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« Instantanés » de Jean-Michel Lou

Le souffle taoiste

D 16 octobre 2021     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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le livre sur amazon.fr

Jean-Michel Lou est un familier de pileface. Philippe Sollers l’a accueilli dans sa collection L’Infini. Lecteur à l’Université de Vienne (Littérature française). Son patronyme d’origine chinoise le prédisposait à explorer la pensée orientale (Chine, voire Japon) ce qu’il fit dans des ouvrages comme :

« Le Japon d’Amélie Nothomb », L’Harmattan 2011
« Corps d’enfance, corps chinois, Sollers et la Chine », Gallimard, 2012
« Le cœur du vide. Mélanges philosophiques autour du zen et du dao », L’Harmattan, 2018

« L’autre lieu. De la Chine en littérature », Gallimard, 2021

Mais son éclectisme, sa curiosité, ses voyages, son ouverture à d’autres langues, sa culture littéraire l’ont amené à s’intéresser à d’autres univers ainsi avec :
« Le petit côté. Un hommage à Franz Kafka », Gallimard, 2010
C’est dire que c’est toujours avec intérêt que nous avons ouvert son dernier recueil, intitulé « Instantanés », L’Harmattan, septembre 2021.

Des instants captés dans des lieux réels où ils ont émergé ou qui les ont inspirés et leur servent de cadre : une suite de courts textes entre récit et poème en prose.
Une déambulation de Vienne, au Sahara en passant par Paris mais aussi les « jardins de pierre » zen, etc.

Les titres des chapitres disent et balisent les lieux de cette déambulation(sauf le premier et le dernier intitulés « Souffle »), ainsi : Istanbul, Lisbonne,Coïmbra, Buçaco, Batalha, Sahr, Pnom Penh, Paris, Atar,Thassos, Naxos, Le Grand Fleuve 1, Florence, Le Grand Fleuve 2, Vienne, Saint Louis, Kyôto, Souffle.

« …Je finis par revenir, nous dit Jean-Michel Lou dans ce dernier chapitre « Souffle ». Être assis dans le calme en face d’un mur vide, tous les jours, c’est contempler sa propre mort. Les gestes répétés du quotidien, les tâches accomplies dans l’enthousiasme ou dans l’ennui, les désirs semblables des humains, le retour des saisons, des générations comme des feuilles… sont les cercles qui tournent autour de ce point fixe. »

Une déambulation qui n’est pas exempte d’arrière plan existentiel ou philosophique : le souffle, la vie, la mort avec ces instantanés, ces instants de vie ici remémorés pour les prolonger par l’écriture. Autant de petits cailloux sur les chemins de la vie pour en jalonner l’essentiel : des instants de vie, de contemplation et d’observation, des souffles de vie que l’homme moderne occidental et urbain, souvent ne ressent plus, ne voit plus, n’entend plus. Mais il faut aussi une âme de poète pour les capter et les restituer pour notre plaisir. C’est ce que révèle ici Jean-Michel Lou, écrivain et poète.


QUELQUES EXTRAITS

Souffle

En tête du livre, ce chapitre :

Le sourire intérieur, pieds rivés à la terre, un fil invisible reliant le crâne au ciel. Corps ferme et relâché, souffle, les mains comme posées devant les hanches, légèrement tournées vers l’intérieur, yeux fermés ou dirigés vers le lointain. Là. Rien ne peut m’arriver. Ouvert et rassemblé, très faible et très fort, en soi et dans le monde. Rien de ce qui fait le monde ne m’atteint, et tout m’atteint. Invulnérable et transparent. C’est dans cette attitude de l’âme qu’il faudrait traverser sa propre vie, les intempéries, le sort et les passions, jusqu’à la mort, comme un héros.

Sahr

In extenso :

Dans le halo que fait dans la nuit la lumière du cinéma, les rapaces, courbes d’étoiles filantes.

***

L’acuité douloureuse des soirs, la palpitation des nuits, les aubes poudreuses et douces.

***

La journée passe comme une grande feuille vierge sur laquelle s’inscrivent quelques signes - la saveur de la mangue, du thé, le vent sur la sueur tiède - quelques écarts – la natte qu’on déplace, un enfant qui pleure. L’imperceptible variation de la lumière de l’aube au soir.

***

Au marché de Sarh, nous devisons, le long des travées poussiéreuses, d’Œdipe à Colone. [1]

***

Le tournoiement obsédant des oies, qui finissent par se poser sur le grand flamboyant - et puis les milans. La lumière baisse rapidement, et les formes se fondent lentement dans l’ombre, sous le ciel gris calme.

