Cet article trouve son déclic dans le visionnage d’ une série documentaire "Les Zola" en 4 épisodes signée Juliette Guérin, Félix Albert et Thomas Courcelle, et programmée ce mois de décembre 2024 sur France 2. C’est l’acte 1 centré sur la relation Emile Zola - Edouard Manet qui retient notre attention ici, eu égard à la place que Manet occupe dans le panthéon sollersien. Le jeune journaliste qu’est alors Zola met alors sa plume au service de la défense de jeunes peintres refoulés des salons officiels et que l’on appellera plus tard "impressionnistes", en particulier Edouard Manet.Nous poursuivrons avec une analyse du tableau « Portrait de Zola » peint par Manet en remerciement de l’action de Zola en sa faveur. Déjà le journaliste Zola, bien avant sa prise de position dans l’affaire Dreyfus faisait montre de ses talents de polémiste.
Et pour finir, une rediffusion d’un documentaire audio de France Culture intitulé : « Tentative d’épuisement d’un tableau : le portrait d’Emile Zola par Edouard Manet ».
Série documentaire « Les Zola » Extrait

L’ascension de l’immense écrivain Emile Zola est indissociable de la présence à ses côtés d’Alexandrine. C’est le parti-pris de cette série intitulée Les Zola. Née dans le Paris des petits métiers et du populo, Alexandrine partage ses journées entre son travail de lingère et les virées au bistro avec ses amis peintres, pour qui elle pose de temps en temps. Un jour, grâce à Paul Cézanne, elle rencontre Emile Zola.
Il travaille alors au service de presse de la librairie Hachette. Très vite, il lâche tout pour se consacrer au journalisme et fait parler de lui avec l’un de ses premiers articles, où il prend la défense des jeunes peintres refoulés des salons officiels. Parmi eux, Edouard Manet au coeur de cet acte 1. Avec sa plume, Zola n’a qu’une obsession : briser les conventions, observer et décrire les réalités de son époque, et dire la vérité.
En cela, Zola et Manet, même combat !

Épisode 1 • La vie de bohème


Crédit France2

L’intérêt de Zola pour la peinture de Manet

Zola a fait connaissance des peintres impressionnistes à travers Cézanne, son ami d’enfance. Pendant leur jeunesse, ils ont partagé les désirs et les fantaisies de l’art, aussi bien dans la peinture que dans la littérature.
Plus tard Zola étant devenu un jeune journaliste débutant dans la critique d’art, Il s’intéresse surtout aux artistes rejetés par la critique officielle. En 1863 Manet est rejeté par le jury du Salon officiel qui refuse son Déjeuner sur l’herbe sous prétexte qu’il représente une femme nue dans un contexte contemporain. Puis trois années plus tard en 1866, Zola écrit sur Manet dans La Revue du XXe siècle et le défend à nouveau l’année suivante, à l’occasion de son exposition particulière organisée en marge de l’Exposition Universelle.
Zola considère Manet, contesté par les partisans de la tradition, comme l’un des maîtres de demain dont la place est au Louvre. Il décide alors de le défendre mais aussi de défendre cette « nouvelle manière en peinture », libérée des conventions académiques au profit de l’observation directe de la réalité moderne En 1867, l’article est publié sous la forme de la brochure à couverture bleue que l’on retrouve dans le Portrait de Zola peint par Manet et qui est mis en évidence devant les autres.
Portrait de Zola par Manet : sous le signe du Japon


Edouard Manet, Portrait d’Emile Zola, 1868, Huile sur toile • 146 x 114 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
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En guise de remerciement, à l’article de Zola dans la Revue du XXe siècle, Manet a proposé à l’auteur de faire son portrait. Les séances de pose sont organisées dans l’atelier de Manet, rue Guyot. L’environnement est reconstitué pour l’occasion avec des éléments caractéristiques de la personnalité, des goûts et du métier de Zola. Au mur, on reconnaît une reproduction d’Olympia de Manet, un tableau qui suscita un vif scandale au Salon de 1865 mais que Zola considérait comme le chef-d’oeuvre de Manet. Derrière celle-ci, se trouve une gravure d’après le Bacchus de Velázquez manifestant le goût commun au peintre et à l’écrivain pour l’art espagnol. Une estampe japonaise d’Utagawa Kuniaki représentant un lutteur complète l’ensemble. L’Extrême-Orient, qui a révolutionné la conception de la perspective et de la couleur dans la peinture occidentale, tient une place essentielle dans l’avènement de la nouvelle peinture. Un paravent japonais placé à gauche de la composition rappelle cette importance.
Zola pose assis à sa table de travail. Il tient un livre à la main, probablement L’Histoire des peintres de Charles Blanc, très souvent consulté par Manet. Sur le bureau un encrier et une plume, symbolisent le métier d’écrivain.
Ce portrait scelle le début d’une amitié fidèle entre Manet et Zola, tous deux à la recherche du succès.
L’analyse du tableau par Joséphine Bindé

