« Elle se souvient de moi, la musique,
c’est elle qui m’écoute en me traversant. »
Philippe Sollers,
Le Cœur absolu, première page.
Extrait de l’émission « Restons courtois » sur Radio Courtoisie. Yannick Gomez présente son essai : Sollers, le musicien de la vie.
Extrait de l’émission

Présentation de Sollers, le musicien de la vie, essai de Yannick Gomez (préface Rémi Soulié) aux éditions Nouvelle Marge. Sollers, le musicien de la vie, est un essai qui propose de faire le portrait de Philippe Sollers et de son œuvre protéiforme sous l’angle de la musique. Pour Yannick Gomez, pianiste et compositeur, la musique ordonnance l’œuvre de Philippe Sollers, encadre sa vie, par la sublimation de tous les sens !

Transcription
« Restons courtois » animée par Arthur de Watrigant, l’émission débat Radio Courtoisie chaque jour en direct
Il est temps d’accueillir notre 2e invité Yannick Gomez.
Bonjour.
Vous êtes pianiste, compositeur, essayiste. Vous avez déjà publié un premier essai D’un musicien l’autre : De Céline à Beethoven qui montrait cette capacité rare à faire dialoguer littérature et musique. Et vous publiez donc aujourd’hui Sollers, le musicien de la vie aux éditions Nouvelle Marge. Alors, ce qui frappe, ce qui est intéressant dans votre démarche, c’est l’angle choisi. Vous ne faites pas une biographie de Philippe Sollers, vous ne faites pas une étude littéraire au sens académique du terme, vous lisez son œuvre avec des oreilles de musicien. Vous entendez Bach, Haydn, Mozart et vous montrez que la musique n’est pas qu’un ornement chez Sollers. C’est aussi une armature et peut-être une armature secrète.


Mais avant cela, nous avons une tradition, c’est celle de passer nos invités à la question [préliminaire]. Ne perdons pas notre temps.
[…]
- Quel est le plus grand malentendu sur Philippe Sollers ?
- …Bah c’est que les polémiques qui sont liées à lui ont empêché l’accès à son œuvre, n’ont pas porté sur les textes, [plutôt sur] des échantillonnages de ses textes. Je pense bien sûr à son célèbre article de 99 la France Moisie et puis à partir de là, bon, toutes les polémiques qui lui sont liées que je ne vais pas rappeler ou peut-être malheureusement on en reparlera mais enfin c’est toujours très gênant que quelques épines empêchent de voir la rose.
[…]
- Dernière question facile, Bach ou Mozart ?
- Ah non, ça vous pouvez pas me demander.
- Et si !
- Non, non, c’est comme si vous me demandiez, si vous demandiez à quelqu’un de choisir entre le sexe et l’amour. C’est pas possible ça !
- Bah, le sexe.
- Oui, mais c’est votre réponse !
- Mais oui.
- Bon, vous avez tranché pour moi. Non non moi je me refuse… : les deux mon capitaine. Voilà !
- Merci Yannick Gomez. Vous me prêtez votre livre comme ça on va le montrer parce que « Nouvelle Marge » fait des très belles éditions. On aime beaucoup Maxime Frisch, ce qu’il édite. Donc je représente votre livre Sollers le musicien de la vie donc édition Nouvelle Marge. Si vous le trouvez pas en librairie, vous allez le trouver très facilement sur internet.


- Alors première question, on va parler un peu de vous parce que vous êtes compositeur.
- Oui.
- Alors qu’est-ce qui vous a amené à la musique ?
- La musique… il faut quand même préciser compositeur de manière un petit peu secondaire. Je suis venu à la musique par le piano et donc la composition est quelque part une fille de maman piano ou de papa plutôt.
- Donc c’est la famille.
- C’est la famille. Voilà, c’est une grande famille - que d’ailleurs je viens déjà d’égratigner un petit peu -, le milieu de la musique.
Bon, on va continuer …essentiellement par le piano et puis …à force d’étudier … la texture, à force de manier …des œuvres de plus petite forme d’abord puis de plus grande ampleur, …j’ai toujours été aussi …curieux d’explorer le piano en dehors des partitions qu’on me donnait et d’improviser et de m’approprier l’instrument sans partition de manière tout à fait libre. Donc l’improvisation est bien sûr quelque chose de très ancien, Bach improvisait à l’orgue et donc c’est un processus tout à fait courant de passer par l’improvisation comme étant le placenta de la composition si on veut.
… Vous avez fait un doctorat en interprétation piano à Montréal.
- Oui.
- Alors on parlait de Chopin tout à l’heure en expliquant qu’il y avait eu parfois des incompréhensions et notamment ça pouvait aussi être sur l’interprétation qu’on en faisait. Alors, ça peut être l’interprétation au piano ou l’interprétation par l’oreille, ce qu’on entend.
- Et c’est quoi un doctorat en interprétation ?
