Francis Ponge tel quel
Inactuelles


Qui était Francis Ponge ?

Ce pourrait être une bande-annonce pour un roman à venir, c’est une rétrospective...


ARTE, 21 mars 2000. Durée : 3’19" — Archives A.G.

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Je ne suis pas un homme de spectacle. La façon de faire des surréalistes, c’est-à-dire d’être constamment sur les tréteaux à manifester, ça ne me concerne pas. J’aime mieux faire les choses, même si ce sont des choses subversives, j’aime mieux les faire dans le calme, un peu comme un anarchiste prépare sa bombe, un petit peu à l’écart...

Francis Ponge, Entretien [1].

Du point de vue, si vous voulez, de la forme même de mes textes, c’était la forme de la bombe, et la préparation, la longue préparation de la bombe qui m’intéressait, et je me retirais pour faire cela. Je ne participais donc pas aux actions extérieures, je me renfermais et je préparais mon engin.

Entretien de Francis Ponge avec Philippe Sollers, 1970.

« Tout à coup, le Temps, l’Écoulement, le Rythme, seraient premiers ; l’espace, la lumière ne viendraient qu’ensuite comme apparence et qualités secondes ; la lumière n’étant que les yeux brillants du Temps, du Temps noué en fruits, en astres, provisions de temps futur, d’avenir, de vie. »

Francis Ponge, L’asparagus, 1963.

Le Temps (Le Temps : je veux dire la ténacité, le travail) débouchant dans l’Intemporel. Une minute de plus à vivre encore, et c’est l’éternité.

Francis Ponge, Pour un Malherbe, 1965, p. 62.

Francis Ponge ou la raison à plus haut prix


Édition de 1963 (A.G.). Zoom : cliquer sur l’image [2]. (GIF)

AVERTISSEMENT
Ce petit livre est un instrument de travail. Son but n’est que de proposer aux amateurs la curiosité d’une oeuvre toujours ouverte, l’une des seules justifiées de ce temps.


Exergue :
« Arrivée de toujours, qui t’en iras partout. » RIMBAUD : A une raison.

Ainsi commence le livre que Philippe Sollers consacre à Francis Ponge en 1963.

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Francis Ponge est mort le samedi 6 août 1988, dans sa maison du Mas des vergers, à Bar-sur-Loup. Il était âgé de quatre-vingt-neuf ans. Philippe Sollers lui rend hommage dans Le Monde du 9 août.

La société du génie

par Philippe Sollers

Je revois le moment de ma première lecture de Ponge, à quinze ans, dans une étude du soir surchauffée, au hasard d’une anthologie de la poésie française. Quelque chose d’autre, de vraiment autre, se passait soudain sur la page. Poésie ? Non. Un escargot ! Prose ? Non plus, à cause de cette drôle de reptation des mots en train de devenir plus concrets que l’escargot lui-même. J’avais l’impression d’une hallucination à l’envers. Je venais de lire les surréalistes, et le retour à la pluie, au cageot, à l’orange, à l’huitre, jouait comme une passe de désenvoûtement.

Quelques années plus tard [3], autre hasard : j’habitais boulevard Raspail, en face de l’Alliance Française. Des conférences de littérature étaient annoncées : Francis Ponge. Il n’y avait qu’à traverser la rue. C’est donc là que j’ai rencontré, entendu, avec deux ou trois amis (on allait vers la fondation de Tel Quel), au milieu d’étudiants étrangers qui ne connaissaient sans doute pas leur chance, un des plus grands poètes français. Un jour, il s’est mis à lire les Hirondelles. C’était inouï.


Ponge vu par Izis. (GIF)

Nous sommes vite devenus amis, je repense aux heures de conversations chez lui, rue Lhomond. Ponge, à l’époque, était très seul, pauvre, son souci était celui de la transmission, le moment des "oeuvres complètes" était loin, il craignait d’avoir travaillé pour l’ombre. Et en même temps, très sûr de lui, "tremblement de certitude". J’ai été heureux de publier certains de ses plus beaux textes, l’Asparagus, par exemple : " Ainsi l’asparagus étend-il ses tapis, ses tamis superposés, ses tapis étagés, ses palmes protectrices " [4]...

Tout lecteur intérieur des Illuminations et de Connaissance de l’Est entre dans Ponge sans difficultés et peut s’y reposer à loisir. Le Parti pris des choses est ainsi, avec la Rage de l’expression, comme un atelier de réparation de l’invention rhétorique. Pourquoi réparation ? Quelque chose avait explosé ? Sans doute. Et rien aujourd’hui ne me parait plus touchant que ces notes de Ponge, communiste et résistant, en 1941, dans le Midi, lorsqu’il prend la décision, face à l’irrationalisme nazi, de lutter pour la philosophie des Lumières. On trouve trace de cette décision dans l’exergue inattendue de Voltaire à la Nouvelle Araignée : " Au lieu de tuer tous les Caraïbes, il fallait peut-être les séduire par des spectacles, des funambules, des tours de gibecière et de la musique. "

Paralysie, aphasie : voilà comment Ponge voit la société et l’histoire. D’où la fameuse déclaration : "Le monde muet est notre seule patrie." Le dégoût, la répulsion violente au contact de l’emphase et des atrocités humaines, font de lui un humaniste pour temps de terreur. Ne pas mentir. Ne pas céder à la psychologie, à la démagogie, au sentimentalisme, au "ronron", au "manège", qui voilent la beauté évidente du moindre objet et de sa présence supérieure à tous les discours.

Il y a une imposture poético-philosophique : mais on peut toujours se dérober, repartir de plus bas, modestement, orgueilleusement ; faire entendre le silence, la corde pincée, la couleur, la saveur. Il y a du Webern chez Ponge. On creuse l’écoute, on affine l’oeil, on ouvre le dictionnaire, ce trésor. L’abricot ? " Deux cuillerées de confiture accolées." " La palourde des vergers. " " Nous mordons ici en pleine réalité accueillante et fraiche. " Difficile de manger un abricot sans penser, à un moment ou à un autre, à ces formules elles-mêmes mangeables. " Un immense pétale de violette bleue ".

Et cela est vrai aussi du mimosa, de la guêpe, de l’oeillet, ou encore du cheval et de la chèvre (une simple chèvre recommence la vie après la guerre et les camps, la sculpture de Picasso vient là en écho visible). Grâce au Carnet du bois de pins, apprenez à être seul dans le Sud vibrant. Ouvrez les yeux sur le ciel de la Mounine : " Le ciel n’est qu’un immense pétale de violette bleue. " Le sujet humain a subi une répression et une déportation sans précédents, il ne tient plus qu’à un fil - les figures de Giacometti. Chaque geste, chaque pas est problématique, héroïque. Saura-t-il même se laver les mains ? En éprouver un plaisir naïf, délicieux, comme s’il venait d’échapper au néant ? Et voici le Savon, un des ballets les plus "fous" de Ponge, petit opéra baroque en ébullition, danse gaie.


Gouache de Dubuffet pour « L’Oeillet ». (GIF)

Il n’y a pas de petits sujets, ou plutôt la moindre chose, la moindre syllabe, peuvent nous transporter, d’un coup, dans des dimensions inconnues et paradisiaques. Le Pré, le Verre d’eau... Bien entendu, Ponge a beaucoup médité sur La Fontaine, et son ambition (la plus déconcertante, la plus à contre-courant, et peut-être la plus actuelle) aura été d’arriver à des condensations simples et mémorables, dictons, proverbes, moralités. Le vrai "post-moderne", en un sens, c’est déjà lui, Lautréamont et Montesquieu mis sur le même plan, sans coupure, de même que Rimbaud et Malherbe, Picasso et Chardin. Retour en arrière ? Néo-classicisme ? Je m’en veux de l’avoir pensé lorsque nous nous sommes perdus de vue. Mais le "programme" de Ponge me paraît toujours juste : " Il faut travailler à partir de la découverte, faite par Rimbaud et Lautréamont, de la nécessité d’une nouvelle rhétorique. Et non à partir de la question que pose la première partie de leur oeuvre. " (My Creativ Method).

Cette "nouvelle rhétorique" (qui évoque souvent la tentative de Joyce) donne naissance à des catégories décalées : la réson, plus fiable que la raison (les mots d’abord, les idées ensuite), et l’objeu (l’homme encombré d’images et d’objets se met à jouer, comme automatiquement, avec eux). Proust : l’imparfait de Flaubert renouvelle davantage notre vision du monde de Kant. Le Soleil placé en abîme, dans cette visée, est un des sommets de Ponge, son "grand oeuvre" désespéré. Froidement, il n’a pas hésité à avouer ses tâtonnements, ses divagations, ses délires, ses impasses. Il est bien le seul poète à avoir démystifié l’inspiration poétique, à avoir osé montrer ses brouillons. Les esquisses de Ponge : ses croquis, ses encres, ses trouvailles de traits, ses répétitions acharnées.

Je pense que, pour son tombeau, Ponge eût aimé de la musique : celle de Rameau. Rameau : " L’artiste au monde qui m’intéresse le plus profondément. " (La Société du génie). " C’est la fronde du dix-huitième siècle français qui a lancé, dans l’éther intersidéral, ce caillou. ".

Cher Francis Ponge, j’ai été frondeur à vos côtés lorsque cela était nécessaire, nous avons écouté ensemble les attaques rythmées de Rameau, je vous laisse donc la parole, que vous me permettrez simplement, selon la tradition, de ratifier : " On allait, à travers Rameau et sa merveilleuse rigueur dans la sensualité harmoponique, — vers Fragonard, vers Sade, vers ce Mariage de Figaro où, dès les premières scènes, grâce au travesti de Chérubin, l’on se trouve porté en pleine saison paroxystique du libertin et du libertaire à la fois. "

Ainsi soit-il.

Philippe Sollers, Le Monde du 09-08-88.

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Ponge en abîme

par Philippe Sollers

A l’occasion de la publication des oeuvres de Francis Ponge dans la Pléiade en 1999.

Trop de bruit, de bavardage, d’agitation inutile. Trop de mots pour peu de choses, masquant une activité de censure et d’usure. Trop d’approximations, de clichés, de creux, de relâchement, de mépris, de mauvaise poésie, de délires ou de bonnes paroles couvrant des crimes. Le monde humain se résume dans une énorme prétention de subjectivité molle. Ponge, comme un médecin horrifié, part de là, c’est-à-dire d’un violent dégoût pour la littérature de son temps (celui d’après la guerre de 14). Logiquement, il sera compagnon de route des surréalistes, mais sa longue aventure, le plus souvent clandestine, n’appartient qu’à lui. L’expression qu’il répétait le plus souvent dans la conversation ? « Sortir du manège. » Ça cause, ça cause, c’est tout ce que ça sait faire, et l’envie de se taire ou de se supprimer risque donc d’apparaître comme la seule issue. Mais non, il s’agirait alors du revers de la même médaille nihiliste. En réalité, il faut fonder une résistance radicale, une affirmation répétée et sans illusions. Le monde muet fait signe, il est scandaleusement négligé par tous les discours, la vie quotidienne du moindre objet ou animal est une source de connaissances inédites. L’homme pérore, la nature suit son cours dans ses mille variétés musicales. Nous sommes sans cesse en retard par rapport à elle, à son inquiétante ou magnifique proximité. Il suffit de l’écouter, de la regarder mieux, de s’apprendre soi-même à son contact intime.

