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IL ETAIT UNE FOIS…ULYSSE avec Sylvain Tesson

Ou la poésie épique d’un aède du XXIème siècle

D 9 octobre 2024     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Voici le troisième volet de notre Série Ulysse après

Carte postale de l’été avec Ulysse le Grec
Sylvain Tesson et Christophe Charbonnel : complices d’un Ulysse face à l’océan aux Sables-d’Olonne

En guise d’introduction

Ce volet est dédié à l’inauguration officielle de la statue d’Ulysse dans l’estran de la baie des Sables d’Olonne
Avec Sylvain Tesson en
guest star pour nous conter Ulysse et donner vie à cette statue dressée vers le ciel.

La mairie de la ville avait installé une gande tente blanche sur le quai Clémenceau, face à la mer et la statue érigée sur le plateau rocheux - dit des Roches noires – affleurant sur le sable. Jauge de la tente : 400 personnes debout. Le public était là pour l’événement programmé mardi 1er octobre à 18H30. La salle était pleine à craquer, et j’avais réussi à me glisser au 3ème rang afin d’enregistrer l’allocution de Tesson. (Au final, c’est l’enregistrement de LSTV (Les Sables TV) que je vous propose). L’estrade était encore vide.


Sylvain Tesson Yannick Moreau et Christophe Charbonnel

Puis fendirent la foule, le maire des Sables d’Olonne entouré de Sylvain Tesson et du sculpteur Christophe Charbonnel. Tesson m’a semblé petit, voire un peu malingre,

mais lorsque le conteur fut sur l’estrade et prit la parole il s’était métamorphosé en Géant au Verbe en feu, aede moderne chaussé de bottes de sept Milles Marins, enjambant aussi bien les mers entre les îles, que les siècles, allers et retours entre aujourd’hui et le temps d’Homère et vice versa. Le temps aboli.
Moment de grâce ! Retour au port d’attache des Sables-Ithaque, après avoir subi, comme Ulysse, …quelques vents contraires.

Les pixels de la vidéo, même s’ils captent bien les dimensions de l’image et du son ne captent pas tout ! Ainsi : la communion d’esprit qui s’établit entre le conteur et son public déjà acquis à sa cause avant qu’il ne parle. Et aussi, la magie du lieu et de la météo..

Le lieu, c’est la baie des Sables d’Olonne que l’œil de la caméra focalisé sur l’intérieur de la tente ne capte pas, mais que chacun a pu contempler en arrivant, et dont l’esprit garde une trace panoramique au-delà des limites physiques de la tente.

Quant à la météo, la journée avait commencé boudeuse, dans un gris dense, mais en cette fin de journée, Hélios avait entr’ouvert le rideau de nuages et ses rayons scintillaient sur la mer -autour d’Ulysse. La nuit commençait à tomber et Helios para le cou de la mer d’un magnifique collier d’or rougoyant. Ulysse avait le visage tourné vers le couchant, un choix de l’artiste noté par Sylvain Tesson alors qu’Homère célèbre plutôt la lumière de l’aube des îles grecques, mais si Homère avait vécu sous nos latitudes, nul doute qu’il aurait été conquis par la lumière rougoyante des magnifiques couchers de soleil sur la baie des Sables, derrière la grande jetée qui borde le chenal


Les Sables d’Olonne. Coucher de soleil derrière la grande jetée.
ZOOM : cliquer l’image

Chenal que vont emprunter les quarante skippers de la dixième édition ‘tous les 4 ans) du Vendée Globe qui vont s’élancer le 10 novembre 2024] pour un tour du monde des mers, avant le retour au point de départ, pas vingt ans après comme Ulysse, mais environ 80 jours plus tard (temps du gagnant Yannick Bestaven du dernier Vendée-Globe de 2020), alors que la première édition (1990) avait été remportée par le français Titouan Lamazou après un parcours de 109 jours – les bateaux n’étaient pas aussi performants qu’aujourd’hui. La meilleure performance a été réalisée en 2016, par Armel Le Cléac’h en 74 jours, 3 heures et 35 minutes.

La marée était maintenant haute ceinturant Ulysse jusqu’à la taille, alors qu’à marée basse ses pieds sont au sec, sur le plateau rocheux -dit des « Roches noires » et qui affleure au niveau du sable, quasiment au centre de la baie des Sables, entre la plage centrale et la plage de Tanchet. Une localisation de choix pour Ulysse.