- …c’est ce qui correspond en France, si vous voulez au CNSM, le Conservatoire Supérieur National de Musique de Paris ou de Lyon, il y en a que deux. Bon, maintenant, ça s’est un petit peu un peu ouvert avec le système, on s’est un petit peu plus calé sur le système LMD américain, - Licence Master Doctorat justement. Mais donc outre-atlantique c’est comme ça. Il n’y a pas un CNSM le grand manitou et puis les petits esclaves, autres conservatoires qui viennent comme ça de manière secondaire. Donc on fait une Fac de musique ou d’interprétation. Alors l’interprétation c’est pour vous répondre plus directement jouer donc être on est évalué sur des concerts, sur son interprétation sur sa capacité à rendre et à personnaliser du répertoire qui va être celui de Bach le répertoire classique en l’occurrence pour le piano. Bon Bach il faut bien situer, c’est en fonction de l’instrument. On a tendance à le dire de Bach aujourd’hui., c’est vrai. …Et ça il faut le distinguer de par exemple un doctorat en musicologie. …c’est un petit peu les laborantins …e la musique qu’ils vont étudier la musique l’est de manière beaucoup plus intellectuelle mais pas dans la chose vécue. Ils ne vont pas le jouer, ils ne vont pas l’éprouver sur scène, ce qui est quand même d’ailleurs un travail à part entière, nerveusement parlant…
Alors c’est intéressant c’est que justement sur l’interprétation si on prend les classiques, on n’a pas de vidéo, on n’a pas d’audio, de Mozart ou de Bach …des premiers concerts de ce qu’ils ont donné sur scène la première fois. Donc on a comme trace des partitions.
Est-ce qu’il y a déjà des grosses interprétations faussées ? - Est-ce qu’il y a des interprétations dont on s’est rendu compte ensuite qu’on s’était complètement planté ? Et comment savoir à partir d’une partition ce qu’il faut interpréter même si on sait qu’avant disons on apprend le solfège … bon ça donne des indications mais il y a quand même entre ce qui est écrit et peut-être ce qu’ils ont pensé ou joué à leur époque quand même des petites variations.
- Oui mais alors là vous touchez du doigt au problème de comment dire de la temporalité d’une œuvre et de son interprétation, 300 ans après .
- Alors, il y a quand même les partitions et selon les éditions, là aussi, on a de des indications très diverses. Parfois, les éditeurs [prennent ] vraiment une grande liberté, […] [ave]c des indications qui ne sont pas du compositeur mais d’ eux et qui peuvent parfois un peu changer l’interprétation. Pour ce qui est de l’interprétation pure, si vous voulez, personne n’a le fin mot, il faut savoir simplement lire une partition et un peu comme en littérature, ce que je me suis efforcé de faire d’ailleurs pour mon livre avec Sollers […], lire les lignes et lire entre les lignes.
C’est-à-dire que vous allez avoir des indications d’ordre dynamique. Vous avez que sais-je ne pas rentrer dans les détails d’une partition et de leur de leur code, mais il faut déjà les décoder et les personnaliser. Un interprète ne peut pas être l’alpha et l’oméga de la volonté du compositeur. C’est vrai que par contre ce qu’a fait Glenn Gould par exemple quand il s’est amusé à enregistrer du Chopin en le jouant complètement dans une esthétique baroque, bah évidemment c’était une provocation parce que c’est un non sens esthétique et c’était une manière d’énerver ses critiques qui lui reprochaient de faire fi de tout le 19e siècle qui est pourtant l’âge d’or du piano. … là, là il y avait vraiment quelque chose de provoquant et qui effectivement n’est pas raccord avec ce qu’on sait. Alors, on n’a pas les vidéos de ces compositeurs, évidemment, c’est regrettable pour le coup, mais on a quand même des témoignages, on a des biographies, on a …des amis, enfin des témoignages, on a aussi quand même des traités d’interprétation quand ce ne sont pas des conseils des compositeurs eux-mêmes. Je pense à Chopin vu par ses élèves dont on a les témoignages , des élèves qui racontent ce qu’était l’enseignement de Chopin. Et alors évidemment, si on va plus en amont, au 18e siècle, là c’est plus problématique, mais vous avez quand même le les traités d’interprétation de Carl Philipp Emmanuel Bach, l’art de toucher le clavier qui donne aussi toute une foule de renseignements de comment on jouait à cette époque.
Alors le clavier, je fais exprès de dire clavier, non pas piano puisque le piano n’était pas encore existant dans sa forme qu’on connaît. Donc voilà, je ne sais pas si ça répond.
- Alors, vous êtes donc écrivain et compositeur. …Est-ce que vous vous écrivez toujours en écoutant de la musique ? Est-ce que …la musique conditionne à chaque fois l’écriture ? Et si c’est le cas, est-ce que vous choisissez la musique selon ce que vous envisagez d’écrire ou dans un style que vous souhaitez écrire ?
… Je n’écris pas tout le temps en écoutant de la musique, ça c’est sûr, mais ça m’arrive aussi. Donc ça dépend vraiment de mes humeurs et ça dépend surtout de mon inspiration …laquelle est assez besogneuse, il faut bien le dire. …[…] . Oui, j’ai des - comment dire -, j’ai des compositeurs de prédilection, des époques vers lesquelles je me tourne plus naturellement que d’autres et qui effectivement ont tendance à débloquer …l’inspiration. Bon, le mot est un petit peu toujours grandiloquant. Inspiration, ça fait un petit peu le poète qui cherche sa muse. Bon, mais enfin, oui, voilà, il y a il y a quelque chose de cet ordre-là. …Trouver l’incidence musicale avec ce que je suis en train de lire. Mais ça peut être complètement anachronique …comme pouvait le faire d’ailleurs Sollers qui dit - Picasso ou Bach, je sais plus - Enfin bon, Bach et Picasso au demeurant, personne n’aurait l’idée de les rapprocher, mais il fallait que ce soit son petit grain de folie à lui, qui lui s’en charge. Donc… après, je n’ai pas un auteur, un compositeur et puis il y a des fois où j’écris aussi sans sans musique aucune.