Je revois ma première lecture d’un texte de Ponge, dans une anthologie de la poésie française. Rien à voir avec les autres pages imprimées, une originalité immédiate, une sensation de relief magique. Voyez, là, tout de suite, un lézard : « Un chef-d’oeuvre de la bijouterie préhistorique, d’un métal entre le bronze vert et le vif-argent, dont le ventre seul est fluide, se renfle comme la goutte de mercure. Chic ! Un reptile à pattes ! » Un lézard sort d’un mur, un lézard s’écrit sur la page : flash. Une forme résonne dehors, un accord lui répond dedans. Même étonnement avec la pluie, l’escargot, l’abricot, le cheval, l’araignée, la crevette, le verre d’eau. Pourquoi les ignore-t-on à ce point, pourquoi nous considérons-nous sans cesse comme le centre des phénomènes ? Parce que nous parlons à plat. Sartre avait raison de dire qu’il fallait « lire Ponge avec attention, mot par mot, et puis le relire ». Et Picasso : « Ses mots sont comme des pions, de petites statues en trois dimensions. »

Il ne s’agit donc pas de descriptions, mais de sculptures passionnées. Ce monsieur impeccable, là, que je vais souvent visiter chez lui, à l’époque, n’est en rien un « poète », un « écrivain », et encore moins un philosophe universitaire. Nous n’allons pas, en parlant, échanger des idées, des opinions, des potins ou des états d’âme. Nous nous mettrons à travailler en nous amusant. Il sera question de tel passage de Démocrite ou de Lucrèce ; de tel morceau de Rameau ; du Coup de dés de Mallarmé ; des Poésies de Lautréamont ; des Illuminations de Rimbaud. La conversation est un art, souvenirs, anecdotes significatives, précisions historiques.


Gouache de Dubuffet pour « L’Oeillet ». (GIF)

Le Ponge qui m’intéresse le plus est celui de La Rage de l’expression, celui qui, dans la Résistance, en 1940, trouve le moyen de s’intéresser en détail à un bois de pins ou à un ciel de Provence. Celui qui pense qu’un tableau de Chardin laisse apparaître toute la société de son temps uniquement par ce cadrage-là, cette figure-là. Celui avec qui on n’en finirait pas de méditer encore et encore sur Cézanne. Celui qui a écrit : « La véritable poésie n’a rien à voir avec ce qu’on trouve actuellement dans les collections poétiques. Elle est ce qui ne se donne pas pour poésie. Elle est dans les brouillons acharnés de quelques maniaques de la nouvelle étreinte. » Une discussion avec Ponge peut durer trois ou quatre heures. On laisse couler, on se tait, on reprend. « Aux choses mêmes » : leçon de phénoménologie. Mais en même temps : aux mots eux-mêmes. Toute la bibliothèque est désormais convocable, concentrée, sondée. Ponge est certainement le seul qui ait eu l’ambition de défendre à la fois la pensée des Lumières et celle qui a surgi de la modernité la plus aiguë.

On ne l’écoute pas ? On le cantonne dans les marges de la société ? Peu importe. Avec une sobriété et une énergie d’alchimiste, il est à son fourneau, jour et nuit. Il est tout entier requis par un « poème bizarre, avec retournements en virevoltes aiguës, épingles à cheveux, glissades rapides sur l’aile, accélérations, reprises, nage de requin » ( Les Hirondelles). Du même mouvement, il rêve de boucler une nouvelle Encyclopédie où science et poésie seraient réconciliées ; où Montaigne, Malherbe, La Fontaine, Pascal, Stendhal, Lautréamont, Rimbaud, ne seraient plus séparés. On peut aimer à la fois Voltaire et Claudel, ce dernier vu, sans révérence, comme « une grosse tortue marine plongeant, à l’autre extrémité de l’Asie, vers sa salade de champignons noirs, à la chinoise ».

C’est entendu : le monde est absurde, mais il fonctionne, et le langage aussi. L’impasse, c’est la manie sociale et son rabaissement systématique de l’art (fascisme, stalinisme). En 1954 : « Dire un mot de ces salauds qui vous mettent en garde contre l’ambition ou contre le désir d’absolu et de grandeur, qui veulent vous réduire à leurs normes de concierges ou de vicieux de la littérature. » Et en 1941 : «  Il s’agit de militer activement (modestement mais efficacement) pour les "lumières" et contre l’obscurantisme, cet obscurantisme qui risque à nouveau de nous submerger au XXe siècle du fait du retour à la barbarie voulu par la bourgeoisie comme le seul moyen de sauver ses privilèges. » La passion esthétique est une éthique, et, tout naturellement, une politique. Orgueil (extrême), et humilité (vraie) : le contraire de la vanité vide. Et c’est ainsi que, dans une histoire humaine en folie, nous ont été rendus le mimosa, le lilas, l’oeillet, l’huître, la boue, et jusqu’au soleil lui-même. Nous vivons trop dans la mort, le désir de mort, et Ponge, lui, veut passionnément inventer une nouvelle raison de vivre heureux quand même. Ce nouveau bonheur, cette «  nouvelle étreinte » n’est plus une idée vague et fade, une fuite, un repli, mais un acte résolument sensuel. La poésie est devenue spectrale ? Mais non, la revoici vibrante, variée, armée, à la fois dramatique et critique. La poésie est révolutionnaire par définition, puisqu’elle ne transige pas avec la liberté physique. Ainsi, dès 1933, quand le totalitarisme infecte déjà l’Europe : « Je propose à chacun l’ouverture de trappes intérieures, un voyage dans l’épaisseur des choses, une invasion de qualités, une révolution ou une subversion comparable à celle qu’opère la charrue ou la pelle, lorsque, tout à coup et pour la première fois, sont mises au jour des millions de parcelles, de paillettes, de racines, de vers et de petites bêtes jusqu’alors enfouies. Ô ressources infinies de l’épaisseur des choses, rendues par les ressources infinies de l’épaisseur sémantique des mots ! »

Je revois le soir tomber, autrefois, rue Lhomond [5]. On n’entend plus les cris d’enfants de l’école toute proche. Je viens d’attirer l’attention de Ponge sur ce fragment de Rimbaud : « La main d’un maître anime le clavecin des prés. » Ce jour-là, c’est juste ce qu’il fallait dire.

Le Grand Recueil, 1961.
A faire apprendre par coeur dans toutes les écoles primaires. (GIF)

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Un opéra baroque

par Philippe Sollers

Le contresens à ne pas faire, à propos de Ponge, est de le prendre pour un poète « chosiste ». En réalité, son oeuvre se donne ouvertement comme métaphysique. On pourrait même dire qu’elle est tout entière une forme de réponse à Pascal. « Le silence de ces espaces infinis m’effraie. » Voyons.


1ère publication, La NNRF, 1er décembre 1954 [6].
Archives A.G.
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Le Soleil placé en abîme est l’entreprise la plus ambitieuse et la plus « désespérée » de Ponge, son coup de dés, son pari. Il m’en a parlé plusieurs fois avec beaucoup d’émotion (chose très rare chez lui), comme s’il s’agissait d’une tentative folle. C’est à mon avis son chef-d’oeuvre. « Chacun sait de la Terre, et de nous par conséquent là-dessus, qu’elle tourne autour du Soleil selon une orbite elliptique dont il n’occupe qu’un des foyers. Se sera-t- on demandé qui occupe l’autre, l’on ne sera plus très éloigné de nous comprendre. »

Le Soleil, le plus évident des objets, est en même temps le plus mystérieux. Il s’agit d’une énigme en plein jour (si on peut dire). La Rochefoucauld (cité par Ponge) : « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. » En réalité, le plus brillant des objets du monde n’est pas un objet. Pour l’écrire, il faut donc inventer un autre mot, une autre notion : l’objeu. Ponge en donne la définition suivante : « Disparition de l’objet en abîme, fonctionnement verbal. » « Le jour est la pulpe d’un fruit dont le soleil serait le noyau. Et nous, noyés dans cette pulpe comme ses imperfections, ses taches, ses crapauds, nous sommes asymétriques par rapport à son centre. Son rayonnement nous enrobe et nous franchit, va jouer beaucoup plus loin que nous. »

Le soleil provoque le ravissement le plus intense, et, en même temps, une angoisse de mort. Ponge n’oublie pas le mot de Goethe au moment de mourir : « Plus de lumière. » Il y a aussi le vers fameux d’agonie de Hugo : « Je vois un soleil noir d’où rayonne la nuit. »

Le soleil est donc à la fois un OUI et un NON catégoriques. Il est «  la condition de tous les autres objets, la condition même du regard », mais il est aussi un « trou ». C’est l’abîme métaphysique.


Fragment manuscrit du Soleil placé en abîme
Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet, Paris) [7]
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Le soleil, donneur de vie, est aussi un tyran sadique. « Les corps et la vie même ne sont qu’une dégradation de l’énergie solaire, vouée à la contemplation et au regret de celle-ci, et — presqu’aussitôt — à la mort. » La condition humaine est sous cette loi absolue : « La vie commune avec une étoile... Nous nous réveillons chaque matin avec la même étoile dans notre lit. L’été, elle va et vient dans la maison avant notre réveil. Telle est notre aventure, assez fastidieuse. »

Le Soleil placé en abîme est un grand texte baroque, une sorte d’opéra flamboyant. L’audace est ici de reprendre la forme des poèmes cosmogoniques grecs, Parménide, Empédocle, avec des raccourcis rimbaldiens. « Lion, berger d’un troupeau de moutons », « le tollé nocturne ». Personnages : le feu, les étoiles, la nuit. Et puis le délire, autour de midi : « O Soleil, monstrueuse amie, putain rousse ! »

Il fallait faire mentir la résignation courante : « Rien de nouveau sous le soleil. » Un acte héroïque, donc. [8]

Philippe Sollers, Le Monde des livres du 05.02.99
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Ponge, posant pour Fenosa, 1961. (GIF)

Entretiens de Francis Ponge avec Philippe Sollers

Ces entretiens ont été diffusés sur France-Culture en avril 1967, puis en 1988 après la mort de l’écrivain. C’est Gérard Farasse qui rédigea la notice des Entretiens de Francis Ponge avec Philippe Sollers, pour le second volume des oeuvres complètes de Ponge éditées par Bernard Beugnot dans la Bibliothèque de la Pléiade [9]. Cette étude, publiée dans le numéro 68 de L’Infini (hivers 1999), a le mérite de retracer avec précision et sans rien masquer des dissensions ce que furent les relations entre Tel Quel et Ponge pendant une quinzaine d’années.

Sur les Entretiens de Francis Ponge avec Philippe Sollers

par Gérard Farasse

Une rencontre

Lorsque Philippe Sollers interroge Francis Ponge [10], il a trente et un ans. Ponge vient d’avoir soixante-huit ans. L’un est un jeune écrivain brillant et turbulent, l’autre un poète reconnu, malgré routes les résistances que rencontre encore son oeuvre. Ils se connaissent depuis une décennie. Philippe Joyaux, qui, adolescent, avait été frappé par la nouveauté des textes de Ponge découverts dans le Panorama de la nouvelle littérature française de Gaëtan Picon [11] l’a rencontré à l’automne 1956, à la mite d’une de ses conférences à l’Alliance française [12]. Depuis lors des liens d’amitié se sont noués à partir d’une admiration réciproque. Ponge n’a pas de mot assez fort pour exprimer celle-ci tandis que Sollers reconnaît en lui un maître [13]. L’aîné, avec la générosité active qui est la sienne, entreprend d’aider son cadet dans ses premiers pas d’écrivain et recommande à Jean Paulhan deux de ses textes, dont l’« Introduction aux lieux d’aisance ». Mais Marcel Arland s’oppose à leur publication dans la N.R.F [14]. En 1962, pour obtenir que Philippe Sollers soit réformé, il intervient également auprès de Gaëran Picon, alors chef de cabinet d’André Malraux [15]. Promu au rôle de mentor, Francis Ponge suit de très près la naissance de la revue Tel Quel, pour laquelle il apparaît comme une sorte de figure tutélaire. La « Déclaration » qui ouvre le premier numéro (mars 1960) est parfois si proche de sa conception de la littérature qu’il est bien malaisé de démêler ce qui appartient en propre à chacun. Refus de la littérature « engagée » des idéologues, privilège accordé au langage et à ses lois, attention accordée à l’objet : autant de motifs que tour lecteur de Ponge reconnaîtra aisément, jusque dans leur formulation [16]. Ce dernier est même désigné comme arbitre, avec Jean Cayrol, pour le cas où le comité de rédaction ne parviendrait pas à décider s’il convient ou non de publier tel texte [17]. De 1960 à 1968, date à laquelle s’interrompt sa collaboration à la revue, il lui confie une dizaine de textes. Il occupe la place d’honneur dans la première livraison du printemps 1960, puisqu’il l’ouvre — avec « La Figue (sèche) » — et la ferme — avec un ancien « Proême ».


