
Les Cahiers de Tinbad nous passionnent toujours. Face aux discours « officiels », surgissent des controverses là où fait débat l’histoire des arts (cinéma compris), de la littérature, de la poésie et de la politique.
L’intelligence d’une telle revue devient une réplique aux idées reçues en ayant recours aussi au passé. Dans ce numéro, relisons avec intérêt tout ce qui désembrouille des visions reçues en parlant non seulement d’hier mais d’aujourd’hui.
Cette fantastique liberté permet de lire Guillaume Basquin, Olivier Rachet et d’autres qui ignorent les langues de bois. Chacun s’interroge souvent bien plus lucidement que les spécialistes de l’art, de la littérature (Steinbeck ici via Pierre Guiglielmina) ou de l’état du monde (Les USA revisités par Louise Glück).
Une telle revue protège autant les idées que les écritures (Claude Minière, Jean-Hugues Larché entre autres). De tels auteurs sont capables de rejoindre l’énigme qui sous-tend la création comme la destinée des hommes, des formes et du monde. Images et textes de divers genres confectionnent, effilent, polissent, aiguisent ce qui arrive – ce qui se fait parfois en fouillant jusqu’au tréfonds des jugements voire de l’inconscient (ici, Jacques Lacan lui-même à travers Joyce ou Jean-Clause Hauc sur Sade et le pape Pie VI).
Ce Cahier 19 dégage des abondances de ruines et de cendres. Nos doxa sont de facto soumises par de telles lectures selon divers types d’approches. Les esprits (et les âmes) ont de quoi danser dans diverses e(s)thétiques de la subversion.
jean-paul gavard-perret
Les Cahiers de Tinbad, n° 19, Tinbad édtions, Paris, automne 2025, 168 p. – 17,00 €.

Voici le 19e numéro de notre revue interdisciplinaire Les Cahiers de Tinbad, revue d’écriture de création avant tout, mais pas que. Alors que la « politique » a fait son apparition dans le sous-titre de la revue, et que le point après « littérature » a été enlevé, voici un nouvel éditorial, rédigé par l’auteur de Polaroïds, Alain Marc :
Oui, osons le dire : nous, auteurs Tinbad, nous sommes la nouvelle avant-garde. Le monde chute, le désœuvrement est grand et durable, la fin est proche. Alors re-balayons tout sur notre passage : retravaillons les mots, le corps, le sexe, le monde et l’être. La littérature, le cinéma, les arts, aussi bien cinématographiques que plastiques, la politique et la société. Revisitons la fiction, l’essai, le récit, le chant, la poésie et même la transe. Remettons sur le devant de la scène une parole forte, aussi bien par ses mots que par la plus grande modernité. Désarticulons et réarticulons.
Aussi bien le monde que les mots et les idées. Réinventons tout. Re-malaxons, réassemblons les tessons épars. Revisitons les hautes figures, aussi bien de la littérature qu’artistiques, revisitons tout ! Osons être nous-même tels que nous sommes. Avec nos individualités et nos points communs. Osons attaquer les fondements trop bien installés, attaquons les soi-disantes nouvelles technologies, qui déshumanisent le monde entier à la vitesse super sonique et réaffirmons les valeurs profondes de la lecture, de la culture, du livre et du non numérique face au tout numérique et au virtuel généralisé. Réaffirmons les valeurs de la complexité face à la simplification et au grand nivellement par le bas. Nous sommes de la nouvelle avant-garde : du futur de demain par le réassemblage de l’hier.
Argument : Dans ce 19e numéro des Cahiers de Tinbad, nous saluons une fois de plus l’œuvre de James Joyce, dont le nom est à l’origine de l’appellation de la revue, avec un ensemble de textes rares de Pierre Guglielmina, Samuel Beckett, S. M. Eisentein, André Suarès et Jacques Lacan. Le poète Claude Minière nous donne une traduction inédite d’un texte-critique de Louise Gluck, récente Prix Nobel de littérature, sur l’originalité de la culture américaine. Nicolas Floury, Jean-Hugues Larché et Guillaume Basquin esquissent un chemin buissonnier à travers l’Histoire du cinéma, avec des textes sur Kit Zauhar, Paolo Gioli, Nicolas Humbert et David Lynch, récemment disparu. L’actualité internationale nous obligea enfin à republier le célèbre texte d’Anatole France contre les guerres et un dialogue entre le philosophe Gilles Deleuze et Elias Sanbar sur le problème palestinien.