Déclaration d’amitié

En 1868, Édouard Manet a 36 ans, mais ne doit pour l’instant sa célébrité qu’au scandale provoqué par Olympia (1863), toile polissonne qui a hérissé les partisans de l’académisme au Salon de 1865. Émile Zola, lui, n’est encore qu’un jeune journaliste polémique de 26 ans qui vient de publier son troisième roman. Mais l’écrivain a pris la défense de Manet en vantant, dans la Revue du XXe siècle, les mérites d’une nouvelle peinture attachée à la représentation du quotidien et des réalités du monde moderne – valeurs qui se retrouveront au cœur du naturalisme, mouvement qu’il est sur le point de lancer avec la série des Rougon-Macquart (1871–1893) qui fera sa renommée. Pour le remercier de son soutien, Manet lui propose de faire son portrait, officialisant l’amitié intellectuelle de deux hommes à la recherche du succès !


Edouard Manet, Portrait d’Emile Zola (détail), 1868
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Un écrivain amateur d’art

Assis à sa table de travail, vêtu d’un pantalon gris et d’une redingote noire typique de la bourgeoisie du Second Empire, Émile Zola apparaît comme un homme de goût, en phase avec son temps. Dans son atelier parisien de la rue Guyot, le peintre l’entoure d’objets caractéristiques de sa personnalité. Sur son bureau, de nombreux livres ainsi que la plume trempée dans l’encrier symbolisent son métier d’homme de lettres. Entre ses mains, Zola tient un gros ouvrage, probablement L’Histoire des peintres de Charles Blanc. L’homme s’intéresse beaucoup à la peinture (et en particulier aux artistes rejetés par la critique officielle) comme en témoignera son roman L’Œuvre (1886), centré sur un peintre maudit, synthèse d’Édouard Manet et de Paul Cézanne.


Edouard Manet, Portrait d’Emile Zola (détail), 1868
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Brochure historique

Après avoir pris la défense de Manet en 1866, Zola a récidivé l’année suivante avec un article publié sous la forme d’une brochure bleu ciel… que le peintre prend soin de placer ici, bien en évidence, avec son nom en majuscules sur la couverture ! Hélas, l’artiste ne se doute pas que Zola s’éloignera bientôt de lui, déçu par la tournure impressionniste de son style à la fin des années 1870. Au point de reléguer, comme en témoignera Huysmans en 1889, ce portrait dans l’antichambre de sa maison…


Edouard Manet, Portrait d’Emile Zola (détail), 1868
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Clin d’œil à Olympia

Au mur, en écho aux cabinets d’amateurs des peintres flamands du XVIIe siècle, Manet rassemble plusieurs images reproduites en miniature. Au fond, une gravure de Goya d’après le Triomphe de Bacchus de Velázquez rappelle son goût pour l’art espagnol. Par-dessus apparaît une photographie en noir et blanc d’Olympia, représentation réaliste d’une femme nue – et plus précisément d’une demi-mondaine dont le client est annoncé par un bouquet de fleurs. Un détail la différencie de l’originale : ici, Olympia jette un regard complice à Zola, comme pour le remercier d’avoir pris sa défense !