- Qu’est-ce que la musique offre, donne …que la littérature seule ne peut pas donner ?
- Et bien c’est son pouvoir peut-être de sublimer le dire, l’écrire et de passer outre, c’est-à-dire le s’envoler directement dans l’émotion. Bach c’est d’ailleurs ce que Céline - quand il se réclamait de la musique - cherchait à faire …atteindre l’émotion cette espèce de de noyau interne, …c’est-à-dire il y a quelque chose de contradictoire avec la musique. …A la fois …on l’a en soi, mais pour qu’elle soit entendue par l’autre, il faut que quelque chose sorte. C’est là que le corps dans toutes ces interprétations intervient. Le corps, donc il faut être il faut qu’il y ait un corps pour qu’il y ait une musique et des vibrations. Donc c’est quelque chose qui vient de l’intérieur et va vers l’extérieur. Voilà pour prendre pour citer un compositeur pas du tout Sollers. D’ailleurs, Rachmaninov disait …"J’écris une musique qui vient du cœur pour aller au cœur." Voilà, je crois que c’est ça. Je ne dis pas que la littérature ne peut pas le faire, mais la musique le fait peut-être sans sans aucun détour et il faut s’entendre sur ce qu’est la musique. Voilà. Et là, on retourne sur le euh moi la musique si vous voulez je la je la situe. Chacun entend ce qu’il veut et est ému par ce qu’il veut. Bon, aujourd’hui de toute façon chacun a raison et tout le monde a tort. Donc avec ça on n’a rien dit. Mais il y a il y a quand même l’arbitre final qui pour moi serait le temps, le temps long…. Donc pas en terme de décennies mais en terme de siècles. …Si encore aujourd’hui à cette table on est en train de parler de Mozart, de Bach et qu’il y a quelque chose. Je ne sais pas si dans 300 ans …déjà il faudrait qu’on continue d’exister. Mais si on parlera de Britney Spears, bon je veux bien mais …au moins il y aura des vidéos. Voilà, il y aura des vidéos L là-dessus, ils ont gagné. Technologiquement cette musique gagnera de toute façon. Voilà.


- Alors venons à votre livre. Comment est née cette idée ? Sollers, vous l’avez fait, je l’ai dit, après Céline et Beethoven. Alors là, Sollers, comment est venu ce… c’est quoi l’inspiration, l’idée ou même le besoin, oui, de faire cet essai ?
- Besoin, c’est c’est bien le mot. C’est-à-dire que c’est - j’ai une particularité -, c’est que j’ai découvert Sollers en même temps que Céline et c’est donc pas innocent si j’ai écrit sur l’un et sur l’autre. Évidemment, je les ai mis en dos à dos dans le livre, mais c’est un petit peu, je me rends bien compte, un exercice de style un peu tiré par les cheveux. Tous les céliniens reprocheront tout de suite la différence : […] pamphlétaire génial stylistique de l’autre évidemment. Mais alors pour répondre dans les deux cas, c’est une sorte de débordement musical en moi, mais qui ne trouvait pas écho …par le biais du piano lui-même, par le biais de la composition, laquelle d’ailleurs j’ai largement mise entre parenthèses parce que c’est pour ça on pose la question composition, Bah elle un petit peu à l’arrêt en ce moment au profit d’autres activités dont celle qui me fait venir ici, c’est-à-dire l’écriture à hauteur d’homme, on ne peut pas tout faire. Et …l’urgence est venue il y a 3 ans quand Sollers est décédé. Il 3 ans, jour pour jour non enfin c’était hier le 5 mai 2023.
À ce moment-là, je venais de publier mon Céline et …son décès m’a laissé d’une certaine manière orphelin, et je me suis dit on n’aura plus ce monsieur, on n’aura plus ce rire, on n’aura plus ce ces traits d’esprit, …cette ironie, parce que c’est là où pour le coup on peut le rapprocher de Céline. Des auteurs qui, si on les lit vraiment sont drôles. Et aujourd’hui, moi ce qui m’est donné de lire actuellement, à de rares exceptions près, c’est pas drôle ! C’est dramatique, c’est lourd, bon, c’est ce qu’on veut mais c’est rarement drôle. Ou alors c’est forcé, c’est comique ou un comique d’ailleurs institué, politisé. Enfin bon …là on est au-dessus de tout ça ou en de- ça mais on n’est jamais dans dans ces parages. Et par ailleurs, en plus pour ce qui est de la musique chez Sollers, j’avais déjà relevé depuis des années que je le lis, des allusions à la musique, des citations de compositeur, un essai sur Mozart,
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Mystérieux Mozart et indépendamment des essais, une foule, comment dire, d’allusions musicales dans les romans, dans les entretiens. Donc c’est quelque chose qui revenait comme un leitmotiv dans son œuvre et je me suis dit mais ça n’a pas été traité dans mes lectures. J’ai bien vu que dans la bibliographie ça a été esquissé de ci de-là, un petit peu caressé dans un essai néanmoins très intéressant de
Wald Lasowski ou l’art du sublime. C’était un chapitre où il parle un peu [de Sollers et la musique], mais il n’a pas pu aller au-delà d’un certain niveau qui lui qui lui aurait permis de d’en jouir vraiment intensément. Donc il a traduit sa musique dans sa littérature et disait même :
.
