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Philippe Muray, Journal d’un faux-cul

Jacques Henric, art press 474, février 2020

D 25 janvier 2020     A par Albert Gauvin - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Il existe de nombreux Journaux d’écrivains qu’on peut sans doute classer en deux catégories principales : le journal littéraire, le journal intime. Parfois les deux catégories se mélangent. En général, on s’accorde pour dire qu’ils font partie de l’oeuvre (comme la correspondance). Les Journaux des écrivains réservent toujours des surprises. Ils éclairent souvent l’oeuvre romanesque ou poétique sous un jour nouveau, parfois inattendu. Parfois, au hasard de tel épisode éditorial, ils peuvent devenir des pièces à conviction, des pièces à charge contre l’écrivain. C’est surtout le cas du journal intime, surtout si l’écrivain prend le risque de le publier de son vivant. La pression des faiseurs d’opinion peut alors amener un éditeur ou un libraire à décider de le retirer de la vente, c’est-à-dire, appelons un chat un chat, de le censurer. Une partie de l’oeuvre est ainsi renvoyée dans l’Enfer des bibliothèques.
Philippe Muray est mort en 2006. Il ne court pas ce risque. Ultima Necat III, le troisième volume de son Journal vient d’être publié aux éditions des Belles Lettres [1]. Rempli de considérations sur l’air du temps, il s’apparente pourtant plutôt au journal intime. Fallait-il le publier, même légèrement expurgé ? On peut se poser la question. Faut-il le lire ? Sans doute, puisqu’on nous y invite et que Muray a écrit de bons livres. Ultima Necat III couvre la période qui va de 1989 à 1991. Trois années seulement. A ce rythme là, il faut s’attendre à cinq volumes à suivre. Ceux qui ont aimé le Muray des années 80, celui qui a publié un très bon Céline (Seuil, collection Tel Quel, 1981 [2]) et une somme : Le 19e Siècle à travers les âges (Denoël, collection L’Infini, 1984 [3], mais qui ont été, comme moi, beaucoup plus réservés sur le Muray postérieur, le nihiliste, l’auteur de L’Empire du Bien, qui me semblait confondre, jusqu’au ressassement, avec son « Homo Festivus », un des aspects de l’idéologie dominante et la réalité sociale profonde des choses (n’est pas Debord qui veut), ceux-là liront avec stupéfaction Ultima Necat III. On y découvre un Philippe Muray qui se révèle paradoxalement être un « maladif », le type même de « l’homme du ressentiment », animé de cet « esprit de vengeance », tel que le caractérisait Nietzsche dans sa Généalogie de la morale :

« "Puissé-je être quelqu’un d’autre, ainsi soupire ce regard : mais il n’y a pas d’espoir ! Je suis qui je suis : comment me débarrasser de moi ? Et pourtant j’en ai assez de moi !"... Sur ce terrain du mépris de soi, véritable marécage, pousse toute mauvaise herbe, toute plante vénéneuse, tout cela petit, caché, trompeur et fade. Ici grouillent les vers de la vengeance et du ressentiment ; ici l’air empeste de choses secrètes et inavouables ; ici se trame constamment la conspiration la plus méchante, — la conspiration de ceux qui souffrent contre ceux qui ont réussi et vaincu, ici la simple vue du vainqueur excite la haine. Et que de mensonges pour ne pas reconnaître que cette haine est de la haine ! Quel étalage de grands mots et de façons, quel art de la calomnie « honnête » ! Ces malvenus : quelle noble éloquence coule de leurs lèvres ! »
« Il y a là tout un monde frémissant de vengeance souterraine, insatiable, inépuisable dans ses explosions contre les heureux et aussi dans les travestissements de la vengeance, dans les prétextes à exercer la vengeance : quand arriveraient-ils vraiment au suprême, au plus subtil, au plus sublime triomphe de la vengeance ? De toute évidence, s’ils réussissaient à mettre leur propre misère et toute la misère du monde dans la conscience des heureux, si bien qu’un jour ceux-ci en vinssent à avoir honte de leur bonheur et peut-être à se dire entre eux : "c’est une honte d’être heureux ! il y a trop de misère !" » (Généalogie de la morale, Troisième dissertation, section 14 [4].)

