux uns et aux autres, après le succès « D’un château l’autre ».

Toto est justement le témoin privilégié celui qui a assisté à l’écriture de la dernière période célinienne, les entretiens, la trilogie allemande. Il fut certes un baume dans la solitude de Meudon rejeté par l’ensemble du tissu social, une source importante d’inspiration et stimulation. Les animaux ne se préoccupent pas de fausse morale, de culpabilité et d’idéologie.

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Céline lui lisait-il des passages des livres qu’il préparait ? Fort probablement et l’on peut facilement présumer que le perroquet, à sa manière donnait son opinion, toujours dans cette langue, ce code qui leur était commun. De la spéculation, bien entendu, les témoignages des relations entre Céline et son perroquet viennent essentiellement de Lucette, qui raconte l’arrivée de Toto à Meudon et son adaptation avec l’écrivain, sans vraiment savoir comment opéra la magie, comment Céline fut conquis et les deux devinrent les meilleurs amis du monde :

Par ailleurs, la compagne de Céline a déjà raconté la patience de Céline envers les animaux et sa manière dont il leur parlait pour les rassurer et s’en faire leur complice, particulièrement pour Bessy, le chien abandonné par les troupes allemandes quittant le Danemark. Elle affirme que seulement par la patience, la douceur et la parole, Céline est en mesure de communiquer avec les animaux. Juste à relire la description de la mort de Bessy dans « D’un château l’autre », les liens tissés avec Bébert,

il n’y a pas à douter des relations étroites qu’entretenait l’écrivain envers les animaux et, tout comme Saint-François-d’Assise, il pouvait causer avec eux.

Malheureusement, probablement par absence de matière, les biographes passent rapidement sur les relations de Toto et de son maître, Gibault en parle très peu, Vitoux y consacre quelques lignes en se limitant à un témoignage essentiel de Lucette. Enfin, dans « Céline Secret » elle y va de quelques allusions.

Ce qui en ressort est la formidable complicité entre les deux, l’amitié indéfectible et cette confiance, qu’il ne peut plus accorder aux hommes. Il faut lire Lucette dans Vitoux pour en saisir toute la portée et la capacité de l’écrivain à se consacrer aux plus faibles, en l’occurrence, les animaux, les seuls qui ne trahissent jamais, si l’on sait comment les approcher, les apprivoiser et accepter une personnalité qui leur est propre ; ne pas en faire des esclaves, des bibelots ou des chiens savants, mais les laisser vivre en fonction de leurs instincts et non pas de l’unique raison humaine. Il faut relire ce passage dans le Céline de Vitoux qui montre toute la force de cette de la perception célinienne des animaux :


Le perroquet n’avait pas de cage. Louis le laissait en liberté. Il faisait des saletés partout, sur la table, le fauteuil, par terre. Ça lui était égal. Toto lui cassait ses crayons, lui faisait des tours pendables. Louis criait contre lui. Toto lui répondait. Ils s’entendaient tous deux d’une manière fantastique, ils ne se quittaient pour ainsi dire jamais. Quand Louis descendait à la cuisine (…) Toto était sur ses épaules. Le pauvre Louis ne tenait pas debout, il lui arrivait de tomber dans l’escalier. Toto tombait avec lui. J’entendais de là-haut le perroquet crier, furieux. Je descendais les ramasser. Toto remontait sur ses épaules et ils repartaient. Je n’ai jamais vu deux êtres comme cela – une réussite ! Et puis Toto avait un mérite, il le débarrassait des gens qui venaient le voir. Il leur donnait dix minutes, pas plus. Au bout de dix minutes, Toto allait mordre les chaussures ou le bout de pied des visiteurs de Louis qui n’avaient plus qu’à battre en retraite

Lucette dans « La vie de Céline » de Frédéric Vitoux chez Grasset, p.535

Après la mort de Céline en ce mois de juillet 1961, Toto s’est tu pendant des mois, on imagine le désarroi de l’animal, le deuil. Qu’advint-il de lui par la suite ? On ne connait pas la suite de son histoire, sa fin, le nombre d’années qu’il survécut à son maître…

Est-ce à Toto et à Céline qu’Hergé voulu rendre hommage dans l’un de ses meilleurs albums, « Les Bijoux de la Castafiore », publié en 1963, lorsque la cantatrice offre au capitaine Haddock, désemparé, furieux, Jacquot ce perroquet et qui fait de leur relation une véritable épopée qui peut se rapprocher à celle de Céline, comme le suppose David Alliot dans un article sur ce sujet qui est à lire sur : http://louisferdinandceline.free.fr/indexthe/herge/alliot.htm

En fait, l’histoire de Toto et de Céline reste encore à écrire et à inventer…

Pierre Lalanne

Crédit : http://celinelfombre.blogspot.com/

Qu’est devenu Toto ?