***

J’écris, ombre et lumière sur les arbres, bananiers comme des jets d’eau, manguiers chevelures, citronniers légers. L’air chaud balaie ma face. À peine quelques sons, bruissement des feuilles, bourdonnements d’insectes, rapides traits de  :1 plume ; la rumeur de la ville ne parvient pas jusqu’ici. Le petit chien folâtre mord tout ce qui passe à sa portée, les coussins, sa balle, mes pieds, les végétaux. Des oiseaux sautillent silencieusement. Papillon noir piqué de jaune. Au • cœur de cette paix, sinueuse, une sorte d’angoisse.·

***

Le chiot tourne en rond frénétiquement, affolé par l’imminence de l’orage. Lumière insistante, jaunâtre ; l’inquiétude dans le balancement des feuillages. Le vol plus rapide des pique-bœufs.

***

Les gerfauts, dispersés, livrés aux forces de l’air.

***

Le voile sombre de l’orage est tombé sur le parc, comme sur l’homme la chape des passions. Les arbres affolés dans le ciel violet. Dans la lumière crue du néon, les élèves composent et j’écris, pendant que les éléments, à l’extérieur, menacent. Visages concentrés, embellis par l’effort, comme une métaphore de l’Esprit.

***

La grande rumeur des corbeaux, quand vient la nuit. Celle des pique-bœufs, semblable au clapotement d’une eau qui bout. Celle des crapauds, quand s’en va la pluie.

***

L’invasion des termites sur les seccos et les murs, algues brunes, suintements de sang, comme le signe de la menace que la nature fait peser sur les choses humaines. La folie attend son heure.

***

’Tout à coup, le vent. Les arbres affolés. Mon cahier se couvre de sable.

***

Le fleuve à Moussafoyo, au milieu du jour. Intensité douloureuse, presque féroce, de la lumière, des couleurs, de la chaleur, du silence. J’avais le sentiment, pâle enfant des cités, d’être menacé par un surcroît de vie, une trop forte présence qui écorchait mes sens, émoussés jusque-là par les brumes de l’apparence ; et je baignais, proche de l’extase ou de l’anéantissement, dans ce paysage presque irréel à force d’être si réel, avec la joie sauvage de n’y rien comprendre.

***

Atar

Atar [2] inspire Jean-Michel Lou puisqu’il y consacre pas moins de 15 pages, en symbiose avec son environnement naturel et humain.

Suite de réflexions par petites touches pointillistes. Peinture ‘’sur le motif’’ :

Les couleurs de « La montagne aux reflets pourpres chaque jour » ou encore plus avant « Harmonie des couleurs tamisées, orangé du sable, violet des montagnes, verts de la végétation, gris du ciel. Et la piste céladon ».

***

« Le saxo dévide sa ligne pâle jaune, tréfilée, doucement heurtée, sur le fond noir et bleu de la nuit, comme un libre reflet de la livide clarté lunaire »

***

Le retour aux sensations premières :

« Dans le bleu cru de l’eau et les ombres intenses, sur la terre craquelée, je cours ».

***

Fantasmes érotiques :

« La montagne ondule comme un corps de femme. A mesure que j’avance, des pans entiers apparaissent, disparaissent, le ciel descend ou monte [l’auteur va-t-il atteindre le septième ciel ?] ; nous noue engageons dans l’immense coulée : je suis au-dessus de la dernière guelta, noire, profonde, béante vulve dont on ne voit pas l’eau. »

***

« Une autre figure féminine se dessine à l’horizon : « Matin beau comme un opéra. Bleus et noirs profonds irréels ; les grands nuages, étalés, étirés, étalés, grandioses au-dessus de de la passe d’Azoughi, bande sombre. Légères veinules bleues du sein de la femme qui allaite. »

***

Les bruits et les odeurs :

« Le vent qui se heurte aux masses charrie des plaintes infernales, cris lubriques, cris de damnés. »

***

« Ces miaulements affreux de chat qu’on égorge et qui provoque un vague frisson d’horreur, horridus, et un mouvement de répulsion, c’éait de mon salon, la porte qui grinçait. »

***

« Les bruits de l’extérieur, feutrés, émoussés, alimentent ma rêverie : bruissement du vent dans les feuilles, grincements organiques des bois, bourdonnement de voix, râles lointains de boucs en rut... et, comme des teintes légères se fondent à l’harmonie monochrome qui les met en valeur, tous ces bruits se détachent à peine d’un grand fond uniforme, étale, de silence. »

