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Musicale Maria

D 16 avril 2022     A par Viktor Kirtov - Jean-Hugues Larché - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Pour Pâques, ce texte de Jean-Hugues Larché :

Encarts, illustration musicale et liens de pileface (V.K.)

Musicale Maria par Jean-Hugues Larché

Le pape François et Marie
Lors de la messe des Rameaux, évoquant la guerre en Ukraine, le pape a comparé, «  les mères qui pleurent la mort injuste de leurs maris et de leurs enfants  » à Jésus cloué sur la croix.
La Croix

Marie au pied de la croix. Icone byzantine.
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Qui peut mieux que la Musique engendrer le Verbe ? Oraison, chant, invocation d’une femme qui ne serait que pure musique. Une femme sacrément musicale serait restée vierge et pourtant mère du genre humain à travers son culte. Selon le mystère catholique, elle aurait conçu le Verbe... et par l’opération du saint Esprit ! Le verbe s’est fait chair par elle. L’esprit s’est mêlé à la musique. Les protestants protestent, les orthodoxes perdent leur doxa, les athées zézaient, l’islam espère en retrouver au ciel soixante-douze aussi vierge qu’elle. Les catholiques ne comprennent pas vraiment. Quant à la fille de Jade chez les chinois, elle connaît par cœur les grands mystères du corps musical.

Le Paradis de Dante

Dante insiste beaucoup sur la multiplicité, la prolifération infinie des visages de flammes aux ailes d’or. Le Paradis est multiple tout en restant unique en un point. La reine de cette rose est la Vierge Marie, dont saint Bernard, au chant 33, prononce l’éloge : « Vierge mère, fille de ton fils/Terme fixe d’un éternel dessein. » Oui, vous avez bien lu : une mère est devenue la fille de son fils, le Paradis est, à mots couverts, une apologie de l’inceste. Un homme, sur terre, peut-il devenir le père de samère ?Ça se saurait. Début de la Comédie, fin de la Tragédie. Comédie veut dire fin heureuse, le contraire du cinéma courant, quoi.
[…] Un ventre féminin a engendré une fleur qui mène à « l’ultime salut », c’est-à-dire ni plus ni moins à la sortie des « brouillards de la mortalité ».

Philippe Sollers
Paradis caché

Les juifs anticipateurs l’appellent Meriem. Rose mystique. Rose sans pourquoi pour Angélus Silésius. Dante au chant trente-trois de son Paradis, la nomme : « Etoile fixe d’un éternel dessein »

Mozart, écrit Jean-Christophe Hocquart, voit dans la Vierge Marie l’image parfaite de la femme telle qu’il l’a conçue dans ses créations dramatiques depuis Illia jusqu’à Pamina. (…) Le respect qu’il a toujours eu envers les femmes peut se muer en vénération Il n’y a plus de distinction entre l’amour sacré et l’amour profane, rajoute le mozartien.

Grâce à Mozart, Maria devient concrète dans son aspect musical. Dans l’Et incarnatus est de la Grande Messe en ut K. 427 de 1782, Mozart fait chanter à la Vierge sa propre incarnation. Elle ne cessera de chanter pour Mozart et de faire chanter à sa gloire virginale et celle de son fils toutes les voix du paradis. Je pense à l’Assomption de la Vierge du Corrège dans la coupole de la cathédrale de Parme où Maria est aspirée vers le ciel, in exclesis deo. En Italie, les chefs d’œuvres à son effigie sont innombrables. Souriante chez Vinci, humaine et inquiète chez Carpaccio, magistrale chez Bellini, elle est madone pulpeuse chez Tiepolo et réinterprétée chez bien d’autres en Annonciation, Nativité e tutti quanti. Les « Vêpres à la Vierge » de Monteverdi composées en 1601 sont une des plus grandes pièces polyphoniques du répertoire à la gloire de Maria. La version de Jordi Savall est ma préférée.