Edouard Manet, Portrait d’Emile Zola (détail), 1868
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Lutteur de sumo

À sa gauche, Manet reproduit une estampe japonaise du XIXe siècle issue de sa propre collection : Le Lutteur Onaruto Nadaemon de la province d’Awa par Utagawa Kuniaki. Vêtu d’un kimono à motifs, d’un manteau noir et de tongs en bois, ce lutteur de sumo à la carrure imposante porte à sa ceinture un katana, sabre courbe symbole de la caste des samouraïs. Le peintre rappelle ainsi l’influence capitale de l’art japonais sur les artistes de sa génération. Un phénomène récent, puisqu’en 1868, un an après l’Exposition universelle de Paris, le Japon vient tout juste de s’ouvrir au monde extérieur en signant de nouveaux traités commerciaux, inondant brusquement les boutiques françaises d’estampes et d’objets décoratifs que de nombreux écrivains et peintres se mettent à collectionner pour s’en inspirer.


Edouard Manet, Portrait d’Emile Zola (détail), 1868
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Déco nipponne

Dans le coin gauche du tableau, Manet glisse un nouveau clin d’œil à cet art : un paravent japonais de couleur or, décoré d’un cours d’eau et d’un oiseau posé sur une branche de cerisier en fleur. Émergeant du fond noir, l’objet crée un contraste lumineux évoquant les artefacts nippons en laque noire et or. Vingt ans plus tard, dans son roman Au bonheur des dames, centré sur l’essor d’un grand magasin parisien, Émile Zola lui-même décrira l’arrivée « d’immenses parasols japonais, où des grues couleur d’or volaient dans un ciel de pourpre » mais aussi « de vieux bronzes, de vieux ivoires, de vieilles laques », écrivant plus loin que « quatre ans venaient de suffire au Japon pour attirer toute la clientèle artistique de Paris » !


Edouard Manet, Portrait d’Emile Zola (détail), 1868
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Aplats noirs inspirés d’estampes

Manet utilise de larges aplats d’un noir d’encre pour représenter le fond sombre et la redingote de l’écrivain. Cet habit noir présente un aspect totalement plat, sans modelé ni autre effet de volume… exactement comme le manteau noir du lutteur de sumo. Manet se réfère ainsi (encore !) aux estampes japonaises qui poussent de nombreux peintres de l’époque à adopter l’aplat de couleur pure, et à utiliser le noir pour faire ressortir les couleurs. Comme ici, où il permet de mettre élégamment en lumière le visage du modèle et les objets qui semblent baignés d’une lumière mordorée…


Edouard Manet, Portrait d’Emile Zola (détail), 1868
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Touche ibérique

Tout comme les objets d’art et autres antiquités, le mobilier joue un rôle important dans la mise en scène de soi, aussi bien chez les bourgeois que chez les écrivains et les peintres reconnus. Pour représenter la tapisserie du fauteuil, Manet s’inspire de la touche et des tons ocre de Goya et Vélasquez, ses peintres espagnols favoris.
Crédit :
Beaux Arts
24 avril 2018, mis à jour le 27 mai 2020
Tentative d’épuisement d’un tableau : le portrait de Zola par Manet
Un documentaire audio de Perrine Kervran et Séverine Cassar sur France Culture dans le cadre d’une série sur une histoire de l’impressionnisme.

Crédit :
France Culture, 11/02/2014

Manet, autoportrait à la palette


Autoportrait à la palette Edouard Manet, 1879
Huile sur toile, 83 x 67. Collection particulière
Manet (1832-1883), réalise cet autoportrait à 47 ans après sa crise de l’hiver 1878 qui a révélé les premiers effets des complications de la syphilis que la médecine ne sait pas encore enrayer
Au sein d’une tonalité presque incolore allant de l’ocre au noir à peine rehaussée de quelques pointes de vermillon, se détachent la lumière des yeux du peintre. La main qui tient le pinceau est laissée à l’état d’esquisse. Manet était chauve. Au nouvel Opéra de l’architecte Garnier, regardant les immenses glaces du foyer il dit mélancoliquement "Ah ! Ce Garnier, on voit bien qu’il avait des cheveux, lui !"
Zola : "Edouard Manet... le yeux étroits et profonds ont une vivacité et une flamme juvéniles... le visage entier annonce le mépris de la sottise et de la banalité... un homme d’une amabilité et d’une politesse exquises, d’allure distinguée et d’apparence sympathique"
Manet n’a pas rétabli le reflet qu’il voyait dans la glace si bien qu’il semble peindre de la main gauche.
Crédit :
cineclubdecaen.com
Le Portrait d’Emile Zola par Edouard Manet
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