Dans le numéro d’art press du mois de février, Jacques Henric qui fut un ami de Philippe Muray (désormais Henric se voit contraint d’écrire « ami » entre guillemets) décrypte le personnage, pourfendant du même geste ses peu regardants thuriféraires actuels [5].


art press 474, février 2020, p. 86.
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art press 474, février 2020, p. 87.
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art press 474, février 2020, p. 88.
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Philippe Cognée, Guillaume, 1997, peinture à la cire sur toile, 103 x 198 cm, Ph. Court. Templon, Paris – Bruxelles, © Philippe Cognée.

Dans ce numéro, un entretien avec Philippe Cognée qui expose à la galerie Templon jusqu’en mars 2020 et un entretien avec Benoît Chantre à propos de son essai sur Hölderlin, Le clocher de Tübingen dont la presse a peu parlé.

LE SOMMAIRE


[2Cf. mon article de 2009, Céline et le Mal radical.

[4Gallimard, 1971, p. 311-313.

[5Jacques Henric avait déjà émis des réserves sur Muray dans son essai Politique. Cf. mon article d’octobre 2010, Postérité de Philippe Muray.

Qui a aimé le Journal de Muray ? Ou, comme on disait jadis : « d’où tu parles ? »

Ce Journal, dont la lecture procure une jouissance constante, un émerveillement de chaque instant, ce Journal qui se hisse sans peine au niveau de celui de Kafka ou des Goncourt, de Delacroix ou de Gide, est celui d’un écrivain radicalisé, pour lequel deux choses comptent vraiment : la littérature, d’abord, et son œuvre, ensuite. Son oeuvre vient de la littérature et y retourne. Un fanatique de la vérité.
Causeur - 01/12/2019

Dans le troisième tome de son journal intime, Philippe Muray se hisse au niveau de Kafka et des Goncourt. Avec intelligence et orgueil, l’écrivain fait exploser son époque. Des petits marquis de l’édition aux femmes, personne n’en sort indemne.
Causeur - 05/12/2019

L’intérêt de ces pages, c’est qu’elles illustrent à souhait ce qui fait le sel du genre, le plus ouvert qui soit en littérature : à la fois mémento vivant, confessionnal, déroulé des jours dans leur banalité dépouillée, citations, lectures, dialogues rapportés, lieu d’épanchement plus ou moins contenu, où s’invitent extraits de correspondance, textes destinés à de futures publications.
Le Figaro littéraire - 06/12/2019

Muray est un écrivain. Ses phrases ont une vie, une originalité, une force qu’on ne rencontre plus.
Commentaire - 01/12/2019

Plus de dix ans après la mort de Philippe Muray, sa vision du monde continue de nous éclairer.
Marianne - 13/12/2019

Dans ces 600 pages cruelles et mordantes, Muray raconte l’envers de son travail d’écrivain, croque des portraits corrosifs du milieu intellectuel de l’époque mais livre aussi les réflexions que lui inspire l’actualité. [...] Philippe Muray est moins un romancier qu’un pamphlétaire de génie, qui maudit son époque et ses idoles. L’absolu en moins. Lui n’a pour idéaux que le corps des femmes (surtout celles de Rubens) et la littérature.
Le Figaro Magazine - 18/12/2019

Le Journal de Muray est une entreprise géniale dont la richesse devrait faire taire les poisseux qui se plaisent à opposer chez l’auteur le pamphlétaire et le romancier.
Service littéraire - 01/12/2019

Ce journal s’apparente à une forge, dont [Muray] remonterait sans cesse la température, et dans laquelle il confectionnerait les armes conceptuelles aptes à broyer les illusions de son époque ; et de temps à autre, fuserait un projectile : roman, essai, article ou conférence. Il est surtout le lieu où il consolide sa position d’écrivain.
L’Incorrect - 01/01/2020

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1 Messages

  • Albert Gauvin | 6 avril 2020 - 21:07 1

    Philippe Muray, ce faux-ami qui insultait ses proches dans son Journal intime

    A mesure que son Journal intime paraît, les anciens compagnons de Philippe Muray, de Catherine Millet et Jacques Henric à Philippe Sollers, découvrent tout le mal qu’il pensait d’eux. LIRE ICI.