Bonjour,
voici le numéro n°231 d’Ironie, juillet-août-septembre 2026 :
Les citations de Vauvenargues recopiées par Guy Debord dans ses fiches de lecture (inédit) : JEU X...
Et les multiples citations gravées sur les poutres de la bibliothèque bureau de Michel de Montaigne... L’Ironie de Montaigne
...
Autres actualités des auteurs de la revue Ironie, de nombreuses publications à la rentrée...
Lionel Dax, Journal des mutations, juin 2026
Lionel Dax, Liberté de Tintoret, septembre 2026 (édition revue et corrigée)
Hervé Rouxel, Le Colonel, juin 2026
Samuel Rodary, Claude Monet, Cultiver la peinture, septembre 2026
Et pour continuer l’aventure, nous organisons une soirée,
le 4e festival Ironie, films, lectures, signatures, danses...
au théâtre de l’Opprimé à Paris,
le 14 septembre 2026 de 19h30 à 23h30,
pour fêter ensemble les 30 ans de la revue...

Au plaisir de vous voir lors de cette soirée,
Avec toute mon amitié,



Dans la section « Philosophie, sociologie, etc… », nous pouvons voir dans la pochette n°2, les citations recopiées de Vauvenargues sur 7 fiches Bristol recto verso. Dans ces fiches qui seront reprises aux Éditions de l’Échappée en 2027, Vauvenargues avec ses Réflexions et Maximes, et Nietzsche avec le Gai Savoir sont les plus représentés.
Il s’agit ici de restituer la lecture active de Debord.
Un jeu avec Vauvenargues qui en fait également son autoportrait.
Pour les 30 ans d’Ironie, il m’a semblé que ce montage était une bonne façon de commencer la 4ème décennie d’Ironie, Interrogation Critique et Ludique.
Li. D.
Il m’a semblé judicieux de mettre en avant ces deux maximes retranchées par Vauvenargues et recopiées par Debord comme des devises qui auraient plu à Isidore Ducasse pour ses Poésies et qui forment le sel des écrits de Debord et la pensée stratégique d’Ironie depuis ses débuts.
Maximes retranchées
702
Qui saura penser de soi-même, et former de nobles idées, qu’il prenne, s’il peut, la manière et le tour des maîtres : toutes les richesses de l’expression appartiennent de droit à ceux qui savent les mettre à leur place 1.
703
Il ne faut pas craindre non plus de redire une vérité ancienne, lorsqu’on peut la rendre plus sensible par un meilleur tour, ou la joindre à une autre vérité qui l’éclaircisse, et former un corps de raisons. C’est le propre des inventeurs de saisir le rapport des choses, et de savoir les rassembler ; et les découvertes anciennes sont moins à leurs premiers auteurs qu’à ceux qui les rendent utiles.

Maximes de 1747
1
Il est plus aisé de dire des choses nouvelles que de concilier celles qui ont été dites 2.
2
L’esprit de l’homme est plus pénétrant que conséquent, et embrasse plus qu’il ne peut lier.
4
La clarté orne les pensées profondes.
12
C’est un grand signe de médiocrité de louer toujours modérément 3.
17
La prospérité fait peu d’amis 4.
18
Les longues prospérités s’écoulent quelquefois en un moment, comme les chaleurs de l’été sont emportées par un jour d’orage.
20
La raison et la liberté sont incompatibles avec la faiblesse 5.
21
La guerre n’est pas si onéreuse que la servitude.
22
La servitude abaisse les hommes jusqu’à s’en faire aimer 6.
32
Il n’y a peut-être point de vérité qui ne soit à quelque esprit faux matière d’erreur 7.
36
Les orages de la jeunesse sont environnés de jours brillants 8.
44
L’estime s’use comme l’amour.
45
Quand on sent qu’on n’a pas de quoi se faire estimer de quelqu’un, on est bien près de le haïr.
3 Note de Voltaire : Bien. Debord reprend cette maxime dans une autre fiche avec intention de la destiner à une personne : « (pour Semprun) C’est un grand signe de médiocrité de louer toujours modérément. »
4 Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Dans le malheur, les amis augmentent.
5 Debord reprend cette maxime dans une autre fiche avec intention de la destiner à une personne : « (pour Ratgeb & co) La raison et la liberté sont incompatibles avec la faiblesse. ». Vauvenargues avait écrit deux variantes de cette phrase : La raison est presque inutile à la faiblesse / La raison est presque impuissante pour les faibles.
6 Note de Voltaire : Bien.
7 Note de Voltaire : Bien.
8 Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Les orages de la jeunesse précèdent les jours brillants.

