Emmanuel Macron s’apprête à nommer Nicolas Idier comme conseiller culture à l’Élysée, révèle La Lettre. Un choix qui tranche avec les profils précédents, et notamment celui de Catherine Pégard, récemment nommée ministre de la Culture.
Publié le :
18/03/2026 à 13:26
Hocine Bouhadjera
Né à Paris, écrivain et haut fonctionnaire, Nicolas Idier présente un parcours hybride, à la croisée de la création littéraire et de l’action publique. Agrégé d’histoire, docteur en histoire de l’art, il s’est spécialisé dans les études chinoises, après des formations à l’université Paul Valéry puis à l’INALCO, auprès d’Anne Cheng et André Kneib.
Un écrivain derrière le haut fonctionnaire
Sa trajectoire est également marquée par une forte dimension internationale. Entre 2010 et 2014, il est attaché culturel pour le livre et le débat d’idées à l’ambassade de France en Chine, où il coordonne notamment la présence de Shanghai comme ville invitée au Salon du livre de Paris. Il poursuit ensuite en Inde, à New Delhi, en tant que responsable du bureau du livre de l’Institut français.
De retour en France, il rejoint la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image à Angoulême comme directeur adjoint, participant notamment à la création de la Fondation Cité du Neuvième Art. En 2020, il entre à Matignon comme conseiller technique chargé des discours auprès de Jean Castex, avant d’évoluer vers des fonctions de prospective. Il est ensuite nommé à l’Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche.
Parallèlement à cette carrière administrative, Nicolas Idier développe une œuvre littéraire reconnue. Auteur de plusieurs romans publiés notamment chez Gallimard, Robert Laffont ou Stock, il signe en 2024 chez Plon, Matignon la nuit, roman inspiré de son expérience au sommet de l’État.
Un changement de profil culturel
Sa prédécesseure à ce poste, Catherine Pégard, a, de son côté, été nommée ministre de la Culture. Ancienne journaliste politique passée par Le Point, elle avait rejoint Nicolas Sarkozy avant de diriger pendant plus d’une décennie l’établissement public du château de Versailles, où elle s’est imposée comme une figure durable du paysage culturel.
Au fil de sa carrière, elle a développé un solide réseau et une capacité reconnue à mobiliser des financements, notamment via le mécénat, contribuant à plusieurs projets d’envergure à Versailles. Sa proximité avec Emmanuel Macron, nourrie de relations personnelles et politiques, a renforcé son rôle dans les cercles du pouvoir, jusqu’à son retour à l’Élysée puis sa nomination rue de Valois.
Après Audrey Azoulay et Rima Abdul Malak, une conseillère culture de l’Élysée accédait pour la troisième fois au ministère.
Là où Catherine Pégard incarnait un profil de journaliste politique, puis de dirigeante d’institution patrimoniale — notamment à la tête du château de Versailles durant plus d’une décennie — Nicolas Idier apporte une sensibilité plus directement liée au livre, à la création et aux échanges internationaux.
Une fin de quinquennat sous tension
Il arrive à l’Élysée dans un contexte marqué par la poursuite de grands chantiers culturels impulsés au sommet de l’État. Parmi eux, le projet « Louvre – Nouvelle Renaissance » s’impose comme un dossier structurant, à la fois politique et symbolique, dans la continuité d’une présidence très investie dans les grandes institutions patrimoniales.
Au-delà de ces projets emblématiques, l’un des enjeux centraux sera la construction d’un récit de fin de quinquennat en matière culturelle. Entre la restauration de Notre-Dame, l’ouverture de la Cité internationale de la langue française ou encore les grands travaux muséaux, l’exécutif cherche à valoriser son bilan dans un contexte politique plus fragile.
En parallèle, plusieurs dossiers sensibles relevant du ministère de la Culture devraient mobiliser l’attention du conseiller. La réforme de l’audiovisuel public, régulièrement évoquée sans aboutir, reste un chantier délicat, tout comme les arbitrages autour du Pass Culture, dont l’efficacité et le ciblage font débat.
Les nominations à la tête des grandes institutions culturelles constituent également un levier stratégique. Ainsi, en février 2026, le président de la République a nommé Fabrice Lacroix à la présidence de l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Dans le même temps, Christophe Leribault, actuel président du château de Versailles, doit succéder à Laurence des Cars à la tête du musée du Louvre, ouvrant un nouveau cycle de nominations au sommet des grandes institutions culturelles.
Enfin, la nomination de Nicolas Idier intervient dans un contexte de tensions structurelles pour la politique culturelle : arbitrages budgétaires contraints, équilibre délicat entre patrimoine et création, et attentes fortes des acteurs du secteur. Autant de lignes de fracture que le conseiller culture devra contribuer à gérer, en lien étroit avec le ministère.
Par Hocine Bouhadjera
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