Jamais je ne me pardonnerai de n’être pas musicien
C’est dans Une curieuse solitude , son premier roman de 1958.
- Et ça vous l’interprétez comment ? C’est une blessure ? C’est un programme ? C’est une feinte ? C’est un truc sollersien pour faire parler ?
- Ah non, pas pour faire parler…, bon il y a peut-être une coquetterie. C’est un roman quand même. Il a il a 22 ans quand c’est publié mais il écrit sûrement en amont. Non, je pense que c’est sincère. Moi, j’ai tendance à prendre les écrivains vraiment au sérieux. L’analyse 2ème, 3ème degré, 1e degré, bon justement, c’est bien pour l’université. Alors, l’université, vous allez me dire "J’y ai été, mais j’en suis sorti." Et puis d’ailleurs, j’y suis allé quand j’étais beaucoup plus âgé que la norme. Ce qui me permettait d’avoir un recul, que je voyais que les petits bambins qui sortaient de leur famille n’avaient pas.
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Et donc non, c’est pas une coquetterie. Je pense que c’est vraiment vérifié, vérifiable tout au long de son œuvre depuis justement Une curieuse solitude où il y a cette phrase jusqu’à son roman posthume La deuxème vie.
- Et vous dites justement, c’est la thèse de votre livre : la musique, ce ne sont pas que des allusions, ce n’est pas qu’ un décorum, c’est …l’axe de son œuvre.
- Oui. La musique est l’axe.
- Qu’est-ce qui vous a convaincu ?
- Cet axe est le mien, celui que j’ai choisi, oui..
- Mais alors pour lui aussi ce qu’on comprend dans votre livre, c’est qu’est-ce qui vous a convaincu de cela ? Parce que dans des romans, la musique peut accompagner, peut donner les une photo de l’époque, une ambiance, des goûts personnels ou le besoin du moment parce qu’on écoutait ça.
- là, c’est plus fort que ça.
- Qu’est-ce qui vous a vraiment convaincu que la musique était un des axes principaux dans l’œuvre de Sollers ?
- Raisonnait en moi par rapport à d’autres auteurs, tout simplemen, quelque chose de personnel, de subjectif de ma part et …par rapport à ses déclarations …et même dans des entretiens filmés euh où on lui pose la question […]
… il dit « mais sans musique il y a rien, c’est pas possible ».Il dit ça très clairement. On retrouve ses vidéos un peu partout sur la toile et puis dans ses livres. Voilà.
Donc la musique est quelque chose qui pour lui a été un patron sur lequel il a pu coudre comme ça toute son œuvre. Et on le vérifie aussi dans l’évolution stylistique de son œuvre.
Vous avez un premier roman, Une curieuse solitude qui est un petit peu dans le sillage de- on a pu dire- Proust ou peut-être Mauriac …qui d’ailleurs l’a encensé dès la la sortie de ce roman, avec Aragon.
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Sur Le Parc
Là aussi, c’est la dualité déjà là chez Soller, les contradictions. Et ….donc à partir de son deuxième roman …le Parc pour lequel il a eu le prix Médicis, là on a déjà un changement …stylistique et alors après ça va aller de pire en pire ou de plus en plus. Enfin bref, et on arrive après à la phase un peu plus - comment dire - expérimentale… et qui l’a fait vraiment se distancier par rapport à aux autres écrivains. Donc les les les fameux livres sans ponctuation. Là, il y a quelque chose aussi, une incidence du rythme, donc de la musique sur sa prose. …Vous avez …H, un roman qui s’appelle H, lettre majuscule et …vous avez Paradis …1, puis 5 ans plus tard, il s remet ça ave Paradis 2 qui sont des livres sans aucune ponctuation, sans aucun paragraphe. Il n’est pas le seul à l’avoir fait, …Il a eu des prédécesseurs, mais il a repris ça à son compte. Quand même Paradis sur 350 pages, il faut le faire. Et alors là, les allusions musicales pleuvent. Et puis il faut justement pour le lecteur faire cet effort de reconstituer le rythme, reconstituer la respiration, donc le rythme et il y a une musicalité comme ça qui s’installe. Et puis après vous avez en 83, 1983, vous avez Femmes où là c’est le contraire. On n’ avait pas de ponctuation avec Paradis. Là, au contraire, on a quelque chose d’ hyperponctué avec les trois petits points qu’il emprunte à Céline, mais oui, mais oui, il a plus ou moins plagié, on peut appeler ça comme ça.
Non, je crois qu’il se l’est réapproprié comme d’autres l’ont fait d’ailleurs. Il n’est pas le seul mais ça a été une phase néanmoins très intéressante d’ailleurs. Et puis après, il y a eu Le Cœur absolu et Portrait du Joueur, vraiment absolument génial d’ailleurs. Et voilà,
- il est 19h, vous êtes toujours sur Restons Courtois, l’émission débat de Radio Courtoisie.
Nous sommes avec Yannique Gomez qui nous présente son livre, son dernier livre Sollers, le musicien de la vie aux éditions de Nouvelle Marge. Nos amis de Nouvelle Marge. Mais vous savez que Radio Courtoisie existe grâce à vous chers auditeurs, grâce à vos dons. C’est une radio associative donc pas de subvention, sinon vous, pas de groupe industriel, pas de milliardaire derrière, uniquement vous. Vous appréciez cette émission ? Alors aidez Radio Courtoisie à en produire d’autres. Rendez-vous sur soutenir.radiocourtoisie.fr.
