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Disparition du critique littéraire Angelo Rinaldi

D 7 mai 2025     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


07/05/2025 : Ajout des sections

Le critique littéraire Angelo Rinaldi, mort ce 7 mai à Paris, à l’âge de 84 ans, avait choisi un créneau laissé à l’abandon par le milieu du livre : l’éreintement malpoli. Ce qui lui valut quelques ennemis.

Par Patrick Besson

Le Point, publié le 07/05/2025


Angelo Rinaldi en 1995 .©BERTRAND/NECO/SIPA / SIPA / BERTRAND/NECO/SIPA

Il y eut trois grands critiques littéraires français à la fin du XXe siècle et Angelo Rinaldi fut, avec Jacques-Pierre Amette et François Nourissier, l’un d’eux. Amette écrivait ses articles comme si c’étaient des chapitres de roman et Nourissier ses chapitres de roman comme si c’étaient des articles. Entre ces deux maîtres d’écriture, Angelo Rinaldi, décédé ce 7 mai, à l’âge de 84 ans avait choisi un créneau laissé à l’abandon par le milieu du livre, où chacun se tient par la barbichette : l’éreintement malpoli. Cela lui valut quelques lecteurs et beaucoup d’ennemis. Les lecteurs sont morts mais les ennemis sont immortels.

Angelo connaît désormais son châtiment : l’Académie française. C’est là que se réfugient les bons élèves et les grands irréguliers, après toute une existence d’efforts intellectuels souvent inutiles. L’uniforme d’académicien a le même objectif que la robe de mariée : ridiculiser celui qui le porte. Angelo Rinaldi a été élu en 2001, rejoignant sous la Coupole son compagnon Hector Bianciotti, qui s’était mis moins d’électeurs à dos.

De l’intérêt des recueils d’articles

J’aime beaucoup les recueils d’articles car on ne lit pas les journaux : trop de pages avant et après celles qui nous intéressent. Le recueil rassemble ce qui était dispersé de semaine en semaine.Les Roses et les Épines (Éditions des Instants, 21 €) est dédié à la romancière Cécile David-Weill. Il est divisé en cinq parties : les livres qu’Angelo a aimés un peu, beaucoup, passionnément, à la folie et pas du tout. Un rapide coup d’œil sur la table des matières nous apprend que l’auteur a davantage aimé qu’il n’a détesté, alors qu’on avait l’impression du contraire. Bien sûr, on cherche d’abord notre plaisir dans les descentes. Angelo maltraite Fitzgerald , c’est sa plus grande faute, car Scott, c’est Jésus. Il a multiplié les nouvelles et a marché sur les dettes. Il a pardonné à sa femme adultère : Zelda. Il est mort en mangeant une hostie : un carré de chocolat. Il a disparu des librairies de son vivant avant d’y installer ses bagages en prose pour l’éternité.

L’élégance ne l’aime pas

Angelo Rinaldi dérouille ensuite Aragon à l’occasion du décès de celui-ci, ce qui n’est pas l’élégance même : à croire qu’elle ne l’aime pas. Le critique prend Louis de haut, alors qu’il est loin d’avoir sa taille. Les autres victimes de ce mauvais coucheur n’ont pas encore disparu des radars de 2025 : Mishima ,Kundera, Cohen, Sollers. Les Goncourt en bavent, il est vrai qu’Angelo ne l’a jamais eu. Est-ce lui qui a surnommé Marguerite Duras la Castafiore ? Il attaque la Pléiade d’Albert Cohen alors qu’il ne sera jamais dedans.

Les passions de Rinaldi sont moins ténébreuses car l’amour, c’est la lumière. Au premier rang d’entre elles, on trouve l’inamovible Céline, dont Mme Hidalgo est en train de massacrer la rue Lepic. Saint-Simon : un duc après un concierge. Borges, Gombrowicz, Rhys, Jünger, O’Connor et Satta forment un solide peloton d’écrivains étrangers décédés. Avec une douceur adulte et une sauvagerie enfantine, Angelo défend ses goûts qui lui paraissent bons. C’est toute la beauté de ce livre qui raconte une vie de lecteur. Faire l’éloge de Drieu la Rochelle quand on a eu un papa fusillé par les nazis : l’âme peut être grande, comme la littérature.

