Colette Fellous, écrivaine publie « Via Veneto » chez Gallimard
Comme Sollers, elle aime Venise et l’Italie
En tant que directrice de la collection "Traits et Portraits" aux éditions Mercure de France, elle a publié « Agent secret », en 2021, un livre de commande de Colette Fellous à Sollers.
J’ai regardé longtemps l’ange dans le tableau de Carpaccio, Le rêve de sainte Ursule, à Venise, aux galeries de l’Accademia. J’ai toujours cru qu’il venait lui annoncer qu’elle écrirait sa vie et non lui annoncer sa mort.
Via Veneto
Colette Fellous, Via Veneto, Gallimard, 2026, 176 pages
https://www.gallimard.fr/catalogue/via-veneto/9782073170507



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Colette Fellous et Sollers
Entre Colette Fellous et Philippe Sollers s’est tissée au fil des décennies une amitié littéraire. Née sous les auspices de l’effervescence intellectuelle des années 1970 et du groupe Tel Quel, cette complicité repose sur un imaginaire partagé : la passion des textes, le culte du présent, une insatiable curiosité pour la peinture, et une fascination commune pour Venise et la lumière italienne.

Une jeunesse partagée : L’empreinte de Tel Quel et de la mémoire
Pour Colette Fellous, la rencontre avec Philippe Sollers remonte à sa jeunesse. Admiratrice de la modernité critique et créative qu’incarnait alors la revue Tel Quel, elle a perçu chez l’écrivain cette capacité unique à faire vibrer la langue française et à déjouer les conformismes.

Cette affinité de pensée repose sur un même désir : saisir l’immédiateté, la sensation brute et la musicalité du monde. Tous deux partagent un rapport intime avec l’Italie, et plus particulièrement Venise — territoire d’eaux, de reflets, de masques et de promenades solitaires où la littérature se confond avec la vie.

Que reste-t-il de vos lectures de Tel Quel ? Un reclassement de la bibliothèque ? Un compagnonnage lointain ou proche avec Philippe Sollers ?
Ce n’était pas seulement lire Tel Quel que j’aimais, c’était aller aux Conférences à St-Germain. J’avais dix-neuf ans et je venais écouter Derrida, Kristeva, Sollers, Pleynet. Il y avait une effervescence joyeuse qui ne ressemble pas à ce qu’il en reste aujourd’hui. Il y avait aussi Les Cahiers du Cinéma, à la même époque, qui publiaient des textes étonnants, qui nous faisaient comprendre de façon moderne toute l’histoire du cinéma. Le cinéma et la littérature étaient, là encore, un art de vivre, de se mouvoir dans la ville, d’avoir confiance en l’avenir. Tout était neuf, tout était à réinventer.
Extrait d’un entretien avec Fabien Ribery sur son site Intervalle

Agent secret (2021) : Le livre de commande devenu miroir
En 2021, au sein de la prestigieuse collection « Traits et Portraits » qu’elle a fondée et dirigée aux éditions Mercure de France, Colette Fellous passe commande à Philippe Sollers. L’exercice de cette collection est exigeant : il s’agit d’un autoportrait mêlant l’intime, l’enfance, les images et la trajectoire intellectuelle.
De cette invitation naît Agent secret, un texte où Sollers se livre avec une ironie mordante et une poétique précision. Dès les premières pages du volume, l’écrivain y redéfinit son identité à l’écart des postures publiques :
Contrairement aux apparences, je suis plutôt un homme sauvage, fleurs, papillons, arbres, îles. Ma vie est dans les marais, les vignes, les vagues. Qu’importe ici qui dit je. Écrire à la main, nager dans l’encre bleue, voir le liquide s’écouler sont des expériences fondamentales.

L’art du secret et le bonheur clandestin
À travers la commande de Colette Fellous, Sollers formule l’essence de sa philosophie de vie : pour préserver sa liberté et son art face au bruit médiatique, il faut savoir avancer masqué. Être un « agent secret », c’est vivre dans l’observation attentive et la joie clandestine :

Le goût du malheur se porte bien. Le bonheur, en revanche, est très mal vu. C’est pourquoi il faut s’arranger, si on en a les moyens, pour le cacher. Il faut avoir une vocation d’agent secret. Et retourner le fameux proverbe en “Pour vivre cachés, vivons heureux”.

Pour Colette Fellous, éditer ce texte au Mercure de France a été bien plus qu’un projet éditorial : ce fut la concrétisation d’un compagnonnage intellectuel d’une vie. En invitant Sollers à se raconter dans « Traits et Portraits », elle a offert au lecteur une clef essentielle pour comprendre cet homme de lettres — entre la traversée des siècles, la musique de Glenn Gould et le vol insouciant des oiseaux au-dessus des marais de l’île de Ré.

Pour prolonger cette évocation et découvrir l’atmosphère de leur collaboration, nouus vous invitons à visionner la rencontre vidéo réalisée lors de la parution du livre :
Philippe Sollers présente son ouvrage "Agent secret".
Editions Mercure de France

Ce document est particulièrement précieux car il montre la complicité directe et le ton chaleureux des échanges entre Colette Fellous et Philippe Sollers au moment de la sortie d’« Agent secret ».

Colette Fellous et Philippe Sollers
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