Monteverdi, Les « Vêpres à la Vierge » par Jordi Savall.
ZOOM : cliquer l’image


Un enregistrement de légende !
En novembre 1988, Jordi Savall enregistre à Padoue les "Vêpres de la Vierge" de Claudio Monteverdi, avec entre autres Montserrat Figueras et Maria Cristina Kiehr en solistes, et l’ensemble Capella Reial, fondé un an plus tôt et qui réunit la jeune école du baroque international ;

Hugues de Saint Victor pour sa part se demande : « Quelle est donc cette Vierge des vierges, sans pareil en intégrité, unique en chasteté, éminente en dignité ? » Hugues relie le mystère marial au Cantique des cantiques et la beauté incarnée et substantifiée de l’Aimée du Cantique au mystère de Maria. Selon l’Hugues victorien : « La grâce de Marie surpasse toute grâce, son excellence est au-dessus de tout mérite, elle est plus haute et plus sainte que toutes les autres. Personne n’a été comblé de grâce comme elle, unique et sans modèle, mère vierge, elle a enfanté et gardé le lys de la chasteté avec le fruit de la fécondité. L’Esprit saint s’est donc reposé en son humilité d’une manière unique, lui qui a réalisé dans sa virginité un don à nul autre pareil. » C’est pourquoi Hugues rattache à Marie ce que dit le Cantique  : Tes lèvres sont un rayon de miel qui distille le miel et le lait qui sont sous ta langue, l’odeur de tes huiles parfumées surpasse tous les aromates. Il lui attribue cette autre phrase du Cantique : Les fleurs ont apparu, les vignes en fleur ont donné leur odeur, la voix de la tourterelle s’est fait entendre sur notre terre.

Joies, délices et plaisirs donnés par ces beautés, parfums et chants, comme Marie en version française, retentissent d’amour.

Comme le dit Philippe Sollers dans le film de Jean-Paul Fargier Le trou de la Vierge : « Marie ne peut pas se concevoir sans son envers, c’est à dire, sans Vénus ». Il précise que « Vénus n’a pas de trou » ; que la déesse de l’amour charnel est barrée en quelque sorte. Marie, elle, n’est que trou, ouverture, issue, libération. Accès laissant passer le verbe et la musique vers les cieux et célébrer ainsi la beauté illimitée du monde. Le chant infini du verbe passe par Marie en caresse et vibration ineffable de douceur universelle. Marie telle du papier à musique produit toutes les harmonies.

Maria est française, latine, grecque, juive, arabe, africaine, perse ou chinoise. Maria est l’intelligence faite corps musical. Maria est universel violoncelle. Viva Maria ! Dans son film Je vous salue Marie, Godard relève que dans MARIE il y a AIMER. Pour Jean-Luc, protestant laïc suisse, pas mal !

Les bondieuseries ne font de Marie qu’une figure de pacotille, de Lourdes à Lisieux en passant par n’importe quelle église ou commerce religieux, pour ne parler que de la seule France. Ce culte marial-là rendu triste et compassé par les fidèles élude la hauteur esthétique du sujet. A une autre époque, j’ai souffert du barrage pudique d’une floraison. Cela m’avait rendu malade car je n’avais pas alors compris qu’il suffisait de goûter à cette rétention première. et d’accepter de vivre en compagnie d’une fleur musicale et parfumée.

J’ai toujours préféré les Ave Maria aux Ave César. Maria, femme d’art et d’oraison. César, virile cessation des arts et soumission des hommes. Femme pacifique ou homme belliqueux, l’orientation est vite prise. Le camp choisi. Saluer l’amour plutôt que la guerre. Tout n’est que musique des sphères chez Maria. Shakespeare qui connaît la musique la décline dans certains de ses personnages telles que Béatrice, Héro, Juliette ou Desdemone. Sacrée musique mariale !