La qualité esthétique de l’œuvre, sa localisation et sa symbolique pouvaient en faire, tout naturellement, le nouveau monument identitaire de la ville - titre qui n’est pas revendiqué - mais à mon avis, et c’est dommage, il lui manque la stature adéquate pour un tel statut.

Malgré ses 3 mètres de haut et ses 700 kilos de muscles de bronze, il apparaît un peu frêle, vu du quai. Il aurait mérité être deux à trois fois plus haut ! Dommage ! Bien sûr, l’addition aurait été plus lourde, mais le jeu en aurait valu la chandelle !
On peut néanmoins avancer jusqu’à lui à marée basse, et une longue vue installée sur le quai, permet de le grossir à sa guise.

Sous la tente, à gauche de l’estrade, un grand écran diffusait, en boucle, une vidéo de l’estran à marée haute avec Ulysse immergé à mi corps. Le drone opérateur nous le présentait magistralement, de près en gros plan, de haut, tournait autour, le situait dans la baie avec à sa droite, au loin, la grande jetée.

Extrait de l’ allocution de Yannick Moreau à l’adresse de Sylvain Tesson

Evoquant le plateau rocheux (dit des Roches Noires) sur lequel est érigée l’œuvre du sculpteur Christophe Charbonnel, Yannick Moreau avait eu cette remarque :

« Ici, cher Sylvain Tesson, ce sont les Roches qui sont noires, pas les Chemins »


allusion discrète à l’oeuvre de l’écrivain. Bravo Mr le Maire qui fit montre, par ailleurs, d’une belle verve dans l’ensemble de son introduction dont voici l’extrait de l’adresse à Sylvain Tesson

Sylvain Tesson, qui mieux que vous, disciple contemporain d’Homère , artiste des mots pour faire revivre ici l’épopée d’Ulysse, dans nos vies et dans cœurs, digitalisés, déssechés.

La France que la nature a fait belle et que l’Histoire a fait grande a besoin de renouer avec son roman national et ses Livres d’Heures.
Avec le Vendée Globe et Le Puy du Fou, le chemin de sa chanson de geste.

Les Sables d’Olonne, à la fois cité maritime et de pêcheurs, de marins au long cours, port de l’aventure et Cap Canaveral de la mer, et aujourd’hui nouvelle Ithaque, aspire elle aussi a renouer avec la poésie épique. Il faut pour cela des conteurs mélodieux, des aèdes, des amoureux des mots, des sons, des sens et de leur résonance.
C’est à vous cher Sylvain Tesson, qu’il échoit pour notre bonheur, pour notre gourmandise, si essentielles, de conter Ulysse et aussi lui donner vie : une statue dressée vers le ciel devenant une statue animée.

Besoin de ces récits qui commencent, invariablement, par
IL ETAIT UNE FOIS… et que portent en eux les aèdes, les éveilleurs et les enchanteurs de toujours dont vous êtes aujourd’hui cher Sylvain Tesson le porte-parole bien aimé, ici, aux Sables d’Olonne avec les accents de l’aventure

Monsieur Christian Charbonne, Monsieur Sylvain Tesson, la ville des Sables d’Olonne est honorée par votre présence et votre concours dont elle vous remercie chaleureusement par une vague d’applaudissements

Yannick Moreau
Maire des Sables d’Olonne
(extrait de son allocution à l’adresse de Sylvain Tesson)

Sylvain Tesson aède des temps modernes

"Le plus court chemin qui mène à soi-même nous
conduit d’abord autour du monde"

Hermann von Keyserling
...un philosophe allemand, fortement oublié, mais dont cette phrase pourrait presque être gravée sur le bronze de la statue, ajoute Sylvain Tesson.

Christophe Charbonnel sculpteur

"Que chacun puisse y projeter ses propres rêves"
Christophe Charbonnel
(à propos de sa création de la statue d’Ulysse)

Ne manquez pas son interview ci-dessous par Aida Valceanu de LSTV (Les Sables TV). Elle a su créer le climat favorable pour que Christophe Charbonnel qui préfère laisser parler ses oeuvres plutôt que s’exprimer lui-même, nous livre, ici, un peu de son univers :

VOIR AUSSI ICI

Entretien avec Clément CARABIE Ouest-France

Qui est Christophe Charbonnel, l’homme derrière la statue d’Ulysse aux Sables-d’Olonne ?