55
Il n’y a guère de gens plus aigres que ceux qui sont doux par intérêt9.
59
Nous avons si peu de vertu, que nous nous trouvons ridicules d’aimer la gloire 10.
81
Les hommes ont la volonté de rendre service, jusqu’à ce qu’ils en aient le pouvoir 11.
84
Il est rare d’obtenir beaucoup des hommes dont on a besoin 12.
89
Les hommes ont de grandes prétentions et de petits projets.
90
Les grands hommes entreprennent les grandes choses, parce qu’elles sont grandes ; et les fous, parce qu’ils les croient faciles 13.
95
La force peut tout entreprendre contre les habiles 14.
99
Ceux qui ne savent pas tirer parti des autres hommes sont ordinairement peu accessibles.
102
Il faut tout attendre et tout craindre du temps et des hommes 15.
104
Trop et trop peu de secret sur nos affaires témoignent également une âme faible.
112
On dit peu de choses solides, lorsqu’on cherche à en dire d’extraordinaires 16.
115
Les meilleurs auteurs parlent trop.
126
Si les passions font plus de fautes que le jugement, c’est par la raison que ceux qui gouvernent font plus de fautes que les hommes privés 17.
127
Les grandes pensées viennent du cœur 18.
10 Note de Voltaire : Très bien.
11 Note de Voltaire : Bien.
12 Note de Voltaire : Bien.
13 Note de Voltaire : Bien.
14 Note de Voltaire : Bien.
15 Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Il faut tout attendre, rien craindre du temps, des hommes.
16 Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : On dit des choses solides, lorsqu’on ne cherche pas à en dire d’extraordinaires.
17 Note de Voltaire : Bien.
18 Note de Voltaire : Très beau. Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Les grandes pensées viennent de la raison.

134
La fausse conscience ne se connaît pas 19.
140
On ne peut juger de la vie par une plus fausse règle que la mort 20.
142
Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir 21.
154
Les passions ont appris aux hommes la raison 22.
156
Qui considérera la vie d’un seul homme, y trouvera toute l’histoire du genre humain, que la science et l’expérience n’ont pu rendre bon 23.
160
Le prétexte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres, est qu’ils veulent leur bien 24.
169
Nous réservons notre indulgence pour les parfaits 25.
178
La haine est plus vive que l’amitié, moins que l’amour.
180
On n’est pas né pour la gloire, lorsqu’on ne connaît pas le prix du temps 26.
182
Celui qui serait né pour obéir, obéirait jusque sur le trône 27.
188
Les faibles veulent dépendre, afin d’être protégés : ceux qui craignent les hommes aiment les lois 28.
191
Il est bon d’être ferme par tempérament, et flexible par réflexion.
192
Les faibles veulent quelquefois qu’on les croie méchants ; mais les méchants veulent passer pour bons 29.
20 Note de Voltaire : Bien. Et cette maxime est détournée deux fois dans Poésie II d’Isidore Ducasse : On ne peut juger de la beauté de la vie que par celle de la mort. Et vers la fin : On ne peut juger de la beauté de la mort que par celle de la vie.
21 Note de Voltaire : Très bien.
22 Note de Voltaire : Bien.
23 Note de Voltaire : Bien. Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Qui considère la vie d’un homme y trouve l’histoire du genre. Rien n’a pu le rendre mauvais.
24 Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Le prétexte de ceux qui font le bonheur des autres est qu’ils leur veulent du bien.
25 Note de Voltaire : Bien.
26 Note de Voltaire : Bien.
27 Note de Voltaire : Bien. Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Celui qui serait né pour commander, commanderait jusque sur le trône.
28 Debord reprend cette maxime dans une autre fiche.
29 Note de Voltaire : Bien.

