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Catherine Millet à la Grande Librairie

Entretien croisé Amélie Nothomb et Catherine Millet

D 5 septembre 2025     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Catherine Millet à La Grande Librairie

« Pendant des années et de livre en livre, j’ai tourné autour. Jusqu’à ce qu’une amie historienne m’emprunte des photographies de ma mère pour une exposition dans un musée chinois. Simone, ma mère, Simone Émonet, s’y montrait si jolie, élégante, heureuse. J’étais prête, alors, à raconter son suicide, et bien sûr ce qu’il m’avait fait. »

Simone Emonet

Entretien croisé Nothomb-Millet

Rentrée littéraire
Propos recueillis par Didier Jacob
BibliObs, le 24 août 2025


Amélie Nothomb et Catherine Millet au bar de l’Hôtel Lutetia, à Paris, le 26 juin 2025. JULIEN LIENARD POUR « LE NOUVEL OBS »
ENTRETIEN. L’autrice de « la Vie sexuelle de Catherine M. » et l’écrivaine belge de « Stupeur et Tremblements » publient chacune un livre consacré à leur mère défunte et dialoguent ici pour la première fois.

Midi pile au Bar Aristide, Hôtel Lutetia, Paris. Toute de noir vêtue, Amélie Nothomb arrive la première. Catherine Millet la suit, remarquant aussitôt que, si elles se sont déjà croisées, les deux écrivaines n’ont jamais eu l’occasion de faire vraiment connaissance. Elles ont pourtant en commun d’avoir consacré à la mort de leur mère deux des textes les plus forts de cette rentrée.
Simone Emonet s’est suicidée il y a une quarantaine d’années. Sa fille, l’écrivaine Catherine Millet, raconte dans un récit porté par une intelligence et un humour omniprésents comment la vie pesa d’un poids écrasant sur cette femme dont elle retrace l’existence. Danièle, la mère d’Amélie Nothomb, s’est éteinte le 11 février 2024, à l’âge de 86 ans. Elle souffrait de la maladie de Parkinson depuis de nombreuses années. Dans un roman fracassé, unique en son genre, Amélie Nothomb, qui avait évoqué son père dans « Premier Sang », raconte son long chemin de souffrance. Comment dire l’amour d’une mère quand il est « de l’ordre du ravage », qu’il n’y a « pas de frein, pas de sagesse, pas d’équilibre » ? Réponse ici.

Amélie Nothomb, votre livre commence comme un conte de fées et se termine par le récit déchirant de la mort de votre mère. Pourquoi ce changement brutal de style ?

Amélie Nothomb Ce que je veux dire, pour commencer, c’est que tout ce que je raconte est vrai. Je sais que c’est difficile à croire, parce que la vie de ma mère a été si invraisemblable, et pourtant c’est le cas. Alors comment raconter l’invraisemblable ? Eh bien j’ai pensé que la forme du conte pouvait permettre cela. Parce que, dans le conte, tout passe. Je raconte donc l’enfance de ma mère sous cette forme. Une enfance qui se termine comme un véritable conte de fées. Elle rencontre le prince charmant. Elle l’épouse. C’est merveilleux. Et puis il y a cette rupture. Je me suis cassé la tête pour savoir comment parler de la mort de ma mère, et c’est la seule manière que j’ai trouvée.

C’est plus qu’une rupture. C’est un gigantesque saut dans le temps. Vous passez brutalement du mariage à la mort. Pourquoi ?

A. Nothomb Ce qui m’intéressait le plus, chez ma mère, c’est celle que je n’ai pas connue. Celle d’avant ma naissance. Et puis la fin. Après la « Madame Tant mieux » qu’elle a été jusqu’à la mort de mon père, soudain, elle se met à dégorger tout le négatif qui semblait lui avoir été épargné. Ça fait d’elle un personnage tragique. Et c’est bouleversant.