Le Point

Rinaldi, l’ère du ressentiment

Par JOSYANE SAVIGNEAU
Le Monde, 11 juin 1999 (Extrait)

Angelo Rinaldi venait de publier « Service de presse », un choix de ses chroniques littéraires dans l’Express, Une compilation de 192 textes de louanges et de rosseries.

« D’où vient qu’en dépit d’un brio qu’on envie, d’un art de la pointe qu’on aimerait posséder, la lassitude s’installe lorsqu’on lit ces textes en continu ? Au point qu’on ne se réjouit même plus de la démolition d’écrivains qu’on déteste ? Probablement parce que, comme dans un film où une pièce de théâtre multipliant les mots d’auteur, on étouffe. Sans doute aussi parce que Rinaldi préfère l’affirmation à l’analyse.

Rinaldi modère l’enthousiasme qu’il dit avoir éprouvé pour « Belle du Seigneur » lors de sa publication en 1968, il relève les limites d’Albert Cohen, qui, « de son propre aveu, ne s’est pas intéressé au système narratif de ses devanciers » et « n’en a pas non plus inventé un qui innove ».

Mais comment se fait-il que ces critères, qui lui paraissent pertinents à propos de Cohen, ne lui servent jamais à évaluer les oeuvres qu’il envoie pêle-mêle aux oubliettes de l’histoire littéraire contemporaine ? La liste est longue, et, elle aussi, étouffante, même si on n’en retient qu’une partie... Chacun de ces « mauvais » écrivains aura certainement la satisfaction de se sentir en bonne compagnie : Gabriel Garcia Marquez, Marguerite Duras, Philip Roth, Claude Simon, John Updike, Patrick Modiano, Jean Genet, Philippe Sollers, Truman Capote, Milan Kundera, Roland Barthes, Mario Vargas Llosa, Aragon... »


Mort d’Angelo Rinaldi, un critique littéraire à la plume féroce

Le Figaro, Par Paul-François Paoli
07/05/2025


L’Académicien français Angelo Rinaldi en 2003 .JEAN-PIERRE MULLER / AFP
DISPARITION -Romancier et journaliste, l’ancien directeur du Figaro Littéraire s’était fait connaître par ses critiques acérées dans L’Express, durant les années 80. Il avait été élu à l’Académie française en 2001.

L’écrivain et académicien français Angelo Rinaldi est mort ce 7 mai à Paris, à l’âge de 84 ans. Né à Bastia le 17 juin 1940 d’un père italien qu’il n’a pas connu et d’une mère qui tenait un commerce au cœur de la ville, Ange-Marie Rinaldi a contracté, dès l’enfance, une passion pour les mots qui ne le quittera plus. Le pupille de la nation comprend que le livre peut être plus qu’un réconfort : une planche de salut.« La solitude prédispose à la lecture. Souvenez-vous du pauvre Leopardi »,nous déclarait voici peu celui qui découvre, à 15 ans, les grands auteurs italiens,- Ungaretti, Vittorini, Moravia, Calvino -, tant d’autres, qu’il lira dans leur langue. Mais il faut gagner sa vie et le journalisme le fascine. Il débute comme chroniqueur judiciaire à Nice matin après avoir quitté la Corse puis acquiert une renommée qui ira croissant grâce à ses critiques littéraires publiées dansL’Expressdurant les années 70 et 80.

Son style, aussi acerbe qu’éclatant, conquiert d’autant plus les lecteurs qu’il n’épargne pas ces gloires littéraires qu’il juge surfaites, depuis Simenon à Duras en passant par Robbe Grillet, Sollers, Milan Kundera ou Philippe Roth. Au chef de file du nouveau roman il décernera ces formules cuisantes :« Monsieur Robbe Grillet, ancien ingénieur agricole se dégageant de son indigence de créateur par une manœuvre géniale inventait ce qui existait déjà : le Nouveau Roman. Il fournissait à l’université ce dont elle sera à jamais friande , la théorie. Celle-ci permettant à n’importe qui de se persuader qu’en application d’un mode d’emploi on devient un artiste ».

