Le pape François célèbre la messe.
Venise, 19 janvier 2015, 19h.

Musique : Haendel, Dixit Dominus
par John Elliot Gardiner
à la chapelle du château de Versailles
Monteverdi Choir
English baroque solists
Ouvrez L’École du Mystère (folio, p. 12 et p. 26-27)
MESSE
Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu célébrer la messe. Pas en « enfant de chœur », non, mais en acteur principal, avec le moment-clé de l’élévation. D’abord, la transsubtantiation : un rond de pain blanc, après imposition des mains et prononciation des paroles sacramentelles, devient réellement un corps ressuscité et vivant. On le montre au public qui est là, une foule ou presque personne, peu importe. « En mémoire de moi » : dernier banquet avant l’épreuve de la traversée mortelle.
Du même mouvement, dans un ciboire d’or, ce vin blanc se transforme en sang. On passe du jaune au rouge, on brandit ce miracle incompréhensible et scandaleux, on le boit, on s’agenouille, on se relève, et là, selon le pays où on se trouve, on psalmodie : « Mystère de la foi. »[...]
J’ai proposé une fois, à un ponte du Spectacle (télé, cinéma), de réaliser un film de 52 minutes, petit budget vite bouclé, sur une centaine de messes catholiques célébrées à travers le monde. Je lui ai expliqué le truc : le rond noir de la caméra fixe le rond blanc de l’hostie au moment de l’élévation. On passe à l’or du ciboire, on filme l’infilmable, on écoute dans toutes les langues « Mystère de la foi ». La séquence se déroule sur tous les continents en partant de Rome, tantôt dans le super-luxe, tantôt dans le dénuement extrême ou la clandestinité. Il fait chaud, il fait froid, il neige, on va d’une architecture classique à une cabane ou une cave, sans parler d’une tente dans le désert. On entend des bombardements, des cris lointains, le vent dans le sable. L’officiant n’est jamais le même, mais c’est le même. Il est mondial dans toutes les ethnies et dans toutes les nationalités. Il tend les bras, en montrant le blanc et l’or, s’agenouille, se relève, parle ou chuchote. Quelle beauté !
On déjeunait ensemble, le ponte et moi, j’ai attendu le café. Là, il a failli tomber de sa chaise. Il m’a regardé comme si j’étais fou. Je n’ai pas eu le temps de lui parler de l’accompagnement musical sacré, des phrases en latin, en italien, en français, en chinois, en allemand, en anglais, en espagnol, en portugais. Il a eu un sourire indulgent, un peu crispé quand même. Il a changé de sujet sans répondre, malgré mon insistance sur l’économie des moyens : trois caméras, des zooms, le pain devenant corps, le vin sang, ce qu’on ne peut pas voir. Il a peut-être cru à une plaisanterie. Comme si c’était mon genre.
Encore une messe ? Cette fois avec Jean Paul II. Voir Vers le paradis.

Par ailleurs, ceux qui ont vu Le pape François, UN HOMME DE PAROLE récemment mis en ligne par VK, pourront se reporter à mes articles :
- du 13 mars 2013 : De François d’Assise au pape François,
- du 28 juin 2015 : Saint Pierre de Rome, 28 juin 2015 : Laudato Si’,
- du 29 juin 2018 : L’infamie européenne,
- et du 20 mars 2020 : Planète
qui ne sont pas sans rapport avec les propos tenus par le pape dans le film de Wim Wenders.

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