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Il était une fois en Irak

D 31 mars 2021     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Sur le plan international, les choses sont claires désormais. L’Amérique, débarrassé du grossier Donald Trump grâce au souriant Joe Biden et ses allures à la Roosevelt, va retrouver son statut de leader du monde libre. Avec Trump, on ne savait plus où donner de la tête et où étaient nos véritables alliés, ou, pour citer Mao, on ne savait plus qui était « l’ennemi principal ». Moi-même qui n’ai jamais eu trop de sympathie pour Poutine, je m’étais mis à m’interroger (les Russes n’ont-ils pas le bon vaccin ?). Heureusement je lis la presse, de droite comme de gauche, et tout s’éclaire à nouveau. L’ennemi, c’est la Chine.

Non seulement les Chinois nous ont envoyé ce foutu virus dont on ne sait comment se débarrasser, mais ils perdent leur sens légendaire de la diplomatie, nous narguent, voire, ai-je lu, se montrent verbalement agressifs. Ils envoient leur vaccin un peu partout, sauf aux européens empêtrés dans leurs contradictions, signent des traités de coopération avec qui bon leur semble, bref jouent au go, un art où ils sont depuis longtemps les maîtres. Cela irrite. Certains montent au front, la fleur au fusil. Il y a quelques jours, j’ai même trouvé dans ma boîte aux lettres, un dépliant cartonné d’excellente facture m’invitant à lutter contre le nouvel axe du Mal, c’est-à-dire le Parti Communiste Chinois (PCC), en signant une pétition non partisane dont j’ai eu quelques difficultés à trouver les véritables initiateurs. Une attaque frontale contre le PCC, n’est-on pas un peu désarmés, pensai-je...
J’en étais là, hier soir, de mes réflexions quand je suis tombé à la télévision sur un long documentaire britannique sur la guerre en Irak. Le titre sonnait comme un conte de fée : Il était une fois en Irak. Je suis resté pendant quatre heures devant mon poste. Il était une fois en Irak n’est pas vraiment un conte de fée. Il retrace avec force témoignages l’histoire du bourbier irakien dont les États-Unis, avec à leur tête George Bush, et leur allié britannique Tony Blair, sont les premiers responsables et dans lequel, près de 20 ans après le déclenchement de la guerre pour la démocratie, le Moyen-Orient est toujours enlisé. M’est alors revenue à l’esprit une chronique du JDD dans laquelle Sollers décrivait la tonalité fondamentale de ce qui allait devenir le long théâtre des opérations. C’était le 27 avril 2003, c’est-à-dire il y a un siècle, mais en fait hier. La chronique est reprise dans Littérature et politique (l’index est très bien fait : regardez à Bush).
Quant au film Il était une fois en Irak, il est en accès libre sur arte.tv jusqu’en mars 2022 et vous n’avez aucune raison de le rater mais, pour vous faciliter la lecture, j’ai mis les vidéos en ligne ci-dessous. Un précieux et implacable document pour vous y retrouver ou, c’est selon, vous perdre un peu plus dans le dilemne : où sont les bons, où sont les méchants, bref où est « l’axe du Mal » (et Dieu dans tout ça).


Mustafa (à gauche), auprès de sa mère, a été gravement blessé, enfant,
lors d’un des premiers raids aériens sur Fallouja en novembre 2004.
Image extraite d’« Il était une fois en Irak » (2020), de James Bluemel.

ZDF/KEO FILMS LTD 2020/BILD SENDEANSTALT. ZOOM : cliquer sur l’image.