Merci d’avance.
« Restons courtois » Arthur de Watrigant
Vous êtes toujours dans Reston Courtois chers amis. Vous savez qu’à 19h, c’est l’heure de la chronique culture, [...aujourd’hui nous allons parler ) des crépuscules de mai. De quoi s’agit-il donc ?
[…]

SOLLERS, LES FEMMES ET LA MUSIQUE

- Bon, revenons à votre livre Sollers. Alors ….il y a la musique mais il y a aussi les femmes. Sollers, c’est les femmes parce que les femmes sont souvent musiciennes dans ses romans.
- Oui.
- Et justement quelle est la portée de ce rapprochement entre femmes et musique dans son œuvre ?
- C’est pas un rapprochement, c’est une aimantation. C’est-à-dire que Sollers évidemment était amoureux de la première femme qui soit, c’est-à-dire la musique mais de celles qui s’en faisaient les interprètes. Donc Cécilia Bartoli, Martha Argerich , voilà, des stars vraiment de la musique classique. Il était complètement gaga. Bon, je pense qu’il il en a connu d’autres mais là je je cite ces deux noms et il les a à transposés dans ses romans. Donc ça c’est quelque chose de très important pour lui. Si elle n’est pas musicienne, la femme doit en tout cas être sensible à la musique d’une manière ou d’une autre.
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Et donc si elle ne va pas l’être directement, elle sera transposée dans un de ses romans auquel je pense Portrait du Joueur comme pouvant jouir au sens premier du terme sur de la musique par exemple. Et c’est quelque chose qui est tout à fait sérieux, qui est drôle à la fois, mais sérieux chez Sollers, qui est présent.

cf. Portrait du joueur (édition Futoropolis illustrée), Joan/Sophie - Les lettres de Sophie

Donc le sexe et la musique, les femmes par continuation, mais …dans ces dans ces scènes érotiques, la musique peut être tout à fait convoquée et de manière plus sérieuse, elle est aussi une sublimation de l’être humain, de la nature. Elle est à la fois, si vous voulez, par les femmes, l’émanation d’un corps en action - si vous voulez, en vibration - et en même temps le microcosme dévoré par le macrocosme et inversement. Donc, il y a un aller-retour si vous voulez entre le petit et le grand, entre le corps, l’instrument. Et voilà, il le dit d’ailleurs dans Une curieuse Solitude, il dit il faudrait savoir se jouer comme d’un instrument. Voilà. Donc là, c’est la contraction parfaite quand il dit « savoir se jouer », se jouer comme on joue d’un instrument. Donc jouer de son corps, jouer d’un instrument, ça voilà. Et c’est ce qu’il recherchera. Alors jouer, c’est-à-dire se jouer, interpréter mais aussi jouer au sens joueur, Portrait du Joueur.
Voilà. Et donc c’est pour ça qu’on lui a reproché de jouer, de ne passer son temps qu’à jouer au prix parfois de manquer de sérieux, voilà, dans des situations qui l’étaient effectivement. …Donc voilà pour les femmes,
….ce sont ces femmes d’accompagnement qui manifestent la musique, à travers lesquelles il va chercher à se réaliser musicalement ou psychologiquement. Alors là, je fais référence bien sûr à Jula Kristeva , mais voilà c’est dans un papier que Jacques Henric a eu la la gentillesse de rédiger dans le le art press de Mars [2026) où il racontait que quand il allait voir Philippe Sollers, à peine il repartait que dans la cage d’escalier, dans l’ascenseur, il entendait Sollers qui mettait de la musique à fond. Musique bien sûr qui n’était pas Britney Spears, de la musique classique. […] j’ai pas mis l’accent sur le jazz parce que je ne suis pas … jazzman. J’aime écouter du jazz, ça c’est clair de temps en temps, mais je ne suis pas un expert donc je je vais à ce que je sais. Mais voilà, donc il faut il faut vraiment que les femmes soient présentes, mais les hommes aussi …mais bon voilà, il était porté sur les femmes, donc il fallait que ce soit …vraiment une symbiose. Voilà.

SOLLERS, UNE ŒUVRE SOUS-EVALUEE ?

- Alors, allons sur le côté maintenant, peut-être plus littéraire. ..exclusivement littéraire, on va dire, de l’œuvre de Sollers.
Vous écrivez que Sollers a une œuvre sous-évaluée.
- Oui, je crois.
- Alors, ça m’a surpris. …sous-évaluée par qui ? Est-ce à dire sous-évaluée littérairement, médiatiquement.
- Ah non, sûrement pas médiatiquement, historiquement.
- Expliquez-nous.
- Alors, sous-évaluée en tant qu’œuvre qui tient debout, qui va tenir dans le temps. J’en fais ici les paris. Bon, on verra ce que ça donne. …mais vous remarquerez que quand on parle de Sollers , qu’est-ce qui ressort ? Vous avez interrogé les gens, donc le public est resté sur le dandy, invité dans les plateaux télé. Bon, il n’a pas été le seul.