Vous racontez des choses horribles sur votre famille. Sur votre grand-mère, notamment, qui tuait des chats…

A. Nothomb Oui, c’est la pure vérité. Ma grand-mère, donc la mère de ma mère, était serial killer de chats. Mais ce qui me fascine là-dedans, ce n’est pas que ma grand-mère ait tué des chats, c’est que ma mère, fille de cette femme monstrueuse, ait pu tant l’aimer, et l’aimer jusqu’au bout. Personne n’aimait ma grand-mère. Et pour de bonnes raisons. Mais ma mère l’a follement aimée, toujours. C’est fascinant.

Vous dites que vous n’auriez pu écrire ce livre à la première personne…

A. Nothomb J’aurais voulu le faire puisque je l’avais fait pour mon père. Donc je me suis dit, la moindre des justices serait que je le fasse pour ma mère aussi. Mais autant pour mon père, ça a été la chose la plus naturelle au monde que de parler de lui à la première personne du singulier, autant pour ma mère, ce n’était pas possible.

Vous avez essayé ?

A. Nothomb Je n’ai pas eu besoin d’essayer. Je sentais que ça ne fonctionnait pas. On le sent tout de suite. Elle et moi, on n’a pas du tout le même centre de gravité. Je ne peux pas lui donner un « je », ce n’est pas possible.

Catherine Millet, vous avez été touchée par le livre d’Amélie Nothomb ?

Catherine Millet Oui, j’ai aimé, et je le dis avec beaucoup de sincérité, l’extrême simplicité avec laquelle Amélie parle de choses aussi difficiles et aussi complexes que la mort de ses parents. Bien sûr, la tueuse de chat, ça m’a beaucoup touché parce que j’adore les chats. Je vis avec des chats depuis très longtemps. Mais c’est quand Amélie commence à dire « je » que le livre me parle le plus.

Comme s’il y avait deux Amélie Nothomb, une Amélie romancière qui écrit des contes ou des fables, et une autre qui parle d’elle à la première personne, qui se dévoile plus peut-être ?

A. Nothomb Mais non, je suis vraie de toutes les manières, quelle que soit ma façon d’écrire. La jeunesse de ma mère, je ne l’ai pas vécue, donc elle est plus fantasmagorique. Elle parlait facilement de son enfance et de son adolescence. Et moi je l’ai beaucoup écoutée. Je n’ai fait finalement que retranscrire ses paroles.

Vous avez cette formule pour décrire votre amour pour votre mère. Vous dites : « C’est Barbey d’Aurevilly. C’est déchiré et hirsute, magnifique et entrecoupé de joie »…

A. Nothomb C’était un amour difficile. L’amour que je vivais avec mon père était un amour facile, classique. Mais ma mère était un personnage tellement bizarre. C’était difficile de l’aimer sereinement. Ce n’était pas un long fleuve tranquille. Elle avait ce côté « Docteur Jekyll et Mister Hyde ».

Vous racontez qu’elle se dédoublait…

A. Nothomb Oui. Elle avait quoi, 7 ans, quand elle a découvert que sa mère était un monstre et qu’elle a décidé de l’aimer quand même. Et pour elle, la seule façon d’y arriver, c’était de se dédoubler. Mais il a fallu que j’écrive ce livre pour que je comprenne pourquoi il était inévitable que ma mère soit double. C’était la seule façon qu’elle avait de supporter d’avoir une mère pareille.

C. Millet Tout ce que vous dites là-dessus, sur le dédoublement, m’a beaucoup touchée parce que je le rapportais à mon expérience personnelle. Ma mère ne me faisait pas souffrir, c’était les rapports qu’elle avait avec mon père que je supportais mal. C’était le fait qu’ils ne s’aimaient pas. Et pour moi, petite fille, ce n’était pas normal. Je pense que, moi aussi, pour me protéger, je me suis inventé une vie seconde, parallèle.

Catherine Millet, votre amour pour votre mère, si ce n’est pas Barbey d’Aurevilly, ce serait qui ?