17 juin 1960 : Ponge a 61 ans, Sollers... 23. (GIF)

Et, en 1964, lorsque Tel Quel décide d’organiser, au 44 de la rue de Rennes, un cycle de conférences destiné à élargir son audience, c’est Francis Ponge qui l’inaugure [18]. On le voit, Philippe Sollers n’est pas en reste. Dès 1960, il a participé à l’exposition « Francis Ponge, une oeuvre en cours », organisée par l’Université de Paris à la Bibliothèque Jacques Doucet, en prononçant à la Sorbonne une conférence, « Francis Ponge ou la raison à plus haut prix », qui fournira l’essentiel de sa monographie, le Francis Ponge de la collection « Poètes d’aujourd’hui », premier livre à lui être entièrement consacré [19].

A l’avant-garde

On pourrait continuer ainsi longtemps à énumérer les différents signes qui manifestent qu’il y a une véritable rencontre entre les deux hommes. Philippe Sollers souligne ces affinités lorsqu’il écrit que Ponge «  est singulièrement proche d’une nouvelle génération d’écrivains, sans illusions eux non plus, peu enclins à se contenter d’idées ou à se mettre à leur service, peu susceptibles d’attitudes métaphysiques [...]. Écrivains qui tiennent à savoir ce qu’ils font. Qui souhaitent pour eux-mêmes, à l’intérieur d’une expérience formelle, se tenir à une même résolution. Qui ne veulent pas faire comme si rien ne s’était passé et qu’on pût écrire tranquillement son histoire. À ceux-là, Ponge donne le plus admirable exemple [20] ». Ce dernier a sans doute le sentiment qu’une postérité est donnée à son oeuvre et que le voeu qu’il exprimait dans Pour un Malherbe (« Nous sollicitons quelques jeunes gens et l’avenir [21] ») est enfin exaucé : une filiation se constitue. Ponge se liera avec les jeunes poètes de la revue : Marcelin Pleynet, qui lui dédie son Lautréamont [22] en 1967 ; Denis Roche, qui « sait parfaitement (car il est savant, érudit) tout ce qui été tenté, depuis la nuit des temps, pour — parlons vite — iconoclastiquer la poésie [23] », et Jean Thibaudeau, qui lui consacre une très riche monographie [24]. De cette génération poétique, Ponge dira avec enthousiasme, dans un entretien qu’il accorde en 1965 à la radio romaine : « Elle suscite chez moi la plus vive admiration. Quelle joie d’être ainsi sûr que l’esprit au plus haut niveau continue ! Quelle joie de voir le témoin, comme on dit dans les courses de relais, repris par des mains fermes, et de le voir s’éloigner si vite, vers l’avant, vers le jour, vers notre avenir ! » Et, poursuivant sa tâche de propagandiste auprès des intellectuels italiens, pour faire bonne mesure, il ajoute, catégorique : « [...) la meilleure revue, il n’y en a qu’une, c’est celle qui publient aux éditions du Seuil Sollers, Pleynet et leurs amis, et dont le nom est Tel Quel [25]. » Comme l’écrit Jean Thibaudeau, « Tel Quel longtemps devra beaucoup à Ponge et réciproquement [26] ». Il se trouve que Philippe Sollers acquiert, très vite, une certaine notoriété. Le défi (1957) reçoit le prix Fénéon ; Le parc (1961), le prix Médicis.

La revue Tel Quel rassemble les signatures les plus prestigieuses, et, dès 1964, devient un lieu privilégié de réflexion sur la théorie littéraire. La collection qui s’y adjoint alors publie, pour ne citer que quelques exemples, les Essais critiques (1964) et Critique et vérité (1966) de Roland Barthes, Théorie de la littérature, Textes des formalistes russes (1965), traduits et présentés par Tzveran Todorov, avec une préface de Roman Jakobson, L’écriture et la différence (1967) de Jacques Derrida. Les étudiants de cette décennie ont le sentiment que c’est là que quelque chose se passe. Un combat sévère a lieu entre les tenants de la tradition et cette avant-garde qui fait souiller un esprit nouveau. La revue Tel Quel, d’autre part, s’inscrit dans un mouvement de pensée plus vaste, que par commodité on appellera structuralisme, et se garde de rester à l’étroit dans le seul champ littéraire ; elle s’ouvre non seulement à la linguistique et aux principales sciences humaines qui la prennent pour modèle mais aussi à la psychanalyse et à la philosophie. Dans les deux années qui précèdent les Entretiens, des livres aussi incisifs que les Écrits de Jacques Lacan, Pour Marx de Louis Althusser ou encore Les mots et les choses de Michel Foucault voient le jour. C’est dans cette atmosphère d’effervescence intellectuelle, à laquelle contribue largement Tel Quel, que ceux-ci ont lieu.
En février 1967 Le parti pris des choses suivi de Proêmes entre dans une collection de poche, la toute récente collection « Poésie/Gallimard », et France-Culture, fin 1966, propose à Ponge de réaliser une grande série d’entretiens : signes, à l’évidence, d’un intérêt accru pour une oeuvre qui, en l’espace de sept ans, après tant d’années souterraines, s’est déployée au grand jour : les trois volumes du Grand Recueil (1961), Pour un Malherbe (1965), Le Savon (1967), sans compter Tome premier (1965) qui rassemble tous les livres publiés depuis Douze petits écrits jusqu’à La rage de l’expression. C’est tout naturellement que Ponge se tourne alors vers Philippe Sollers pour lui demander d’être son interlocuteur : qui connaît mieux son ?uvre et avec qui se sent-il davantage en accord ? Ce dernier jouit d’une telle autorité auprès de la jeunesse que son audience s’en trouvera amplifiée. Nul doute que ce ne soit à travers lui (comme à travers la monographie de Jean Thibaudeau) que toute une génération découvre alors Francis Ponge.

Un livre paradoxal


Entretiens, 1ère édition, 1970.

Les douze entretiens se divisent nettement en deux volets dont le premier (entretiens 1 à 6) a pour fonction d’inscrire Ponge dans un contexte historique (la Première Guerre mondiale, la révolution bolchevique, le Front populaire, la Résistance), mais aussi dans un paysage littéraire dominé par la N.R.F et le surréalisme. L’importance de l’« imprégnation enfantine », évoquée déjà dans Pour un Malherbe, est confirmée comme aussi celle des années de formation intellectuelle dans ce climat du symbolisme finissant et du positivisme. Avant d’entamer cette évaluation du passé, Francis Ponge, dans les deux premiers entretiens, met l’accent sur les diverses formes de résistance auxquelles se heurte encore son travail et salue celui de la revue Tel Quel parce qu’il lui permet d’espérer un changement dans la façon dont on appréhende la littérature. Le second volet (entretiens 7 à 12), quant à lui, s’ouvre sur l’expression du malaise qu’il a ressenti lors des émissions précédentes, moins en raison du caractère biographique des quelques anecdotes qu’il a pu évoquer (il y en a, somme toute, fort peu) qu’à cause des approximations à quoi conduit l’improvisation orale : « Je suis content, affirme-t-il, que nous en venions aux textes. » Le « je » va pouvoir s’effacer derrière « L’Huître », « L’Oeillet », « La Seine », « Le Soleil », « Le Volet », Pour un Malherbe, qui sont autant de points forts d’une oeuvre dont Ponge dessine la courbe, qui s’épanouit avec « Le Pré » et Le Savon, textes les plus récemment publiés. Il compose ainsi une anthologie. Les entretiens sont peu à peu envahis par la simple lecture des textes au point que le dixième est tout entier consacré à celle d’extraits de Pour un Malherbe (il est vrai que Ponge a le sentiment, à raison, que cette oeuvre importante n’a pas été lue). Aux questions de Philippe Sollers il répond par des citations : « Quelle idée de demander à un poète ce qu’il a voulu dire ? écrivait-il déjà dans « My creative method ». Et n’est-il pas évident que s’il est seul à ne pouvoir l’expliquer, c’est parce qu’il ne peut le dire autrement qu’il ne l’a dit (sinon sans doute l’aurait-il dit d’une autre façon) [27] ? » En somme, sa répugnance à l’égard du bavardage biographique qui met en avant l’homme privé se double d’une forte réticence à l’égard d’une parole interprétative qui perdrait de vue le texte lui-même dans sa matérialité langagière et prétendrait en saisir le sens sans étudier les figures qui le produisent. Ce sont ces dernières qu’il montre du doigt dans son explication de « L’Huître », explication magistrale surtout par ce dont elle s’abstient : elle n’interprète pas, mais décrit, avec une précision d’artisan, les différents rouages du texte. Philippe Bonnefis, à propos de « "L’Abricot" bien tempéré [28] », l’a bien remarqué : « Je suis extrêmement frappé par la façon dont il procède. Il en arrive presque toujours à la conclusion que c’est écrit comme c’est écrit, parce que cela devait s’écrire comme cela. Sa lecture n’est pas interprétative. Lire un texte, pour lui, c’est faire l’épreuve de ses coutures, s’assurer qu’elles tiennent, qu’elles résistent toujours à la parole [29]. » Si les larges citations de Ponge viennent conforter, en l’illustrant, le discours explicatif de Philippe Sollers, elles semblent également, dans le retour au texte à quoi elles s’obstinent, lui faire objection [30], en faisant remonter à la surface la lettre qu’il risque d’oblitérer ou d’ensevelir. Les Entretiens sont donc un livre paradoxal, parce que Ponge y est soumis à deux contraintes : parler de soi et parler autour des textes. Or ni la « confession » ni 1’« interprétation » ne trouvent grâce à ses yeux. Il lui faut bien, pourtant, satisfaire aux lois du genre, mais, comme à son habitude, en les aménageant à sa façon et sans se priver de quelques mises au point énergiques à l’égard de la critique sur la question de l’anthropomorphisme ou encore de l’illustration de ses textes.