Pierre Lalanne dans sa conclusion déclarait :


On ne connait pas la suite de son histoire [celle de Toto], sa fin, le nombre d’années qu’il survécut à son maître…

Eh bien si ! On le découvre, au détour d’une phrase dans un article du Point signé Jérôme Béglé, publié 8/11/2019 à l’occasion de la disparition de Lucette : Toto est mort dans les années 1970, soit environ 9 ans après son maître Ferdinand Destouches. Et Lucette le remplaça par Toto 2, une copie conforme du Toto de Céline

Toujours avide de découvrir de nouveaux talents, elle fit de son repaire du bas de Meudon un passage obligé pour tous ceux qui voulaient entendre parler de l’écrivain ou recueillir des conseils artistiques. Fabrice Lucchini, Pascal Sevran, Patrick Poivre d’Arvor, Marc-Édouard Nabe – qui lui consacra l’un de ses meilleurs livres –, Frédéric Vitoux, mais aussi Patrick Besson. Souvent allongée sur une méridienne en face d’une cage où voletait Toto, un perroquet copie conforme du Toto de Céline mort dans les années 1970, Lucette était curieuse de tout et friande des bruits de la ville. Elle conservait une mémoire intacte au point de se souvenir d’une soirée donnée par Otto Abetz, l’ambassadeur d’Allemagne à Paris pendant la guerre.

Les dimanches à Meudon chez Lucette Almanzor et Toto

En 2011, Le Figaro rendait visite à Lucette Almanzor dans sa maison de Meudon, entourée d’amis et de souvenirs.

Par Etienne de Montety

Publié le 27 juin 2011


Elle a été le dernier amour de l’auteur du « Voyage au bout de la nuit ». Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images
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Si Toto le perroquet pouvait rédiger ses Mémoires, il raconterait les dimanches à Meudon chez Lucette Almanzor, Mme veuve Céline. Le rituel est immuable : on arrive en fin d’après-midi, on entre dans un salon aux murs recouverts de liège, où sont piqués des croquis de chats et des photos de l’écrivain. Puis on passe à table au milieu de ce sympathique bric-à-brac de vieille dame. On dîne sur ses genoux ou on pose son assiette sur la table basse. Les chichis sont laissés à la porte. Les autres hôtes des lieux, un chat de rencontre et un mâtin pas très présentable, viennent vous saluer. François Gibault, ami fidèle de la maîtresse de maison, a apporté le dessert et des nouvelles de la cour et de la ville : vie politique, actualité heureuse, chronique de l’Académie française.

Devant la vieille dame, la télévision est allumée mais le son est éteint. Au babillage de Michel Drucker ou de Harry Roselmack, Lucette Almanzor préfère la conversation de Me Gibault. Cette semaine, il lui apprend que le comédien Sagamore Stévenin (fils de Jean-François, qui fut un familier de Meudon) projette d’adapter en dessins animés la bande dessinée du Voyage faite par Jacques Tardi. Il manque juste au jeune homme dix-neuf sous pour faire un franc.


Pour Céline, y a jamais d’argent


« Pour Céline, y a jamais d’argent », dit Lucette. Elle a parlé posément, sans animosité. Ses grands et beaux yeux sont tournés vers la fenêtre qui ouvre sur une vue imprenable. En contrebas de la colline de Bellevue, derrière le rideau d’arbres, c’est la Seine et l’île Seguin. Plus loin, Paris et la tour Eiffel. Céline a décrit l’endroit comme on ne pourrait mieux le faire : « Cependant Paris s’impose… tout Paris en face, en bas…… les boucles de la Seine… le Sacré-Cœur, très au loin… tout près Billancourt…. Suresnes sa colline… Puteaux entre deux… des souvenirs, Puteaux… le sentier des bergères… D’autres souvenirs le mont Valérien… »

Elle est allongée, fatiguée de porter le siècle - elle s’approche à petits pas des… Est-il bien séant d’exposer une dame aux rigueurs de l’état civil ? En cette fin d’après-midi, son corps gracieux qui a tant dansé, demande grâce ; alors Lucette reçoit comme jadis Juliette Récamier et Louise de Vilmorin. Nabe et Frédéric Vitoux ont leurs habitudes. François-Marie Banier est venu un temps, amené par Angelo Rinaldi. « Toto ne les aimait pas, décrète-t-elle. Ils venaient me voir quand François Gibault n’était pas là. » C’est ainsi en littérature depuis cinquante ans : les céliniens ne font pas bon ménage avec les proustiens. Mais tout le monde est le bienvenu.

