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« Washington est devenu la cour de Néron » par le sénateur Claude Malhuret

ou du bon usage de la langue française selon Nicolas Boileau

D 10 mars 2025     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Le sénateur Claude Malhuret a livré un discours cinglant contre l’administration Trump dont la vidéo est devenue virale outre-Atlantique. Un réquisitoire sans concessions des conséquences géopolitiques alors qu’il s’exprimait en séance publique au Sénat, le 4 mars, après l’annonce du gel de l’aide américaine à l’Ukraine.
Intervention reprise aux Etats Unis par de grandes chaînes d’information. C’est peu courant pour être souligné, et cela doit bien correspondre à quelque chose de profond pour trouver un écho outre-atlantique.
C’est que ce discours a su trouver les mots clairs et concis pour dire ses quatre vérités au couple Trump-Musk – la cour de Néron - des mots forts que l’opposition américaine n’avait pas su exprimer en une forme aussi concise et percutante. Un discours qui pourrait entrer dans la postérité, comme celui de Dominique de Villepin, contre l’intervention des Etats Unis en Irak.
Claude Malhuret honore ainsi la langue française et Nicolas Boileau :

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Le discours de Dominique de Villepin aux Nations unies

LE CONTEXTE
En 2002, à la suite des attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis accusent l’Irak de détenir des armes de destruction massive.
Le 5 février 2003, Colin Powell, secrétaire d’État des États-Unis, réussit à remporter l’adhésion du Conseil de sécurité en montrant au Conseil et à la télévision une fiole, prétendue preuve de la possession par l’Irak d’armes biochimiques.
Le président français, Jacques Chirac est sceptique et, craint qu’une intervention ne déstabilise la région et qu’« une multitude de mini-Ben Laden soit créée », prophétisant sans le savoir l’émergence de Daech.
Le président Jacques Chirac décide d’envoyer son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, pour défendre la position de la France.

EXTRAIT DU DISCOURS dont les accents de solennité résonnent encore à mes oreilles :

« Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix.

Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. […]

Villepin remet également en question l’affirmation de Powell selon laquelle il existerait un lien entre le régime irakien et Al-Qaïda, en se fondant sur les sources de la DGSE.
Le discours est applaudi par son auditoire, fait rare dans l’enceinte du Conseil de sécurité où il est d’ordinaire de coutume de ne pas applaudir.

LES ETATS UNIS SE SONT FOURVOYES
Quelques semaines plus tard, néanmoins, la guerre d’Irak est déclenchée, emmenée par les États-Unis, sans aval de l’ONU. Les Etats Unis se sont fourvoyés dans une vision géo-statégique erronée : les preuves étaient fausses.
Chirac avait eu raison de ne pas s’aligner sur les Etats Unis.

L’intégrale sur Youtube

Transcription du texte de Claude Malhuret

« L’Europe est à un tournant critique de son histoire. Le bouclier américain se dérobe, l’Ukraine risque d’être abandonnée, la Russie renforcée. Washington est devenu la cour de Néron.


Kétamine

Des inquiétudes balayées par Elon Musk en personne. Alors que de nombreux investisseurs ont fait part de leurs craintes quant à sa consommation de drogues, le propriétaire de Tesla a confirmé qu’il prenait cet anesthésiant, utilisé en temps normal contre la douleur et la dépression, mais aussi détourné à des fins stimulantes ou euphorisantes.
(CNEWS avec AFP, le 19/03/2024)

Un empereur incendiaire, des courtisans soumis et un bouffon sous kétamine chargé de l’épuration de la fonction publique. C’est un drame pour le monde libre, mais c’est d’abord un drame pour les États-Unis.

Le message de Trump est que rien ne sert d’être son allié puisqu’il ne vous défendra pas, qu’il vous imposera plus de droits de douane qu’à ses ennemis et vous menacera de s’emparer de vos territoires tout en soutenant les dictatures qui vous envahissent.
Le roi du deal est en train de montrer ce qu’est l’art du deal à plat ventre. Il pense qu’il va intimider la Chine en se couchant devant Poutine, mais Xi Jinping, devant un tel naufrage, est sans doute en train d’accélérer les préparatifs de l’invasion de Taïwan.
Nous étions en guerre contre un dictateur, nous nous battons désormais contre un dictateur soutenu par un traître. Il y a huit jours, au moment même où Trump passait la main dans le dos de Macron à la Maison-Blanche, les États-Unis votaient à l’ONU avec la Russie et la Corée du Nord contre les Européens.

Deux jours plus tard, dans le Bureau ovale, le planqué du service militaire donnait des leçons de stratégie au héros de guerre Zelensky, avant de le congédier comme un palefrenier en lui ordonnant de se soumettre ou de se démettre. »


Le sénateur (Les Indépendants) de l’Allier, Claude Malhuret
à Montévrain, en sept. 2018
(Denis Allard)

L’écho du discours de Claude Malhuret aux Etats Unis

Sa charge contre le pouvoir exécutif américain et la Russie poutinienne a trouvé un large écho aux Etats-Unis. Et notamment chez les opposants à Trump. Des extraits de son discours ont été repris et traduits par CNN. Le magazine The Atlantic l’a également publié en ligne. Rédactrice en chef au New Yorker et autrice de livres sur la Russie de Poutine et sur Donald Trump, Susan Glasser a également salué sur X un « discours puissant sur la trahison de Trump envers le monde démocratique. […] Pourquoi l’opposition américaine à Trump n’a-t-elle pas pu s’exprimer avec autant de clarté et de force ? Le temps est révolu. » Son discours a également été relayé en Europe par des personnalités comme Alastair Campbell, ancien spin doctor de l’ex-leader travailliste Tony Blair, Marko Mihkelson, député estonien ou Anton Guerachtchenko, ancien vice-ministre au ministère ukrainien de l’Intérieur.

Victor Boiteau, Libération, 9 mars 2025

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