C. Millet Je ne sais pas. Je me suis attachée aux images plus qu’à des références littéraires. A ces images de ma mère heureuse pendant la guerre, et tellement élégante. Je préfère penser aujourd’hui à elle ainsi, plutôt que d’avoir toujours en tête celle que j’ai connue à l’hôpital, et de conserver cette vision de ma mère défaite.

Ce qui frappe dans votre livre, c’est l’humour, même dans les passages les plus sombres…

C. Millet C’est vrai que je suis entrée dans mon récit plus facilement que je ne le pensais. Quand je disais que j’écrivais un livre sur le suicide de ma mère, qui remonte à plus de quarante ans, on me disait :« Ça va être très dur, tu vas te remémorer toute cette souffrance. » Et je répondais :« Non, pour l’instant, tout va très bien. » Au début du livre, presque pour me protéger, j’ai mis pas mal d’humour, j’ai même rappelé quelques blagues un peu lourdes. Et puis, au fur et à mesure, ça a commencé à devenir plus difficile parce que ça m’a fait revivre le moment de son suicide.

Après tout ce temps, vous avez ressenti la même douleur ?

C. Millet Il y a des choses que je n’avais pas vues, des choses que je n’avais pas comprises. Peut-être à cause de ma jeunesse, ou de ce qui m’occupait dans ma vie à ce moment-là. J’ai beaucoup souffert sur le moment, mais disons que d’écrire ce livre a réveillé des choses qui étaient restées enfouies, que j’avais oubliées. Si bien que je me suis trouvée, à un moment, dans l’impossibilité de terminer. J’ai mis un temps fou à écrire les dernières pages.

Pour vous, ce suicide, c’était un geste incompréhensible à l’époque ?

C. Millet Il est clair que je n’avais pas la maturité et la connaissance de la vie en général. J’avais une trentaine d’années. Mais ce qui m’a aidée, c’est que j’étais amie avec le peintre Bernard Dufour, dont la première femme s’était suicidée. C’est lui, le premier, qui m’a dit que ceux qui restent ne peuvent pas comprendre ce qui s’est passé dans la tête de celui qui a décidé de se suicider. C’est inatteignable. Donc il m’a protégée contre une trop grande culpabilité même si on n’y échappe pas, évidemment, en tout cas pas complètement.

A. Nothomb Il y a des audaces extraordinaires dans votre livre. Il y a le passage où vous apprenez le suicide de votre mère et, trois pages plus tard, vous êtes dans une espèce de bonheur absolu.

C. Millet Ça m’a étonnée, d’ailleurs. C’est-à-dire que, quelques mois après avoir vécu ce drame qui m’avait complètement bouleversée, j’étais au bord de la mer. Je n’avais plus le souci de cette angoisse permanente qui était ma mère avec sa maladie. J’étais libérée de ça. J’étais devant un paysage magnifique. J’étais en train de finir mon premier livre. C’était un moment de très grand bonheur. La vie c’est ça aussi, c’est parfois une simultanéité entre ces moments de drames terribles et puis ces moments de temps suspendu, qui est le temps du bonheur.

Et vous, Amélie Nothomb, quand votre mère, qui était très malade, s’est éteinte, vous avez ressenti aussi une libération, malgré la souffrance ?
A. Nothomb C’est terrible à dire, mais oui. Le choc d’apprendre que sa mère est morte, évidemment, il est colossal. Mais ça s’accompagne d’une délivrance, d’abord. Déjà, on ne vit plus dans la terreur que sa mère meure. C’est fait et c’est une délivrance. Et puis aussi de voir sa mère se dégrader. Penser qu’on ne va plus la voir se dégrader, c’est un soulagement, ça c’est certain.

C. Millet En vous lisant, je me suis demandé : qu’est-ce qui est le plus terrible ? Une mère qui se suicide ? Ou une mère que vous avez vue, en effet, perdre la raison, ne plus reconnaître ses proches, etc.

Dans votre livre, Amélie Nothomb, vous écrivez que votre mère n’a pas « réussi sa mort ». C’est quoi, réussir sa mort ?

