
25:oct. 2025 : ajout section "Patti Smith, éternelle kid"
En complément de notre article « Gallimard en fête avec Rimbaud et Patti Smith », à l’occasion du 150eme anniversaire de la publication de « Une saison en enfer », nous vous proposons aujourd’hui, cet extrait de la Grande Librairie du 18 octobre pour une promenade-entretien avec Patti Smith, sur les lieux de Rimbaud, là où il a écrit Une saison en enfer.

Promenade-entretien avec Augustin Trapenard (La Grande Librairie)

Patti Smith publie une superbe édition enrichie d’"Une saison en enfer" d’Arthur Rimbaud
Obsédée par le poète aux semelles de vent, la chanteuse américaine célèbre les 150 ans du chef-d’œuvre "Une saison en enfer" avec une édition augmentée de textes personnels, de photos, de dessins et d’une sélection de poèmes et de lettres de Rimbaud supplémentaires. Sensible et inspiré, c’est un bel ouvrage.
Article rédigé par Laure Narlian
France Télévisions - Rédaction Culture
11/10/2023

Patti Smith en 2023 et le célèbre portrait d’Arthur Rimbaud signé Etienne Carjat (1828 - 1906). (FRANCESCA MANTOVANI POUR GALLIMARD - ETIENNE CARJAT AFP)
ZOOM : cliquer l’image

Tous les admirateurs de Patti Smith le savent : foudroyée par la poésie d’Arthur Rimbaud à l’âge de 16 ans, la chanteuse, musicienne et poétesse américaine n’a eu de cesse depuis de le mettre en lumière, mais aussi de mettre ses pas dans les siens, de parcourir les pays qu’il avait arpentés, d’explorer les lieux où il avait vécu, écrit et souffert. Une passion qui l’a même poussée à racheter le terrain où s’élevait la ferme familiale de la mère de Rimbaud à Roche (Ardennes), près de Charleville-Mézières, là même où le poète rédigea Une saison en enfer, à l’âge de 19 ans. On ne s’étonne donc pas que Gallimard ait confié à Patti Smith la réédition augmentée de ce recueil de neuf textes en prose fiévreux, dont on célèbre cette année les 150 ans.
Une édition enrichie d’images et de souvenirs
Dans Une saison en enfer 1873 – cinquième titre de la collection "Blanche" illustrée qui invite des artistes contemporains à créer autour d’un texte de leur choix – Patti Smith, qui lança les noces ardentes du rock brut et de la poésie, est dans son élément et fait merveille. Elle accompagne le texte intégral de dessins, de photos, et surtout d’écrits qui éclairent sur le cheminement du poète et témoignent du rapport intime qu’elle entretient depuis 60 ans avec L’homme aux semelles de vent, mort en 1891 à l’âge de 37 ans. Une sélection de poèmes supplémentaires de Rimbaud qui l’ont "construite et inspirée tout au long de sa vie", ainsi que des lettres du poète voyageur à sa famille, complètent l’ouvrage.
"Rimbaud Road", qui illustre "Ma bohème" dans l’édition enrichie de Patti Smith. Il s’agit d’un chemin de Roche (Ardennes) où se trouvait la ferme familiale de la mère de Rimbaud, et où Arthur rédigea "Une saison en enfer". (PATTI SMITH)

Patti Smith raconte la genèse, le cheminement puis le désintérêt avec lequel fut accueilli Une saison en enfer, publié à compte d’auteur en 1873, qu’elle décrit comme le "pamphlet" d’"un adolescent qui reconnaissait et repoussait tous les miroirs, combattait tous les démons, démasquait les archanges et prophétisait l’époque moderne". Elle se souvient de sa déception, en 1973, de ne trouver qu’indifférence à Charleville-Mézières, où Rimbaud naquit et fut inhumé, lors de son tout premier pèlerinage sur les traces du poète, à l’occasion du centenaire de la parution du même ouvrage.
Le verbe manié comme une arme
Elle retrace l’histoire du revolver à six coups avec lequel Verlaine blessa au poignet Rimbaud, "objet de son beau tourment", le 10 juillet 1873, et dit l’émotion d’avoir tenu dans ses mains nues cette arme "qui précipita la vie" des deux poètes et amants. Elle confie son identification à l’auteur des Illuminations lorsque, éprise de liberté comme lui, elle partit sur la route à 20 ans, "avec mes propres poches crevées", et se souvient du courage que lui donnèrent alors ses "poèmes parfaits", comme Ma Bohème.
Elle rappelle "la filiation spirituelle" et "l’affinité poétique" avec Arthur Rimbaud qu’elle partageait avec le jeune Bob Dylan. Elle détaille la vie d’errance du poète-aventurier, ses pérégrinations, de Vienne à l’Abyssinie. Musicienne, elle souligne la musicalité du verbe que cet "ange vengeur" maniait comme une arme. Elle est à son chevet lorsqu’il dicte son texte ultime sur son lit de mort.