195
Lorsque les plaisirs nous ont épuisés, nous croyons avoir épuisé les plaisirs ; et nous disons que rien ne peut remplir le cœur des hommes 30.
196
Nous méprisons beaucoup de choses, pour ne pas nous mépriser nous-mêmes 31.
199
L’homme ne se propose le repos que pour s’affranchir de la sujétion et du travail ; mais il ne peut jouir que par l’action, et n’aime qu’elle.
212
On distingue aisément la vraie de la fausse étendue d’esprit ; car l’une agrandit ses sujets, et l’autre, par l’abus des épisodes et par le faste de l’érudition, les anéantit.
214
Le sot qui a beaucoup de mémoire est plein de pensées et de faits ; mais il ne sait pas en conclure : tout tient à cela.
215
Savoir bien rapprocher les choses, voilà l’esprit juste ; le don de rapprocher beaucoup de choses et de grandes choses fait les esprits vastes. Ainsi, la justesse paraît être le premier degré, et une condition très nécessaire de la véritable étendue d’esprit.
219
Il y a peut-être autant de vérité parmi les hommes que d’erreurs, autant de bonnes qualités que de mauvaises, autant de plaisirs que de peines ; mais nous aimons à contrôler la nature humaine, pour nous enrichir de la considération dont nous tâchons de la dépouiller. Nous sommes si présomptueux, que nous croyons pouvoir séparer notre intérêt personnel de celui de l’humanité, et médire du genre humain sans nous compromettre. Cette vanité ridicule a rempli les livres des philosophes d’invectives contre la nature. L’homme est maintenant en disgrâce chez tous ceux qui pensent, et c’est à qui le chargera de plus de vices ; mais peut-être est-il sur le point de se relever, et de se faire restituer toutes ses vertus ; car rien n’est stable, et la philosophie a ses modes comme les habits, la musique, l’architecture, etc 32.
221
Les grands hommes, en apprenant aux faibles à réfléchir, les ont mis sur la route de l’erreur 33.
225
Le vice fomente la guerre ; la vertu combat : s’il n’y avait aucune vertu, nous aurions pour toujours la paix 34.
31 Note de Voltaire : Obscur.
32 Note de Voltaire : Très bien. Bien. Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Il y a plus de vérité que d’erreurs, plus de bonnes qualités que de mauvaises, plus de plaisirs que de peines. Nous aimons à contrôler le caractère. Nous nous élevons au-dessus de notre espèce. Nous nous enrichissons de la considération dont nous la comblâmes. Nous croyons ne pas pouvoir séparer notre intérêt de celui de l’humanité, ne pas médire du genre sans nous compromettre nous- même. Cette vanité ridicule a rempli les livres d’hymnes en faveur de la nature. L’homme est en disgrâce chez ceux qui pensent. C’est à qui le chargera de moins de vices. Quand ne fut-il pas sur le point de se relever, de se faire restituer ses vertus ?
33 Debord reprend cette maxime dans une autre fiche.
34 Note de Voltaire : Bien.

227
Il est faux que l’égalité soit une loi de la nature : la nature n’a rien d’égal ; sa loi souveraine est la subordination et la dépendance.
231
Les espérances les plus ridicules et les plus hardies ont été quelquefois la cause des succès extraordinaires.
233
Nous croyons négliger la gloire par pure paresse, tandis que nous prenons des peines infinies pour les plus petits intérêts 35.
238
La plupart des hommes vieillissent dans un petit cercle d’idées qu’ils n’ont pas tirées de leur fonds ; il y a peut-être moins d’esprits faux que de stériles 36.
240
Deux choses peuvent à peine remplacer, dans la vieillesse, les talents et les agréments : la réputation ou les richesses.
243
Nous nous consolons rarement des grandes humiliations ; nous les oublions 37.
244
Moins on est puissant dans le monde, plus on peut commettre de fautes impunément, ou avoir inutilement un vrai mérite.
247
Nous sommes consternés de nos rechutes, et de voir que nos malheurs même n’ont pu nous corriger de nos défauts 38.
252
Le désespoir comble non seulement notre misère, mais notre faiblesse.
267
Il ne faut point juger des hommes par ce qu’ils ignorent, mais par ce qu’ils savent, et par la manière dont ils le savent 39.
276
C’est une erreur dans les grands de croire qu’ils peuvent prodiguer sans conséquences leurs paroles et leurs promesses : les hommes souffrent avec peine qu’on leur ôte ce qu’ils se sont, en quelque sorte, approprié par l’espérance ; on ne les trompe pas longtemps sur leurs intérêts, et ils ne haïssent rien tant que d’être dupes. C’est par cette raison qu’il est si rare que la fourberie réussisse ; il faut de la sincérité et de la droiture, même pour séduire. Ceux qui ont abusé les peuples sur quelque intérêt général, étaient fidèles aux particuliers ; leur habileté consistait à captiver les esprits par des avantages réels. Quand on connaît bien les hommes, et qu’on veut les
36 Note de Voltaire : Bien.
37 Debord reprend cette maxime dans une autre fiche.
38 Note de Voltaire : Faible. Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Nous sommes consternés de nos rechutes, de voir que nos malheurs ont pu nous corriger de nos défauts.
39 Note de Voltaire : Apparemment.

