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Les derniers rois de Thulé

Groenland. Qui sont les Inuits ?

D 22 janvier 2026     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Voici un livre « Les derniers rois de Thulé » qui n’est pas dans l’actualité littéraire de janvier 2026, un livre publié en 1955, de Jean Malaurie, ethnologue, explorateur et écrivain décédé en 2022, qui éclaire l’actualité politique de ce début 2026 autour du Groenland et de son peuple, les Inuits. Ce livre a été traduit en vingt langues, et adapté, à deux reprises, à la télévision française. Annoncé comme " le " classique de référence sur le peuple Inuit, ai commandé le livre.

Le livre en question

Jean Maurie participé aux expéditions arctiques de Paul-Émile Victor. En 1951, il est le premier Européen à atteindre en traîneau à chiens le pôle géomagnétique Nord. Il doit d’ailleurs à ses chiens le fait d’être resté en vie. Dans ce paradis blanc il découvre à Thulé l’enfer d’une base aérienne secrète de l’US Air Force qui menace les Inuits. Il prend conscience de l’urgence de la situation et repart. Cette nouvelle mission - il en fera 31 en Arctique - donnera ce livre majeur « Les Derniers Rois de Thulé » qui inaugure en 1955 la nouvelle collection qu’il dirige chez Plon « Terre Humaine ».
Claude Lévi-Strauss est séduit par la démarche et accepte de signer la même année le deuxième titre de la collection, Tristes Tropiques, avec cette fameuse première phrase : « Je hais les voyages et les explorateurs ». Pour l’anthropologue, son ami Jean Malaurie n’est ni un voyageur ni un explorateur.
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Ce « Blanc inuitisé » comme il se définit n’a cessé de se passionner pour ces Esquimaux polaires et ces Hyperboréaux, ces « hommes racines » dans ces paysages rudes. Grâce à eux, il parvient au « sommet du monde à écouter les pierres ». C’est parce qu’il les écoute ces pierres, lui le géocryptologue fasciné par les éboulis, qu’il est adopté par les chamans. « l’Inuit nous rappelle sans cesse l’unité du monde. » La boussole intérieure de Jean Malaurie lui a indiqué le Nord comme direction d’une existence. Il ne l’a jamais perdue. Cette « prescience sauvage » n’a jamais quitté ce chercheur qui résume son parcours d’une formule exemplaire : « Je n’enseigne pas. Je raconte. » [1]

*

J’ouvre la version poche et découvre un pavé de 841 pages, imprimé en 2024. La première édition de 1955 ne comportait que 328 pages. Dans cette première édition, il s’agissait de l’expédition de Jean Malaurie chez les Esquimaux polaires en 1950-51. Mais Malaurie n’en resta pas là, en 1975, il va complètement réécrire son livre, intégrant l’expérience de ses expéditions successives en Arctique de 1967, 1969 et 1972, ainsi que son implication ultérieure dans les organisations politiques et économiques des Inuit, et sur sa compréhension grandissante de « l’ordre intérieur » de ce qu’il avait observé.
Une 2e édition de 1965 comportera 508 pages. La 3e édition, celle de 1976, comportera 592 pages, suivie d’une 4e édition en 1979 avec 658 pages. Nouvelle révision en 1988 qui porte la 5e édition de 1989 à 854 pages, avec à la fin une section « Débats et critiques ».

Jean Malaurie, figure de proue de l’histoire polaire, ardent défenseur des peuples premiers (comme Jacques Chirac) se révèle une conscience de notre temps :

« […] L’intrusion de l’installation militaire américaine à Thulé et l’influx brutal d’une masse monétaire importante modifièrent ce système naturel et équilibré, ainsi que, dix ans plus tard, la découverte de dépôts considérables de gaz et de pétrole sous les terres esquimaudes. Malaurie raconte en détail l’effet de ces développements, ainsi que la mise en place des organisations politiques et économiques panInuit. Ceci est une des rares études ethnologiques dans lesquelles nous pouvons voir en détail, l’enracinement de la complexe organisation politique moderne d’une culture populaire pour faire face… »

Bruce Jackson
Journal of American Folklore
Université d’Etat de New York
Buffalo, 1986

EXTRAIT 1

[....] On découvre en chacun de ces hommes le prototype de ce que risquent d’être, avant une génération, les 1 500 à 2 000 Esquimaux d’Angmagssalik ou de Thulé, derniers « primitifs » de la grande île. Dans mon isolement ultérieur à Thulé se profilera toujours, comme en contrepoint des scènes de vie archaïque que je vivais, cet avenir difficultueux d’un nouveau peuple en gésine. Le progrès ? Quel progrès ? La pente habituelle du faux développement inadapté au génie d’un lieu et d’une culture et ce qui lui fait suite, le colonialisme économique.
Que les responsables au Danemark y prennent garde ! La population métisse actuelle de cette côte méridionale offre des apparences trompeuses. Des eaux lourdes et obscures baignent les profondeurs de ce peuple au passé ancien. Eaux dormantes qui pourraient bien être agitées par quelque tempête. De leur courant premier — dont on ne saurait saisir le sens que dans l’archaïsme - ces sang-mêlé que sont les Kalaallit du sud du Groenland infléchiront l’orientation de toute entreprise assimilatrice.