ACCÉLÉRATION

Vous ne savez plus très bien où vous êtes ? Moi non plus. Dans une chambre d’hôtel, en Italie, je regardais sur CNN un jeune marine américain en train d’encagouler la tête de la statue de Saddam Hussein, bannière étoilée dissolvant le bronze. À Turin, dans la rue, à presque tous les balcons étaient suspendus des drapeaux arc-en-ciel avec le mot pace. La guerre devait être interminable, elle était courte. C’était une catastrophe, un nouveau Vietnam, une erreur politique, morale, stratégique, une défaite pour le droit international, et c’était fini. Saddam avait disparu, Chirac aussi. On ne voyait plus à la télévision que Blair, Bush, Rumsfeld , Powell, et encore Bush, Blair, Powell, Rumsfeld. On disait Chirac réfugié à Moscou, chez l’humaniste Poutine. Heureusement, Villepin tournait. On le voyait passer de Damas au Caire, de Beyrouth à Riyad, et encore de Damas à Ankara. Ce n’était plus le poète flamboyant qui avait soulevé l’ONU, mais une sorte de Norpois résigné à la langue de bois courante, exemple : « L’esprit de dialogue, de concertation, d’ouverture, est indispensable si l’on veut regarder l’avenir. » Ou bien : « Il faut savoir prendre sa canne et son chapeau pour venir voir les pays confrontés à une situation difficile. » Que Villepin ne transporte ni canne ni chapeau n’a aucune importance, il y a des moments où il faut savoir avaler sa canne et son chapeau.
Sur CNN, pendant ce temps, un petit garçon très content tapait sur la tête de la statue de Saddam Hussein. Les hôpitaux étaient pleins de blessés, un médecin disait :
« Trente blessés, ça va encore, mais cent blessés sans eau ni électricité, c’est la fin du monde. Enfin, il y a des moments de satisfaction, cette femme que je viens d’opérer, par exemple, et qui m’a dit "Longue vie à vos mains". » Un autre petit garçon regardait droit dans la caméra et lançait : « Donne-moi de l’eau. » C’était brutal, irréfutable. Vous dites que c’est maintenant l’anarchie, le pillage, la destruction du musée de Bagdad ? Sans doute, mais les Kurdes, là-haut, n’ont pas l’air du tout gênés d’échapper aux Turcs. Et puis les langues se délient, on commence à parler des tortures pratiquées par la police du dictateur irakien, des exécutions de masse, des milliers et des milliers de disparus.
Quoi ? On n’a pas encore trouvé d’armes de destruction chimique ? Pas le moindre virus à l’horizon ? Le ministre des Affaires étrangères syrien, à côté de Villepin, se laisse aller, et compare Bush à Hitler ? « Tais-toi, crétin », pense Villepin qui, courtoisement, énonce que les situations ne sont pas comparables. Chirac, après deux mois de bouderie, se décide à avaler son téléphone et appelle Bush ? « Entretien professionnel », communique la Maison-Blanche. Bien, bien. Vais-je rester en Italie jusqu’à la bénédiction urbi et orbi du pape ? L’entendre répéter pace ? Il fait très beau, et comme je suis à Turin, je vais aller me recueillir près du Saint­ Suaire, avec, en passant, une pensée pour Nietzsche qui est tombé dans les environs en essayant de protéger un cheval des coups furieux d’un cocher. Mais déjà, à Karbala, des hordes de pèlerins chiites, longtemps réprimés, convergent vers un tombeau sacré en se flagellant au sang. Des femmes en noir courent derrière eux, les voilà en transe.

27/04/2003.
Littérature et politique, Flammarion, 2014, p. 199-200.


« Il était une fois en Irak » (2020), de James Bluemel.
ZOOM : cliquer sur l’image.

Il était une fois en Irak

Réalisation : James Bluemel

Pays : Royaume-Uni
Année : 2020

D’extraordinaires témoins (civils, journalistes, soldats des deux camps…) racontent "leur" guerre d’Irak, de 2003 à 2017 : l’histoire nuancée d’un désastre. Ce premier épisode retrace les semaines qui ont précédé l’attaque de l’Irak, puis l’invasion éclair du pays et le chaos assorti de pillages qui a suivi.