Modeleur et sculpteur depuis une trentaine d’années, Christophe Charbonnel a été choisi par la ville des Sables-d’Olonne (Vendée) pour fabriquer la statue d’Ulysse. Il dévoile les coulisses de sa conception

Christophe Charbonnel a travaillé pendant plus de quatre mois sur la statue d’Ulysse installée aux Sables-d’Olonne (Vendée).
Christophe Charbonnel a été choisi par la ville des Sables-d’Olonne (Vendée) pour réaliser la statue d’Ulysse qui trône désormais dans la baie de la cité balnéaire. Sculpteur en activité depuis une trentaine d’années, il a commencé sa carrière en tant que dessinateur et modeleur pour les studios Disney où il a découvert la mythologie.

Pouvez-vous expliquer votre travail sur la statue ?

Je suis modeleur. C’est-à-dire que je monte jusqu’à la forme, contrairement à un tailleur de pierre qui va enlever de la matière pour obtenir l’objet qu’il souhaite. Une fois que j’ai fait ma terre, je passe par des plans de moulage.

Donc, on fait un moule en élastomère sur la pièce et on va venir tirer une cire creuse. Ce moule qui est propice à recevoir le bronze en fusion, on va le mettre dans un four pour faire fondre la cire et injecter le bronze.
Pour des raisons de sécurité, la pièce est coupée en différents morceaux. Il faut donc faire un travail de montage et de patine.

En quoi la statue d’Ulysse est différente de votre travail habituel ?

J’ai l’habitude de travailler sur ce genre de format. Simplement, là, il a fallu tenir compte du milieu maritime dans lequel on était. Donc, ça passe par des ouvertures laissées sur la statue. Elles permettent à l’eau de rentrer facilement dans la pièce. Mais aussi à l’air de s’échapper pour que ça ne fasse pas de l’air comprimé, et que l’eau puisse de nouveau s’évacuer tranquillement.

On travaille aussi avec plusieurs bureaux d’études. Je n’ai pas les compétences techniques sur les rapports de force et de résistance donc, je m’entoure de gens qui sont des professionnels et qui nous disent de quelle façon on doit procéder. Mais il n’y a pas de vraie contrainte. Il y a la même joie. Ça fait partie de mon travail.

Que représente ce travail pour vous ?

C’est une grande fierté et un honneur. C’est le rêve de tout sculpteur d’exposer dans ces conditions. C’est aussi le fruit d’un travail d’équipe avec Bram Buyse, mon fondeur. C’est quelque chose d’extrêmement important pour moi.

C’est aussi un hommage aux marins et aux aventuriers. Ulysse est un homme qui a eu l’audace de faire un périple extraordinaire. Il s’est mis dans des situations compliquées et s’en est toujours sorti.

Ouest France, 03/07/2024

*

A propos de Christophe Charbonnel

Installé au coeur des Yvelines, Christophe Charbonnel (né en 1967) débute sa carrière comme dessinateur puis modeleur dans les studios Walt Disney. Etudiant le modelage à l’Ecole Duperré, il tourmente ses bronzes dans un classicisme puissant et réinventé depuis une vingtaine d’années.

Christophe Charbonnel affectionne la figure hiératique, solennelle, qu’il développe dans ses personnages en pied. Ses visages et ses groupes monumentaux sont toujours pénétrés d’une tension dramatique qui leur confère une indéniable beauté. L’émotion s’avère être au
cœur de son travail. L’artiste le dit lui-même : « S’il ne se passe rien, si je ne ressens rien, je préfère casser ma pièce et passer à autre chose. »

Le site de Christophe Charbonnel
Christophe Charbonnel à la galerie BAYART

Sylvain Tesson, Un été avec Homère / Voyage dans le sillage d’Ulysse

Voyage à travers l’Iliade et l’Odyssée d’Homère. L’Iliade est le récit de la guerre de Troie. L’Odyssée raconte le retour d’Ulysse en son royaume d’Ithaque. Tous deux dessinent les contours de la condition humaine

« On vient de Chine, du Japon, de l’Asie du Sud-Ouest, d’Amérique du Sud pour venir voir les ruines de Troie. Pour aller voir cette ville qui a été chantée par un poète ». En présentant l’odyssée d’Ulysse, Homère a inspiré à son tour de mythiques épopées, bien ancrées dans la réalité
PLUS ICI

DEUX COURTS EXTRAITS

SURVIVRE AUX TEMPÊTES

L’envers de la lumière, c’est le brouillard. Il se lève avec soudaineté en ces îles. On croirait un rideau jeté par un dieu.
[…]
La mer homérique est toujours tempétueuse. Le vent est « la ruine des navires ».