Il n’est pas de peuple, en effet, si métissé et aliéné soit-il, qui ne fasse resurgir au cours de « manifestations collectives les traits les plus folkloriques d’une vie passée qui sont les vrais signes, les thèmes d’un destin’ ». Pour l’instant, l’expression populaire se traduit par un bulletin de vote. Deux Groenlandais, très danisés - des « collaborateurs », m’a-t-il été soufflé par un extrémiste - représentent à Copenhague, au Parlement, les 50 000 habitants de l’île. Mais divers événements traduisent l’agitation profonde des esprits. Un leader plus proche du pays, de ses couches les plus modestes, se lèvera et demandera des comptes. Dans le moment même où il saura éveiller ces forces assoupies, chacun en son tréfonds le reconnaitra immédiatement pour sien. L’autonomie dans un cadre fédéral, l’indépendance interne - qui sait ? -, avec en corollaire l’interdépendance (le Groenland ne pouvant vivre sans aide extérieure), feront connaître au Groenland une nouvelle étape dans sa longue histoire.
(pp 33-34)

EXTRAIT 2

Retour à l’âge de pierre ou, plus précisément, du phoque : faisons route vers Thulé.
Depuis quelques heures, nous sommes en vue du cap York, sombre et hautain promontoire des terres nord-groenlandaises. Nous sortons de la fameuse baie de Melville pour nous engager dans ce que, depuis la fin du XIXe siècle, l’on est convenu d’appeler, avec l’explorateur Peary, la route américaine du Pôle.

Le Tikerak, navire en bois armé pour les glaces sur lequel, à Jakobshavn, je me suis embarqué, se fraye une voie dans le brouillard et ta banquise. Hier, nous avons salué le Pouce du Diable, roc qui se dresse parmi des châteaux-icebergs fantomatiques. Une journée encore et le territoire indigène le plus septentrional du monde sera atteint. A l’approche du but, une vive émotion s’empare des quelques passagers. Nous allons et venons sur le pont ; nous passons le cap Atholl et, dans un petit jour sans soleil, le navire se glisse enfin dans la baie d’Uummannaq. Nous la scrutons, la découvrons.

Dite de l’Étoile Polaire [2], elle est ouverte sur « l’Eau libre du Nord » toute proche, vraie oasis jamais prise par les glaces par suite de convections de courants de contextures différentes ; Thulé, abritée des vents canadiens par deux îles aux falaises de grès rougeâtres, s’adosse à l’inlandsis. Celui-ci déverse dans un fjord voisin d’énormes icebergs attirant les grands cétacés et, par voie de conséquence, les chasseurs qui en vivent. Thulé ou Uummannaq, capitale et carrefour du district, est un des sites esquimaux les plus anciens à l’est du Canada.

Silencieusement, comme respectueusement, le premier navire de l’année s’avance. L’ancre est jetée le 23 juillet devant la montagne de Thulé où dans les brumes, dit-on, la glace et le roc se confondent. Pour tous, la fabuleuse Thulé devient enfin réalité.
Plus tard, lorsque le monde sera Plus vieux, un moment viendra où
L ’Océan déliera les liens des choses. Une terre immense s’ouvrira et Thétis Découvrira des continents nouveaux.
Alors, Thulé ne sera plus la dernière des terres.
 [3]

« ... Lieu dernier de ce pays glacé... , les doctes doutent de ton assiette... » Le jour se lève. Ce point mystérieux du globe se découvre au travers de la brume sans le moindre fard. Le décor est hostile, sévère, sans pitié. Une plage rocailleuse et sale, un petit hôpital, une vingtaine d’iglous noires en forme de tortue dont la tête s’allonge vers la mer, quelques demeures danoises colorées de rouge et de jaune, des chiffons et des débris de caisses épars sur la grève, des ossements et de vieilles casseroles. Les commentaires sont désabusés, Thulé, ultima Thule... Qui ne l’a célébrée ? Virgile, Pythéas. Thulé de Pythéas où, selon César, « la nuit régnait cent jours de suite au moment du solstice d’hiver ». Dicuil, Procope ont honoré ces rois de Thulé, auxquels, en 512, les Hérules ont voulu s’allier. Thulé fut enfin le mythe des mages et des ésotéristes d’une Germanie en folie, puisque la Ahnenerbe Stifung du Dr Scheffer devait être en 1933 à la base même du nazisme. Et il me revient en mémoire la singulière Thule Gesellschaft du baron von Sebottendorff.

Je songe aussi aux avertissements que formulait, dès 1618, Pierre Bertius ; cosmographe du Roy Très Chrestien. « La froidure y est indomptable... et... en tue plusieurs. L’hiver y dure neuf mois sans pleuvoir... Les plus riches se défendent... par le feu ; les autres par se frotter les pieds et les autres par la chaleur des cavernes de la Terre. Tout ce pais est plein d’ours cruels avec lesquels les habitants ont une guerre continuelle. Il y a aussi... si ce qu’on dit est vray, des licornes. Tous tiennent qu’il y a des hommes appelés pygmées... Les pygmées ont, parait-il, une forme humaine, chevelus jusques au bout des doigts, barbus jusques aux genous, mais brutes sans parole et sans raison, sifflant à la façon des oyes... »
- Hainang Sunai ! Salut à vous !

