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« Je suis Charlie » in memoriam

Dix ans après, toujours « Charlie »

D 6 janvier 2025     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



De haut en bas et g . à d. : Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Elsa Cayat, Bernard Maris, Tignous, Charb, Cabu, Mustapha Ourrad, Wolinski, Honoré, Michel Renaud (Crédit : La Tribune Dimanche)
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La France s’apprête à commémorer les attentats de janvier 2015. Il y a 10 ans, le 7 janvier 2015, les frères Kouachi entraient dans la rédaction de Charlie Hebdo et tuaient 12 personnes. Un acte terroriste, qui lance une série d’attaques en Île-de-France dans les jours qui suivent.

Dix ans après, toujours Charlie

Il y a dix ans, un attentat de grande ampleur contre le journal satirique Charlie Hebdo, bouleversait la France et le monde. Dans les locaux, les frères Kouachi tueront 12 personnes, dont huit membres de la rédaction du journal, ouvrant par la même occasion une série d’attaques en région parisienne dans les jours qui ont suivi.
10 ans après, à quelques jours de la date fatidique, la journée du 7 janvier promet d’être chargée en émotion. Un numéro spécial de Charlie Hebdo sortira dans les kiosques dès mardi, dix ans jour pour jour après l’attentat. Si le contenu de la Une est encore tenu secret, les équipes du journal assurent avoir voulu faire une édition placée sous le signe de l’union et du rassemblement.

Le 11 janvier 2015, une marche républicaine vers la place de la République avait rassemblé une foule immense dans un moment de communion nationale exceptionnelle. Nous avions évoqué l’émotion que nous avions ressentie au cœur de cette marche dans l’article de pileface ci-dessous.

A LIRE ICI

Une marée humaine et des dizaines de chefs d’État à Paris

Plus de deux millions de personnes (d’autres sources disent quatre millions) ont pris part à la marche républicaine du dimanche 11 janvier 2015 dans les rues de France et les dirigeants internationaux ont défilé dans le cortège.
Du jamais vu, à la mesure de l’émotion nationale et internationale suscitée par l’attentat et sa symbolique contre la liberté de penser, d’écrire et dessiner, fussent-elles des caricatures de Mahomet.

"Je suis Charlie, juif, policier", "Liberté, égalité, dessinez, écrivez", "Je suis musulman mais pas terroriste" : les manifestants ont fait bloc, dans le centre de Paris, pour conjurer la peur du terrorisme et rendre hommage aux 17 personnes tuées dans des attentats revendiqués par des jihadistes.
Une "marche républicaine" sans précédent dans l’histoire des démocraties.
Le clip vidéo ci-après donne une idée de la marée humaine rassemblée à l’occasion de cette marche

Marche Républicaine - Place de la République, Paris - 11 janvier 2015


La chancelière Angela Merkel et autres chefs d’états
aux côtés du président François Hollande

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Marche républicaine du 11 janvier. Photo V.K.

Place de la Republique, Paris, 11 janvier 2015 (crédit : LTD)
En bas, la Une de ‘Charlie Hebdo’ du 14 janvier 2015, dit le numéro des survivants
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Attentats de janvier 2015. Retour sur les faits


GIF Dix ans après l’attentat : les enfants de « Charlie »

Le journal satirique a gardé son esprit intact grâce à ses nouvelles recrues, comme les dessinateurs Juin et Biche ou la reporter Coline Renault.

RENCONTRE

Pauline Delassus
LA TRIBUNE DIMANCHE, 5 janvier 2025

CET APRES-MIDI LA, Pierrick Juin accompagne sa femme à des obsèques. Il pleure. Ses larmes pourtant ne sont pas pour celui que l’on enterre devant lui. Elles sont pour Cabu, Charb, Wolinski, Tignous et Honoré, pour Elsa Cayat, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Michel Renaud et Franck Brinsolaro. Nous sommes le 7 janvier 2015, deux terroristes viennent de surgir dans les bureaux de Charlie Hebdo. Armés de kalachnikovs, ils ont froidement tiré sur ceux qu’ils ont trouvés assis dans cette salle de réunion de la rue Nicolas-Appert, dans le 11e arrondissement de Paris. Violence inouïe du fanatisme religieux contre l’humour et la liberté, la dérision et l’impertinence. Douze tués en tout et onze blessés, dont quatre grièvement.