Germano Pratin, Germano Pratin qui fait la pluie le bot dans l’édition. Voilà, ça a été vrai, ça l’a beaucoup moins été par la suite sur la fin de sa vie, vous savez …j’ai des témoignages comme quoi c’était loin d’être aussi simple que ça. Témoignage bon, je peux pas citer parce qu’on m’a dit d’être discret mais voilà des gens et qui ne sont certains d’autres écrivains, les collègues, voilà. Oui, oui. …Plus tard, plus tard. …il a il a été sous-évalué parce que noyé, - ce que je disais au début de l’émission - c’est-à-dire par les problèmes politiques, par les problèmes idéologiques. …Moi-même, d’ailleurs, je me suis un peu querellé avec certains sollersiens pour avoir justement émis aussi …des dissonances par rapport à ces positions pour lesquelles je ne le suis pas. Donc je suis si vous voulez admiratif de son œuvre mais pas complètement aveuglé …du moins sur le plan politique, donc il n’a pas été sous-évalué. Non, ça c’est clair. Sur le plan médiatique, il était là. Il a été là. Bon, enfin sur la fin, on le voyait quand même un peu moins. Il sortait un livre par an, c’est vrai, ou parfois un tous les 2 ans, mais oui, un par an sur la fin, mais c’était des livres qui étaient très très minces en terme de taille, pas en terme de contenu . ….Et il a été sous-évalué parce qu’ on a retenu de lui rois titres quoi : Femmes, bon, dans le meilleur des cas, Paradis. Là, c’est déjà un lectorat beaucoup plus réduit et on comprend pourquoi. Faut quand même se lever de bonne heure pour lire ça, faut le dire quand même. Et puis …Dictionnaire amoureux de Venise et puis voilà quelques articles dans Le Monde à l’époque, le JDD un peu plus tard. Enfin bon, … mais c’est très dommageable, je trouve de réduire les positions politiques d’un écrivain … uniquement à ça et …d’obscurcir ou d’obstruer l’accès à une œuvre. Ça c’est vraiment regrettable. Les positions politiques des écrivains de tout temps on ont créé des problèmes. Voilà ll en parle d’ailleurs quand il égratigne un peu ses contradicteurs en disant "Nos valeurs." Alors évidemment Nos valeurs, N majuscule comme étant un personnage qui s’appellerait Nos valeurs , comme un prénom Nos valeurs. Alors Nos valeurs s’offusquent, Nos valeurs crient, Nos valeurs …éructent.
Mais en fait il y a une condamnation mais il n’y a pas de lecture de son œuvre. En tout cas, si ça avait été le cas, je n’aurais pas eu besoin moi de prendre en charge le problème de la musique dans l’œuvre de Sollers. …Quand même, il y a des pianistes qui courrent les scènes du monde qui auraient pu largement et bien plus que moi le faire mais ils ne l’ont pas fait. Donc il fallait quelqu’un qui a du temps, c’était moi. Et puis …qui s’y intéresse et puis tant qu’à faire qu’il ait lu aussi et pas juste deux ou trois livres. On parle de quelqu’un qui a écrit plus d’une centaine de livres et a quand même le sentiment que vous nous présentez un peu comme un paria…
Mais c’est contradictoire, c’est très contradictoire.
[…] il y a des parias qui aiment bien être Sollers quoi.
[…] c’est clair, il avait ses entrées. On va pas se cacher. Mais vous remarquerez aussi la contradiction, c’est que précisément …je n’ai pas été invité une seule fois par les médias de gauche, jamais. Donc moi je veux bien ce qu’on veut. Mais s’il avait été si encensé, la gauche qui nous vend la culture depuis des années, qui est …la garante de la musique justement, la musique classique, tout ça, tout ce milieu, moi je les côtoie, je les connais. …Mais pourquoi ils ne s’intéressent pas à ça alors ? Pourquoi, pourquoi, c’est …parce qu’ils ne sont pas curieux ? Parce qu’ils le sont sont bien sûr, c’est pas forcément des raisons politiques ou non mais et là-dessus, je pense que les positions de Sollers sont beaucoup plus discutable que …les propriétaires du temple, les sollersiens patentés, il y en a qui sont très valables…. Moi, je ne jette pas la gauche, et la droite ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est une signature valable dans le temps. Je serais, c’est prétentieux de dire ça, mais c’est-à-dire - moi, je ne serai pas là pour le voir, - mais qu’il y ait une une manifestation d’une qualité. On est dans une ère de quantité et la qualité n’est plus au rendez-vous, ou alors comme ça en échantillon. Et Sollerson peut ne pas aimer. Ça c’est une autre conversation. C’est un autre débat et ça je peux tout à fait l’entendre. Moi, voilà, il y a des auteurs qui ne me parlent pas. C’est comme ça. Les goûts à un moment donné se heurtent aussi à nos sensibilités. C’est comme pour la musique d’ailleurs. Mais …ne pas l’aimer, c’est une chose.
Mais mésestimer …toute une carrière, toute une œuvre protéiforme, multiforme, musicale, sensuelle, drôle. Bon, c’est vrai, rarement violente. On lui a reproché aussi de ne pas prendre en compte les drames qui ont été les siens un peu plus personnels, mais c’est vrai dans un sens et puis faux dans l’autre. Mais enfin …allez lire les textes. Voilà tout simplement.
[…] Comme vous l’avez rappelé au niveau de son évolution, il y a un Solers d’abord très avant-gardiste, ne serait-ce qu’avec la revue Tel Quel qui est la dernière revue officielle, on va dire, des avant-gardes françaises avant la fin de de tout projet avant-gardiste par rapport à sa propre démarche littéraire et formelle. Et puis on a …finalement dans la deuxième partie peut-être de son œuvre et de sa vie un Sollers 18e siècle qui d’ailleurs vante sans arrêt le libertinage mais dans tous les sens du terme libertinage aussi philosophique et la grâce du 18e siècle qu’il ’oppose finalement au cul de plomb du 19e et du
20e siècle. …D’où aussi l’éloge de Mozart.