La fêlure

Si l’on prend la peine de lire en continu les questions de Philippe Sollers, de suivre seulement sa partition en négligeant pour un temps celle de Ponge, on est frappé par leur progression et leur cohérence. Elles touchent juste et mettent l’accent sur des points essentiels. Plus que des questions, au demeurant, ce sont de véritables analyses qui poursuivent et approfondissent celles qui étaient déjà présentes dans sa monographie, et qui se proposent, comme elle [31], de fournir « des éléments d’étude, de travail », qui rendraient possible la lecture de Ponge. Telle phrase de La raison à plus haut prix pourrait ainsi, sans faire tache, venir s’insérer dans les Entretiens, comme celle-ci, qui fait conclusion : «  La vigilance, l’exigence de Ponge font partie pour nous de la véritable avant-garde, la plus révolutionnaire, la plus réaliste, la plus matérialiste (en tant que la matière est "la providence de l’esprit" et peut seule le faire progresser, l’arracher, le révéler à lui-même) et enfin, pour tout dire, le plus propre à nous construire en nous ravissant [32] » Les Entretiens, comme la monographie, déplacent la lecture de Ponge des choses vers le langage mais le font à la lumière des questions que se pose l’avant-garde comme celle de la mort de l’auteur (Roland Barthes), de la mise en abîme (Jean Ricardou) ou celle des paragrammes (Julia Kristeva) et en utilisant désormais la terminologie linguistique du structuralisme. Si Ponge ne se prive pas de reprendre parfois ces termes, ce n’est pourtant pas sans réticence parce que la « re-scolastique » nous menace [33] et que son oeuvre a sécrété, au fur et à mesure de son évolution, le vocabulaire métalogique dont elle a besoin. Cependant le changement le plus remarquable est l’apparition massive de la phraséologie marxiste : Sollers cite la onzième thèse de Marx sur Feuerbach, évoque les «  superstructures idéologiques », dénonce la «  littérature idéaliste et bourgeoise ».
Fasciné depuis longtemps par la Chine et attentif, dès l’été 1966, au développement de la Révolution culturelle, il a acquis la conviction que l’avant-garde peut jouer un rôle dans la subversion sociale [34] : Tel Quel se politise et se rapproche du Parti communiste. Ponge, quant à lui, s’en est éloigné, on le sait, dès 1947. Aussi le mot de matérialisme utilisé par l’un et l’autre désigne-t-il deux réalités différentes. Pour Ponge il renvoie à celui d’Épicure et de Lucrèce alors que pour Sollers il se rapporte au matérialisme dialectique. Grâce à cette ambiguïté, l’illusion d’un accord quasi parfait entre les deux hommes peut se maintenir alors que s’amorce un éloignement qui se manifestera d’abord, avant la rupture retentissante avec Tel Quel en 1974, par le fait que Philippe Sollers n’écrira pas une nouvelle version de sa monographie alors que Francis Ponge le souhaitait [35]. Les premiers lecteurs des Entretiens n’ont guère perçu ce désaccord car, dans l’ignorance où ils étaient de l’évolution politique de Ponge, ils pouvaient le croire encore un homme de gauche, d’autant plus que rien, que ce soit dans le livre de Sollers ou dans celui de Thibaudeau, ne peut laisser supposer son orientation vers le gaullisme. Les Entretiens maintiennent ce silence : les informations biographiques que livre Ponge se raréfient après qu’il a évoqué sa nomination en tant que professeur à l’Alliance française (1952). Les deux hommes, de façon tacite, s’accordent pour laisser cette question sous le boisseau. Outre que le genre de l’entretien n’est pas celui du débat, ils préfèrent souligner une convergence qui est en effet éclatante, si l’on excepte celle-ci. On serait victime d’une illusion rétrospective (expliquer l’avant par l’après) en plaçant ces entretiens sous le signe du malentendu, comme le souligne Jean-Marie Gleize [36]. Philippe Sollers ne se présente-t-il pas encore en héritier de Ponge lorsqu’il intitule Logiques son recueil d’essais qui paraît en 1968 ? Reconnaissance qu’une coupure historique a lieu dans les années 1870, importance de Lautréamont et de ses Poésies, rôle des sciences du langage, caractère révolutionnaire de la forme, volonté de mise à jour du corps du langage : autant de thèses qui, dans ces Entretiens, leur sont communes sans qu’on puisse dire que Sollers tente d’annexer Ponge puisque aussi bien ce dernier aura contribué pour une grande part à l’émergence de celles-ci. La littérature est leur combat et ils le mènent alors conjointement.

Gérard Farasse, L’Infini 68, hiver 1999.

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Entretiens de Francis Ponge avec Philippe Sollers (1967)

France Culture, Mémorables, août 1988 (1ère diffusion : du 24 au 28/4/67).
Chaque émission dure environ 27’30" (archives A.G.)

(GIF) 1. Conditions de travail de quelqu’un qu’on appelle encore un « poète »


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(GIF) 2. Vie et travail à l’époque surréaliste


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(GIF) 3. Pratique et théorie :
« Le Parti pris des choses », « Proêmes », etc...


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Manque provisoirement le quatrième enregistrement...

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(GIF) 5. Rupture et Révolution. Un matérialisme sémantique. « Le Pré ».
L’écriture. Fonctionnement. Objoie. « Le Savon ».


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Illustration de Jean Fautrier pour L’Asparagus, 1963

Sollers lit L’asparagus

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A l’occasion de la réédition des Entretiens avec Francis Ponge, Sollers est l’invité de l’émission Carnets nomades sur France Culture le 20 avril 2001. L’émission est consacrée aux livres dont la lecture a été déterminante. Après avoir réécouté des extraits du premier entretien avec Ponge de 1967, Sollers revient sur sa rencontre avec l’écrivain. Il lit un texte de Ponge, L’Asparagus (publié dans Tel Quel n° 4, hiver 1961), le commente, en appelle « à une nouvelle raison », évoque Le Soleil placé en abîme, parle des Lumières (26’30).

« Tout à coup, le Temps, l’Écoulement, le Rythme, seraient premiers ; l’espace, la lumière ne viendraient qu’ensuite comme apparence et qualités secondes ; la lumière n’étant que les yeux brillants du Temps, du Temps noué en fruits, en astres, provisions de temps futur, d’avenir, de vie. » [37]


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Le Grand Recueil, 1961. (GIF)

Le dispositif Ponge

par Marcelin Pleynet

A l’occasion de la publication du deuxième tome des Oeuvres complètes de Francis Ponge dans la Pléiade.

Dans « Pour un Malherbe » qui ouvre le second tome des « Oeuvres complètes », l’écrivain oppose rationalisme rigoureux et pathos mélancolique.

C’était son ambition déclarée et, plus encore que le premier, le second tome des Oeuvres complètes, dans la « Pléiade », le confirme : l’oeuvre de Ponge impose, comme aucune autre, un classicisme moderne susceptible, en effet, de retourner « comme un parapluie » toute l’histoire de la littérature.

Du tome premier au tome deux, ce retournement classique et son application s’illustrent du « Dispositif Maldoror-Poésies » («  Ouvrez Lautréamont ! Et voilà toute la littérature retournée comme un parapluie ! Fermez Lautréamont ! Et tout, aussitôt, se remet en place... ») de 1946, à Pour un Malherbe, (1951-1965), qui entend illustrer ce double mouvement. Ponge le souligne : « Un des points importants de mon Malherbe est celui-ci. On ne peut commencer à saisir l’importance relative et absolue de cet auteur que depuis Lautréamont, c’est-à-dire depuis que nous pouvons considérer une certaine littérature française comme chose close terminée... » C’est aussi en fonction d’un tel « dispositif » que s’explique le partage de l’oeuvre. Et, de 1960 à 1974, la régulière collaboration de Ponge avec la revue Tel Quel, où il publie un certain nombre des grandes proses qui composent ce second volume : entre autres Le Savon, Le Pré « Ardens organum », extrait de Pour un Malherbe [38].

En introduction à cette édition qui est un modèle du genre, Bernard Beugnot marque, dans la carrière de Ponge, le passage « d’une réputation de cénacle » à « un public plus large », notamment à partir de la conférence, « Francis Ponge ou la raison à plus haut prix », faite par Philippe Sollers à la Sorbonne en juin 1960, et par la monographie que Sollers consacre, en 1963, à Ponge, dans la collection « Poètes d’aujourd’hui ».

Lisant ces deux volumes, on est frappé par l’énergie, la résistance et le mouvement décisif d’une oeuvre qui s’impose, en effet, et n’hésite jamais à assumer les contradictions qui apparemment la constituent : « Voyez les conditions de votre vie intellectuelle comme elles sont, et ne sous-estimez pas le danger » « Bien rares sont aujourd’hui les spécialistes capables, sans y perdre toute raison, de fabriquer pour se les fournir à eux-mêmes les livres qu’ils ont envie de lire, les paroles dont ils ont besoin. » Une semblable pensée, qui tient compte de « l’ère du soupçon », sans s’y complaire, marque, c’est un fait, ce qui s’initie à Tel Quel dans les années 1960.

Il est clair que dans le mouvement qui constitue chez Ponge le passage du Parti pris de choses à Pour un Malherbe, et quelles que soient les réserves qu’il manifeste à ce propos, poésie et pensée sont étroitement liées. C’est un débat interne à l’histoire de la pensée, et où Ponge oppose un rationalisme rigoureux au pathos mélancolique et aux inutilités psychologiques qui dominent l’époque, qui donne à ses grandes proses la singularité et la clarté d’une tension, en effet, toute classique.


Édition originale, 1971. (GIF)

Il faut relire Le Savon, l’admirable Fabrique du pré, il faut faire l’expérience, en tout point unique, des dispositions de l’énoncé dans la logique de l’entretien qui le confronte aux choses « compte tenu des mots », pour comprendre ce qui est radicalement en jeu dans « la poésie désaffublée » de Francis Ponge.

« Pourquoi, par exemple, le traitement et l’explication des poètes, dans nos écoles supérieures sont-ils depuis des dizaines d’années si désolantes ? Réponse : parce que les enseignants ne savent rien de la distinction entre une chose et un poème, parce qu’ils n’ont jamais été intimement saisi par la question : qu’est-ce qu’une chose ? », écrit Heidegger dans Qu’est-ce qu’une chose ?, pour souligner ensuite : « Déterminer la position fondamentale en train de se transformer à l’intérieur du rapport à l’étant, c’est la tâche d’un siècle entier. »

On dirait autrement que c’est un souci qui occupe et traverse aussi bien le XIXe que le XXe siècle, et que Ponge, qui n’a vraisemblablement pas lu Heidegger, entre tous, saisit.

Le Pour un Malherbe, en tête du tome 2 des Oeuvres complètes, manifeste et ne cherche pas à dissimuler les embarras et les ambiguïtés de cette saisie : «  Je ne sais pas quelles sont les sources de Descartes, et ne me donnerai pas, ayant autre chose à faire, beaucoup de peine maintenant pour m’en instruire, mais il me paraît assez remarquable que Malherbe, de trente ans ou quarante ans antérieur à notre philosophe, ait pu écrire : "Qu’en dis-tu, ma raison ? crois-tu possible/D’avoir du jugement, et ne pas l’adorer ? » et bien d’autres formules du même esprit." C’est justement ce que l’éditeur de ces Oeuvres complètes écrit : « L’oeuvre pongien ne se donne pas comme le lieu de résolution des contradictions et tensions dont il sert au contraire très souvent à prendre conscience : il accueille des tentations antagonistes dont le conflit toujours ouvert lui donne sa marque et son dynamisme. » Que ces embarras conduisent, comme l’écrit Bernard Beugnot, à ce que Pour un Malherbe vienne « sanctionner un glissement politique qui s’amorce autour des thèmes de la francité et de la langue, défense et illustration qui se prolongeront jusqu’à L’Écrit Beaubourg (1977) et Nous mots français », rien là qui ne soit effectivement en germe dans l’époque et dans la langue des affabulations. Et dans la langue même de l’auteur des textes qui n’en sont pas moins restés pour moi, parmi ceux que l’époque a produits, de plus admirables. Des textes, par quoi la langue pourtant se gardait le plus farouchement de toutes illusions, tels que je les avais initialement lus.

Marcelin Pleynet, Le Monde du 20.12.02.

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Quarante ans après les entretiens radiophoniques...

Francis Ponge dans Un vrai roman

Il suffit de traverser le boulevard Raspail, en face de ma chambre d’époque, pour tomber sur l’Alliance française avec cette affiche : chaque jeudi à 18 heures, Francis Ponge, cours gratuit. Ponge, je l’ai un peu lu, je connais Le Parti pris des choses, je viens d’acheter le numéro de la NRF qui lui est consacré, avec un magnifique inédit, Les Hirondelles. Je lis donc la NRF ? Mais oui, pour les chroniques de Blanchot, et certains textes, comme les extraordinaires récits d’expériences mescaliniennes de Michaux. Les Hirondelles, donc, et c’est le printemps.
Je me retrouve dans une salle de classe sinistre, avec à peine dix auditeurs, devant ce type étrange (il a 60 ans), qui, pour gagner sa vie, improvise selon sa fantaisie. Qu’est-ce que parler ? Qu’est-ce qui se pense en parlant ? La question m’intéresse, d’autant plus qu’elle prend un aspect totalement inédit et concret. Ponge lit très bien tel ou tel texte du Parti pris ou de La Rage de l’expression, c’est très beau, net, concentré, ça résonne. Je reviendrai, j’amènerai plus tard deux amis, on ira bavarder ensemble. À la fin de ce qui n’est pas un « cours » mais une mini-conférence, je décide de lui montrer quelques papiers. Il réagit positivement très vite, prévient Paulhan, une grande amitié s’ensuit.