La couverture d’"Une saison en enfer" d’Arthur Rimbaud, édition augmentée de photographies, écrits et dessins de Patti Smith, l’une de ses plus ferventes admiratrices. (GALLIMARD)

Gardienne et "compagne invisible"
Sensible et inspirée, cette édition est avant tout une invitation à lire et relire, à se replonger dans le verbe enivrant et souvent crypté de Rimbaud, qui, intemporel, parle au cœur et chuchote à l’esprit de chacun : "J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges."
"Les poèmes d’Arthur Rimbaud m’accompagnent depuis toujours", résume Patti Smith. "Ils renferment des traces de son insolence, des souvenirs virulents, des pouvoirs prophétiques, la torpeur sensuelle de la jeunesse. Je les ai lus et relus. J’ai tenu le pistolet, balayé la tombe et je me surprends aujourd’hui à être la gardienne du terrain qui appartenait autrefois à sa mère. J’ai été fidèle, toujours mes pas dans les siens, compagne invisible." Rimbaldienne, elle le sera jusqu’au bout.
"Une saison en enfer 1873 et autres poèmes - Photographies, écrits et dessins de Patti Smith" (176 pages, format 25 x 32,5 cm - Gallimard, 45 euros) est paru le 28 septembre 2023
Crédit : francetvinfo.fr
La Parole de Rimbaud lue par Philippe Sollers
Une sorte d’essai parlé sur Rimbaud par Philippe Sollers.


- Gallimard, 1999

VOIR AUSSI SUR PILEFACE (sélection)
- « Gallimard en fête avec Rimbaud et Patti Smith »
- Un été avec Rimbaud et Sylvain Tesson
- Le "Doc Stupéfiant" : Rimbaud jeune et maudit / Patti Smith et Rimbaud
- La ferme familiale à Roche (Ardennes) rachetée par Patti Smith
- Lire Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud
Patti Smith, éternelle kid

par Louise Lucas
Vendredi 24 octobre 2025
Patti Smith, le 3 mars 2025 au Carnegie Hall de New York. © Noam Galai / AFP


De ma découverte de Patti Smith, je m’en souviens très précisément. J’avais 14 ans et errais, comme bien souvent le week-end, dans les allées de la bibliothèque municipale de ma petite ville normande... Quand soudain, la vision happante de cette pochette. Cette femme au regard défiant, inflexible. Et cette inscription sommaire à la police on ne peut plus sobre : “Patti Smith Horses". Je suis repartie avec le disque sous le bras, obéissant à une sorte d’attraction mystique, une curiosité viscérale. Après ce samedi-là, qui m’a initiée pour toujours à l’œuvre de l’icône punk la plus poète, sagace et lumineuse de sa génération, Patti Smith ne m’a jamais quittée. J’ai écouté ses disques avec admiration, lu ses livres avec dévotion, fantasmé sa vie de bohème et ses pèlerinages.
Cette semaine, l’artiste américaine investissait la scène de l’Olympia pour deux soirées en l’honneur des cinquante ans de Horses – son premier disque devenu culte, celui-là même qui m’avait ouvert le champ des possibles, adolescente. Cette tournée anniversaire l’a ainsi conduit aux quatre coins de l’Europe, d’Oslo à Bruxelles, en passant par Paris. Je n’avais jamais vu Patti Smith en chair et en os jusqu’à ce lundi 20 octobre. Périlleux, de découvrir son idole de toujours en live, à l’aube des 80 ans de cette dernière ? Pas le moins du monde, lorsque l’on fait face à Patti Smith. Le timbre de sa voix, désormais plus grave et épais, n’a rien perdu de sa puissance. Son aura, rassurante et presque divine, offre la certitude d’avoir affaire à une chantre rock immuable.
D’autant que les planètes étaient alignées, ce lundi soir. Patti Smith, fidèle admiratrice d’Arthur Rimbaud, ne manquera pas de nous le rappeler plusieurs fois durant le concert : cette soirée marque aussi l’anniversaire du poète, né le 20 octobre 1854. Sa présence à Paris à cette date n’est pas le fruit du hasard – Patti Smith n’est pas insensible à la symbolique des chiffres et des moments. Elle racontera d’ailleurs, entre deux morceaux et avec un sens de l’humour inchangé, qu’à défaut d’avoir pu sortir Horses le jour de la naissance de Rimbaud, il est sorti celui de sa mort. Un 10 novembre : 1891 pour le poète, 1975 pour le disque.
Mais ce rapport obsessionnel au poète symboliste ne l’aveugle pas pour autant. Patti Smith a toujours été consciente du cours des choses, aussi lugubre soit-il. Avant d’interpréter Peaceable Kingdom, elle adressera ses pensées aux enfants palestinien·nes et chantera, le poing levé, People Have The Power. Comme un appel à s’unir et annihiler l’immondice du monde.
Promenade-entretien avec Augustin Trapenard / Eternelle kid
* Version imprimable