Mais Charlie n’est pas mort. Parmi les millions d’anonymes qui dès le soir du 7 se réunissent pour exprimer leur solidarité, des journalistes en herbe et des dessinateurs débutants se trouvent une vocation : prendre la relève, ne pas laisser la terreur l’emporter. Passé par les Beaux-Arts, Pierrick Juin est illustrateur graphiste pour gagner sa vie. « Être publié aux côtés de Charb et de Cabu, c’était un rêve, brisé ce 7 janvier », lâche-t-il. Chez lui à Nancy, le jeune homme prend le crayon et croque sur papier ce que l’attentat lui inspire. Le 14, il sort à l’aube pour être certain de trouver en kiosque le numéro 1178 de l’hebdomadaire, celui dit des survivants, imprimé à près de 8 millions d’exemplaires, vendus en quelques heures. Pendant un mois, il ne fait que dessiner. Il envoie son travail à la rédaction endeuillée, sans y croire. La dessinatrice Coco le rappelle. À 27 ans, le voilà dans Charlie presque chaque semaine. Allure de Tintin à lunettes, il débarque à Paris ; l’équipe est alors hébergée dans les locaux du quotidien Libération, rue Béranger. « L’accès à l’immeuble était hypersécurisé, mais une fois à l’intérieur nous ne parlions pas de l’attentat. Nous ne pensions qu’à boucler le prochain numéro », se souvient celui qui désormais signe « Juin ». Intégrer cette rédaction à cette époque tragique n’est pas pour lui « un devoir ou une mission ». Il insiste : « Je ne l’ai pas fait pour la société. C’était pour moi. J’avais envie de faire mon travail. »

Être publié aux côtés de Charb et de Cabu, c’était un rêve, brisé ce 7 janvier.
Juin, dessinateur


Trois ans plus tard, Charlie, à la recherche de nouveaux talents, lance un concours. Avec un thème comme une évidence : le rire ou la peur. Un étudiant de Châteauroux surpasse tous les candidats. À 22 ans, regard malicieux et petite boucle d’oreille, il se fait appeler Biche : « J’ai reçu un coup de fil du directeur général de Charlie. Je m’en souviens très bien, c’était un jeudi soir. J’ai essayé de lui faire comprendre que leur journal avait une place importante dans mon quotidien. Il m’a proposé de leur envoyer des dessins pour le prochain bouclage. » Bientôt, il les rejoint à Paris. « Riss, le directeur de la rédaction, m’a souhaité la bienvenue. Il m’a laissé m’installer tranquillement. » Sa première une fait du raffut. Pour la coupe de monde de football féminin, Biche a dessiné en gros plan le sexe d’une femme et remplacé le clitoris par un ballon de foot. « On va en bouffer pendant un mois ! » lit-on. « Ça n’a pas plu à tous, sourit l’auteur. J’ai reçu une ou deux menaces de mort. » De même lorsqu’il illustre le décès de soldats français dans un accident d’hélicoptère au Mali en détournant les campagnes de recrutement de l’armée.

Liberté d’expression et rire intelligent

Ces moments de tension, rappels cruels que l’ironie et le sarcasme dérangent, n’entachent en rien sa fierté d’appartenir à la rédaction qu’il a toujours admirée. « Je ne me dis pas que je dois être à la hauteur de ceux qui ont disparu, souligne-t-il. Je dois être à la hauteur de ce qu’exige le titre. Charb, Cabu, Wolinski, Honoré, Tignous ont toujours été des références, leur travail m’inspire, mais je refuse que ce soit un poids. » Comme Juin et d’autres, Biche marche dans les pas de ces géniaux prédécesseurs qui ont fait de Charlie le symbole français de la liberté d’expression et du rire intelligent.