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L’immeuble de la rue Lhomond, Paris Ve

Je vais voir Ponge chez lui, rue Lhomond, près du Panthéon, au moins une fois par semaine. Sa solitude est alors terrible, sa pauvreté matérielle visible. Là-dessus, une fierté et une ténacité radieuse, quelque chose de radical et d’aristocratique, dans le genre « tout le monde a tort sauf moi, on s’en rendra compte un jour ». J’arrivais, je m’asseyais en face de lui dans son petit bureau décoré par Dubuffet, j’avais des questions, il parlait, je le relançais. J’ai fait ce que j’ai pu pour lui par la suite : invitation d’un mois à l’île de Ré, conférence à la Sorbonne, envoi de caisses de vin de Bordeaux, obtention d’un maigre salaire dans le budget de la revue « Tel Quel » (il figure en tête du premier numéro), livre d’entretiens d’abord diffusés à la radio, etc. J’apporte un électrophone et on écoute du Rameau, et encore du Rameau (c’est son musicien préféré). Ponge, à ce moment-là, est très isolé : mal vu par Aragon en tant qu’ancien communiste non stalinien, tenu en lisière par Paulhan (malgré leur grande proximité), laissé de côté par Sartre, après son essai retentissant sur lui dans « Situations I ». Il est donc encore loin de l’édition de ses Oeuvres complètes et de la Pléiade, mais le temps fait tout, on le sait. Jusqu’en 1968, idylle. Ensuite, on s’énerve, moi surtout. Raisons apparemment politiques, mais en réalité littéraires (Malherbe, sans doute, mais n’exagérons rien) et métaphysiques (le matérialisme de Lucrèce, pourquoi pas, mais pas sur fond de puritanisme protestant). De façon pénible et cocasse, la rupture se produit apparemment sur Braque (texte critique de Marcelin Pleynet, privilégiant Freud) [39], mais aussi (rebonjour Freud) à cause de mon mariage (sa propre fille est alors à remarier). Il y a, de part et d’autre, des insultes idiotes. A mon avis, à oublier.

J’ai beaucoup aimé et admiré Ponge, et la réciproque aura été vraie. Je ne vais pas citer ici les dédicaces super-élogieuses de ses livres. Les historiens le feront un jour, c’est leur métier.

Philippe Sollers, Un vrai roman. Mémoires, 2007, folio 4874, p. 80-81.

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DÉDICACES

Pour agrandir, cliquer sur la 1ère image.




L’Infini 71, Automne 2000.

Dans La Fortune, la Chance, Marcelin Pleynet écrit à la date du 26 juillet 2000 :

« L’Infini
Préparation du n°71 de la revue... Sollers à l’île de Ré. Je publie plus de trente pages sur l’arrivée de Picasso à Paris... En annexe, dédicaces de Ponge sur les livres qu’il adressa à Sollers et qu’il m’adressa.
J’ai envie de reprendre ce que Bernard-Henri Lévy écrit à propos de Sartre : " Il y a un cas d’apostasie philosophique " entre le Ponge qui m’envoie Le Savon, avec la dédicace [voir ci-dessus]...
Le Ponge qui écrit sur la page de garde du Pré, dans la collection "Les chemins de la création" aux éditions Skira :
" A Marcelin Pleynet bien qu’il doive penser de ce livre à peu près ce que j’en pense (prostitution) — mais comment ne pas le donner au premier fabricateur de ce Pré et à l’ami que j’admire et respecte."
Certes, il y a plus qu’un pas, des exigences propres au langage, dont témoigne alors Ponge, et telles qu’elles autoriseraient à nouveau à parler de poésie, et son tardif activisme objectivement politique.
Oui, il y a une sorte d’apostasie éthique entre ce que Ponge de toute évidence pense alors, et, ce qu’il a cru devoir écrire, quelques années plus tard, dans un pamphlet ("Mais pour qui donc se prennent ces gens-là ?") où il m’injurie, rendant un explicite service aux nains de jardin du Parti communiste français [40]... et à leur action "poétique" [41]. Curieux tout de même, cet écrivain virant à droite pour mieux servir les communistes, qu’il avait, il est vrai, cultivés dans sa jeunesse ? [42]
Quant à son mépris tardif pour ce qu’il venait de célébrer très élogieusement... cette remarque de Stendhal me semble appropriée : " La société a besoin de mépriser l’homme à qui, à tort ou à raison, elle accorde de l’esprit dans ses livres. Elle a peur... »

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La pierre Ponge

par Jacques Drillon

Son oeuvre paraît un véritable pavé jeté dans la mare du psychologisme et du poétiquement correct d’aujourd’hui. Une fracture à jamais irréductible.

Avec Francis Ponge, rien n’est simple. Tout change, avec lui comme avec tous ceux qui sont transportés par la « rage de l’expression ». Il a ses époques, ses lignes de force, ses « projets », au sens sartrien du terme. Il a des ennemis, toujours les mêmes (la mollesse, la confusion, la pourriture), et veut les faire exploser : cela est constant ; l’arme d’élection est unique : la langue. Mais les tactiques changent, et les techniques.
Ponge a rompu avec la psychologie, les sentiments, le destin, l’amour, la mort, la métaphysique, et toutes les grandes choses. Pour pouvoir faire plus grand, il s’est abaissé jusqu’aux petites : les objets, ou les choses, comme on voudra. « On ne fait pas plus chrétien ! », écrit-il. Dire ce qu’est exactement un cageot ou un galet, faire des choses le « dictionnaire sensible », demande une autre sorte de noblesse que l’héroïsme hugolien. Une autre langue, car « tout n’a lieu que dans la parole ». Le lecteur perçoit, dans les tours et détours de « Pour un Malherbe », l’humble orgueil de celui qui a le courage de se faire le sujet de la langue. La langue, c’est l’autorité absolue. Il s’agit de corriger l’usage que nous en faisons, « car c’est le meilleur service que nous puissions rendre à la République » : lui seul est tordu, vicié, « gauchi ». C’est d’ailleurs pourquoi Kraus et Ponge sont aussi grammairiens l’un que l’autre. Le langage est « en ordre », comme l’a dit Wittgenstein, mais il est source de confusion, tant son fonctionnement est complexe.

Ponge est d’abord un subversif, un révolutionnaire qui veut changer le monde, à commencer par ce pays-ci. Il est même notre seul vrai poète « civique ». « Nous, mots français », écrit-il. Pierre Oster : « Ne dégradez pas le lot commun, nous dit Francis ; ne gauchissez pas la phrase à jamais élémentaire qui nous lie à l’être dans notre rapport à la société, à l’histoire ; n’innovez pas non plus sans tenir compte de la rhétorique du corps jubilant, sans vous soucier de l’adhésion au cosmos que le corps réclame. » Pour Ponge, « le seul moyen d’agir, et non d’être agi, est justement l’écriture ». Il dénonce le « langage commun », justement le « lot commun » dégradé : c’est dire qu’il frappe au coeur du malentendu. Chez Gallimard, où il est employé à la fabrication, il rencontre « des tas d’écrivains, de poètes » : « Ils me répugnaient plutôt ». Comme disait Céline : « J’aime beaucoup les poètes. Ça au moins, c’est beau, c’est fin. C’est pas pour les gens. » Il remonte aux sources : le latin, sa langue « grand-maternelle », et le Littré, parce que ce dictionnaire retrace l’histoire d’un mot, sa vie (il a dit un jour rêver d’un texte dont les mots seraient employés avec la totalité des sens qu’ils ont pu acquérir au long des siècles). Voilà sa bombe prête. Ne reste plus qu’à l’armer — à écrire.
Son antilyrisme n’est que de surface, ou du moins ne s’applique-t-il qu’au ton « poétique », et au sujet habituellement traité dans les poèmes. Ponge ne manque pas de lyrisme, d’enthousiasme, mais il exalte les mots, et non point l’être aimé ou la cruauté du destin. « Je tends plutôt à la conviction qu’aux charmes. » Un seul sujet : le réel, qui est un mot. Ecrire, pour lui, est « une activité, un travail », « un travail de l’ordre scientifique ». Il note que les figures de rhétoriques, ellipse, parabole, hyperbole, sont aussi des figures de géométrie... Il écrit sur la ponctuation, l’imparfait, les accents, l’italique, la forme des lettres. Le gymnaste lui inspire ceci : « Moulé dans un maillot qui fait deux plis sur l’aine il porte aussi, comme son y, la queue à gauche. » Dans son cabinet de travail, il a, face à lui, épinglé par ses soins, « un alphabet en gros caractères » : son credo, autant que sa patente. Ses lettres de créance.


Le Pré (du découragement et de la résurrection)
24 février 1963, 5 heures du matin
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Il raconte que Van Gogh ne disait pas « un champ de blé », mais « un champ de jaune de cadmium de chez tel marchand de couleurs ». Chez lui le mot et la chose se mordent la queue, font une boucle : le soleil « se levant sur la littérature », le volet « rabattu contre cette page blanche », les oeillets, « qui défient le langage », les huîtres, où « parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner », le fondant savon, qui parle de lui-même « jusqu’à disparition complète du sujet »... Sollers voit dans ces textes « la description de l’objet auquel ils se rapportent, mais aussi l’inscription du mot qui les signe, qui les couvre comme titre, et qui se démultiplie incessamment à travers le texte lui-même ». Ecrivant sur la Seine, Ponge se demande même s’il ne doit pas plier son papier en deux, et écrire dans le sens de la largeur. C’est ce qu’il appelle la mise en abyme. Le texte se décrit en se faisant. « Par le mot par commence cette phrase ». De Malherbe, il écrit « Il ne connaît qu’un seul thème, la parole comme telle, sonnant à la louange de la beauté comme telle. Il réalise à chaque instant la transmutation de la raison en réson. C’est la résonance, dans le vide conceptuel, de la lyre elle-même comme instrument de la raison au plus haut prix. Il réalise un concert varié de vocables. » Autoportrait manifeste, ou même manifeste en forme d’autoportrait. Deux choses, toujours, pour en obtenir une troisième. De là ces mots-valises, l’objeu, l’objoie, le proême. Deux choses ? Le sujet et l’auteur. La troisième ? Le texte. Dans ses entretiens avec Sollers, il disait : « L’acte sexuel, l’acte de reproduction exige aussi la présence d’un autre. Eh bien ! comme dans l’espèce, il faut que les deux meurent plus ou moins pour que la troisième personne, ici le texte, puisse naître. La deuxième personne, quant à moi, enfin, c’est évidemment, si vous voulez, pour aller vite, la chose, l’objet qui provoque le désir, et qui, lui aussi, meurt dans l’opération qui consiste à faire naître le texte. »

Parfois les textes ne sont pas clos du tout, très ouverts au contraire, comme on dit « forme ouverte ». Il tient « une espèce de journal de [son] appréhension textuelle de quelque objet ou de quelque notion ». Un texte qui parle d’un texte. Et c’est ce qu’il appelle l’« inachèvement perpétuel ». « Pour un Malherbe », « le Savon », « la Fabrique du pré », sont ainsi des livres en train de se faire : non point inachevés, au sens d’une symphonie interrompue, mais plutôt inachevables, perpétuellement recommencés. « Chaque matin briser son écuelle. » Des livres écrits tout haut, comme un vêtement qu’on porterait avec, encore enfoncées dans les piqûres, les aiguilles qui l’ont bâti, les traits de craie, les surfils, les repentirs, et dont la fonction serait moins d’habiller celui qui le porte que de montrer un couturier aux prises avec le drap de laine, les ciseaux qui l’ont taillé, et jusqu’au mouton que l’on tondit pour le tisser. Mallarmé non plus, qui fut un de ses maîtres, n’écrivit jamais tout à fait « Tombeau d’Anatole », car la mort de son enfant n’est point pour lui un sujet clos, mais un sujet qui se clôt lentement. « Mon Malherbe longtemps me parut ne devoir s’achever qu’avec moi-même », écrit Ponge. Ce second volume de la Pléiade contient principalement ces trois textes : Malherbe, savon, pré. Il ne saurait se lire sans ceux du premier. On y trouvera aussi le « Nouveau recueil », le « Nouveau nouveau recueil », la « Table », etc. De toute façon, les titres ne veulent rien dire, on s’y perd toujours. Les livres de Ponge sont un dédale. Le mieux est de tout avoir, de tout lire. Pour faire le voyage total. A la fin de « Pour un Malherbe » : « Pourquoi achète-t-on un livre ? Sinon pour procurer à son âme un moyen de transport. »

Jacques Drillon, Le Nouvel Observateur du 05 Décembre 2002.