***

« Voix délicieusement épicée de la chanteuse, comme une feuille de menthe déposée à la surface lisse et dorée de mon cognac (couleur du thé), petite frange verte sur l’harmonie brune de la pièce qu’illumine mon regard. »

***

« Odeur pénétrante du bois - celui d’un grand cadenas massif, celui du manche à balai - ou encore l’herbe coupée, l’herbe mâchée. »

***

L’écho de la vie

« J’allais vider mon carton d’ordures ; des petites filles très sales m’accompagnaient en riant et en poussant des cris ; elles se précipitèrent sur le contenu du carton quand je l’eus jeté ; un âne, à côté, mangeait je ne sais quoi. »

***

« Zouerate [3] La poussière blanche, après la poussière rougedu minerai, mais aussi ce matin clair, l’horizon marqué d’une bande blanche et brillante. »

***

« Du haut de l’abrupte paroi, le bulldozer fait dévaler des tonnes de minerai. Le moteur, le roc roulé, le heurt du sol, le vent mêlé à tout cela, font un bruit insolite, très violent, très doux, beau comme celui d’un ressac. »

***

Ou l’absence de vie

« Nous roulions sur la croûte brune et dure, immense, du lac asséché, comme sur la terre avant toute vie. »

***

La culture en embuscade

« Imitant la pose d’une jolie femme remontant subrepticement son bas, ou encore celle d’une femme au tub de Bonnard ou Degas, le vieux Maure remonte le pan de son boubou blanc et, un peu penché, réajuste avec précaution sa gandoura »

***

« Mouches crevées dans un bain de lait de chèvre, comme Pétrone dans son vin, ou ce chevalier épicurien qui, condamné à mort, demanda à être englouti dans une barrique de Marsala. »

***

« J’avais vu les pierres mortes et le sable qui gagne, pris le thé avec la nuée piaillante des femmes questionneuses, erré dans les venelles étroites. Et le garçon aux boucles noires, au visage de jeune fille, me parlait d’une voix douce et un peu rauque, et je sentais la grande tristesse qui émane parfois d’un être d’exception. Tel Ulysse, à qui Athéna se montra sous l’aspect d’un pâtre, je reconnus, résignée, mélancolique divinité, l’Intelligence. »

***

« L’essoufflement et ta sueur te grisent. Tu montes ; tu penses à la fascination des lieux hauts chez Stendhal ; près du but, ton ivresse augmente, et tu franchis le dernier roc. Ta vue à présent embrasse l’étendue immense de la Sepkhet Chemcham ; deux couches d’un bleu différent donnent l’illusion de l’eau, comme si la mer venait à peine de se retirer. Et voilà que tu te mets à courir, et que tu voudrais crier. Saisi de la même euphorie, peut-être un peu moins violente, ou plus raffinée, Stendhal sur le Janicule se contentait d’écrire sur ses bretelles... »

***

« Bandes lisses de couleur, jusqu’aux dunes lumineuses au fond, et le ciel : la palette d’un Nicolas de Staël. On pourrait aussi, avec ce paysage, habiller une femme.

***

« Bibliothèque coranique de Chinguetti : livres rares entassés dans des armoires métalliques, rongés par le temps et l’air comme les murs par le sable. Le marabout, aux sourcils épais mais au regard doux, portant un boubou d’un vert céladon un peu passé, nous montre des pages d’écriture, des enluminures. Je dis : « ces livres s’en iront bientôt en poussière. » L’évidence du symbole, sa banalité même, nous émeuvent, comme si nous avions devant les yeux une partie de la bibliothèque de Faust, qui depuis longtemps ne lit plus ses livres, voués au sable. »

***

Souffle

Le dernier chapitre :

« Fuyant l’appartement mortuaire, je me promène dans des endroits où je suis déjà passé maintes fois, traçant des cercles concentriques autour de ma propre mort. Devoir zigzaguer entre les flaques de boue ne me distrait pas. De toute façon, je finis par revenir. Être assis dans le calme en face d’un mur vide, tous les jours, c’est contempler sa propre mort. Les gestes répétés du quotidien, les tâches accomplies dans l’enthousiasme ou dans l’ennui, les désirs semblables des humains, le retour des saisons, des générations comme les feuilles. . . sont les cercles qui tournent autour de ce point fixe »

Bonne découverte et bonne lecture

Outre le chapitre Sahr que nous vous avons présenté in extenso, et le long chapitre Atar dont nous avons sélectionné et recomposé thématiquement les extraits, nous vous laissons découvrir dans le livre, les autres tableaux de lieux, de la même veine, …de la même palette :

Istanbul, Lisbonne,Coïmbra, Buçaco, Batalha, Pnom Penh, Paris, Thassos, Naxos, Le Grand Fleuve 1, Florence, Le Grand Fleuve 2, Vienne, Saint Louis, Kyôto.