Jean-Hugues Larché
2022

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La langue originelle de Marie

SANDRICK LE MAGUER
Portrait d’Israël en jeune fille
Genèse de Marie

Collection L’Infini, Gallimard
2008

Sandrick Le Maguer a fondé la revue littéraire Sprezzatura qui a hautement servi la cause littéraire de 2009 à 2015 et aujourd’hui, il édite et participe à la revue Ligne de Risque
Autour de lui il y avait Jean-Hugues Larché. les deux hommes sont restés amis bien qu’éloignés géographiquement. Sandrick Le Maguer à Brest, Jean-Hugues Larché à Bordeaux où il fréquente la célèbre librairie Mollat, laquelle présente le texte qui suit :

Un coup de coeur de Mollat
La langue originelle de Marie

Ce coup de coeur a été écrit avec l’aimable participation de Jean-Hugues Larché. peut-on lire sur le site de la Libraire Mollat.

Portrait d’Israël en jeune fille est décidément bien éloigné des pâles représentations habituelles de la Vierge, dont les religieux fervents ou les touristes spectateurs peuvent découvrir l’effigie dans les églises, les expositions culturelles ou les recueils d’images saintes.

C’est au corps d’origine de Marie que l’écrivain Sandrick le Maguer s’en prend quand il cherche à démontrer l’« improbable » genèse de la mère du Christ, au sein la tradition juive elle-même. Pour cela, il se sert d’une connaissance approfondie de la Bible et des possibilités ludiques d’interprétation qu’apporte la maîtrise de la langue de l’Ancien testament. En effet, il y a une dizaine d’années ce Catholique breton, lecteur assidu de Maître Eckart, Duns Scot ou Saint Augustin se passionne pour L’invention de Jésus, écrit par Bernard Dubourg en 1987. Il décide alors d’étudier l’hébreu, puis de s’occuper du versant féminin de l’affaire et de mettre en lumière la Jeune fille en fleur.

Dubourg qui révéla que l’Evangile avait été écrit en hébreu provoqua en son temps débats théologiques et grincements de dents. Il utilisa la guématrie, (numérologie des lettres) comme un système, et tomba dans le versant cabalistique. Dans son livre sur Marie, Sandrick Le Maguer utilise les outils d’interprétation savante du midrash (commentaire éclairant) et par une profonde foi en son sujet et une logique rigoureuse, il exhume, la figure de Myriam. Nous retrouvons Myriam originellement dans la Bible, sous la figure de la sœur de Moïse et d’Aaron, puis dans d’autres homonymies. Précisons que Marie se dit Myriam en hébreu et se révèle ici, grâce à la preuve d’occurrences bibliques, comme ayant de nombreuses incarnations préalables. Myriam signifiant aussi sagesse, la jeune fille est ainsi redécouverte dans la substance salvatrice même de l’hébreu. L’histoire multiple de Myriam/Marie déclinée dans la Bible et le Talmud, amène l’auteur à donner à Marie la place de représentante emblématique de la nation d’Israël.

Le déroulement de son livre qui alterne démonstration théorique et dialogues enjoués, conduit Sandrick Le Maguer à prouver que Marie est la figure symbolique cachée du peuple d’Israël. Comme un trou noir miraculeux qui traverserait majestueusement le temps historique, c’est ici une Marie virginalement reconstruite qui nous est proposée par le filtre de l’hébreu. Cette thèse qui peut dérouter par sa génialité recompose ainsi la genèse de l’incarnation mystérieuse et problématique de Marie.

Gens de peu de foi en la logique des langues, allez lire à la source.

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Liens

sur pileface
Sandrick Le MAGUER ne s’en remet pas qu’à Marie

Interview vidéo en deux parties
suite à la parution de son Livre Portrait d’Israël en jeune fille chez Gallimard en mai 2008.
Partie 1
Partie 2

Sprezzatura N°3 (Printemps-automne 2011) : Virginal Tempo
Virginal Tempo

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