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Documentaires sur Francis Ponge

Trois courts extraits d’entretiens

Avec Pierre Dumayet (Le temps de lire, 15-04-71)


(durée : 1’37" — Archives INA)

Avec Pivot (Apostrophes, 08-04-77) ; sur Cézanne (16-09-77).


(durée : 1’34" — Archives INA)


(durée : 3’13" — Archives INA)

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Francis Ponge : La fureur d’écrire

documentaire, 1999

Auteur-Réalisateur : Michel Pamart
Producteur délégué : Boyard productions
Diffuseur coprod. : Sept ARTE
Distributeur : Boyard productions, On line productions
Diffuseur : Sept ARTE

Première partie (48’14")

avec Francis Ponge (archives audiovisuelles), Jean-Marie Gleize, Philippe Sollers, Denis Roche, Dominique Desanti, Philippe de Saint Robert, etc...

Musique : Rameau.


(durée : 48’14" — Archives A.G.)

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Deuxième partie (44’09")

La partie la plus biographique
avec Francis Ponge (archives audiovisuelles) et Armande Ponge, la fille de l’écrivain.

Musique : Rameau, Couperin.


(durée : 44’09" — Archives A.G.)

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Jean-Daniel Pollet : Dieu sait quoi (1994)

La lampe à pétrole. Photogramme du film. (GIF)

Propos du réalisateur

La répétition.

En quoi l’idée de répétition est-elle intéressante ? Sollers dirait : nous sommes une répétition. Notre liberté est celle de ces «  cartes battues et rebattues » dont il parle dans son texte pour Méditerranée [43]. Nous sommes tous dans la répétition. Mais il y a répétition mélodique, harmonieuse, ou bien répétition dantesque ; infernale. Il y a là une petite frange de liberté, qui tient à la façon dont j’endosse cet effet de répétition. Par exemple, je me réveille, je m’habille, je suis bien dans ma peau, tout va bien, je ne sais pas pourquoi : ça, c’est la répétition mélodique. Mais la répétition infernale, c’est : j’ai été tabassé dans mes rêves pendant cette nuit-là, et la journée va se passer à répéter tous les gestes que je n’aurais pas faits pour me défendre...

Et puis il y a ce moment privilégié où cesse la répétition. Oui, et ça je le vis quotidiennement. Ici, vers cinq heures, le temps s’arrête. Il n’y a plus de répétition, ni harmonique, ni infernale. Il y a le plat absolu pendant que le soleil se couche. Ce plat descend, descend, descend. Et ça dure une demi-heure. Je suis presque chaque soir sous la tonnelle pour assister à ça. Ce truc qui nous est donné par qui ? J’ai toujours essayé, avec plus ou moins de bonheur, de retrouver cet état pour tourner. En vérité, j’aime ou le clair-obscur ou le pastel quand le soleil se couche. Disons que, pour un instant, il y a un calme, un apaisement, quel que soit mon « compte en banque ». Je ne pense plus à cette heure-là à mon « compte en banque », il n’y a plus de destinée. Il y a quelqu’un qui parle, qui ne parle pas, qui est là...

Le monde muet.

« Hommes, animaux à paroles, nous sommes les otages du monde muet. » Voilà une très belle évidence, clef de voûte de toute l’oeuvre de Francis Ponge. Comment j’ai découvert Ponge ? Après mon accident [44], j’ai passé quelques mois à l’hôpital à ne rien pouvoir faire d’autre que lire. Françoise m’avait apporté Le parti pris des choses, que j’avais lu il y a longtemps. Je me suis jeté sur l’oeuvre entière de Ponge, sans penser d’emblée à une quelconque adaptation cinématographique. C’était un parcours de santé. J’ai donc réabsorbé Ponge, avec volupté, entre deux piqûres. Ce n’est pas moi qui l’ai pris : il m’a happé. Je n’ai pas été happé comme avec la locomotive : ça c’est le choc frontal, violent. Non. J’ai été pris insidieusement, tranquillement. Ponge ne refuse pas, malgré son parti pris des choses, la communication avec les autres. Ponge était très entouré. Il parlait souvent avec Picasso, Fautrier, Dubuffet, Giacometti et d’autres. Mais à l’heure où le monde est si vaste et si proche à la fois, du fait du développement des communications, il ne se sent pas capable d’affronter cette multitude d’informations.

Il n’opte pas pour les choses contre les gens. Il fait des poèmes, il disait plutôt proêmes, pour se démarquer de la poésie strictement liée aux émotions. Ponge travaille par sédimentation. Il écrit par exemple sur une durée de vingt ans à propos de la table, en peaufinant non pas le sens, mais l’approche de la table. Ponge a toujours su intégrer le temps dans son oeuvre. Il a d’ailleurs laissé tout ce qu’il avait écrit derrière lui : il y a dix versions du Lézard, rien n’a été coupé. Il disait : « même si je me trompe, tout doit être publié ». Qui oserait cela au cinéma ? Le Savon s’est fait sur dix ans ! Je vois là une attitude exemplaire ! J’ai mis moi aussi beaucoup de temps à « m’approprier » Ponge. Je me suis mis à l’écoute, puis ai commencé à penser à un film d’après son oeuvre. Entreprise ardue, mais pour une fois j’avais vraiment le temps, coincé dans mon lit. Je n’arrivais pas à trouver de mesure pour une oeuvre si inusuelle. Pour la première approche du scénario, j’ai pensé qu’il y avait une solution, celle de pratiquer le « pléonasme dépassé ». Coller exactement les images sur les mots. Multiplier les choses par les mots et par leur contiguïté avec d’autres choses. L’exponentialité. Oui. Le pléonasme développait cette jouissance propre à la répétition. Il y avait là-dedans une ivresse de derviche tourneur. Il a fallu un certain temps pour que je me rende compte des limites de cette attitude, trop absolue. Il en reste quelques traces dans le film. (...)

Dieu.

Je dirais que je n’ose pas faire ou que je ne veux pas faire le pari de Pascal : « Tant qu ?à faire, mieux vaut miser sur la croyance en Dieu ». Mais je sens aussi quelque part un Dieu quand je vois à la télévision une fusée décoller. Il y a une telle accélération de l’Histoire ! on peut imaginer que d’ici cent ans, deux cents ans, la liste exponentielle des découvertes va être infinie. Même si une théorie du chaos vient troubler tout ça. Si le progrès semble exponentiel, la question du bien et du mal reste posée. Le mal serait, selon Georges Bataille, la part maudite. C’est une quantité qui est assignable à tout le monde et qui arrive au monde. Chacun vient au monde avec un capital mal et un capital bien. Si le mal ne s’exprime pas, il attend. Bataille disait que les temps de paix contiennent un mal qui doit s’exprimer un jour ou l’autre, d’autant plus violemment que le temps de paix a été long.


Raimondakis dans L’ordre.

Mais il y a aussi un état d’attente, qui est en revanche pour moi le souverain bien. Raimondakis, le porte-parole des lépreux que j’ai filmé dans L’ordre, incarne parfaitement le bien. Il était dans cette île où il n’y avait aucun frottement avec l’extérieur. Là, on ne voit pas le mal, on ne voit que l’amour qui, d’une certaine façon, se trouve par delà le bien et le mal. De même Dieu, dans Dieu sait quoi, ne correspond ni à un appel, ni au pari de Pascal. Dieu sait quoi est aussi un film au-delà du bien et du mal, où Dieu est une hypothèse de travail, un peu dans le sens où Matisse disait : « je crois en Dieu quand je travaille ». A mesure que nos forces s’amoindrissent, et que l’échéance est proche, peuvent apparaître toutes sortes de transcendance qui sont latentes dans notre corps et notre esprit même. Et qui ne sont pas ailleurs. Depuis mon accident, je voisine un peu avec cette transcendance. Assez joyeusement parce que j’ai été comme miraculé. Je jouais avec l’oeuvre de Ponge, en voulant distribuer autour de moi la joie que me procurait sans cesse la lecture du poète. C’est pourquoi un jour j’ai écrit pour m’amuser : « je ponge, tu ponges, il ponge, nous pongeons, vous pouvez, ils pongent ». Si Dieu se trouve quelque part dans l’oeuvre de Ponge ce serait dans les articulations de son langage, et je peux en revenir au montage : un plus un égale trois ou même quatre si tout va bien. Dans Dieu sait quoi, Dieu peut se deviner dans le minuscule intervalle séparant deux images. Il est dans le raccord. [...]

Propos de Jean-Daniel Pollet
recueillis et mis en forme par Laurent Roth
Cahiers du Cinéma n° 509, janvier 1997 (in Hommage à J.-D. Pollet).

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Le film

Scénario : Jean-Daniel Pollet, d’après l’oeuvre de Francis Ponge. Image : Pascal Poucet. Musique : Antoine Duhamel. Montage : Françoise Geissler. Son : Antoine Ouvrier. Voix : Michael Lonsdale. Production : Ilios Films, Speedster, Les Films 18, Raoul Roeloffs.

Sollers y lit Litanies de Satan de Charles Baudelaire (mentionné dès le générique).


(durée : 1h25 — Archives A.G.)

Le DVD comporte en bonus des entretiens avec Pierre-André Boutan, Jean Douchet, Antoine Duhamel, Gérard Leblanc, Michael Lonsdale et Philippe Sollers. Diaporama autour du film. Bio-biblio-filmographie complète de Jean-Daniel Pollet.

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Une critique

Didier Coureau

[...] La rencontre la plus essentielle demeure cependant peut-être celle avec Francis Ponge, auquel le groupe Tel Quel a su redonner toute son importance. Une proximité évidente lie le poète et le cinéaste, une même observation scientifique des choses qui sera transposée dans l’image poétique — écrite ou filmique — recréatrice. Dans Dieu sait quoi (1996, dont le premier titre fut Grandeur nature), qui rend hommage à Ponge (comme le poète avait autrefois fait l’éloge de Méditerranée), la maison de Cadenet et ses environs sont encore centraux. Des rails de chemin de fer forment la frontière de ce territoire, ils portent en eux le souvenir du passage d’un train qui faillit causer la mort de Pollet. Dans le film, le cinéaste montre ces rails, mais aussi une chambre d’hôpital (comme dans Méditerranée où la vie et la mort s’entrecroisaient sans cesse). La maison est de nouveau visitée par cette présence fantomatique du cinéaste, regard sans corps qui trace des trajectoires mentales dans l’espace.


Sollers lisant Satan de Baudelaire.

Les travellings relient une photographie de Francis Ponge à un écran de télévision qui permet l’insertion dans l’espace actuel d’autres espaces virtuels prélevés à des films antérieurs de Pollet (comme dans Contretemps il avait, en 1988, parcouru son oeuvre avec l’aide de Philippe Sollers et de Julia Kristeva). Parmi ces images, figurent celles particulièrement violentes du visage de Raimondakis, habitant de l’île grecque des lépreux, filmé dans L’Ordre (1974), associé dans le montage à des plans de lèpre des murs. A l’extérieur la caméra tourne autour d’une table ronde de jardin sur laquelle sont disposés des pots et bouteilles, l’infiniment petit et l’infiniment grand communiquent dans un semblable devenir cosmique tourbillonnant. La voix-off si particulière de Michaël Lonsdale — qui fait toujours songer au théâtre de la voix de Marguerite Duras — scande le rythme du film, et cite de nombreux fragments de divers écrits de Ponge. La caméra plus que la surface des choses semble, comme le verbe du poète, pouvoir révéler les mouvements intérieurs secrets qui les constituèrent. Choses stabilisées : mur de pierres sèches parcouru par un travelling dans le générique, galet pris sous les transparences de l’eau, arbre nu étrangement chargé de fruits mûres.