«  On ne vient pas à Charlie par hasard, explique le rédacteur en chef Gérard Biard. C’était vrai avant 2015, ça l’est d’autant plus depuis. Il faut avoir envie d’exercer sa liberté. » À la tête de l’équipe des reporters et chroniqueurs depuis deux décennies, il sait lister les qualités nécessaires à ce « journal d’écrivains » : « Aimer écrire, bien sûr. Ne pas vouloir être drôle à tout prix. Trouver sa voix. Être pertinent et juste. »

Quand j’aborde des sujets de société, beaucoup de sociologues et d’universitaires que je contacte déclinent.
Coline Renault, reporter

Coline Renault, 28 ans, les rejoint en 2022 ; elle ne dessine pas, elle enquête et écrit. À leur arrivée, on recommande aux jeunes recrues de lire Bête et méchant de Cavanna, le fondateur, avec Choron, de Hara-Kiri et de Charlie. Et l’autre bible, La Folle Histoire d’un journal pas comme les autres, de l’historien Christian Delporte. Coline Renault se plonge dans les archives et prend conscience qu’à Charlie les récits et l’information prennent autant de place que la caricature. La reporter découvre les mesures de sécurité prises pour protéger les journalistes dans les locaux et celles que chacun met en place pour rester discret sur son appartenance à la rédaction. À l’extérieur, l’un préfère se dire comptable. Un autre, historien de l’aluminium... « Mais je passe pour un con », dit-il. « On m’a tout de suite proposé de signer sous pseudo, indique Coline Renault. Mais je n’avais pas envie de faire les choses à moitié. »

À ses débuts, elle publie un article sur la diaspora turque et reçoit un flot d’insultes sur les réseaux sociaux. « Un petit choc. Gérard Biard m’a expliqué que je ne pourrais sans doute plus me rendre en Turquie. » Sans que cela tarisse sa soif de reportage. Sur le terrain, en France, elle se confronte aux réticences de ceux qui ne souhaitent pas apparaître dans des pages jugées sulfureuses. « Les gens ont peur, en déduit la jeune plume. Quand j’aborde des sujets de société, beaucoup de sociologues et d’universitaires que je contacte déclinent. Ils désapprouvent le journal, l’estiment réactionnaire, parce que critique de La France insoumise. » Même défiance parmi certains de ses confrères journalistes, « des mélenchonistes », glisse-t-elle.

Poser des questions, n’avoir aucun tabou

Bouclage le lundi, repos le mardi, conférence de rédaction le mercredi, puis reportages, interviews et dessins jusqu’au dimanche : le rythme de l’hebdo (aux 30 000 abonnés et 20 000 ventes en kiosque), doublé d’un travail quotidien sur le site Internet, est l’antidote aux coups de mou, aux trous noirs de l’angoisse, aux traumatismes encore vivaces du 7 janvier. À l’unisson de Juin et de Biche, Coline Renault l’assure : « Il y a beaucoup de rires dans l’équipe. Et aucun fantôme. » Aux murs de leur bureau, pas de photos des disparus. À Charlie, on n’aime guère les mausolées. Simplement, dans l’entrée, une immense affiche de la une rouge sang du 18 novembre 2015, formidable pied de nez aux terroristes du Bataclan signé Coco, avec en titre ce slogan : « Ils ont les armes. On les emmerde, on a le champagne. »


Charb, Cabu, Wolinski, Honoré, Tignous ont toujours été des références, leur travail m’inspire, mais je refuse que ce soit un poids.
Biche, dessinateur