A. Nothomb La mort terrifiait ma mère. Elle y allait à reculons. Alors que mon père a vraiment accepté sa mort. Il avait même choisi son moment. C’était parfait. Et tout s’est tellement bien passé. En plus, une fois qu’il est mort, on a reçu de prestigieuses condoléances. A l’inverse, ma mère est morte contre son gré. Elle ne voulait pas mourir. Et quand c’est arrivé, personne n’a remarqué qu’elle était morte. Moi-même, j’ai été incapable d’en parler sur le moment. Ça, c’est un point commun entre Catherine et moi. On n’a pas pu dire que notre mère était morte. Autant j’ai pu le dire tout de suite pour mon père, autant pour ma mère, ce n’était pas possible.

Est-ce que le suicide, c’est réussir sa mort ?

C. Millet Non. Pas du tout. Enfin, dans certains cas, quand on choisit en pleine conscience, et aussi pour s’éviter d’autres souffrances plus dégradantes. Mais le suicide, comme ma mère l’a pratiqué, non. C’était vraiment la seule issue. C’était cette fenêtre qu’elle a ouverte. Et donc ça voulait dire que tout le reste était devenu intolérable.

Il y a cette scène très forte dans votre livre, Catherine Millet, quand vous pénétrez dans l’appartement de votre mère, après sa mort, et que vous voyez la fenêtre encore ouverte, par où elle a sauté.

C. Millet Je ne suis pas entrée dans la pièce tout de suite, d’ailleurs. Je suis restée sur le seuil. J’ai surtout cette image, lorsque je suis au commissariat et que le policier me dit que ma mère s’est défenestrée. Je m’en souviens très bien. Il me dit qu’une voisine, en dessous, a vu passer le corps. Et je la vois, cette image. Je ne suis pas allée au-delà, et surtout je ne voulais pas aller au-delà. Et je le dis, je n’ai pas vu ma mère après son saut. Je n’ai pas vu son cadavre. Je me suis protégée de ça aussi.

C’est magnifique, la manière dont vous arrivez à faire vivre le suicide de votre mère sans rien en montrer…

C. Millet On se débrouille comme on peut.

A. Nothomb Et puis vous dites cette chose très juste. Que, contrairement à ce que dit la police, elle ne s’est pas suicidée dans sa maison. Elle s’est suicidée hors de sa maison.

C. Millet Oui. Elle a voulu y échapper, justement. S’échapper de cet enfermement dans lequel elle s’était mise.

Est-ce qu’on est changé une fois qu’on a écrit sur sa mère ?

A. Nothomb Ah oui ! C’est la phrase de Virginia Woolf :« Il ne s’est rien passé aussi longtemps qu’on ne l’a pas écrit. » Voilà, maintenant, je suis vraiment orpheline. Tant que je n’avais pas écrit ce livre, je n’avais pas acté que j’étais orpheline. Maintenant, je le suis. Au moins, c’est fait, quoi ! Je ne dis pas que ce sont des cris de joie. Mais voilà.

C.Millet Moi, je suis très sensible à ce que vient de dire Amélie en parlant d’elle tout à coup comme d’une orpheline après avoir écrit le livre. Une des raisons pour lesquelles je n’arrivais pas, je pense, à terminer le mien est que j’avais le sentiment que, une fois que j’en aurais fini, j’allais vraiment l’abandonner. Je venais de vivre deux ans à nouveau en sa compagnie, avec toutes ces photos d’elle autour de moi, et je n’avais pas envie de la quitter.

A. Nothomb Pareil. Je me souviens d’avoir éprouvé ça. Mon livre est très court, mais il est quand même un tout petit peu moins court que les autres. Ce qui, à mon échelle, signifie qu’il est très long. Une petite voix me disait : surtout, ne termine pas trop vite ton livre, parce qu’après ta mère sera vraiment morte.