Engoncés dans nos chandails, nous nous précipitons aux rambardes. La coque du navire annuel est ceinturée d’une dizaine de kayaks dont les occupants nous dévisagent. Petits, la face jaune et plate, éclairée d’un énigmatique sourire, ils examinent, en attendant leur heure, de quoi et de qui est faite la cargaison saisonnière.

Quelques minutes encore et c’est l’administrateur danois, Torben Krogh, qui, avec bonne humeur, vient lui-même à bord serrer la main de chacun. Le canon tonne, les fusils claquent ; nous sommes accueillis comme des amis de toujours par la petite colonie danoise d’une dizaine de personnes’. Ayant décidé d’hiverner 150 kilomètres plus au nord, à Siorapaluk, station exclusivement indigène, Thulé n’est pour moi qu’une escale.

Escale protégée : je dois montrer ma verge au médecin - c’est ici la loi -, afin d’établir que je ne puis être à la source d’aucune maladie vénérienne.
_ (pp. 39-42)

EXTRAIT 3

...Olepaluk m’a rendu visite. Gené, la face rentrée, la démarche glissante, il vient me proposer comme kiffaq [4] sa fille, Arnarulunguaq, dix-huit ans.

Ma cabane est installée. Ma vie matérielle s’organise. Je m’exerce sur la plage à conduire mes chiens [Il me faudra trois mois d’entrainement pour savoir les conduire, et convena¬blement utiliser le fouet dont la mèche doit claquer en recherchant le bord des yeux, le bas-ventre, les pattes arrière ou le museau ; six à huit, pour commencer à en user comme un Esquimau.]. Je fais des présents, de droite et de gauche, souris, parle. L’Esquimau ne dit rien, s’habitue à ma présence, mais il serait prématuré de dire que des liens se nouent ; tant s’en faut. Méfiant, il se réserve et ne cessera jamais en fait d’être lui-même et de rester sur ses gardes.

- Qallunaaq  ? Sunaana... ? Un Blanc ici 7 Qu’est-ce que cela signifie 7

Du plus loin qu’ils m’aperçoivent, les enfants se sauvent en pleurnichant•.
Qui dira les phases déconcertantes de cette période d’observation, la patience nécessaire, les découragements devant ces êtres mobiles, leurs sourires et leur ironie, leur gentillesse et leur fausseté, ce double jeu. qui épuise les nerfs du Blanc solitaire installé en un milieu étranger ?

C’est votre intuition seule qui saura reconnaître le moment favorable à une sorte de viol des retranchements d’une part de leur intimité. C’est dans le charme de votre plaisir de vivre parmi eux que vous forcerez leur sympathie encore rétive ( ce dont on vous gardera une secrète et fidèle tendresse) et que vous établirez dans l’esprit de ces êtres, qui la respecteront, votre valeur propre.

Quand les signes vous en seront-ils donnés ? Le jour peut-être où les femmes se feront douces et attentives, et qu’avec une candide obstination elles dilapideront sous forme de thé, de cuillerées de confitures le meilleur de vos réserves. Enfin, lorsque les hommes commencent à vous parler « chiens », c’est alors seulement, dans la mesure où l’on oubliera en vous le Blanc, que vous pourrez commencer à connaitre le groupe dans sa vérité quotidienne. Mais il ne faut pas se leurrer, même à ce moment, les Esquimaux resteront le plus souvent acteurs et masqués. C’est à de brefs instants d’inattention, dans le laiser-aller amical d’une fête ou d’une chasse, à l’occasion d’un anger couru en commun, qu’ils se confieront un peu, comme eux-mêmes ...
(pp. 60-61)

EXTRAIT 4

Le poste danois de Thulé est, ai-je dit, à 150 kilomètres au sud. A 70 kilomètres au nord, c’est Etah, puis le désert jusqu’à l’océan Glacial et le pôle. Mon isolement pourrait apparaître mme atténué par la présence d’une radio. Mais les liaisons nt difficiles. Qu’on en juge. Mon émetteur est de faible issance ; il est sur batterie et je l’alimente par un générateur à bras ; le contact avec Thulé, auquel se substituera très vite une petite station américaine, est en principe hebdomadaire. Chaque samedi, confiant, j’accroche donc l’antenne au mât de ma cabane ; un Esquimau se met au générateur et, à 21 heures, je commence à appeler : « Thulé, Thulé-radio-calling... here..., Siorapaluk ! » Cela peut durer de cinq à dix minutes. L’Esquimau, dans son pantalon d’ours et son anorak de peau de phoque, à force de· tourner la manivelle pour donner du courant, sue comme un malheureux.
- Tipi  ! ça sent mauvais, me dit-il, en relevant vers moi un visage congestionné. Tipi ajorpoq, ça sent bien mauvais, répète-t-il.
— Tipi... Bon Dieu... c’est bien le moment... Tourne donc ! plus vite, là... merci.
Une voix danoise lointaine, brouillée par de nombreuses interférences en morse, me parvient : « Changez de mégacycles, vous appelle sur 5 200 kilocycles. » Ca va ; je suis dans le circuit ; cette fois la voix est claire et forte ; nous parlons en anglais :
- Allô, allô, Malaurie, allô, allô, Malaurie... Comment allez-vous ? Est-ce que vous ne commencez pas à en avoir assez vivre avec ces sauvages ?
T’entends bien, je crois, me dit l’indigène, ravi.
_ - ... Vous envoie toutes mes amitiés. La barque du bateau à moteur a été emportée au, cours du mauvais temps de la semaine dernière. Le « Gouverneur » est furieux. Panippat de Kangerluarsuk, un Esquimau de vingt ans, est mort au début du mois de septembre, juste après le passage du médecin. Nous avons été prévenus, je ne sais trop comment ; on ne comprend pas de quoi il est mort exactement.