Une « fort jolie jeune femme toute simple »

« Un jour Patrick Besson est venu, accompagné d’une fort jolie jeune femme, toute simple. Nous nous sommes très bien entendues… » La « fort jolie jeune femme toute simple » s’appelait Carla Bruni, amatrice de danse et de l’œuvre de Céline. D’un château l’autre…

Dès les années cinquante, on venait chez Céline chercher une atmosphère. Justement, bien avant Carla Bruni, c’est Arletty qui fit le pèlerinage, accompagnée de Michel Simon. Montaient souvent la côte des Gardes Roger Nimier, Albert Paraz ou Pierre Monnier, autant de fidèles avocats de Céline dans la République des lettres qu’avaient outragée ses pamphlets. Loin de Saint-Germain, ils l’écoutaient vitupérer son époque de sa voix de prophète brisé. Céline s’est installé avec Lucette à Meudon en 1951, au lendemain de son amnistie par un tribunal militaire. Après les errances de la guerre, il a posé ses valises et ses visions dans cette grande maison de Seine-et-Oise. Sitôt installée, Lucette a posé sa plaque : « Lucette Almanzor, danses classiques et de caractère ». Et Céline, qui n’a jamais cessé d’être médecin - et médecin des pauvres -, a ensuite mis la sienne : « Docteur L.-F. Destouches, docteur en médecine de la Faculté de Paris ». « Les plaques ont été volées ; les gens sont fétichistes », dit Lucette.

À cette époque, Claude Gallimard, pressé par Nimier, fit de Céline un auteur maison et le succès revint. Et avec lui le tapage : Céline, génie ou monstre ? Cette question, Lucette l’esquive d’une pirouette. Elle a donné des cours de danse jusqu’à plus de 80 ans et se souvient de ses élèves comme si elles avaient toujours 16 ans. De Judith Magre et de sa sœur, et des filles de Claude Gallimard, Françoise et Isabelle. Sans parler des innombrables petits rats de la banlieue ouest, venant faire des entrechats chez Mme Almanzor, au milieu des animaux de la maison. Sur chacune elle est diserte. Attendrie. Mais veut-on la faire sortir de ses gonds ? On lâche alors le nom de Ludmilla Tcherina. « Ce n’était pas une danseuse, c’était une comédienne qui dansait. Et mal. »

La voix de Toto

Est-ce ça qu’on appelle une pointe ? Aujourd’hui encore la maison porte la trace des activités de l’hôtesse. Au fond, on trouve une vaste salle de danse et à l’étage une salle de gymnastique où les barres fixes sont encore là, même si Lucette ne pratique plus depuis quelques lustres.

La soirée suit son cours. Le soleil tombe sur la Défense. Si les arbres et les herbes n’avaient pas poussé, on pourrait croire le temps immobilisé. La maison de Meudon est celle d’un professeur de danse à la retraite plutôt que celle d’un écrivain. De Céline point, ou si peu. Un incendie en 1968 a détruit ses livres de médecine, ses dessins d’anatomie, ses manuscrits. La pièce où l’auteur du Voyage travaillait est désormais une cuisine. Et pourtant Céline est partout, par la fidélité d’une femme à sa mémoire.

Parle-t-on à Lucette des éclats de voix qui ont accueilli l’idée de mettre Céline aux commémorations nationales ? Elle ne commente pas. L’homme de sa vie a connu l’indignité nationale et la confiscation de ses biens. Alors un livre, un tintamarre de plus… Elle sait bien qu’elle a attaché sa vie à une tornade, aussi n’est-elle pas surprise que le vent souffle de temps à autre. Quand ça s’agite, elle ne répond pas et se plonge dans ses souvenirs, Marcel Aymé, Gen Paul, les amis de la bande de l’avenue Junot, Paul et Hélène Morand. Quand le soir est arrivé, on prend congé. La voix stridente du perroquet Toto nous raccompagne sur la route des Gardes : « Faut faire dodo. »

GIFLe chat Bébert parle de Louis Ferdinand Céline


Céline, Bébert, Lucette à Copenhague (1947)
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Céline avec Bebert et ses chiens, à Meudon en 1951 ou 52,
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Et si un chat n’était pas qu’un animal domestique mais bien un animal bavard qui en dit long sur son maître ? Le chat de Louis Ferdinand Céline nous parlerait-il de son chat Bébert ?