Et comment fuir l’abrupte mort si brusquement se lève une rafale de ce Notas, de ce hurlant Zéphyre qui tant de fois disloquent les bateaux en dépit des dieux protecteurs !

(Odyssée, XII, 287-290.)

La colère de la mer ne s’encombre jamais de prémices. La tempête est sans sommation. Tout monstre marin se révèle impulsif. Dans la psyché antique, la tempête exprime la colère d’un dieu outragé. Ulysse se souvient :

Nous avions à peine doublé l’île [Circé], que soudain je vis des vagues, des vapeurs et perçus des coups sourds. Des mains de mes gens effrayés les rames s’envolèrent.

(Odyssée, XII, 201-203.)

On contemple l’air au balcon d’une île des Cyclades. Il s’éploie dans ses sautes et ses faux calmes, prémices aux convulsions. On observe la folie des rafales distribuant leurs torgnoles sur les eaux. On comprend que la mer, pour les marins d’Ulysse, était la patrie de tous les dangers. La moindre navigation aussi modeste fût-elle entre ces îles si proches était plongeon dans l’inconnu.

Tout appareillage dissimulait la perspective d’un « désastre », comme dit Ulysse, une aventure dans l’incertain, un saut dans le vide. Plein de crainte, on furetait d’île en île. La navigation s’apparentait aux sauts de puce, de refuge en refuge
L’Odyssée est le récit d’un perpétuel naufrage. Combien de fois Ulysse, accroché à un débris, gémira :

Je lâchai pieds et mains et, à grand bruit, je retombai en plein courant près de mes poutres et, me hissant dessus, je ramai avec mes deux mains.

(Odyssée, XII, 442-444.)

Obsédé par son retour à Ithaque, Ulysse se voit sans cesse jeté à l’eau, poussé vers le mauvais rivage, puis sauvé par les dieux, rétabli par sa propre force, détourné de sa route, ramené à son obsession : rentrer chez lui.

Et Homère l’assène : on ne peut espérer un retour sans idée fixe. Seule l’opiniâtreté triomphe des tempêtes. Seule la constance mène au but. Cet enseignement frappe la bannière homérique : la longueur de vue, la fidélité constituent les plus hautes vertus. Elles finissent par remporter le combat contre l’imprévu. Ne pas déroger, seul honneur de la vie.

Les dieux concourront à détourner l’élan initial. Éole déchaînera les vents, les monstres hideux de Charybde et de Scylla dévoreront l’équipage. Non ! la mer n’est pas un lieu amical pour l’homme. Homère l’appelle la mer « vineuse », « stérile », « sans moissons ». Il oppose sa surface inhumaine à la terre où l’on récolte le blé. « Lie-de-vin » : telle est la peau de la mer ! Quand on a vu, sur les étendues de l’Égée, de grandes plaques y réfléchir leur moirage et la teinter de cyanoses, on comprend l’adjectif.
Et se justifie alors l’idée de rester prisonnier d’un pigeonnier de Tinos [où l’auteur écrit ces lignes] . Il ne sera pas inutile de humer le fond de l’air pour mieux comprendre Homère.

La mer n’est pas l’amie et la mort dans la mer est le cauchemar de l’homme.

L’écume efface tout, dans la bave de l’oubli. Qui se souvient des noyés ? Personne. Qui se souvient du héros retourné au rivage ? L’humanité entière !

Une théorie vient alors à tout marin témoin d’un typhon : et si les monstres odysséens étaient la personnification des tempêtes ? Quand on entend hurler le vent dans les élingues, n’imagine-t-on pas quelque bête réveillée ? Ses mugissements rapetissent l’homme à la valeur d’une puce. L’élément se déchaîne et sa colère prend un visage. Charge au poète de le peindre.
pp. 37-41.

LE CHANT DU RETOUR

La construction de l’Odyssée n’est ni linéaire ni chronologique. Elle est moderne, dirait-on aujourd’hui (moderne, mot utilisé pour désigner toute chose immuable).

Le poème raconte trois événements. Le départ de Télémaque à la recherche de son père ; les aventures d’Ulysse revenant à Ithaque après la guerre de Troie ; l’arrivée d’Ulysse en son royaume et son combat pour chasser les usurpateurs, et restaurer l’ordre défait.