Allergique aux modes littéraires et aux cénacles mondains, Angelo Rinaldi allait devenir le critique le plus redouté d’un monde parisien où les coteries ont parfois plus d’importance que l’œuvre elle-même.« J’ai toujours écrit ce que je pensais, je ne dis pas que j’ai toujours eu raison. Il faut choisir entre son métier et sa carrière »déclarait-il l’an dernier àla Revue des deux mondes. Il ajoutait :« Si vous commencez à vouloir faire plaisir, c’est fini… »

S’il lui fut parfois reproché d’être injuste, son talent, qu’il exerça auNouvel Observateurà la fin des années 90 puis auFigaro littérairejusqu’en 2005, restera incontesté. Et ce d’autant plus qu’il mettra en valeur des écrivains parfois méconnus, tels Jean Rhys, Italo Svevo ou des poètes comme François Augieras ou Olivier Larronde. Publiés récemment, deux recueils,Dans un état critiqueetLe roman sans peine(La Découverte) ont remis au goût du jour ses dernières chroniques qui évoquent parfois le style flamboyant de Saint-Simon.« Avec son Journal inutile (1968-1976), c’est une poubelle que Paul Morand proposait. Une poubelle à retardement comme la bombe du même nom : il ne devait être publié que 25 ans après sa mort »écrit-il dans un numéro duFigaro littéraire.

Ses articles sur Bernanos, situé au niveau des plus grands mais aussi sur Montherlant, Aragon ou Jünger sont exempts de tout jugement d’ordre idéologique. Bien que marqué à gauche, Rinaldi ne confondra jamais la littérature et la politique et raillera les idéologues qui prétendent régenter la liberté de penser.« On ne présente plus Mr Simon Leys, il est d’ailleurs contre-indiqué de le faire. Car cela obligerait de rappeler qu’il a naguère ouvert les yeux des Occidentaux sur les crimes d’un maoïsme qui enchantait les meilleurs esprits sur les bords de la Seine. Le ciel me préserve à jamais d’une telle imprudence car non seulement ils ne se sont pas fait Hara-Kiri, comme un minimum d’éducation l’eût exigé, mais ils ont poursuivi leur carrière »écrivait, voici 25 ans, celui qui n’aimait pas Mai 68 et affectionnait le Général de Gaulle ! De quoi se faire des ennemis dans tous les camps…

Angelo Rinaldi, qui fut élu au premier tour à l’Académie française en juin 2001, où il succéda à José Cabanis, était aussi un romancier dont l’œuvre n’obtint pas toujours la reconnaissance escomptée malgré la somptuosité du style. À travers une quinzaine de romans,- parmi lesquelsLa Maison des Atlantesobtint le Prix Femina en 1971-, l’auteur a reconstitué sur un mode onirique la Corse de son enfance. Il a aussi évoqué la galaxie du journalisme parisien dont il décrira la futilité et la cruauté. Un monde à travers lequel il a connu une ascension d’autant plus remarquable qu’il cumulait, au départ, les handicaps de la solitude et de l’homosexualité, à une époque où celle-ci était encore taboue.

L’impossible maturité, mais aussi la menace de la vieillesse vécue comme une déchéance que ne vient pas toujours compenser la réussite sociale, sont les thèmes récurrents d’une œuvre hantée par le thème de l’échec.« Que c’est long à mourir une jeunesse…Et peut être, d’où le drame qui nous afflige presque tous, ne meurt-elle jamais ».

Après les promesses de ses premiers romans, ceux de la maturité depuisLes Roses de Pline(1987, Gallimard) jusqu’àTorrent(2016, Fayard),voient leurs défauts s’accentuer. La langue y reste belle mais la vie semble avoir déserté des personnages qui apparaissent comme autant de momies d’un destin inaccompli. Le talent d’Angelo Rinaldi, qui a reçu le prix Prince Pierre de Monaco pour l’ensemble de son œuvre en 1994, atteint indubitablement son zénith dans ces chroniques del’Expressqui seront publiées dans le recueilService de presse(Plon, 1999) dont son ami Jean François Revel fera la préface.

Adversaire de l’écriture inclusive, et admirateur d’Hélène Carrère d’Encausse dont la disparition l’affectera durement, Angelo Rinaldi, qui sera nommé en 2007 chevalier de la légion d’honneur, restera dans les mémoires comme un homme intraitable qui a mis sa mélancolie,« le seul sentiment qui pense », au service de la littérature. Une littérature que, contrairement à Philippe Roth, il ne voyait pas disparaître malgré les menaces qui pèsent sur elle.« La langue française a fait la France et aujourd’hui encore, les écrivains y conservent un statut privilégié »,déclarait-il l’an dernier.Avant de conclure, « Malgré tout la littérature française reste sur la durée, inégalable et inégalée ».