Éléments saisis dans leurs turbulences (comme Lucrèce a su les traduire dans son De Rerum Natura) : flux de rivière, pluie ruisselante, métal qui, immobile, porte pourtant en lui le souvenir de la fusion qui l’engendra (comme est visible cette fusion dans Pour mémoire (La Forge), 1981)... Le film en son ensemble trouve sa justification dans cette citation essentielle de Ponge où la correspondance se fait totale entre le style du cinéaste et celui du poète : « Le monde muet est ma seule patrie ». Comme Ponge le fit, Pollet semble ici mettre à jour les arcanes de sa « méthode ». Rarement poésie et cinéma se seront peut-être approchés de si près. Ce cinéma de la parole poétique à laquelle la voix-off donne une nouvelle vie ne s’oppose nullement à la captation par le mouvement — toujours dans une sorte d’apesanteur, qu’il s’agisse de donner à voir les choses terrestres ou d’évoquer l’univers tout entier — de la vérité du monde muet, profondeur qui respire à la surface, comme l’aurait dit Cocteau. Stylistique qui joue sur une disjonction-conjonction paradoxale de la parole et du silence, à travers une voix et un regard qui, depuis leur zone indéfinissable, parviennent à traduire au plus près les mystères logés au coeur des habitants minéraux, végétaux, animaux, humains du monde. [...]

Didier Coureau, le 29 septembre 2004,
Monde muet, parole poétique (Hommage à Jean-Daniel Pollet).

Lire aussi la critique d’Olivier Séguret, Libération du 18-01-97.

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Pour en savoir (un peu) plus sur Francis Ponge

Biographie de Francis Ponge

Jean-Paul Sartre, L’homme et les choses (1944), dans Situations I, Gallimard, 1947.

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Jean Thibaudeau, Ponge
Édition de 1967.

Philippe Sollers, La poésie oui ou non, Mercure de France n° 344, 1965. Repris dans Logiques, éd. du Seuil, coll. Tel Quel, 1968.

Jean Thibaudeau, Ponge, Gallimard, La Bibliothèque idéale, 1967.

Jean-Marie Gleize, Francis Ponge, éd. du Seuil, coll. « Les contemporains », 1988.

Marie Doga, Le don comme mode ambivalent d’interaction littéraire dans les correspondances du poète Francis Ponge (analyse les rapports de Francis Ponge avec Sollers et Tel Quel). Cf. extraits sur pileface.

Déplier Ponge, Entretiens de Jacques Derrida avec Gérard Farasse

Jacques Derrida sur Ponge, 3 courts extraits d’une émission de radio à France Culture, en Juin 90, à propos des effets de miroir dans le poème de F. Ponge.

Gérard Farasse, Francis Ponge, Vies parallèles (paru en octobre 2011) et Francis Ponge, Profession : artiste en prose.

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[1] Cf. Francis Ponge, La passion d’écrire 2.

[2] Sauf mention contraire, toutes les photos en noir et blanc sont extraites de ce livre.

[3] 1956. Sollers a vingt ans. NDLR

[4] Tel Quel n°4, hiver 1961.

[5] Rue Lhomond, Un immeuble de Ponge.

[6] Dans le même numéro la 3ème partie des Entretiens avec le Professeur Y de Céline.

[7] Jean Thibaudeau, Ponge, Gallimard, 1967.

[8] Sur le Le Soleil placé en abîme lire aussi : Ponge caché (Notes en marge du soleil placé en abîme) par Philippe Sollers. Texte paru dans la revue TXT en 1971.

[9] Grand connaisseur de l’oeuvre de Ponge, Gérard Farasse soutiendra sa thèse en 1977 après avoir fait une première intervention remarquée sur Francis Ponge lors du séminaire de Roland Barthes en 1971. J’y étais. Ce qui me vaudra cette dédicace amicale dont, 40 ans après, je mesure encore, non sans amusement, toute la... portée.

Sur un fac-similé d’un texte publié dans Communications 19, 1972. (GIF)

[10] Ces entretiens, enregistrés rue Lhomond en février et mars 1967 et diffusés sur France-Culture entre le 18 avril et le 12 mai 1967, seront publiés en 1970 sous le titre Entretiens de Francis Ponge avec Philippe Sollers, conjointement par les Éditions Gallimard et les Éditions du Seuil.

[11] Coll. « Le point du jour », éd. Gallimard, 1949.

[12] Philippe Sollers relate leur rencontre dans Vision à New York, Entretiens avec David Hayman, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998, p. 79-80 (éd. Grasset et Fasquelle, 1981).

[13] « Cet homme est un maître » : c’est ainsi que s’achève, on s’en souvient, son étude, « Francis Ponge ou la raison à plus haut prix », qui ouvre la monographie qu’il lui consacre, Francis Ponge, éd. Seghers, « Poètes d’aujourd’hui », n° 95, 1963, p. 80.

[14] Francis Ponge écrit alors à Marcel Arland pour tenter de le persuader : « Nous nous trouvons en présence, cher Marcel, j’en ai la conviction, d’un garçon tel qu’il n’en apparaît pas souvent dans les Lettres (il me faut me souvenir d’Aragon, de Malraux jeunes, pour en trouver l’équivalent). » Cette lettre à Marcel Arland est reproduite dans J. Paulhan, F. Ponge, Correspondance (1923-1968), Gallimard, coll. « Blanche », 1986, t. II, lettre 569, n°2. Ces deux textes, « Bras de Seine près de Giverny » et « Introduction aux lieux d’aisance » sont recueillis dans Philippe Sollers, L’Intermédiaire, éd. du Seuil, coll. « Tel Quel », 1963, respectivement p. 21 et 31.

[15] Philippe Forest, Histoire de Tel Quel (1960-1982, Éd. du Seuil, coll. Fiction & Co., 1995, p.118.

[16] « La "Déclaration" qui ouvre le premier numéro de Tel Quel peut être légitimement lue comme un véritable "art poétique" pongien. Sollers en fut le rédacteur mais, dans les jardins du Luxembourg où il avait alors l’habitude de le retrouver, il en discuta longuement le contenu avec Sollers. » (ibid., p, 58). Voici, à titres d’exemples, quelques phrases issues de cette déclaration :
— « Les idéologues ont suffisamment régné sur l’expression pour que celle-ci se permette enfin de leur fausser compagnie, de ne plus s’occuper que d’elle-même, de sa fatalité et de ses règles particulières. » ;
— « Ce qu’il faut dire aujourd’hui, c’est que l’écriture n’est plus concevable sans une claire prévision de ses pouvoirs, un sang-froid à la mesure du chaos où elle s’éveille, une détermination qui mettra la poésie à la plus haute place » ;
— « Il serait peut-être temps, poussés par le sentiment que les choses les plus simples ne sont jamais dites, qu’elles attendent sans fin d’être prises en considération, éprouvées par un regard nouveau, sans préjugés et sans autre intention que de mieux nous accorder avec elles, de mieux définir nos limites, d’être enfin la résultante de toutes les forces que nous pouvons reconnaître et mesurer. » (Le texte de la « Déclaration » est reproduit dans le livre de Jean Thibaudeau, Mes années Tel Quel, éd. Écriture, 1994, p.229-231.)

[17] Voir Jean Thibaudeau, op, cit. p. 63.

[18] « Remarquable conférence de Ponge » écrit Jean Follain, qui la résume dans son agenda à la date du vendredi 13 mars. Jean Follain, Agendas (1926-1971), éd. Seghers, coll. « Pour mémoire », 1993, p. 387-388.

[19] Philippe Sollers, Francis Ponge, op. cit. La mention de cet ouvrage disparaît de la liste des oeuvres "du même auteur", après la publication de Nombres et de Logiques, en 1968.

[20] Ibid., p. 58.

[21] Francis Ponge, Pour un Malherbe, Éd. Gallimard, coll. "Blanche", p. 24.

[22] Marcelin Pleynet, Lautréamont par lui-même, Éd. du Seuil, coll. « Écrivains de toujours », 1967. Cette dédicace, "A Francis Ponge", disparaîtra des rééditions, après la rupture de 1974.

[23] Francis Ponge, « Voici déjà quelques hâtifs croquis pour un "portrait complet" de Denis Roche », Nouveau nouveau recueil, Éd. Gallimard, coll. "Blanche", t. III, p. 48. Le texte s’ouvre par ce paragraphe : « Quand Sollers, vers 1962, m’apportant des textes de Denis Roche (et de M. Pleynet), me demanda ce que j’en pensais, j’admirai une fois de plus le génie tactique de mon jeune ami d’alors. L’opportunité de ce sang frais, infusé à l’improviste dans son groupe, m’apparut à l’évidence et je l’en approuvai aussitôt » (p. 45).

[24] Jean Thibaudeau, Ponge, éd. Gallimard, coll. « La Bibliothèque idéale », 1967.

[25] « Entretien de Francis Ponge avec Carla Marzi. Réponses à la radio romaine », (1965), in Francis Ponge, Cahiers de l’Herne, 1986, p. 518-519.

[26] Jean Thibaudeau, Mes années Tel Quel, op. cit., p. 61.

[27] Francis Ponge, " My crearive method ", Méthodes, Le Grand Recueil, éd. Gallimard, Bibl. de la Pléiade, t. I, p. 528-529.

[28] Initiation à la littérature contemporaine, film pour la télévision scolaire (durée : 30 minutes), réalisé par Sylvain Roumette. Première diffusion : a) 29 mars 1968 (Francis Ponge ou un nouveau matin — entretien sur la poétique) ; b) 19 avril 1968 (« L’Abricot » bien tempéré — explication du texte par l’auteur).

[29] Ponge inventeur et classique, colloque de Cerisy-la-Salle, U.G.E., coll. « 10/18 », p. 35.

[30] Telle est l’interprétation de Cécile Hayez-Melckenbeeck dans sa thèse Effets de signature dans l’oeuvre de Francis Ponge, Université de Louvain-la-Neuve, 1999, t. I, p. 38-47.

[31] L’étude est précédée de cet avertissement : « Ce petit livre est un instrument de travail. Son but n’est que de proposer aux amateurs la curiosité d’une oeuvre toujours ouverte, l’une des seules justifiées de notre temps » (p. 9).

[32] Ibid. p. 60.

[33] Francis Ponge, « Pour Marcel Spada », Nouveau nouveau recueil, op. cit., t. III, p. 19.

[34] Voir Philippe Forest, chap. 8, « Engagements », Histoire de Tel Quel (1960-1982, op. cit., p. 270-276 notamment.

[35] Il confiera ce soin à Marcel Spada. Son étude, « Francis Ponge au corps des lettres », paraît en 1974 (Francis Ponge, éd. Seghers, coll. « Poètes d’aujourd’hui », n° 220).

[36] Jean-Marie Gleize, Francis Ponge, éd. du Seuil, coll. « Les contemporains », 1988, p. 222-226.

[37] L’asparagus figurait parmi les inédits publiés dans le Francis Ponge de 1963.

[38] Lire également L’avant-printemps dans le numéro 33 de Tel Quel (printemps 1968).

[39] Cf. Braque et les écrans truqués.

[40]

Explications

Le coup de sang de Francis Ponge a pour origine un long article paru dans le numéro 8 d’art press (décembre 1973), intitulé Braque et les écrans truqués, dans lequel Pleynet s’attache essentiellement à démontrer en quoi le cubisme, et singulièrement celui de Braque, s’emploie à « refouler » l’apport de Cézanne. Pleynet y analyse aussi les différences entre Picasso et Braque (« la femme qui m’a le mieux aimé », aurait dit un jour Picasso, cité par Paulhan) :

« La méthode des deux artistes reste marquée des mêmes déterminations, plus « passionnée » chez Picasso, plus « laborieuse » (faite de précaution et de censure comme dit si justement Ponge) chez Braque [...] ».