Tandis que sa statue s’écroule à Bagdad, le dictateur Saddam Hussein reste introuvable. Fasciné par l’Occident, cofondateur du premier groupe de hard-rock du pays, Waleed Nesyif a 18 ans quand l’armée américaine entre dans la capitale. Partagé entre la joie de voir s’écrouler enfin la prison à ciel ouvert qu’est son pays et la peur de le voir se disloquer, il se trouve aux premières loges pour constater l’envers du "rêve vendu" aux Irakiens, car il travaille comme fixeur pour les journalistes occidentaux. Un ancien et inconsolable conseiller de Saddam, une femme d’agriculteur vivant non loin du village natal du dictateur, Oum Qusay, un soldat d’élite américain, un futur professeur d’histoire habitant Mossoul, Omar Mohamed, le reporter du New York Times Dexter Filkins et le photojournaliste anglais Ashley Gilbertson font eux aussi revivre ce moment de basculement.

Récit choral

Avec ses déflagrations successives, la guerre déclenchée en 2003 par George W. Bush et ses alliés, aux premiers rangs desquels Tony Blair, contre l’Irak de Saddam Hussein a mis le pays en lambeaux. Pour raconter l’histoire d’une spirale de violence qui continue d’ébranler le monde, James Bluemel a recherché des témoins parmi les civils irakiens, les soldats des armées américaine et irakienne, et les reporters de guerre. "Ordinaires" par leur vécu, exceptionnels par la force de leurs paroles conjuguées, ces femmes et ces hommes font revivre de l’intérieur une part du cataclysme qui a bouleversé leur existence. Appuyant leur récit choral sur des archives en partie inédites, la réalisation entremêle avec virtuosité les "petits faits vrais" et les grands événements. James Bluemel ne cherche pas à tout dire, mais à faire résonner dans ces histoires personnelles ce qui l’a marqué dans sa précédente série documentaire, Exode, tournée au plus près de réfugiés : l’instinct de survie, le courage, l’humour ou la générosité. Plus que l’effroi, c’est l’empathie, fondée sur l’intelligence des faits, qu’il veut susciter chez le spectateur. Un pari gagné de bout en bout.

(1/3) La guerre

(2/3) Insurrections

(3/3) Les conséquences

L’Irak entre Daech et milices chiites

Réalisation : Mais al Bayaa, Ramita Navai

Pays : Allemagne, Royaume-Uni
Année : 2020

Le saisissant portrait d’une société irakienne inquiète pour son avenir, dans un pays en proie à l’instabilité politique, à la violence, à la pandémie de Covid-19, à la résurgence de Daech et à l’influence croissante des factions chiites.

Alors que les troupes américaines se retirent peu à peu d’Irak et que la pandémie de coronavirus frappe durement le pays, l’instabilité politique s’aggrave et les infrastructures, souvent modestes, peinent à résister. L’État islamique comme de nombreuses milices meurtrières profitent de ces faiblesses pour intensifier leurs attaques dans le nord du pays, semant la mort dans des villages où les habitants déplorent le manque de soutien des autorités. D’abord attribué à Daech, l’assassinat, en juillet 2020, du chercheur irakien Hicham al-Hachemi, spécialiste reconnu du djihadisme, serait en réalité l’œuvre de milices pro-iraniennes, souvent critiquées par l’universitaire. Ces groupes chiites seraient également responsables de la féroce répression des manifestations d’octobre 2019, qui dénonçaient la corruption et l’incurie du gouvernement. À travers de courageuses interviews de militants et de figures de l’opposition – dont certains ont été assassinés pendant le tournage –, ce documentaire dresse un état des lieux saisissant de la résurgence de Daech dans le pays, mais aussi de l’influence croissante des factions chiites sur la société irakienne.

LIRE : L’Art de la guerre et surtout La guerre chinoise

Pour suivre les voyages d’un aventurier des temps modernes, cliquez sur IRAK.

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