Bonne découverte et bonne lecture


A ¨PROPOS DE SOUFFLE

Nous l’avons noté, ces courts récits qui, chacun, portent le nom du lieu qui les a inspirés sont encadrés au début et à la fin d’une section intitulée « Souffle ».
Là, peut-on rappeler que Jean-Michel Lou est familier de la culture et de la pensée chinoise et que le souffle est une notion cardinale du taoisme.

· Dans la tradition orientale, en particulier taoïste, le qi est le principe de vie fondamental, l’énergie universelle, le souffle ou encore l’essence.

· Le qi est cette force qui crée, fonde et anime l’univers, entourant toute chose. C’est une notion à la fois métaphysique et physique.

Le qi est à la fois un point de départ, un vecteur et un résultat. Il évoque le souffle (le principe de vie issu du centre primordial ou tao), l’esprit, ou dans une perspective chrétienne le Saint-Esprit ou le Verbe (le plan, la loi cosmique) qui génèrent et régissent le monde manifesté.

Central dans les cultures chinoises et japonaises, le qi aurait en réalité été importé de l’Inde ancienne. Dans l’hindouisme, le prana est le souffle vital : l’énergie sacrée de l’univers. Ce concept se trouve d’ailleurs au coeur de la pratique du Yoga.

Crédit : jepense.org

Qu’est-ce que le (Qi), ce souffle vital taoïste qui guide la Chine ?



Moines taoïstes dans le temple de Baiyun à Pékin.

(T. Bonaventura/Contrasto-REA)

Au sein de cette cosmologie traditionnelle, le qi joue donc un rôle central. Les savants de la Chine antique s’intéressaient beaucoup aux vents et à leurs influences supposées, bénéfiques ou maléfiques ; le qi est ainsi conçu comme un souffle, le souffle vital qui donne au monde et aux êtres leur forme, les relie entre eux, et les transforme sans cesse, définissant les cycles auxquels ils sont soumis, la succession de leurs qualités. En apprenant à comprendre et à maîtriser cette force qui relie son corps et son esprit au cosmos, l’être humain peut donc espérer découvrir la loi naturelle du tao, et, ainsi, l’harmonie.

Cette vision du monde a très tôt structuré, et structure encore les mentalités chinoises. Les Chinois ont baigné dans le qi depuis deux millénaires – Tchouang-tseu a écrit que "l’homme baigne dans le qi comme le poisson dans l’eau"

Les taoïstes ont donné à la théorie du qi de nombreuses applications, dont la plus riche est sans doute l’étude du corps humain.

Dans la médecine chinoise aussi, tout est donc question de qi ?

Absolument. L’idée centrale de la physiologie chinoise qui se met en place durant les premiers siècles de notre ère, quand s’impose cette cosmologie corrélative, est que chaque homme reçoit à sa naissance une certaine quantité de qi ; quand celle-ci s’est épuisée, il meurt. Suivant ce principe, énoncé pour la première fois par Tchouang-tseu, l’homme peut, en interagissant avec le qi cosmique, s’en nourrir, et ainsi déjouer son destin en prolongeant sa vie. Pour ce faire, on peut ingérer du qi par des exercices de respiration, ou renforcer son qi intérieur par la méditation ; mais aussi contempler des fleurs, des arbres, et autres éléments naturels pour absorber leur qi (en se nourrissant, donc, de leur beauté).


Portrait de Lao-tseu. (Ann Ronan Picture Library/Photo 12/AFP)

Charles Giol
Nouvel Observateur, 10 août 2017.