faire servir à ses desseins, on ne compte point sur un appât aussi frivole que celui des discours et des promesses. Ainsi les grands orateurs, s’il m’est permis de joindre ces deux choses, ne s’efforcent pas d’imposer par un tissu de flatteries et d’impostures, par une dissimulation continuelle, et par un langage purement ingénieux ; s’ils cherchent à faire illusion sur quelque point principal, ce n’est qu’à force de sincérité et de vérités de détail ; car le mensonge est faible par lui-même ; il faut qu’il se cache avec soin ; et s’il arrive qu’on persuade quelque chose par des discours captieux, ce n’est pas sans beaucoup de peine. On aurait grand tort d’en conclure que ce soit en cela que consiste l’éloquence. Jugeons, au contraire, par ce pouvoir des simples apparences de la vérité, combien la vérité elle-même est éloquente, et supérieure à notre art.
279
Descartes a pu se tromper dans quelques-uns de ses principes, et ne point se tromper dans ses conséquences, sinon rarement ; on aurait donc tort, ce me semble, de conclure de ses erreurs que l’imagination et l’invention ne s’accordent point avec la justesse. La grande vanité de ceux qui n’imaginent pas est de se croire seuls judicieux et raisonnables ; ils ne font pas attention que les erreurs de Descartes, génie créateur, ont été celles de trois ou quatre mille philosophes, tous gens sans imagination. Les esprits subalternes n’ont point d’erreur en leur privé nom, parce qu’ils sont incapables d’inventer, même en se trompant ; mais ils sont toujours entraînés, sans le savoir, par l’erreur d’autrui ; et lorsqu’ils se trompent de leur chef, ce qui peut arriver souvent, c’est dans les détails et les conséquences ; mais leurs erreurs ne sont ni assez vraisemblables pour être contagieuses, ni assez importantes pour faire du bruit.
282
Qui peut se vanter de juger, ou d’inventer, ou d’entendre à toutes les heures du jour ? Les hommes n’ont qu’une petite portion d’esprit, de goût, de talent, de vertu, de gaieté, de santé, de force, etc. ; et ce peu qu’ils ont en partage, ils ne le possèdent point à leur volonté, ni dans le besoin, ni dans tous les âges.
295
Celui qui recherche la gloire par la vertu ne demande que ce qu’il mérite 40.
298
Nous sommes susceptibles d’amitié, de justice, d’humanité, de compassion et de raison. O mes amis ! qu’est-ce donc que la vertu 41 ?
302
Les plus grands ouvrages de l’esprit humain sont très assurément les moins parfaits : les lois, qui sont la plus belle invention de la raison, n’ont pu assurer le repos des peuples sans diminuer leur liberté.
313
Nous n’avons ni la force ni les occasions d’exécuter tout le bien et tout le mal que nous projetons.
315
Dès que l’on peut faire du bien, on est à même de faire des dupes ; un seul homme en amuse alors une infinité d’autres, tous uniquement occupés de le tromper. Ainsi, il en coûte peu aux gens en place pour surprendre leurs inférieurs ; mais il est malaisé à des misérables d’imposer à qui que ce soit. Celui qui a besoin des autres les avertit de se défier de lui ; un homme inutile a bien de la peine à leurrer personne.
41 Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Nous sommes susceptibles d’amitié, de justice, de compassion, de raison. Ô mes amis ! qu’est-ce donc que l’absence de vertu ?