Le Figaro

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3 Messages

  • Viktor Kirtov | 8 mai 2025 - 16:43 1

    Le Cercle De Minuit | France 2 | 07/09/1993

    Angelo Rinaldi se livre sans concession à Michel Field. Découvrez sa vision de l’écriture comme une quête de sincérité, sa méditation sur le temps et l’échec…

    Un entretien littéraire avec Angelo Rinaldi (1940 - 2025), futur membre de l’Académie française, invité de Michel Field dans l’émission emblématique "Le Cercle de Minuit". Cette rencontre explore en profondeur le dernier roman de Rinaldi, "Les jours ne s’en vont pas longtemps".
    L’auteur, qui nous a quittés le 7 mai 2025, se livre avec une grande sincérité sur les thèmes de son œuvre, notamment la méditation sur le temps qui passe et la notion d’"échec" dans une vie. Au fil de la conversation, Angelo Rinaldi, également critique littéraire reconnu et plume acérée, partage sa vision du métier d’écrivain, évoquant la "naïveté" nécessaire à la création et l’importance de la sincérité. Il discute de son style d’écriture unique, caractérisé par une tension entre la précision des mots et la complexité de ses phrases, comparant l’écriture à la musique. L’interview aborde également la place de Paris dans son roman, ainsi que des réflexions plus intimes sur la sexualité et les relations humaines, le tout teinté d’une ironie subtile. Michel Field, avec perspicacité, guide la discussion, interrogeant Rinaldi sur ses influences, notamment italiennes, et le distinguant de figures tutélaires comme Proust. L’échange met en lumière la dualité de l’écrivain, entre le projet initial et la réalisation finale d’un livre, et la manière dont la fiction peut rejoindre la réalité. Un moment rare qui éclaire le processus créatif d’un auteur dont l’œuvre continue de résonner, et offre une réflexion profonde sur la littérature, la vie et l’art de raconter des histoires.
    D’après INA Culture

    DERNIERE PUBLICATION :
    Les roses et les épines,
    Chroniques littéraires
    11 mars 2025

    de Angelo Rinaldi

    Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout. Ainsi sont organisées ces 58 chroniques littéraires d’Angelo Rinaldi parues dans un Hors-Série de l’Express en 1990, et éditées ici en livre pour la première fois. De la première chronique sur Sartre à la dernière sur les Goncourt, Angelo Rinaldi traverse d’un pas libre, allègre et sûr, la littérature et les siècles. Un peu ? Pour Camus, Artaud ou encore Voltaire. Beaucoup ? Envers Michelet, Char, Sarraute... Passionnément ? De Retz à Gracq, en passant par Canetti. À la folie ? Avec Céline, Satta ou Léautaud. Pas du tout ? Au lecteur de le découvrir.

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  • Albert Gauvin | 8 mai 2025 - 11:58 2

    Deux citations de Sollers, ironique, sur Rinaldi (qui avait assassiné Paradis dans L’Express) :

    « J’ai eu pendant des années le soutien actif, toujours apparemment négatif d’Angelo Rinaldi, très grand romancier français célébré dans les colonnes de son propre journal, L’Express, et désormais membre très affaibli de l’Académie française, elle-même de plus en plus effondrée. »

    « Franchement, la nomenklatura critique fait ce qu’elle veut. Elle a bien le droit de trouver que je ne suis pas un romancier ou qu’Angelo Rinaldi est un meilleur romancier. Je m’en fous ! On dit aussi que je veux entrer à l’Académie française, c’est pourtant le cadet de mes soucis. Tout ça, c’est du cirque. »

    Et puisque Savigneau est citée dans cet article, lisez ce qu’elle écrivait en 2000 sur L’énigme Rinaldi.

    Bon, oublions les erreurs de jugement du "plus grand critique du XXe siècle" et reconnaissons lui un certain courage : en 2011, il démissionne de la présidence de l’association Défense de la langue française, pour protester contre l’attribution d’un prix à Éric Zemmour, condamné pour provocation à la discrimination raciale.