- Comment est-ce que ça ça transparaît d’un point de vue musical ?
- C’est que le 18e était lui-même un siècle musical ?
- Est-ce que ses goûts …musicaux au-delà de Mozart - qui évidemment est 18e siècle - sont très 18e siècle, - comment ça s’articule avec sa modernité à lui, ou son antimodernité paradoxale comme toujours chez Sollers ?
- Alors, votre question …en renferme au moins …3 . C’est un pack, c’est un package …pour parler français. Il est alors, ça c’est incontestable, très 18e. Il s’est quand même suffisamment réclamé de de ce siècle là pour pour ne pas le dire. Maintenant
…Mozart, bon il a fait ses preuves, il a écrit Mystérieux Mozart.. C’est quelque chose qui était là bien avant. Il y a des allusions à Mozart déjà justement dans ses écrits avant-gardistes… Donc Mozart, Haydn bien sûr, le grand papa Haydn du 18e siècle. …Voilà. Donc alors les manifestations, c’était ça votre question ? C’est-à-dire l’impact sur le style, c’est ça que vous vouliez dire…
- Enfin son rapport à la musique est-il 18emiste comme dans son attitude finalement et sa littérature ?
- Oui, je crois, même si c’est clair qu’il y a un repoussoir qui est pour lui le diable absolu, esthétiquement parlant, sur le plan de l’histoire, sur le plan des mœurs, c’était vraiment le 19e siècle.
Là pour lui c’est épouvantable. C’est pour ça que j’ai j’ai écrit un chapitre où je le mets en en dos à dos avec Glenn Gould parce que le pianiste comme l’écrivain se retrouve vraiment là-dessus où il saute du 18e directement au 20e mais expurge complètement le 19e siècle qui pour eux est diabolique, autocentré, baveux, émotif, nombrilique, wagnérien s’il n’en faut. Donc non, tout ça ça c’est vraiment pas admissible parce que bon voilà pour des raisons esthétiques, peut-être politique aussi pour ce qui concerne Sollers puisque bon Wagner c’est l’Allemagne. L’Allemagne bah vous êtes pas sans savoir que quand il était petit sa maison a été envahie par les Allemands enfin a été annexée du moins en partie le rez-de-chaussée puis il se
retrouvait comme ça à l’étage. il a suffisamment expliqué lui-même, il y avait une partie de la maison qui était réservée par les Allemands qui étaient là et l’autre partie bah où ils étaient en train de se recroqueviller et d’écouter en douce Radio Londres. Donc voilà, ça c’est le côté justement …anglophile …de par les origines de la famille de Sollers et et par ses affinités, à lui. …D’ailleurs qui se rejoignent justement avec Haydn, lequel a eu un grand succès en Angleterre. Donc …vous parlez de Mozart mais c’est vrai il a il a écrit sur Mozart. Je ne regrette qu’une chose, c’est qu’il n’ait pas fait un essai sur du même type que Mystérieux Mozart un Mystérieux Haydn en ou je ne sais quoi, puisque à un moment donné, il écrit dans un petit livre qui est très peu lu là aussi ou en tout cas dont on ne fait très peu mention Carnet de nuit.
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Et dans Carnet de nuit, il dit si je dois vraiment choisir, j’emporte les sonates pour piano de Haydn. Donc vous voyez que Haydn … synthétise un peu la quintessence de là où va Mozart, et là où ira, après, Beethoven Et donc …tout ça, ce sont des compagnons de route pour lui. …ou bien de l’autre côté du siècle, du 19e qu’on a vraiment …comment dire …perforé totalement, on se retrouve avec la seconde école de Vienne. Alors là, bon voilà, on est avec Webern.
Voilà, il parlera un petit peu quand même de Stravinski, mais enfin la musique russe alors là, c’est pas du tout son truc, contrairement à moi d’ailleurs. Voilà.
[….]
Alors qu’est-ce que Sollers se refuse exactement dans le roman traditionnel si on peut dire qu’il y a un roman traditionnel ? Oui, il refuse le roman comme produit commercial et comme il dirait lui-même, je pense comme bouillie… Vous voyez, tout à l’heure, vous m’avez demandé …quelle lecture …quel auteur m’évoque Britney Spears. Je vous je vous ai répondu …vous prenez n’importe quel roman de gare. Bon, parce que c’était un petit peu dédaigneux à l’endroit de Britney Spears mais je ne crois pas qu’ elle regardera cette émission, donc ça va.
Vous sous-estimer, on ne sait jamais.
…non, là son refus d’obéir, si vous voulez, à la représentation …de l’image du roman comme étant le miroir d’un film qui serait …un peu susceptible d’être projeté, d’être mis à l’écran, d’être porté à l’écran par Hollywood. Donc c’est le refus à la fois de de l’intrigue, de l’obsession de créer une histoire avec un développement, avec une fin heureuse, c’est-à-dire ce qu’on lui a reproché d’ailleurs …c’est des des romans qui sont, qui qui se travestissent en essais pour beaucoup mais il y a quand même des personnages, alors souvent on lui a parlé des femmes mais il y a aussi des personnages masculins. Il y a quand même des semblants d’histoire, même si …très souvent c’est plutôt … des pensées fragmentées, pulvérisées. …Donc on est plutôt dans du roman métaphysique mais sûrement pas commercial. Voilà, ça ne va pas être la petite ménagère qui se met à écrire, qui raconte que son tonton l’a violée. On n’est pas là-dedans.