Une bête, un chat ? Pas du tout dit Louis-Ferdinand Céline, heureux maître d’un énorme chat nommé Bébert. Selon les témoins, l’animal pèserait dans les 8 kg, c’est dire. Il est né à la Samaritaine où l’acteur Le Vigan l’a adopté avant de le donner à Céline lorsqu’il a du fuir précipitamment en l’Allemagne pour cause de collaboration. Céline l’a suivi, avec Lili sa femme… et le chat. Celui-ci a fait Paris, Sigmaringen, Berlin, Copenhague, Meudon. Il a subi les bombardements, déclenché la flak à Berlin, terminé ses jours dans un jardin de banlieue.

Dans ‘Féérie pour une autre fois I’ , Céline évoque le chat Bébert.


Vous direz un chat c’est une peau ! Pas du tout ! Un chat c’est l’ensor-
cellement même, le tact en ondes… c’est tout en « brrt », « brrt » de paroles… Bébert en « brrt » il causait, positivement. Il vous répondait aux questions… Maintenant il « brrt » « brrt » pour lui seul… il répond plus aux questions… il monologue sur lui-même… comme moi-même… il est abruti comme moi-même… (…) Bébert, son extraordinaire c’était la promenade, la balade, sa façon de nous suivre… mais pas pendant le jour, seulement le soir, et à condition qu’on lui cause… « ça va Bébert ? »… « Brrt !… » Ah il en voulait !… Place Blanche, la Trinité, une fois les Boulevards… (…) Il était vadrouilleur de nuit… mais jamais tout seul, solitaire !… avec nous… avec nous seulement… et en parole tous les dix mètres… vingt mètres… « brrtbrrt »… Une fois presque jusqu’à l’Etoile. Il avait peur que des motos… Si y en avait une dans la rue, même loin, il me jaillissait dessus à pleines griffes, il me sautait comme après un arbre… »
p.19.

Paul Léautaud, pourtant peu admiratif envers Céline, rend hommage à cette relation particulière qui a lié l’homme et l’animal : “Céline, il est parti pour le Danemark avec son chat et il en est revenu avec. Je connais mal l’œuvre littéraire de Céline. J’ai reçu un jour, au Mercure, son Voyage au bout de la nuit. J’ai été rebuté par les grossièretés et je l’ai refermé. Mais revenir avec son chat du Danemark, ça, c’est une preuve de conscience”

Céline secret , 2011 par Véronique Robert Lucette Destouches

Critique de Julie TRENQUE, nonfiction.fr/ 29/08/2011

Un chat parle, tous les maîtres de chats le savent. Ils vous observent, s’habituent aux routines, vous sollicitent. Ils parlent avec leur langue par mille miaulements modulés, du grand « mia ! » au simple« brrt ». Ils parlent avec leur queue qui s’agite faiblement quand ils savent qu’on parle d’eux ou fouette s’ils sont en colère. Avec tout leur corps qui s’étire, s’arque et se tortille, se frotte aux murs ou à vos jambes, tendant le cou pour le câlin.

Parlez aux chats, ils écoutent, ils répondent. Bien sûr, comme pour le langage muet, il faut un temps d’adaptation pour comprendre et échanger. Mais les chats le savent qui modulent leurs sons comme avec leur mère. Les chats élevés sauvages sont silencieux, ne parlant qu’avec le corps. Les chats élevés parmi les humains émettent des bruits qui sont par imitation des paroles. Vous comprenez très vite.

Louis-Ferdinand Céline, Féérie pour une autre fois

Crédit : Argoul 5/07/2014 -


Céline par Sollers


VOIR ICI

Communiqué du 19/11/2020 : Révélations sur les derniers moments de Céline

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Tragique méprise sur un perroquet
ou
Comment Hemingway provoqua la mort de Céline
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« … Il est désormais établi que le 1er juillet 1961, Monsieur Ernest Hemingway, écrivain américain, s’est introduit sans y être invité au domicile de Monsieur Louis-Ferdinand Céline, écrivain français, sis à Meudon Bellevue, avec le projet de lui dérober son fameux perroquet, lui en contestant la propriété au préjudice du Musée Gustave Flaubert.