Thulé reprend :

- Allô, Malaurie. Je ne vous ai pas entendu. On serait heureux de savoir que tout va bien... avec le Tikerak - le dernier navire de l’année —, ces messieurs du Sud, de passage à la colonie, nous ont définitivement quittés... deux réservoirs à pétrole peints au minium ont été construits près du littoral. La vue est complètement gâchée. En Corée, la guerre continue. Des grèves en Angleterre. Quoi encore ? Ah, j’allais oublier l’essentiel : le Tikerak nous a laissé en partant, grâce à une aimable Groenlandaise du sud de la baie de Melville, un petit cadeau. Elle n’est pas du groupe des Esquimaux Polaires [5] mais une Groenlandaise du Sud. Vous saisissez bien : pas une Esquimaude de Thulé. Le médecin n’est pas encore très siir [6]. Sans doute la gonorrhée. Mais l’Administration diffusera des conseils à la population afin qu’elle puisse se protéger. Terminé, bonsoir ; à samedi prochain.
(pp. 61-62)

EXTRAIT 5 : « ET APRES ? Retours à Thulé

26 juillet 1967 - Flight S.A.S. 713 - Gate n° 12 - lmmediate boarding Copenhague, aéroport de Kastrup. Départ l l heures pour Thulé, seize ans après.

Des voix feutrées dans le grand aéroport danois. Un luxe de marbre et de chrome. Un air bruissant traversé d’appels en langues scandinave et anglaise ; une voix de femme, d’un ton chuchoté. Voyageurs pressés, en tenues estivales, partant pour le Sud : les Baléares, Rome ou New York. A la suite d’une brève et impérative annonce, au ton mâle et sec, je m’engage dans une coursive grise, antichambre des espaces glacés, mais à sa sortie, ce n’est que la morne file de la centaine de passagers du jet bimensuel qui relie désormais le Danemark à la base militaire de Thulé.

Pour la plupart, ce sont des civils danois qui, en vertu d’un accord OTAN, sont employés (un bon tiers de la main-d’œuvre de la base est danoise) à des tâches de construction et de maintenance. Ingénieurs, contremaîtres, conducteurs de ca-mions et de taxis, postiers, cuisiniers, garçons de restaurant. En blue-jeans, vestons de ville, baskets..., chacun, taciturne, sans autre motivation que celle de hauts salaires, va retrouver son « job ». Nous marchons à la queue leu leu, en silence.

En juillet 1950, la traversée Copenhague-Thulé - 3 900 kilomètres - ne s’effectuait qu’en bateau : elle m’avait demandé vingt-trois jours de mer. Aujourd’hui, les
3 900 kilomètres sont parcourus à l’altitude de 9 400 mètres en quatre heures cinquante minutes, à 870 kilomètres/heure.

*

De 1961 à 1963, après avoir analysé, avant qu’il ne soit trop tard, dans le plus intime détail la micro-économie de trois sociétés inuit canadiennes [7] de chasse, d’autosubsistance, j’ai tenté de démontrer qu’il s’agit, dans les périodes fastes, d’une société d’abondance, une société de loisir et non de production, au temps de travail réduit. La chasse est un plaisir et s’inscrit dans une civilisation. J’ai assuré alors trois missions de qua¬tre/cinq mois, dans l’Arctique canadien oriental et central, à Iglulik (en baie de Foxe) d’une part, en péninsule de Boothia et, très brièvement, à Back River (estuaire, baie de Chantrey) d’autre part. Le dernier groupe - les Utkuhikjalingmiut -, qui venait de subir une famine ayant fait mourir de faim plusieurs d’entre eux, était à la veille d’une dispersion. Ne pas avoir hiverné parmi eux est un des plus grands regrets de ma vie. Explorer les conditions d’un hivernage ultérieur, et puis reve¬nir : tels étaient mes plans. Tout m’invitait à rester et certains des chasseurs avaient exprimé le désir que je m’installe parmi’ eux (1963-1964). J’ai préféré assurer mon séminaire de jeune,, professeur aux Hautes Etudes à Paris, dont la chaire de géographie arctique venait d’être créée (1957) à mon intention. Erreur de perspective ; ce groupe a aujourd’hui disparu de Back River [8].

A partir de 1965, je me suis porté dans les iles de la mer de, Behring, à Saint-Laurent, notamment, et allant en outre, cha- ; que fois que l’Académie des sciences de l’URSS me le permet¬tait, en Sibérie orientale, dans le nord-est de la Yakoutie, (Oimekon) et le nord-ouest (Viliuj).