« Braque le patron » (Paulhan), « Braque le réconciliateur » (Ponge) dont Ponge était l’ami, sur lequel il a beaucoup écrit (cf. Braque, le maître de l’Atelier contemporain) et qui illustra certains de ses livres, se voit ainsi suspecté d’être « l’artisan conservateur d’une certaine idéologie de la peinture ».
Ponge se « braque » ; il exige un droit de réponse qu’art press lui refuse, estimant la lettre de Ponge « grossière, insultante, diffamatoire » (art press n° 11, mai 1974, p. 2). Différents journaux refusant également de le publier, Ponge diffuse un « tract » Mais pour qui donc se prennent ces gens-là ?, sans l’envoyer ni à art press ni... à Pleynet.

La réponse de Pleynet à ce « pamphlet » sera cinglante. Publiée dans Tel Quel n° 58 (été 1974), dans un Éditorial et sous le titre "Sur la morale politique", elle engage à l’évidence la totalité du Comité de rédaction de la revue comme le précise une « note de la rédaction » (vraisemblablement de Sollers) :

Francis Ponge, Mais pour qui donc se prennent maintenant ces gens-là ? tract imprimé public à propos d’un article de Marcelin Pleynet sur Braque paru dans Art Press. Dans ce tract, Ponge accuse notamment Pleynet, qu’il traite de "pâle voyou", de "fasciste" et de "jdanoviste", tout en bafouillant une apologie du mariage et de la famille. Ancien membre du parti communiste, Ponge, surtout depuis Mai 68, ne cache plus ses positions réactionnaires et ses opinions antisémites. Longtemps, nous avons pensé préférable de ne pas prendre au sérieux ces propos, d’autant plus qu’ils ne semblaient pas avoir la moindre influence. Indulgence coupable. La situation est évidemment tout autre quand on assiste à une complicité entre Ponge et certains membres du pcf, certains salons se disant "de gauche", le tout illustrant parfaitement sur quelles bases idéologiques se constitue l’opposition à notre travail. Indulgence coupable, avons-nous dit : coupons (NDLR).

SUR LA MORALE POLITIQUE

Que le vieux " père " Ponge me gratifie aujourd’hui, dans un petit tract public, de son mépris, alors qu’en diverses dédicaces, pas si anciennes, il m’assurait de son estime et de son amitié, cela, j’ai pu m’en convaincre avec curiosité et dégoût, relève de pratiques sociales qui ont davantage à faire avec l’illusion de pouvoir que s’octroie tel ou tel milieu parisien, qu’avec la vérité.
Et puisqu’en ouverture ces milieux se demandent : "Mais pourquoi donc se prennent ces gens-là ?" si j’entends bien : ces étrangers, ces pédés, ces métèques ? Eh bien, je vais vous le dire. Pour ce qui me concerne, de vos officines d’édition, de vos petits appartements, de vos manies et de vos manières de vieilles filles, bref de votre code social je n’y serai jamais. "Ces gens-là", ces gens auxquels vous n’avez aujourd’hui même plus la force de donner un nom, ce sont vos visiteurs, ils prennent déjà des notes avec curiosité et dégoût sur vos moeurs de petit-bourgeois d’avant-guerre, et sur le honteux secret d’existences partagées entre ce qu’elles n’osent pas faire de ce qu’elles disent et ce qu’elles n’osent pas dire de ce qu’elles font. Existence d’enfants gâteux et de vieillards séniles peureusement enlacés et jactant, dans des éblouissements de Restauration, contre la montée de la science et de l’histoire : lorsque les grenouilles de bénitier poétique réclament un Malherbe, les Malherbes réclament un père et un roi. Quel tableau ! Si c’est bien de tableau qu’il s’agit.

Elle vous fait donc si peur cette science freudienne, que vous y démêliez immédiatement un danger politique, et que vous y voyiez, refoulement contre-refoulement, le poison que seule votre anachronique honte sexuelle porte : jdanovisme ou fascisme ? Vous avez voulu en parler, parlons-en. Pour moi, la terreur psychiatrique, le fascisme et le jdanovisme, ce n’est pas dans les tentatives d’analyse freudiennes que j’irai la chercher, mais dans le pays où justement l’oeuvre de Freud n’a pas de place, où la loi dénie les lois de la science pour n’être que celle de l’étranglement du désir paternellement religieux.


Marcelin Pleynet, Lautréamont, Seuil, 1967.
Dédicaces (voulues) sur la 1ère édition.
La « dédicace, "A Francis Ponge", disparaîtra des
rééditions, après la rupture de 1974 » A.G.
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J’ai, contrairement à ce que feint de croire le vieux "père" Ponge, pour habitude de laisser les morts pourrir et se décomposer en paix. C’est ainsi que devant la levée hargneuse et la recrudescence, l’âge venant, de propos antisémites (sur Schoenberg notamment) tenu en ma présence par Francis Ponge, j’ai cru devoir, sans plus me soucier de mise en scène, ou d’appel du pied à la puérilité de l’invective surréalisante, rompre avec lui, dès avril 1970, en retirant simplement son nom de dédicataire de la réédition de mon livre sur Lautréamont. Je n’ai pas plus que cela de prétention à la science freudienne, il en faut au demeurant très peu pour interpréter les tenants et les aboutissants de l’antisémitisme, et pour classer la figure de rhétorique, qui a nom prétérition, par laquelle le vieux "père" Ponge me reproche de n’être pas "marié" (et avec qui, je vous le demande ?) dans l’ordre d’un combat mené par Bernard Muldworf de l’intérieur du parti révisionniste (ô famille !), parti lié aujourd’hui à l’antisémitisme et à la terreur psychiatrique qui règne en URSS, comme hier à la terreur jdanovienne. Quelle rencontre ! Mais n’est-ce pas là ce que Jean Thibaudeau, membre du comité de rédaction de La Nouvelle Critique, désigne, dans le dernier numéro de cette revue, comme le "Hasard « objectif »" de son amitié avec Ponge ? Je ne manquerai pas d’y regarder quelque jour de plus près.
En attendant, il est clair pour moi que, dans son fond comme dans sa forme, le symptôme de la plaquette dénonciatrice relève justement "d’alliances" et de "mariages" politiques qui en disent long de la liberté qui sera laissée aux intellectuels obligé de penser dans les formes du régime "matrimonial". Que ce soit la spéculation fascinée du chuchoti-chuchota des particularités sexuelles ou, ce qui revient au même, la mystification d’un travail à travers la connivence enfantine de la mythification d’un écrivain en individu (style, à propos de Philippe Sollers :" Les métamorphoses du cancre", cf. la Quinzaine littéraire du 1er mars), il s’agit toujours du même type d’alliance (au fond très honteux) qui tente de dénier le savoir qui dirait sa vérité sous la forme de clins d’yeux complices à l’entre-soi de la misère sexuelle. La morale de cette politique, c’est que ces "familles" appellent "fascisme" la science qui dit leurs vérités. Et qu’elles sont alors, ces familles, prêtes à employer toutes les répressions et tous les moyens (et la projection de leur fantasme terrorisé dit bien quels moyens) pour brouiller, refouler et empêcher la vérité et la morale de l’histoire qui, inéluctablement, passe.
C’est bien vrai, je dois le reconnaître, je le reconnais, je ne suis guère intéressé qu’à ce passage et au souffle d’air frais qui balaie cette odeur de vieux caleçons usés près des veuves, des duègnes et des "marieuses" de la littérature parisienne. Et ce ne sont assurément pas ces ---minces éclats de voix (fussent-elles chevrotantes) ni les contrats qui les portent, qui me convaincront de quitter les tempêtes de la science et de l’histoire, pour les frémissements parisiens qui s’achèvent misérablement dans un verre d’eau.

Dommage que le vieux "père" Ponge n’ait pas eu la curiosité avant de déposer sa plaquette-cadeau sur mon paillasson de s’inquiéter de l’interprétation qu’on pourrait en donner selon, pourquoi pas, la deuxième topique freudienne de l’appareil psychique. Elle me dit, quant à moi, cette deuxième topique, que marcher là-dessus ça empeste évidemment un peu l’atmosphère, mais que, si je le fais du pied gauche, eh bien, ça me portera bonheur.

Marcelin Pleynet, le 11 mars 1974.

La rupture, évidemment, sera définitive.

«  Il y a, de part et d’autre, des insultes idiotes. A mon avis, à oublier. », écrit Sollers dans ses Mémoires...

[41] « Action poétique » : c’était aussi le nom d’une revue proche du Parti communiste.

[42] Voir Francis Ponge, L’avant-printemps dans mon article sur Les styles de Mai.

[43] Cf. Méditerranée. Le texte de Philippe Sollers.

[44] Victime, en avril 1989, d’un grave accident qui le laisse paralysé (renversé par un train, il est victime de 27 fractures) (wikipedia).

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Commentaires

  • > Francis Ponge tel quel
    25 janvier 2012, par A.G.

    Gérard Farasse parle de Francis Ponge avec Alain Veinstein le 25 janvier. Cf. Du jour au lendemain.

    Voir : Gérard Farasse, Francis Ponge, Vies parallèles et Francis Ponge - Profession : artiste en prose.

  • > Francis Ponge tel quel
    27 novembre 2011, par A.G.
    Serveur surchargé ? Les mystères de la technique sont pour moi insondables ! J’ai eu aussi ce problème avec les enregistrements des Entretiens de 1967 (1 et 2 inaccessibles) et n’ai pu y trouver de réponse encore ce matin. Sans doute faudra-t-il qu’un ingénieur apporte les lumières qu’un modeste bricoleur comme moi ne peut apporter... En patientant, merci de vos encouragements !
  • > Francis Ponge tel quel
    27 novembre 2011, par Alma
    Dans la section DOCUMENTAIRE de ce formidable dossier, j’ai éprouvé un problème de réception dans la première partie de La fureur d’écrire : le documentaire s’est arrêté pour moi à la minute 31:55... J’ai voulu y revenir plus tard et, cette fois, le même phénomène s’est produit en plein milieu d’une phrase de Sollers, soit à la minute 13:00. J’ai cependant pu profiter de la deuxième partie du documentaire sans aucune interruption. Comme je ne suis vraiment pas une experte quand il s’agit d’identifier l’origine de ce type de problèmes, je viens vérifier auprès de vous si c’est de mon côté de l’océan ou du vôtre qu’il faut ajuster les choses... Et merci d’offrir aussi généreusement vos archives personnelles à la lecture, c’est précieux, croyez-le bien...
  • > Sollers et Pleynet sur Francis Ponge
    23 juin 2010, par A.G.
    Le 4ème entretien est indisponible. Désolé.
  • > Sollers et Pleynet sur Francis Ponge
    23 juin 2010, par Alma
    Entretiens de Francis Ponge et Sollers : où est passé le quatrième ? J’ai bien apprécié le premier, le deuxième, le troisième et... le cinquième !
  • > Sollers et Pleynet sur Francis Ponge
    17 février 2010, par A.G.

    Ajouté ce jour.

    Sollers lit L’Asparagus

    A l’occasion de la réédition des Entretiens avec Francis Ponge, Sollers est l’invité de l’émission Carnets nomades sur France Culture le 20 avril 2001. L’émission est consacrée aux livres dont la lecture a été déterminante. Après avoir réécouté des extraits du premier entretien avec Ponge de 1967, Sollers revient sur sa rencontre avec l’écrivain. Il Iit un texte de Ponge, L’Asparagus, le commente, en appelle " à une nouvelle Raison ", évoque Le Soleil placé en abîme, parle des Lumières (27’30).

    Voir ici, dans ce dossier.