4 5

  Sur et autour de Sollers
vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE TIERS » Rome : du Caravage et des papes
  • > SUR DES OEUVRES DE TIERS
Rome : du Caravage et des papes

Yannick Haenel – « Caravage 2025 » au Palazzo Barberini

D 9 mai 2025     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Dans la peau du Caravage avec l’écrivain Yannick Haenel

France Inter, vendredi 9 mai 2025

Ali Baddou reçoit Yannick Haenel, écrivain, éditeur de la collection Aventures chez Gallimard et auteur de “La Solitude Caravage” disponible en Folio à l’occasion de la grande exposition à Rome Caravaggio 2025.

Avec
Yannick Haenel,ecrivain

[Provenant du podcast 15’ de plus

Maître du clair obscur né en 1571, mort en 1610, Le Caravage se voit célébré dans une gigantesque exposition à Rome. Pour mieux connaître ce peintre complexe et génial, l’écrivain et grand amateur du peintre Yannick Haenel est au micro de Ali Baddou.

Chacun, chacune a déjà aperçu Judith décapitant Holopherne, célèbre tableau du Caravage : "on voit quelque chose qui déchire le visible, qui déchire le réel, en l’occurrence une épée. On est sur fond noir avec un rideau cramoisi, très écarlate, très rouge, comme au théâtre, et une femme en corsage blanc, cheveux très clairs, les sourcils froncés, qui tient à bout de bras. Une épée, elle est en train de trancher la tête du général assyrien Holopherne, dont l’armée était en train à l’époque, c’est raconté dans la Bible, d’assiéger la ville de Béthulie et va devenir une sainte au fond, puisqu’en se réappropriant la violence dont elle et ses camarades étaient l’objet, elle va délivrer Béthulie, elle va délivrer le peuple juif. C’est ce qu’il y a de fou dans ce tableau. Il y a également une servante sur la droite qui tient déjà en grimaçant un sac dans lequel on imagine tout de suite, dès qu’on est face au tableau, que la tête de Holopherne va y prendre place. Ce qu’il y a de saisissant, c’est la violence extrême et l’érotisme extrême de cette femme puissante qui tue un homme.".

Pour Yannick Haenel, les tableaux du Caravage sont cette association de Eros et Thanatos, à ses yeux Judith a une force érotique, et pourtant c’est une tueuse qui assassine là, sous nos yeux. Les tableaux du Caravage décrivent un monde d’où s’est retiré Dieu et qui s’éclaire pourtant de sa lumière. Le peintre a associé en un même geste dans une soixantaine de tableaux "des fonds d’une noirceur terrible et la violence du sacré".

La peinture supérieure à la littérature dans ce qu’elle rend visible

Le Caravage a peint nombre de scènes violentes religeueus à la demande de la famille Borgese et de papes isssus de la famille,"Il y a, et chez le Caravage, mais aussi dans la papauté, pas une contradiction, mais quelque chose qui ne peut pas se concilier entre le profane et le sacré. Mais c’est l’époque de la Rome baroque. Et je trouve que c’est aussi un peu notre époque, ce désordre spirituel, Donc, que le spirituel interroge. Dieu, pas Dieu, moral, pas de moral."

Le Caravage, un mauvais garçon du côté des ténèbres ?

"Ce n’est pas si sûr, il est très, très amoureux d’une lumière possible, c’est une lumière douloureuse." L’écrivain poursuit sur ce peintre qui était aussi en un sens violent dans la vie, à la vie sexuelle débridée et qui est allé trop loin en tuant un adversaire, certes mauvais homme, mais tout de même : "je pense que précisément chez lui, et c’est très étrange et tout à fait passionnant, la violence fait partie de cet appétit de vivre et de peindre. Je pense qu’on a tort de croire que le Caravage peignait comme ça quelques heures par jour et qu’il allait se saouler. Non, il n’a fait que peindre constamment, mais pour rester au niveau de l’intensité que lui procure la peinture, et pour l’écriture c’est pareil au fond, pour ne pas qu’il n’y ait de retombées, on veut que ça continue, on veut que la nuit soit encore plus belle. Et, Le Caravage, qui était un personnage apparemment un peu irascible, pas commode du tout, est allé très loin, beaucoup trop loin, effectivement."

Comme un écho au Caravage, Yannick Haenel aime écouter Nick Cave, chanteur sombre à la voix elle aussi en clair obscur.


Caravage, Judith décapitant Holopherne, 1600.
Photo A.G., 29 novembre 2018. ZOOM : cliquer sur l’image.

VOIR l’article ICI

Crédit : radiofrance.fr/franceinter


le livre Folio sur amazon.fr

RESUME
"Vers 15 ans, j’ai rencontré l’objet de mon désir. C’était dans un livre consacré à la peinture italienne : une femme vêtue d’un corsage blanc se dressait sur un fond noir ; elle avait des boucles châtain clair, les sourcils froncés et de beaux seins moulés dans la transparence d’une étoffe." Ainsi commence ce récit d’apprentissage : par la contemplation de Judith décapitant Holopherne. Plongeant dans la vie terrible et passionnée du Caravage, Yannick Haenel enquête. Comment cet artiste génial peignait-il ? Que cherchait-il...