Le Souffle (Qi) dans le Taoïsme et le Christianisme (Conférence)

Les curieux pourront écouter tout ou partie de cette conférence

Cycle de l’Université populaire du quai Branly : Décalages : les Autres et nous : conférence enregistrée au théâtre Claude Lévi-Strauss le 4 avril 2013

Editeur ; Musée du quai Branly ; CD (1h 47 min)

Conférenciers : Adeline Herrou, anthropologue et sinologue
et Jean-Marie Gueullette, théologien, et médecin

Et pour compléter cette réflexion nous vous proposons deux textes :

- Jean- Michel Lou : Le corps et le souffle
- François Cheng : le souffle et l’âme

Le corps et le souffle

Extrait d’un autre livre de Jean-Michel Lou :
« L’AUTRE LIEU. De la Chine en littérature »,
on peut lire cette citation de Zhuangzi dans la vieille traduction de Liou Kia-hway (Gallimard) :

« La femme de Zhuangzi étant morte, Huizi alla la pleurer, selon l’usage. Il trouva Zhuangzi accroupi, chantant, et battant la mesure sur une écuelle, qu’il tenait entre ses jambes. Choqué, Huizi lui dit :

— Que vous ne pleuriez pas la mort de celle qui fut la compagne de votre vie et qui vous donna des fils, c’est déjà bien singulier ; mais que, devant son cadavre, vous chantiez en tambourinant, ça c’est trop fort.

— Du tout ! dit Zhuangzi. Au moment de sa mort, je fus un instant affecté. Puis, réfléchissant sur l’événement, je compris qu’il n’avait pas eu lieu. Il fut un temps où cet être n’était pas né, n’avait pas de corps organisé, pas de forme, pas même de souffle, mais était contenu indistinct dans la grande masse. Un tour de cette masse lui donna sa matière ténue, qui devint un corps organisé, lequel s’anima et naquit. Un autre tour de la masse, et le voilà mort. Les phases de mort et de vie s’enchaînent, comme les périodes des quatre saisons. Celle qui fut ma femme dort maintenant dans le grand dortoir (l’entre-deux du ciel et de la terre), en attendant sa transformation ultérieure. Si je la pleurais, j’aurais l’air de ne rien savoir du destin (de la loi universelle et inéluctable des transformations). Or, comme j’en sais quelque chose, je ne la pleure pas. »

François Cheng : le souffle et l’âme

François Busnel recevait François Cheng dans son émission La Grande librairie

François Cheng : Est-ce que je peux évoquer l’âme ?

François Busnel : …L’âme ou l’esprit ?

F.C. : Voilà !

Je parle d’abord de l’âme :

Tout corps vivant est animé

Ca veut dire que, dans un corps vivant, il a un ensemble d’organes qui sont animés,

Et dans le même temps, il y a dans ce corps, une force qui les anime.

Les anciens désignaient cela par le couple animaanimus,

c’est-à dire plus concrètement, c’est âme et corps.

Qu’est-ce qui donne à l’âme cette force d’animer ?

Et là, toutes les cultures donnent la même réponse

Parce que l’âme est reliée au souffle de vie

C’est-à-dire souffle vital

Donc, l’âme est une notion universelle

Seulement, voilà, à partir d’une certaine époque, récente d’ailleurs, en Occident, l’homme émancipé, fier de son esprit, qui a conquis la matière rejette l’âme, rejette l’idée même de l’âme

La considérant comme un résidu de l’obscurantisme religieux.

Il s’agit là, d’une amputation, qui est un appauvrissement

Et qui comporte ses dangers

Parce que cet homme qui ne jure que par son esprit

Qui ne jongle qu’avec le dualisme corps-esprit

Il ne sait pas que ce dualisme corps-esprit,

Finit souvent, par la soumission de l’esprit, à la tyrannie du corps,

[…]
Alors que, le répète, la constitution de notre être est ternaire et non pas duelle

Ternaire, c’est-à dire corps-âme et esprit.

LIENS

D’autres extraits du livre sur le site de l’éditeur : L’Harmatan

Jean-Michel Lou sur pileface


[1} Tragédie grecque de Sophocle, l’une des dernières qu’il ait composées. Elle a pour sujet la fin de la vie d’Œdipe, roi légendaire de la dynastie des Labdacides. Banni de Thèbes après s’être découvert coupable de parricide et d’inceste et s’être crevé les yeux, Œdipe erre sur les routes… (note pileface / Wikipedia)

[2ville et région de la Mauritanie au bas du plateau de l’Adrar, au bord de l’ oued Seguellil

[3Ville du désert, Zouerate reçoit le minerai deferdes mines des plateaux, dont celles deF’Derick,TazaditetRouessat. Elle est le point de départ de laligne ferroviaireZouerate-Nouadhibouqui sert à l’exportation du minerai de fer vers le port deCansado (note pileface)

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