Avec les participations de : Jean-Claude Hauc, Pierre Guglielmina, Jacques Lacan, Gilles Deleuze & Elias Sanbar, Daniel Cabanis, James Joyce, Samuel Beckett, S. M. Eisentein, André Suarès, Nicolas Floury, Olivier Rachet, Didier Ayres, Guillaume Basquin, Claude Minière, Anatole France, Jacques Cauda, Louise Glück, Nicolas Grenier, Claire Fourier et Jean-Hugues Larché.
La revue paraît deux fois/an, au printemps et en automne.
Crédit : editionstinbad.com
SOMMAIRE
If the fool would persist in his folly
he would become wise. »
William Blake
■ Pierre Guglielmina, « À présent, note ma prophétie », John Steinbeck suivi
de Une journée d’Ulysse(s) dans le monde ..... 2
■ André Suarès, Une image de James Joyce ..... 16
■ Samuel Beckett, Dante… Bruno. Vico.. Joyce ..... 17
■ S. M. Eisentein, Mes rencontres avec James Joyce ..... 29
■ James Joyce, Traits & portraits ..... 33
■ Jacques Lacan, De James Joyce comme symptôme ..... 37
■ Jean-Hugues Larché, Tours de Joyce suivi de L’excès Lynch ..... 46
■ Guillaume Basquin, Journal d’un cinéfils (4) suivi de Entretien avec Marc Benda ..... 49
■ Nicolas Floury, Kit Zauhar : la désagrégation de l’intime ..... 56
■ Louise Glück, L’originalité américaine ..... 65
■ Olivier Rachet, Enquête L’Infini ..... 69
■ Jean-Claude Hauc, Sade et le pape Pie VI ..... 71
■ Anatole France, On croit mourir pour la patrie… ..... 79
■ Gilles Deleuze & Elias Sanbar, Les Indiens de Palestine ..... 82
■ Jacques Cauda, Sur traits, à propos de Bellmer ..... 90
■ Nicolas Grenier, Au théâtre ce soir ! ..... 97
■ Claude Minière, Transmission ..... 101
■ Daniel Cabanis, Agents dont le nom m’échappe ..... 111
■ Didier Ayres, 4 septembre ..... 118
■ Notes de lecture .... 126
© Tinbad 2025 pour l’ensemble, les auteurs pour chacun des textes
Les textes de Jean-Hugues-Larché ont été initialement publiés sur pileface :
Tours de Joyce
L’excès Lynch
Cahier N° 19, spécial Joyce
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1 Messages
Dans ce dernier numéro des Cahiers de Tinbad en partie consacré à Joyce (c’est à Joyce que renvoie le 4e de couverture), on peut lire un texte de Samuel Beckett de 1929 : "DANTE… BRUNO. VICO.. JOYCE" dans sa version originale en anglais. J’ai publié la traduction française de ce texte par Jean-Louis Houdebine telle qu’elle avait paru dans la revue "Documents sur" en 1979 à l’initiative de Marcelin Pleynet. LIRE ICI.
Guillaume Basquin m’écrit qu’il me doit la vignette de Joyce qui figure sur la couverture. Dans "Traits et portraits", il reprend un certain nombre de portraits de l’écrivain. Je lui en rappelle un autre qu’il ne connaissait pas, celui réalisé par Adami.
Adami, James Joyce.
ZOOM : cliquer sur l’image.
Dans la partie "politique" de la revue, un texte pacifiste d’Anatole France écrit en 1922 après la boucherie de la guerre 14-18, On croit mourir pour la patrie, qui semble définir la ligne actuelle de la revue (je m’interroge : le contexte historique n’a-t-il pas changé depuis que la Russie a agressé l’Ukraine un siècle exactement plus tard ? Et je souris en pensant au tract surréaliste d’octobre 1924 intitulé Un cadavre). Il y aussi un entretien entre Gilles Deleuze et Elias Sanbar sur le conflit israélo-palestinien datant des années 1980. J’ai publié il y a quelques mois d’autres textes (anti-sionistes) de Deleuze avec une approche contradictoire. Cf. Deleuze, Israël et les Palestiniens. Je n’y reviens pas.
Il faudra revenir sur les autres textes de la revue qui reste une anomalie heureuse dans le paysage éditorial.