Cependant que nous survolons la mer de Norvège, comment ne me reviendrait-il pas en mémoire certaines difficiles mis¬sions d’exploration en umiaq (bateau en peau de morse), en avion monomoteur dans la brume du détroit de Behring, à pied sur le muskeg de la péninsule de Boothia que j’ai traversé dans les deux sens avec des chasseurs de caribous Netsilimmiut, accompagnés de leurs chiens bâtés ? Je revois comme sur l’écran d’un film intérieur, ici et là, des Inuit, à mi-corps dans des rivières glacées, à la pêche au saumon, chassant avec allégresse par - 30° le phoque et l’ours. Je revois un groupe d’hommes et de femmes tatoués, pratiquant, avec leur inimita-ble humour et une souveraine autorité, les uns l’échange des femmes, les autres de rigoureux tabous.

J’ai vécu dans l’île Saint-Laurent à Savoonga avec des Inuit connaissant encore une intense vie cérémonielle d’esprit sibé¬rien et japonais. J’ai suivi dans les glaces entrouvertes de la mer de Tchoutchi les chasses à la baleine, dominées par l’esprit chamanique. S’impose à ma pensée l’organisation militaire de ces peuples du détroit de Behring, sans aucun rapport avec ce que j’ai pu vivre ailleurs. Coutumes vécues par les pères il y a deux générations et qu’ils m’évoquaient comme si c’était hier : armures guerrières, fortins, postes de veilleurs du cap Wales, prisonniers-esclaves ... Complexes, puissantes, ces sociétés se révélaient, dans leur vie quotidienne, foncièrement différentes du groupe de Thulé, ramassé, retenu, où je viens me ressourcer après seize années. Et il s’agit pourtant d’un même peuple que dix mille ans d’histoire d’isolats sur un immense front ont différencié. Aussi chers me soient-ils, les Esquimaux Polaires ne représentent qu’une des facettes multiples du peuple inuit. Mais je continue à penser que cette facette est capitale : une ligure de proue, au faîte de notre planète, devenue, du fait du destin géostratégique, si vulnérable.

*

Observant distraitement les allées et venues de la stewardess, ma pensée poursuit son errance. Je songe aux difficiles problè-mes posés par l’intégration de ces peuples inuit au monde moderne ; problème aux dimensions universelles : l’avenir des minorités. Pour tenter de défendre ces sociétés, j’ai accepté d’être consultant auprès de deux gouvernements canadien fédéral et québécois - et je reprends ce rôle auprès du ministère danois du Groenland, qui vient de me charger d’une mission similaire. C’est la raison même de ce voyage. La question est simple, si la réponse ne l’est pas ! « Quel avenir voyez-vous à Thulé pour les trois cents à quatre cents Esqui¬maux Polaires ? Dites-nous vos propositions et formulez un plan écrit de réformes et un calendrier. »

Les heures passent, les passagers s’assoupissent. lis s’ébrouent, se lèvent, marchent dans le couloir. De petits groupes se forment. Nous survolons à 5 000 mètres l’immense glacier groenlandais et, de toute la force de ses moteurs de jet, l’avion fonce vers le nord-ouest, nous insufflant sa puissance tranquille. Je suis assailli à nouveau par les souvenirs du passé ... Kutsikitsoq, Qaaqqutsiaq, ces très chers Esquimaux de Thulé... Que sont-ils devenus après les extraordinaires événe¬ments de juin 1951 ? Je les ai quittés troublés par ces trois mille’ martiens de l’US Air Force, venus du ciel en juin 1951 pour construire, sans même demander aux Inuit leur avis, au centre même de leur territoire, cette gigantesque base. Troublés ; le mot est trop faible. Terrifiés par le nouvel avenir technico-militaire qui leur était imposé ainsi. Je sais maintenant qu’un certain jour de l’été 1953, ils ont même été contraints, encore une fois sans consultation préalable de leur conseil de chasseurs, de quitter précipitamment leurs iglous, leurs morts, pour un Nord plus lointain, à l’abri des manœuvres militaires américaines. J’avais été mal informé par la voie officielle. Ce n’est pas volontairement qu’ils sont partis, mais bien contraints et forcés. Inuterssuaq, leur député, me le confirmera. Ainsi a été édifiée en toute hâte, sur les rives du détroit de Murchison, la petite capitale de Qaanaaq à laquelle a été accolé artificiellement le nom de Thulé. Comment ont-ils donc réagi ? Avec amertume, sans doute ; avec rage, j’en suis convaincu, de la part de certains. Je veux les entendre, moi-même et un à un. Je sais que je verrai ce que je veux voir dans chacun de leurs regards et entendrai leur silence.

Je m’assoupis. Et c’est alors qu’il me semble réentendre les ministres fédéraux du Nord Canada qui se sont succédé, Jean Lesage et Jean Chrétien, le directeur du Territoire du Nouveau-Québec, Jean Poitras, Willie Hensley, sénateur inuk de T’État de l’Alaska et aujourd’hui banquier, le gouverneur du Groenland, mon vieil ami Niels Otto Christensen, et cet autre fidèle camarade Claus Borneman, ministre adjoint au ministère du Groenland, avec lesquels j’ai eu de nombreux entretiens à propos des Inuit. Tout comme mes collègues ethnographes de l’Académie des sciences de l’URSS, en particulier l’académicien Bromlej, chargé de définir le mode de développement dans l’Arctique sibérien, dans le « respect de l’identité culturelle et ethnique des peuples circumpolaires ». Nombre de ces interlocuteurs jugeaient mes inquiétudes excessives et discutaient, en les critiquant, les conclusions prudentes de mes rapports. Hommes de gouvernement, ils avaient à arbitrer. Et leur action était confortée par des montagnettes de papiers-rapports. éducation, développement : voilà bien les maitres mots de la décade vécue avec la conviction de la fatalité du progrès. Leur volonté, à eux, était de faire évoluer d’une manière ou d’une autre, et comme à tout prix, les sociétés, si conservatrices, dont ils avaient la charge et qu’ils jugeaient, sur le plan technique et culturel, comme en arrière de l’histoire.