Merci beaucoup Yannick. Je rappelle donc votre livre Sollers, le musicien de la vie.
Crédit illustration : Pierre Cormary
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Sollers le musicien de la vie
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2 Messages
Merci à vous cher monsieur, cher lecteur, si rare…
Les médias de droite ont en effet été plus curieux, et ça en dit long. Maintenant, ne croyons pas non plus qu’à droite Sollers est adulé. Loin de là… il ne s’agira de toute façon, au bout du compte, que d’électrons libres qui apprécient son monde, voilà tout. Des êtres sensibles, je le crois véritablement, et peu importe leur sensibilité politique. Je note tout de même que mes plus âpres disputes ont été avec des sollersien(ne)s de gauche. Sur ce point, Jacques Henric, peu suspect d’être d’estrêêême drouate, me déclarait qu’en tant qu’ancien communiste des années 60, il ne reconnaissait plus les siens, tant ils ont le mot fascisme au bout de la langue pour un oui ou non, au point qu’il en est vidé de son sens.
Mon postulat est simple : Sollers n’a pas été compris, sauf par quelques fanatiques dont nous sommes. Mais son grand paradoxe devient de plus en plus d’avoir été jalousé pour avoir été au « centre » du système, et désormais d’être méprisé ou ignoré par lui. Car sa pléiade se fait attendre comme l’arlesienne… Quant à la musique, ceux qui comme Savigneau ont trouvé mon livre « assez faible » (je la cite), n’avaient-ils pas toutes ces décennies pour s’emparer du sujet ? Visiblement pas, car il est vrai que ce n’est pas chose aisée, et que je finis par penser qu’il faut peut-être avoir été musicien soi-même. Le seul à avoir évoqué l’importance de ce sujet fut Aliocha Wald Lasowski (Sollers ou l’art du sublime, Pocket, 2012). Livre remarquable dont très peu de sollersiens parlent.
Je vous remercie, cher lecteur, et à pileface .
Y. Gomez
Les raisons évoquées dans ce programme essentiel, un des seuls qui autorise Yannick Gomez à s’exprimer sur Sollers, sont trop rapides, en ce qui concerne le manque évident de publicité faite à ce livre, et à cet auteur.
Si aucun media de gauche (quasi-pléonasme) n’invite plus Sollers, à travers ses meilleurs lecteurs toujours vaillants et inventifs, c’est que ni en tant que médias, ni en tant que gauche, ils ne souhaitent donner écho à ce que Sollers disait, proposait, voulait, et signalait a chacun. Sollers n’est n’est plus ni recevable, ni admissible, ni audible, ni souhaitable à diffuser pour la doxa de 2026 !
...Sauf à le transformer en pâquerette (ce que d’aucuns, par commodité sociale, tendent a faire) et à renier la part maudite, c’est-à-dire puissamment critique, de son oeuvre, ce qui serait l’acte le plus anti-littéraire - et dès lors, grotesque - que l’on puisse imaginer.
Nous nous en garderons, donc.
La censure par le trop-plein de livres, ou par l’indifférenciation, que dénonçait Sollers, laisse désormais les coudées franches à une censure bien assumée dans le cadre d’un programme idéologique tout â fait assumé. Une récente commission d’enquête a mis au jour les partis pris d’un service public dont on peut douter que la priorité absolue soit d’initier à Haendel, de soulever par l’art. Adieu Voltaire et Jean Vilar, bonjour la rééducation des masses selon les critères foireux des intrigants, des demi-habiles, et des privilégiés sans générosité. Cette engeance fuit les exceptions.
Les dits ’medias de gauche’ (à savoir, la bien-pensance portée aujourd’hui à l’acmée de son inanité intellectuelle, humaine, et sonore...), les ’medias de gauche’ craindraient de Sollers la même contagion que pour un clown télévisuel à succès, pas bien méchant, dénoncé vers 2020, dans un rapport interne de France TV, pour son ’pouvoir contaminant’ - formule obscène ?
Je le crains, mais je le crois.
Relisons, en ce samedi 11 juillet, où nous célébrons Saint Benoît de Nursie, ce passage du merveilleux ’Theorie des Exceptions’ (1986). ’Je fais le tri des premières réactions à mon roman.’ Il s’agit de ’Femmes’. Il ajoute :
’A part quelques convulsions prévisibles venant du clergé féministe ou homosexuel, (clergé qui a parfaitement compris mes intentions, et qui, s’il en avait eu les moyens, aurait eu recours à la censure la plus classique), les opinions, surtout de la part des femmes, ont été plutôt favorables.’
Faut-il insister sur la prescience concernant les censures ? Évoquer la pieuvre du wokisme ? Inutile, nous sommes d’accord. Dans ’FEMMES’, Sollers en un sens ne fait qu’annoncer, pour qui le lit avec attention, la censure classique dont il sera un jour l’objet, car c’est aussi le livre d’une dystopie à venir qui inclut, dans un enfer social proche, le livre qui la narre.
Et puis... des femmes favorables à un homme ? What ? De quoi parlez-vous ? Il en reste ?
Et comment ! Autant que d’exceptions.
Bye