Qu’est-ce que ça change de perdre sa mère très jeune, plutôt qu’à l’âge où on est soi-même dans la maturité ?

C. Millet C’est vrai que la mienne est morte trop tôt pour que j’aie pu avoir avec elle un rapport d’égal à égal, comme j’imagine ça peut se produire entre deux femmes adultes qui ont chacune une expérience de la vie. Quand elle est morte, j’avais 30 ans, elle en avait le double. J’étais encore dans une vie très agitée, très incertaine à tout point de vue.

A. Nothomb Quand j’avais 42 ans, ma mère avait 28 ans de plus que moi et je me souviens de ce moment parce que c’est la première fois qu’elle m’a parlé comme à une adulte. Auparavant, pour elle, j’étais une enfant. Et là, tout à coup, j’ai senti qu’elle me considérait. Je suis contente d’avoir vécu ça. Vous, Catherine, bien sûr vous n’avez pas pu le vivre.

C. Millet Non, pas vraiment. Et du coup, je reste avec une connaissance extrêmement fragmentaire de ma mère. En revanche, j’ai pu retrouver beaucoup de photographies, que déjà dans les familles on accumulait en masse. Et Dieu merci sur du papier, pas dans des appareils où ça se perd peut-être plus facilement. Et c’est ainsi que j’ai découvert toutes ces photos de ma mère pendant la guerre, alors que mon père était prisonnier, et où elle est tellement apprêtée, tellement jolie. Qui était cette personne qui photographia ma mère et pour laquelle elle se mettait tellement en valeur, c’est une des questions que je me suis posées. Je n’en dis pas grand-chose, je laisse la porte ouverte au rêve, mais je me dis que j’ai pu accéder au moins à une partie de son histoire, dans le Paris occupé, hors du temps en quelque sorte. Peut-être a-t-elle vécu pleinement, à ce moment-là, une vie de jeune femme épanouie.

Pourquoi avoir mis aussi longtemps, Catherine Millet, à raconter la mort de votre mère ?

C. Millet Pour moi, les livres qui viennent avant, tous autobiographiques, mènent à celui-là. La vérité, c’est que chaque fois que je me préparais à raconter le suicide de ma mère, je ne le faisais pas, j’écrivais quelque chose d’autre. Là, je me suis dit, bon, allez, tu prends le problème de front.

A. Nothomb On doit avoir, c’est sûr, besoin d’un temps de digestion.

C. Millet Oui, on peut dire quand même que ça a été une longue digestion. Je pense aussi qu’il fallait que plusieurs éléments soient réunis. De la maturité, en tant que femme, pour être sensible à certaines choses. Et aussi, je vais vous faire rire, de la maturité en tant qu’écrivain. J’ai commencé ma carrière assez tard. Longtemps, j’ai été critique d’art, purement critique d’art. Il fallait que j’aie les outils de l’écrivain, des outils maîtrisés, pour écrire sur ce sujet-là. Parce qu’écrire sur la vie sexuelle, je l’ai souvent dit, c’était plus léger. C’était même amusant. Je me remémorais des moments qui avaient été agréables ou drôles. En revanche, pour se confronter à la mort d’une mère, en plus un suicide, il fallait que je sois un peu plus sûre de mes moyens.

Vous regrettez cette époque de la publication de votre premier livre, « la Vie sexuelle de Catherine M. », avec tout le succès et toute la polémique qu’il a engendrés ?

C. Millet Non, pas du tout. J’aurais mauvaise grâce de dire que c’était pénible. Ça a été amusant à vivre. C’était drôle de faire le tour du monde avec ce sujet-là et de rencontrer des publics différents pour en parler. Mais c’est aussi un plaisir qui s’épuise, évidemment.

Votre premier livre, Amélie Nothomb, a suscité aussi pas mal de débats, notamment dans votre famille… Ça vous rend nostalgique ?