318
La force ou la faiblesse de notre créance dépend plus de notre courage que de nos lumières : tous ceux qui se moquent des augures n’ont pas toujours plus d’esprit que ceux qui y croient.
323
La Foi est la consolation des misérables, et la terreur des heureux 42.
324
La courte durée de la vie ne peut nous dissuader de ses plaisirs, ni nous consoler de ses peines 43.
330
Nous sommes trop inattentifs, ou trop occupés de nous-mêmes, pour nous approfondir les uns les autres : quiconque a vu des masques, dans un bal, danser amicalement ensemble, et se tenir par la main sans se connaître, pour se quitter le moment d’après, et ne plus se voir ni se regretter, peut se faire une idée du monde.
Maximes posthumes
335
On ne s’élève point aux grandes vérités sans enthousiasme ; le sang-froid discute et n’invente point ; il faut peut-être autant de feu que de justesse pour faire un véritable philosophe.
341
Faites remarquer une pensée dans un ouvrage, on vous répondra qu’elle n’est pas neuve ; demandez alors si elle est vraie, vous verrez qu’on n’en saura rien.
354
Tous ceux qui ont l’esprit conséquent ne l’ont pas juste ; ils savent bien tirer des conclusions d’un seul principe, mais ils n’aperçoivent pas toujours tous les principes et toutes les faces des choses ; ainsi, ils ne raisonnent que sur un côté, et ils se trompent. Pour avoir l’esprit toujours juste, il ne suffit pas de l’avoir droit, il faut encore l’avoir étendu ; mais il y a peu d’esprits qui voient en grand, et qui, en même temps, sachent conclure : aussi n’y a-t-il rien de plus rare que la véritable justesse. Les uns ont l’esprit conséquent, mais étroit ; ceux-là se trompent sur toutes les choses qui demandent de grandes vues ; les autres embrassent beaucoup, mais ils ne tirent pas si bien des conséquences, et tout ce qui demande un esprit droit les met en danger de se perdre.
359
Catilina n’ignorait pas les périls d’une conjuration ; son courage lui persuada qu’il les surmonterait : l’opinion ne gouverne que les faibles ; mais l’espérance trompe les plus grandes âmes.
362
On instruit les enfants à craindre et à obéir ; l’avarice, l’orgueil, ou la timidité des pères enseignent aux enfants l’économie, l’arrogance, ou la soumission. On les excite encore à être copistes, à quoi ils ne sont déjà que trop enclins ; nul ne songe à les rendre originaux, hardis, indépendants.
43 Debord reprend cette maxime dans une autre fiche.

374
Je suis toujours surpris que les rois n’essaient point si ceux qui écrivent de grandes choses ne seraient pas capables de les faire : cela vient, vraisemblablement, de ce qu’ils n’ont pas le temps de lire.
397
Les soldats s’irritent aussi contre le peuple chez qui ils font la guerre, parce qu’ils ne peuvent le voler assez librement, et que la maraude est punie : tous ceux qui font du mal aux autres hommes les haïssent.
400
Un livre bien neuf et bien original serait celui qui ferait aimer de vieilles vérités.
405
La politique est la plus grande de toutes les sciences.
409
Il est quelquefois plus difficile de gouverner un seul homme qu’un grand peuple.
419
Le même mérite qui fait copier quelques ouvrages les fait vieillir.
489
On fait plutôt fortune auprès des grands en leur facilitant les moyens de se ruiner, qu’en leur apprenant à s’enrichir.
497
Il n’y a pas de gloire achevée, sans celle des armes.
499
Nous ambitionnerons moins l’estime des hommes, si nous étions plus sûrs d’en être dignes.
510
Sur quelque sujet qu’on écrive, on ne parle jamais assez pour le grand nombre, et l’on dit toujours trop pour les habiles.
517
Tout ce qui est injuste nous blesse, lorsqu’il ne nous profite pas directement.
538
On ne fait plus d’amis dans la vieillesse ; alors toutes les pertes sont irréparables.
542
L’invention est l’unique preuve du génie.
580
L’ascendant sur les hommes vaut mieux que la richesse.
586
N’avoir nulle vertu ou nul défaut est également sans exemple.
625
L’amour se fait sentir aux enfants, comme l’ambition, avant qu’ils aient fait aucun choix ; les hommes même s’attendrissent par avance, sans objet réel, et cherchent souvent leur défaite sans la rencontrer.
632
Qui a plus écrit que César, et qui a exécuté de plus grandes choses ?
635
Si un homme parle faiblement, quand il est animé et à son aise, il est impossible qu’il écrive bien.
655
La plupart des grands hommes ont passé la meilleure partie de leur vie avec d’autres hommes qui ne les comprenaient point, ne les aimaient point, et ne les estimaient que médiocrement.
677
L’amour est plus violent que l’amour-propre, puisqu’on peut aimer une femme malgré ses mépris.
682
C’est être bien dupe d’aimer le monde, quand on n’aime ni les femmes, ni le jeu.
689
La vieillesse ne peut couvrir sa nudité que par la véritable gloire ; la gloire, seule, tient lieu des talents qu’une longue vie a usés.
Maximes retranchées
730
La netteté est le vernis des maîtres.
731
La netteté épargne les longueurs, et tient lieu de preuves aux idées 44.
743
Celui qui souhaiterait sérieusement des illusions aurait au-delà de ses vœux.
746
Les regards affables ornent le visage des rois.
753
Tous les sujets de la beauté ne connaissent pas leur souveraine 45.
758
Les feux de l’aurore ne sont pas si doux que les premiers regards de la gloire 46.
788
La timidité dans l’exécution fait échouer les entreprises téméraires 47.
45 Note de Voltaire : Obscur.
46 Note de Voltaire : Faible ; poésie.
47 Note de Voltaire : Commun.