Eh bien, voyons donc ce « développement » 1 Le temps est venu de dresser les bilans. C’est, je dois l’avouer, quelque peu désabusé par les illusions de cette accélération malheureuse de l’histoire de peuples à rythme lent que je m’apprête à rejoindre mes anciens compagnons, les Inuit ! Qui sait ? L’histoire té-moigne de ces sursauts. Et s’« ils » avaient relevé le défi ?

Atterrissage. Prise en charge anonyme et militaire. « You are going to the Eskimo village ? OK. That’s the way. Next block, you will get a jeep’. » Sorti de l’immense et inquiétante base militaire, je gagne rapidement, à I kilomètre au nord, la rive inhabitée que domine la petite maison blanche de Knud Rasmussen, toujours inhabitée, mais comme symboliquement présente pour témoigner d’une espérance plus haute. Dans la baie de l’Etoile Polaire, jadis bruyante et sillonnée de kayaks, un petit sloop solitaire se balance sur l’eau. A mon appel, un homme surgit sur le pont, il me salue cordialement et avec grâce : depuis deux jours, trois Esquimaux m’attendent ici. Il est l’un d’entre eux.
(pp. 589-593)

Jean Malaurie, voyageur du monde et ami des Inuits

Ethnologue, géographe, écrivain, explorateur du grand Nord, Jean Malaurie est mort le 5 février 2024, laissant derrière lui un héritage scientifique et humain important.⁠ Jusqu’à la fin de sa vie, il a défendu les peuples premiers, partagé sa passion pour l’Arctique et résisté à l’unification des cultures. En 2016, Nicolas Martin le recevait dans "La Méthode scientifique". Écoutez-le.
Illustration : Jean Malaurie et les Inuits de Thulé, Groenland, 1951. © Fonds Malaurie / DR

Groenland enjeu géopolitique

07 janvier 2026 Après l’attaque américaine contre le Venezuela et l’enlèvement le 3 janvier du dictateur Nicolas Maduro, un message apparemment anodin a attiré une attention particulière. Katie Miller, épouse de Stephen Miller, directeur de cabinet adjoint de Donald Trump, a publié sur la plateforme X une carte du Groenland recouverte du drapeau américain et du mot « soon » (« bientôt »). Peu après, Donald Trump a déclaré que les Etats-Unis avaient besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale, le Danemark n’étant pas en mesure de défendre seul l’île. La première ministre danoise, Mette Frederiksen, a rejeté cette affirmation et souligné la souveraineté du Danemark et du Groenland. Le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a également insisté sur la souveraineté du Groenland.

Le Groenland n’est pas un avant-poste lointain, mais revêt une grande importance pour les Etats Unis mais aussi pour l’Europe. L’île a le statut de pays et de territoire d’outre-mer de l’Union européenne (UE) avec des droits spéciaux. Les Groenlandais sont citoyens du royaume du Danemark et donc citoyens de l’UE avec des droits de libre circulation. Mais, surtout, le Groenland revêt une importance stratégique considérable : sur le plan militaire, en tant que zone-clé dans l’Arctique, sur le plan économique, en raison de ses matières premières, et sur le plan géopolitique, dans le contexte des nouvelles routes maritimes et du changement climatique. Celui qui contrôle le Groenland influence un domaine-clé de la politique de sécurité européenne.

20 janvier 2026 : "Nous avons besoin du Groenland pour des raisons sécuritaires", a expliqué le président américain lors d’une conférence de presse, assurant être capable de convaincre la population de l’île arctique d’adhérer à son projet. "Une fois que je leur aurai parlé, ils seront ravis", a-t-il assuré.
Face aux ambitions territoriales répétées de Donald Trump, les Groenlandais de la capitale Nuuk sont massivement descendus dans la rue, samedi 17 janvier 2026 pour défendre leur souveraineté.

L’hubris de Donald Trump voudrait un « titre de propriété » sur ce pays pour laisser sa trace dans l’histoire.

USA : DES EXTENSIONS TERRITORIALES DEPUIS 250 ANS

Morceau de glace
Nous voulons un « morceau de glace » pour protéger le monde, et ils refusent de nous le donner", a encore commenté Donald Trump. "Ils ont donc le choix," a-t-il poursuivi. "Ils peuvent dire ’oui’, et nous leur en serons très reconnaissants. Ou ils peuvent dire ’non’, et nous nous en souviendrons",

Le dernier revirement de Trump : désescalade

Davos, mercredi 21 janvier 2026.
Après des semaines de menaces, de convulsions boursières et de tensions diplomatiques, Donald Trump a soudainement annoncé mercredi à Davos « le cadre d’un futur accord » sur le Groenland qui l’a conduit à lever ses menaces douanières.