L’évocation des absents revient néanmoins. Riss, le patron, rescapé de la tuerie, aujourd’hui détenteur de 90 % des parts de cette « entreprise solidaire de presse d’information », n’est pas avare d’anecdotes sur ses anciens potes. « On ne lui dit pas qu’on les connaît parfois déjà, reprend Juin, gentiment. Quand il ne sera plus là, plus personne ne les racontera. Alors on préfère qu’il les raconte. ». C’est quoi l’esprit Charlie pour ces « petits nouveaux » ? « Être combatif, défendre la laïcité et l’universalisme, parler d’écologie, de féminisme, sortir des sentiers battus, forcer à réfléchir », lance Biche. « C’est la liberté d’être contre tous les dogmes, abonde Juin. De poser toutes les questions, de n’avoir aucun tabou. » Jusqu’où ? « La limite, c’est la loi », précise Biche. À eux deux, ils ont couvert cet automne le procès des complices de l’assassin de Samuel Paty. Auparavant, il y eut ceux des attentats de janvier 2015 et du djihadiste Peter Cherif. Des heures d’audiences à crayonner et à prendre des notes dont, Biche l’admet, on ne sort pas indemne : « J’ai eu quelques visites des frères Kouachi dans mon sommeil. » Éclat de rire bravache. Il doit filer. Charlie l’attend.

De nombreux hommages télévisés

M6 proposera ce lundi 6 janvier une soirée événement présentée par Thomas Sotto. Avec au programme un remarquable documentaire baptisé Attentats 2015 - Ce qui nous lie. Réalisé par Agnès Pizzini et Claire Denavarre, il donne la parole à Riss, survivant de la fusillade à Charlie Hebdo, ainsi qu’à des rescapés d’autres attentats de 2015, dont celui du Bataclan. Réunis en groupe de parole, ils se livrent à d’émouvants échanges sur leur reconstruction et leur résilience, en présence de figures politiques comme Anne Hidalgo. En face, sur TMC, Julien Bellver proposera dans son 21h médias un tout autre éclairage, en s’intéressant à la façon dont certains événements - comme la traque des terroristes ou l’assaut de l’Hyper Cacher - ont été pour la première fois suivis en direct à la télévision.
Le lendemain, place à une journée spéciale sur France 2. Dès 6 h 30, un numéro de Télématin sera consacré à cet anniversaire, suivi à 10 h 50 de la retransmission des commémorations. En prime time, Caroline Roux animera un débat en direct sur le thème « Charlie Hebdo, dix ans après : peut-on encore tout dire ? » en présence de nombreux invités, dont les dessinateurs Riss et Coco. Une émission suivie à 23 h 15 du documentaire L’Épreuve d’une vie, consacré à Michel Catalano. La vie de « l’imprimeur de Dammartin » a basculé le 9 janvier lorsque les frères Kouachi l’ont pris en otage dans ses locaux, avant d’être abattus par le GIGN.
Les stations de radio feront vivre ces commémorations à leurs auditeurs, à l’image de Franceinfo, qui proposera un dispositif spécial sur son antenne, dont une grande interview à 8 h 30 de François Molins, ancien procureur de la République. À la même heure, sur RMC - et BFMTV -, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, sera l’invité du Face à face d’Apolline de Malherbe.

REMI JACOB, LTD

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1 Messages

  • Viktor Kirtov | 6 janvier 2025 - 13:18 1


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    La rédaction de Charlie Hebdo propose un numéro spécial mardi 7 janvier 2025. Vendu 5 euros et titré "Increvable !"
    Une façon de rendre hommage aux dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, à la psychiatre et psychanalyste Elsa Cayat, à l’économiste Bernard Maris et au correcteur Mustapha Ourrad.

    Cette édition spéciale sera composée de 32 pages de caricatures sélectionnées lors d’un concours international organisé par le journal en décembre. Les candidats de cette compétition intitulée #RireDeDieu devaient dessiner leur colère « contre l’emprise de toutes les religions sur [leurs] libertés ». À l’intérieur, les lecteurs pourront aussi retrouver les résultats d’un sondage mené par Charlie Hebdo qui demandait : « La France est-elle encore Charlie ? ».
    Et aussi : Caricatures de Mahomet : récit d’une manipulation.
    L’histoire des miracles de Charlie à l’usage des mécréants.

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