801
Nos idées sont plus imparfaites que la langue.
824
La haine des faibles n’est pas si dangereuse que leur amitié 48.
826
La haine n’est pas moins volage que l’amitié.
835
Quelque mérite qu’il puisse y avoir à négliger les grandes places, il y en a peut-être encore plus à les bien remplir 49.
836
Si les grandes pensées nous trompent, elles nous amusent 50.
844
L’esprit est borné jusque dans l’erreur, qu’on dit son domaine 51.
862
Le désespoir est la plus grande de nos erreurs 52.
864
Si la vie n’avait point de fin, qui désespérait de sa fortune ? La mort comble l’adversité 53.
885
Personne ne nous blâme si sévèrement que nous nous condamnons souvent nous-même 54.
914
Il n’y a point d’injure qu’on ne pardonne, quand on s’est vengé.
932
Des hommes ne se comprennent pas les uns les autres : il y a moins de fous qu’on ne croit 55.
938
Toute peinture vraie nous charme, jusqu’aux louanges d’autrui.
943
Ceux qui méprisent l’homme se croient de grands hommes.
Autre fiche sur Vauvenargues sans indication du numéro des maximes
[25]
(pour la critique radicale du sp)
Avant d’attaquer un abus, il faut voir si on peut ruiner ses fondements.
49 Note de Voltaire : Horace l’a dit, et mieux.
50 Note de Voltaire : Obscur.
51 Note de Voltaire : Inutile.
52 Note de Voltaire : Trivial. Cette maxime est détournée dans Poésie II d’Isidore Ducasse : Le désespoir est la plus petite de nos erreurs.
53 Note de Voltaire : 2 et 2 font 4.
54 Note de Voltaire : Commun et répété.
55 Note de Voltaire : Commun.

[83]
(sur qui ?)
Ceux qui croient n’avoir plus besoin d’autrui deviennent intraitables 56.
[98]
La probité, qui empêche les esprits médiocres de parvenir à leurs fins, est un moyen de plus de réussir pour les habiles 57.
[143]
La pensée de la mort nous trompe ; car elle nous fait oublier de vivre 58.
[264]
Il est aisé de critiquer un auteur, mais il est difficile de l’apprécier.
[300]
(…) Ainsi, non seulement dans la morale, mais en quelque sujet que ce puisse être, presque tous les hommes passent leur vie à dire et à écrire ce qu’ils ne pensent point ; (…) (Base des sondages d’opinion !)
[810]
Les paresseux ont toujours envie de faire quelque chose (pôle secret du « divertissement » automobile ?)
[Ce passage est tiré des Réflexions sur divers sujets de Vauvenargues, chapitre XLVIII : Sur les Armées d’à-présent]
Ces messieurs s’ennuient du style de vie que l’on mène à l’armée ; et comment pourraient-ils s’en contenter, n’ayant ni le talent de la guerre, ni l’estime de leurs troupes, ni le goût de la gloire. (Réflexions sur divers sujets)
57 Note de Voltaire : Bien.
58 Note de Voltaire : Très bien.

VOIR AUSSI SUR PILEFACE : La librairie de Guy Debord
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