Au cours d’une « réunion très productive que j’ai eue avec le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte, nous avons conçu le cadre d’un futur accord concernant le Groenland et, en réalité, toute la région arctique », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social, depuis la station de ski suisse où il participe au Forum économique mondial. « Sur la base de cette entente, je n’imposerai pas les droits de douane qui devaient entrer en vigueur le 1er février », a ajouté Donald Trump. Il n’a donné aucun détail sur le contenu de ce « cadre ».
Challenges.fr

Le Néerlandais, qui a toujours entretenu de bonnes relations avec le président américain, aurait proposé un transfert de souveraineté d’une ou de plusieurs bases militaires sur l’île. Reste à faire approuver ces concessions aux Danois et aux Groenlandais.
LeMonde.fr

Groenland. Qui sont vraiment les Inuits ?


LCI, samedi 17 janvier 2026

QUEL EST LE STATUT EXACT DU GROENLAND ?

Pour certains, il s’agirait d’une ancienne colonie. Pour d’autres, d’une région danoise lointaine. Pourtant, la réalité est plus subtile. Le Groenland est aujourd’hui un territoire autonome, juridiquement distinct, rattaché à un État membre de l’Union européenne… tout en étant en dehors de l’UE.

Le Groenland : un pays à part en Europe

Le Groenland est un territoire grand comme quatre fois la France et recouvert de glace à 80%. La partie qui en est libre représente l’équivalent de la surface de l’Allemagne. Sa population atteint environ 56 000 habitants (globalement la ville de Vannes ), majoritairement inuits, concentrés le long de la côte sud-ouest. La capitale, Nuuk, concentre à elle seule près d’un tiers de la population.
Cependant, le Groenland n’est ni un État indépendant ni une simple région administrative. Il dispose de ses propres institutions politiques, d’une langue officielle unique, le groenlandais, et d’une identité nationale clairement affirmée. Cette singularité est au cœur de son statut juridique actuel
En 1979, le Groenland obtient un premier niveau d’autonomie avec la mise en place du Home Rule. Ce transfert de compétences marque une rupture importante.

Puis, en 2009, une nouvelle étape est franchie avec la loi d’autonomie renforcée (Self-Government Act).

Désormais, le Groenland gère presque toutes ses affaires internes : éducation, santé, fiscalité, culture, aménagement et ressources naturelles.

Le Danemark conserve néanmoins certaines compétences régaliennes. La défense, la politique étrangère et la monnaie restent de son ressort. Cette répartition asymétrique illustre bien la nature particulière du lien entre les deux entités.

L’un des éléments les plus déterminants du statut du Groenland réside dans la reconnaissance explicite de son droit à l’autodétermination. La loi de 2009 reconnaît le peuple groenlandais comme un peuple à part entière, disposant du droit de décider de son avenir politique.

Concrètement, cela signifie que le Groenland peut accéder à l’indépendance par la voie démocratique, via un référendum local.

Le Groenland et l’Union européenne : une relation singulière
Lorsque le Danemark rejoint la Communauté économique européenne en 1973, le Groenland y entre automatiquement. Cette intégration suscite toutefois de fortes réticences locales. La politique européenne de la pêche, en particulier, est perçue comme incompatible avec les intérêts économiques groenlandais.
En 1982, un référendum est organisé. Les Groenlandais votent majoritairement en faveur de la sortie de la CEE. Cette décision conduit à un retrait effectif en 1985.
Depuis cette date, le Groenland n’appartient plus à l’Union européenne.

Aujourd’hui, le Groenland bénéficie du statut de PTOM (Pays et Territoire d’Outre-Mer). D’autres pays ont ce statut, comme la Polynésie dite « française », la Kanaky (Nouvelle Calédonie), Saint Pierre et Miquelon et Wallis et Futuna.

Le monde des Inuits ?


Carte extraite du livre de Jean Malaurie. Les Inuits y sont encore nommés sous le terme d’Esquimaux. Le mot « Esquimau » est aujourd’hui considéré comme inapproprié ou offensant dans de nombreux contextes et est évité dans les usages officiels.
ZOOM : cliquer l’image

Implantation géographique
Les Inuits ne vivent pas qu’au Groënland, ils sont présents dans toutes les régions arctiques de l’hémisphère Nord, autour du cercle polaire. Leur territoire traditionnel est réparti sur quatre États :
- Groenland (Danemark) : l a majorité de la population y est inuit
- Canada :artique
- Alaska (États-Unis)
- Sibérie orientale (Russie)


Population
La population inuit mondiale est estimée à environ 170 000 personnes, réparties approximativement comme suit :
- Groenland : 56 000 (environ 90 % de la population du pays)
- Canada : 65 000
Alaska : 30 000
- Sibérie : 2 000


Langues
Les langues inuites appartiennent à la famille eskimo-aléoute. Elles forment un continuum linguistique, avec des variantes régionales.
Situation linguistique :
- Au Groenland, le kalaallisut est très largement utilisé au quotidien et dans l’administration.
- Au Canada, plusieurs langues inuites ont un statut officiel régional (ex. Nunavut), mais sont menacées par l’anglais et le français.
- En Alaska et en Russie, ces langues sont davantage en danger, avec moins de locuteurs actifs.


Nota : Le terme « Inuit » est le pluriel (le singulier est Inuk).