A. Nothomb Ecoutez, qu’il n’y ait plus de vieilles tantes pour venir voir mes parents et leur dire qu’il fallait faire cesser ce scandale, ça ne me rend pas nostalgique. Elles sont mortes et c’est très bien. Et même si ma famille est toujours scandalisée, au moins on n’a plus le front de venir me faire la morale. Ça, c’est très bien aussi. Ce qui compte, c’est que publier un livre n’est pas du tout devenu quelque chose de banal pour moi, bien au contraire. Chaque fois que je publie un nouveau livre, je me dis : « Mon Dieu, c’est tellement nouveau ! Comment vais-je faire pour parler de celui-ci ? Ça va être tellement difficile. »

Vous, Catherine Millet, on ne vous fait plus non plus la morale ?

C. Millet Non, mais j’éprouve toujours une crainte quand même.

Crainte de faire scandale ?

C. Millet Ce n’est pas la crainte du scandale, c’est plutôt de se demander si les gens vont lire vraiment le livre ou s’ils vont passer à côté. Par exemple, pour « la Vie sexuelle… », il y avait des lecteurs qui étaient complètement à côté de la plaque. Bon, voilà, c’était inévitable.

On a l’impression, à vous entendre, que vous vous exposiez paradoxalement moins dans « la Vie sexuelle » que dans ce nouveau livre, par exemple.

C. Millet Ça a toujours été plus difficile, comme je le disais à une époque, de parler de sentiments que de raconter ma vie sexuelle. Quand on écrit des autobiographies, on s’expose forcément, on se met un peu à poil.

A. Nothomb Oui, moi aussi j’ai toujours cette impression de danger.

C. Millet Vous évoquiez les réactions de la famille d’Amélie. Bon, là c’est vraiment l’entourage, c’est la famille. Mais même les amis, vont-ils vous regarder autrement, une fois que vous aurez révélé une vérité pour la première fois ? Et il y a aussi l’entourage professionnel. Donc c’est une petite prise de risque. Et je pense aussi aux lecteurs. Moi, je n’ai évidemment pas un public comme celui d’Amélie, mais quand même, on se dit qu’on a intéressé des gens avec nos livres, on a établi une sorte de dialogue avec eux. J’ai toujours adoré les rencontres en public pour ça, parce qu’il y a un vrai dialogue. Mais si on leur livre quelque chose d’assez différent, comment vont-ils réagir ? Est-ce que ce dialogue va continuer ou pas ?

« Tant mieux » par Amélie Nothomb, Albin Michel, 216 p., 19,90 euros (en librairie
le 20 août)
« Simone Emonet », par Catherine Millet, Flammarion, 192 p., 19,50 euros (en librairie le 27 août).

BIOS EXPRESS

Née en 1966 en Belgique, Amélie Nothomb a publié de nombreux romans. Elle a obtenu le grand prix du roman de l’Académie française pour « Stupeur et Tremblements » en 1999.

Née en 1948 à Bois-Colombes, Catherine Millet a publié plusieurs récits autobiographiques dont « la Vie sexuelle de Catherine M. » (2001), « Jour de souffrance » (2008), « Une enfance de rêve » (2014) et « Commencements » (2022).

BibliObs

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Catherine Millet sur pileface
Amélie Nothomb sur pileface


GIF Echo des critiques de la presse

Sur « Simone Emonet » de Catherine Millet

Sur des photos de sa mère, jeune, l’écrivaine a vu une femme heureuse, telle qu’elle ne l’a pas connue. Et qu’elle réinvente, quarante-trois ans après son suicide, au fil d’une quête poignante.
Nathalie Crom, Télérama

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Simone Émonet, de Catherine Millet : une relation mère-fille aux accents universels, d’une sobriété émouvante
Mohammed Aïssaoui, Le Figaro Littéraire

Sur « Tant mieux » d’Amélie Nothomb

Poignant. La Tribune Dimanche

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Percutant, prenant et jubilatoire. Le Parisien

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La romancière signe une oeuvre poignante et intime où fiction et réalité se confondent, dressant le portrait bouleversant de sa mère et d’une enfance en résistance. France Info

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