L’Odyssée est malédiction.
Ulysse veut rentrer, il s’égare.
Il brûle vers Ithaque, il se perd.
Plus tard, Lancelot et Perceval,
Chevaliers de la prouesse,
Recommenceront à errer,
Dans une forêt sans retour.
Ainsi des âmes égarées.
Elles cinglent, elles larguent, elles appareillent.
Et jamais ne se posent.
Mais le salut est dans l’errance,
La réponse dans le voyage.
Toute leçon est mouvement.
Il n’y a pas plus beau retour
Qui ne vous contraigne d’abord
À ne pas réussir à rentrer !
p. 76.

Journal de Sylvain Tesson rédigé lors de son voyage à travers la Méditerranée à bord du voilier Akhénaton (printemps 2019)

C’est donc le chant du retour au pays, de la remise en place du destin. Le cosmos avait été dérangé par les outrances de l’homme à Troie. Il faut instaurer à nouveau l’harmonie. « Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours ! Le temps va ramener l’ordre des anciens jours », écrit Gérard de Nerval dans Delfica. ô vers à la puissance homérique ! Revenir en sa patrie, ravauder l’équilibre cosmique en rétablissant l’équilibre privé, tel est l’objectif de l’Odyssée : en d’autres termes, reciviliser le monde.

L’Odyssée est aussi le poème de la rémission écrit huit cents ans avant l’Évangile du pardon. Ulysse a fauté, il paiera pour les hommes qui se sont déchaînés. Le voyage est rachat, dit Homère. Les dieux se mettront sur la route du fautif pour lui imposer leurs épreuves. Mais certains interviendront afin de l’aider à les surmonter. Là se cache l’ambiguïté des dieux antiques : ils sont juge et partie. Ils disposent les embûches et offrent le secours pour en triompher.

L’Iliade était le thème musical de la malédiction des hommes. Les chiennes de l’âme étaient lâchées sur le champ de bataille. L’Odyssée est le livre d’heures d’un homme qui échappe à la frénésie collective et cherche à renouer avec sa condition de mortel - libre et digne.

Dernier axe de l’Odyssée : la constance d’âme. Le principal danger consiste à oublier son but, à se déprendre de soi-même, à ne plus poursuivre le sens de sa vie.

Se renier, indignité suprême (*).


p. 75.

(*) Remarque qui percute l’actualité que je venais de lire dans un magazine à propos d’un entretien avec Philippe de Villiers :


- « Vous avez été proche du ministre de l’intérieur, la rupture fut brutale. Lui souhaitez-vous de réussir ?
- Je suis sincèrement heureux de ce qui lui arrive. On a travaillé ensemble pendant trente ans, au Puy du Fou, comme au Conseil général.
Il était mon bras droit. Quand vous avez côtoyé quelqu’un autant de temps, en dire du mal, c’est se renier soi-même. »

A propos de l’écrivain

Aventurier et écrivain français né en 1972, Sylvain Tesson fascine ses lecteurs depuis plus de 20 ans par ses récits de voyage. Également auteur de nouvelles et d’essais, il décrit le monde avec justesse et poésie. Ayant déjà parcouru des milliers de kilomètres à travers le monde, il continue de faire rêver le public.

Les derniers livres de Sylvain Tesson : :

• Sur les chemins noirs (2016)
• Une très légère oscillation (2017)
• En avant, calme et fou (2017)
• La panthère des neiges (2019), prix Renaudot
• Un été avec Homère / Voyage dans le sillage d’Ulysse (2018 et 2020)
• L’Energie vagabonde (2020)
• Un été avec Rimbaud ( 2021)
• Noir (2022)
• Blanc (2022)

Pour ma part, ai découvert Sylvain Tesson avec Dans les forêts de Sibérie, 2010, et ce fut une révélation. Ce livre a été récompensé du Prix Medicis essai.

Pourquoi on part ?

Aida Valceanu
4 oct. 2024

Pourquoi on part ? Est la question que j’ai souvent posée aux marins autour du monde. C’est la même que j’ai posée hier matin à l’écrivain voyageur Sylvain Tesson, qui au retour de sa dernière incroyable aventure a posé quelques instants sa planche de surf sur la plage de Tanchet aux Sables d’Olonne. Se sentir en vie est un de grands défis de la vie, les voyageurs ont trouvé dans le mouvement une occasion de se sentir en vie, de sentir leur existence battre en eux avec beaucoup de force est une des pistes qu’il m’a donnée. Voyager ou l’art de décider avec prudence, sagesse, sensibilité et raison. Merci Sylvain Tesson pour ce joli moment et pour la disponibilité !

oOo