Structure des langues inuites
Les langues inuites appartiennent à la famille eskimo-aléoute et se distinguent fortement des langues indo-européennes (français, anglais, etc.).
a) Langues polysynthétiques (agglutinantes)
Ce qui signifie que :
- Un seul mot peut correspondre à une phrase entière en français
- Les mots sont construits à partir d’une racine suivie de nombreux suffixes grammaticaux
Exemple simplifié (inuktitut) :
Qangatasuukkuvimmuuriaqalaaqtunga
= « Il semble que je doive aller à l’aéroport »
Un mot peut contenir : le sujet, l’objet, le temps, le mode, l’intention, la nuance (doute, obligation, hypothèse)


b) Grammaire et morphologie
- Pas de genre grammatical (masculin/féminin)
- Pas d’articles (pas de “le / la / un / une”)
- Ordre des mots relativement libre, car la fonction est indiquée par les suffixes

Idée reçue :
Les Inuits n’ont pas “100 mots pour neige”, mais un système morphologique qui permet de créer de nombreuses nuances à partir d’une base commune.


Existe-t-il une écriture des langues inuites ?
Oui, plusieurs systèmes d’écriture existent, selon les régions.


- Il existe des syllabaires inuits (Canada) où chaque symbole représente une syllabe (consonne + voyelle)
- Mais l’alphabet latin est utilisé au Groenland et en Alaska ainsi que de plus en plus au Canada (standardisation récente)

Et au Groenland Le kalaallisut est :
• langue officielle
• enseignée
• pleinement normalisée à l’écrit

Ce que le drapeau groenlandais nous dit


18 janvier 2026 : manifestations au Groenland contre la volonté de Trump de s’emparer du pays (s-bahn.hamburg)

Le contexte historique

• Le Groenland a longtemps utilisé uniquement le drapeau danois (le Dannebrog), car il fait partie du Royaume du Danemark. Mais en 1979 le Groenland obtient l’autonomie interne (Home Rule) et cette autonomie crée un besoin fort de symbole identitaire propre. Un concours est alors organisé pour créer un drapeau distinct et le drapeau actuel est officiellement adopté en 1985.

• Le drapeau a été conçu par Thue Christiansen, un artiste, enseignant et homme politique groenlandais avec pour objectifs : évoquer la paysage artique, mettre en avant la culture inuit, Éviter une imitation directe des drapeaux nordiques classiques. Son projet a été choisi parmi plusieurs propositions, dont certaines comportaient la croix scandinave, finalement rejetée.

La symbolique

• Les couleurs :
- Blanc : la glace, la neige, La pureté et la rudesse de l’environnement arctique
- Rouge : le soleil, la vie, le lien historique avec le Danemark (le rouge est aussi présent sur le drapeau danois)

• Le cercle
Le cercle est central dans la pensée inuit : cycle de la nature, soleil indispensable à la vie, équilibre entre l’homme et son environnement
L’image la plus souvent évoquée est celle du soleil à l’horizon, moitié dans la glace, moitié dans la mer.

Un choix politique et culturel fort

Le rejet de la croix nordique n’est pas anodin : la croix symbolise le christianisme et l’héritage européen. le Groenland voulait affirmer une identité inuit, plus ancienne que la présence danoise. Le drapeau devient ainsi un symbole : d’autonomie, de fierté culturelle, de lien à la terre et à la mer, essentiels à la vie groenlandaise.


[1] d’après Historia

[2] du nom du « North Star », premier baleinier écossais à avoir hiverné dans ces eaux en 1850-51 (capitaine Saunders).

[3] Médéé (Sénèque)

[4] Kiffag : domestique ou aide. Tous ceux qui ne sont pas chasseurs, c’est-i-dire tous ceux qui ne possèdent pas leurs propres attelages de chiens, sont appelés être kiffat. L’appréciation est péjorative pour un homme.

[5] Les Esquimaux du district de Thulé sont les habitants vivant le plus au nord de la Terre ; de tous les Esquimaux, ce sont les plus septentrionaux : aussi l’usage
est-il, en ethnologie, de les désigner du terme d’Esquimaux Polaires. Ils se nomment parfois eux-mtmes Aavannaamiut : Hommes du Nord ou Inughuit, leur territoire (le
nord du Groenland) s’appelant Avanersuaq ou Avangnl.

[6] En 1950-1951, la population de Thulé (district) était encore indemne de toute maladie vénérienne. Compte tenu de son isolement et de la promiscuité sexuelle, on ne peut qu’être surpris qu’elle n’ait pas été, de 1818 à 1910, durablement affectée par les fréquents séjours des baleiniers. Je sais plusieurs cas personnels de maladies - blennorragies à Etah, ayant affecté des Esquimaux à cette époque et très précisément en 1907-1908. Ceux qui en ont été victimes m’ont décrit leurs maux. Aucun médecin n’opérant au sein de ce groupe, je dois conclure à une faculté de résorption naturelle. En milieu clos, il est une atténuation progressive de la virulence du germe. On observe une immunisation progressive des individus affecta par del blennorragies.

[7] A partir de 1960 environ, les Esquimaux ont exprimé la volonté de se faire appeler par leur nom, leur vrai nom : Inuit, pluriel d’inuk, « homme par excellence » ... Au Groenland, les Sud-Groenlandais s’appellent Kalaallit (pluriel de Kalaalea).

[8] 2. Ils ont été étudiés l’année qui suivit mon bref passage (une semaine) par une psychologue américaine. Jean Brggs ; elle publia une précieuse étude.