Caravage 2025 : la grande exposition au Palazzo Barberini

À Rome, vous pouvez admirer de nombreuses œuvres du Caravage, notamment dans des églises et des musées -la célèbre Galerie Borghese conserve pas moins de six toiles du Caravage - et avec des expositions spéciales comme "Caravage 2025" au Palais Barberini.

ZOOM : cliquer l’image

Caravagio 2025

Du 7 mars au 6 juillet 2025, le Palazzo Barberini accueille une exposition incontournable consacrée au Caravage, l’une des figures les plus révolutionnaires de l’histoire de l’art. Organisée à l’occasion du Jubilé 2025, cette exposition extraordinaire présente 24 chefs-d’œuvre autographes du maître lombard, offrant un voyage immersif dans son style unique et son évolution artistique.


Le Caravage, Les Joueurs, 1595 (KIMBELL ART MUSEUM)
ZOOM : cliquer l’image

Un voyage à travers des chefs-d’œuvre célèbres et des redécouvertes

L’exposition rassemble des œuvres emblématiques et des peintures rarement exposées, dont certaines reviennent en Italie après des siècles. Parmi les œuvres les plus attendues figure le "Portrait de Maffeo Barberini", une œuvre redécouverte qui est exposée au public pour la première fois depuis plus de 60 ans. Le tableau représente le jeune Maffeo Barberini, futur pape Urbain VIII, témoignant du lien profond entre Caravaggio et la famille Barberini.


Le Caravage, Maffeo Barberini, (Entre 1597 et 1603)
Huile sur toile,124 × 99 cm ,
ZOOM : cliquer l’image

Un autre chef-d’œuvre qui rend cette exposition incontournable est "Ecce Homo", du musée du Prado à Madrid. Cette puissante représentation de la Passion du Christ est un exemple parfait de l’expression dramatique et de l’utilisation magistrale du clair-obscur qui ont fait du Caravage un innovateur intemporel.


La toile du Caravage "Ecce Homo", datée de 1606-1609 , (ICON-TRUST)
ZOOM : cliquer l’image

Parmi les autres tableaux remarquables, citons "Sainte Catherine d’Alexandrie" du musée Thyssen-Bornemisza de Madrid, qui retourne symboliquement au Palazzo Barberini, où elle se trouvait à l’origine.


Le Caravage, Sainte Catherine d’Alexandrie, vers 1598
Huile sur toile, 173 × 133 cm
ZOOM : cliquer l’image

Par ailleurs, la comparaison entre "Marthe et Marie Madeleine" (Detroit Institute of Arts) et "Judith décapitant Holopherne" (Palazzo Barberini) permet d’observer de près le même modèle, probablement la courtisane Fillide Melandroni, muse inspiratrice de l’artiste.


Le Caravage, Marthe et Marie-Madeleine, vers 1598
Huile sur toile, 100 x 135,4 cm
ZOOM : cliquer l’image

Une installation qui exalte la révolution caravagesque

Organisée par Francesca Cappelletti, Maria Cristina Terzaghi et Thomas Clement Salomon, l’exposition suit un parcours chronologique qui met en lumière l’évolution stylistique du Caravage. De ses premières expériences lumineuses à ses chefs-d’œuvre les plus intenses et dramatiques, les visiteurs pourront s’immerger dans une installation conçue pour renforcer le contraste entre l’ombre et la lumière, un élément distinctif de la peinture du Caravage.

Grâce à un éclairage soigneusement calibré et à des espaces scéniques à fort impact visuel, l’exposition offre une expérience immersive, engageant le spectateur et amplifiant l’effet émotionnel des œuvres exposées.

Le Caravage et son retour à Rome

Le choix du Palazzo Barberini comme lieu de l’événement n’est pas un hasard : ce palais baroque historique, profondément lié à la famille Barberini, offre le contexte idéal pour admirer les œuvres du maître dans leur cadre original. En outre, la collaboration avec la Galleria Borghese et le patronage de la Direction Générale des Musées du Ministère de la Culture confirment l’importance de cette exposition dans le panorama culturel du Jubilé 2025.

Une occasion unique de redécouvrir le Caravage au cœur de Rome. Ne manquez pas la chance de visiter cette exposition exclusive et de vous laisser captiver par le génie de l’un des artistes les plus influents de l’histoire de l’Art.

Le Caravage sur pileface

A PROPOS DE YANNICK HAENEL

Yannick Haenel est né le 23 septembre 1967 à Rennes. Il a passé sa jeunesse en Afrique, puis au Prytanée Militaire de la Flèche (séjour qu’il a relaté dans son premier roman : Les Petits soldats, paru en 1996 aux éditions de la Table Ronde). Il vit à Paris, où il co-anime avec François Meyronnis la revue Ligne de risque, qu’il a fondée en 1997.

Il a publié, entre autres, quatre romans aux éditions Gallimard, collection L’Infini : Introduction à la mort française (2001), Évoluer parmi les avalanches (2003), Cercle (2007, prix Décembre), etJan Karski (2009, prix du roman Fnac et prix Interallié) ainsi qu’un essai sur la Dame à la licorne aux éditions Argol :À mon seul désir (2005). En 2017, son roman Tiens ferme ta couronne est sélectionné pour le prix Goncourt. En 2024, il fonde la revue littéraire semestrielle Aventures, chez Gallimard, revue qui succède à la revue L’Infini, suite au décès de son créateur Philippe Sollers

Source : D’après France Culture.fr

oOo