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Mais du fait de sa vieille barbe, de la visière démesurée de sa casquette et d’une haleine alcoolisée, Monsieur Hemingway effraya dès son arrivée pourtant silencieuse l’ensemble des animaux domestiques dont les manifestations de terreur eurent pour immédiat effet de réveiller Monsieur Céline. Ce dernier crut d’abord entendre le train, mais dut se résoudre à une autre conclusion en prenant conscience de ce qui réellement se déroulait chez lui. Aussi, dans le but de s’opposer à cette subite et inqualifiable intrusion, chercha-t-il à se défendre avec autant de véhémence que les moyens à sa portée étaient dérisoires, par l’envoi de pinces à linges en direction du cambrioleur (mélangeant ainsi les pages de son dernier manuscrit à la publication devenue de ce fait improbable). Cet acte désespéré eut pour conséquence d’exciter l’ardeur du malfaiteur justicier qui pointa sa carabine sur le paisible occupant perturbé dans son sommeil ; menace dont l’effroyable perspective pour ce dernier le fit de saisissement s’effondrer sur le champ.

L’Histoire d’un cœur simple est tout bonnement le récit d’une vie obscure, celle d’une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais.

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Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu’elle soigne, puis son perroquet ; quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit.

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Cela n’est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste. Je veux apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles, en étant une moi-même.
Gustave Flaubert.

Monsieur Hemingway, venu donc s’emparer du perroquet de Monsieur Céline pour le restituer à celui qu’il pensait être son légitime propriétaire, le Musée Gustave Flaubert, (en ignorant que le grand écrivain normand, avant sa mort, pour jeter le trouble, avait pris soin de doubler les perroquets, de sorte qu’il demeure impossible de déterminer lequel a servi de modèle au célèbre perroquet d’Un cœur simple), constatant avec stupeur que le perroquet de Monsieur Céline était bien vif et non empaillé comme avec raison et compte tenu de l’âge supposé du volatile, le cambrioleur était fondé à le penser, qu’au surplus celui-là répondait au sobriquet « Toto » et non « Loulou », qu’il ne pouvait donc s’agir de l’objet de sa convoitise, et comprenant qu’il venait de commettre un terrible forfait sur la personne de Monsieur Céline, et surtout de s’être livré à une magistrale turpitude dont le ridicule, il le sentit dans un dernier sursaut d’amour propre, allait s’avérer plus difficile à supporter que la brûlure en plein crâne d’un coup de feu, décida, sur les lieux mêmes du drame et sans délai, de mettre un terme à cette fin de vie calamiteuse qu’un monumental fiasco venait d’illustrer.

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C’est alors que Monsieur Robert Le Vigan, ancien comédien de son état, rendant à son compagnon de fuite et d’infortune une visite qu’il était loin d’envisager comme ultime, alerté par les cris d’effroi de la ménagerie qu’avait amplifié le coup de feu, se précipita dans la pièce où Monsieur Céline recevait ses visiteurs et découvrit l’horrible spectacle. Après une réaction de recul devant la macabre scène et le constat du décès de son ami, se penchant sur le corps de Monsieur Hemingway, il parvint à recueillir les volontés suprêmes du moribond qu’il est permis de résumer ainsi : outre l’aveu de chercher à être photographié avec le perroquet d’un écrivain dans l’espoir de faire oublier une photographie prise à Venise avec deux pigeons à la main – qu’a posteriori, il jugeait un peu ridicule -, cette dramatique méprise devait rester ignorée de tous ;


Céline à Meudon avec Toto / Hemingway à Venise, deux pigeons à la main
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à cette fin, Monsieur Hemingway commanda qu’on le sût suicidé le lendemain 2 juillet 1961, chez lui dans l’Idaho, Etat d’Amérique, et enjoignit à Monsieur Le Vigan de déposer sa dépouille dans sa propriété tandis que celui-ci, contre une forte somme d’argent dont la planque lui était révélée dans un dernier souffle, pourrait achever son périple par une installation définitive en Argentine. Telles, du moins, sont les révélations qui ressortent d’une enveloppe déposée aux Archives secrètes du Vatican, ouverte depuis peu par autorisation spéciale et dans le strict respect des prescriptions de Monsieur Le Vigan, acteur resté célèbre pour son aisance à imiter Notre Seigneur Jésus-Christ sur la Croix, que nous joignons en annexe du présent rapport… »
(Extrait du rapport de police rédigé après la mort de Céline)

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Retranscrit par Dominique Brouttelande par qui le contenu de l’enveloppe déposée aux Archives du Vatican nous est aujourd’hui connu.

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