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La nouvelle France moisie et ses complices

De 1999 à 2019, même combat

D 21 février 2019     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


La France moisie" comme l’appelle Le Point est aussi à la Une de l’Express, et de Marianne, tandis que L’Obs s’intéresse à la stratégie de Macron "pour s’en sortir", et que Valeurs Actuelles met en vedette une longue interview de Marlène Schiappa, en insérant Finkielkraut dans son bandeau, en haut de la couverture.

"La nouvelle France moisie et ses complices" titre Le Point, qui reprend le titre d’une tribune de l’écrivain Philippe Sollers publiée dans Le Monde il y a vingt ans.
Sur-titre : antisémitisme, haine de la police et des élus, islamisme

Philippe Sollers "évoquait la force tranquille des villages, la terre elle qui ne ment pas, il énumérait les détestations de cette France-là (les Allemands, les Anglais, les juifs, les arabes, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre…
Philippe Sollers avait provoqué un scandale, l’écrivain avait été dépeint par certains comme anti-Français…

Le Point, qui se demande depuis plusieurs semaines ce qui arrive à notre pays, constate que la chasse aux juifs est ouverte en France… « Il paraît qu’il ne faut pas stigmatiser ni faire d’amalgame, comme disent les culs bénis de la bien-pensance, qui du Monde à Médiapart, n’ont cessé de se surpasser en matière de déni… »

Le Point règle quelques comptes avec d’autres journaux, évoquant ces médias qui ont perdu la tête… et les idiots utiles de l’antisémitisme…
Les articles traitent des réseaux asociaux des gilets jaunes, des insultes et des violences devenues le quotidien de la police, et de certains députés. « L’antiparlementarisme, poison de la République »…

VOIR ICI : https://goo.gl/images/w93JF4

La France moisie selon Philippe Sollers en 1999

 
ELLE ÉTAIT là, elle est toujours là ; on la sent, peu à peu, remonter en surface : la France moisie est de retour. Elle vient de loin, elle n’a rien compris ni rien appris, son obstination résiste à toutes les leçons de l’Histoire, elle est assise une fois pour toutes dans ses préjugés viscéraux. Elle a son corps, ses mots de passe, ses habitudes, ses réflexes. Elle parle bas dans les salons, les ministères, les commissariats, les usines, à la campagne comme dans les bureaux. Elle a son catalogue de clichés qui finissent par sortir en plein jour, sa voix caractéristique. Des petites phrases arrivent, bien rancies, bien médiocres, des formules de rentier peureux se tenant au chaud d’un ressentiment borné. Il y a une bêtise française sans équivalent, laquelle, on le sait, fascinait Flaubert. L’intelligence, en France, est d’autant plus forte qu’elle est exceptionnelle.

La France moisie a toujours détesté, pêle-mêle, les Allemands, les Anglais, les Juifs, les Arabes, les étrangers en général, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre, les femmes trop indépendantes ou qui pensent, les ouvriers non encadrés, et, finalement, la liberté sous toutes ses formes.

La France moisie, rappelez- vous, c’est la force tranquille des villages, la torpeur des provinces, la terre qui, elle, ne ment pas, le mariage conflictuel, mais nécessaire, du clocher et de l’école républicaine. C’est le national social ou le social national. Il y a eu la version familiale Vichy, la cellule Moscou-sur-Seine. On ne s’aime pas, mais on est ensemble. On est avare, soupçonneux, grincheux, mais, de temps en temps, La Marseillaise prend à la gorge, on agite le drapeau tricolore. On déteste son voisin comme soi-même, mais on le retrouve volontiers en masse pour des explosions unanimes sans lendemain.

[...]

Oui, finalement, ce XXe siècle a été très décevant, on a envie de l’oublier, d’en faire table rase. Pourquoi ne pas repartir des cathédrales, de Jeanne d’Arc, ou, à défaut, d’avant 1914, de Péguy ? A quoi bon les penseurs et les artistes qui ont tout compliqué comme à plaisir, Heidegger, Sartre, Joyce, Picasso, Stravinski, Genet, Giacometti, Céline ? La plupart se sont d’ailleurs honteusement trompés ou ont fait des oeuvres incompréhensibles, tandis que nous, les moisis, sans bruit, nous avons toujours eu raison sur le fond, c’est-à- dire la nature humaine. Il y a eu trop de bizarreries, de désordres intimes, de singularités. Revenons au bon sens, à la morale élémentaire, à la société policée, à la charité bien ordonnée commençant par soi-même. Serrons les rangs, le pays est en danger.

Le danger, vous le connaissez : il rôde, il est insaisissable, imprévisible, ludique. Son nom de code est 68, autrement dit Cohn-Bendit.
[...]

VIEILLE LITTÉRATURE

L’actuel ministre de l’intérieur est sympathique : il a frôlé la mort, il revient du royaume des ombres, c’est ” un miraculé de la République “, laquelle n’attendait pas cette onction d’un quasi au-delà. Mais dans ” ministre de l’intérieur “, il faut aujourd’hui entendre surtout ” intérieur “. C’est l’intériorité qui s’exprime, ses fantasmes, ses défenses, son vocabulaire spontané. Le ministre a des lectures. Il sait ce qu’est la ” vidéosphère ” de Régis Debray (où se déplace, avec une aisance impertinente, cet Ariel de Cohn-Bendit, qu’il prononce ” Bindit “).

Mais d’où vient, à propos des casseurs, le mot ” sauvageon ” ? De quel mauvais roman scout ? Soudain, c’est une vieille littérature qui s’exprime, une littérature qui n’aurait jamais enregistré l’existence de La Nausée ou d’ Ubu roi. Qui veut faire cultivé prend des risques. On n’entend pas non plus Voltaire dans cette voix-là. Comme quoi, on peut refuser du même geste les Lumières et les audaces créatrices du XXe siècle.
Ce n’est pas sa souveraineté nationale que la France moisie a perdue, mais sa souveraineté spirituelle. Elle a baissé la tête, elle s’est renfrognée, elle se sent coupable et veut à peine en convenir, elle n’aime pas l’innocence, la gratuité, l’improvisation ou le don des langues. Un Européen d’origine allemande vient la tourmenter ? C’est, ici, un écrivain européen d’origine française qui s’en félicite.

PHILIPPE SOLLERS POUR LE MONDE (repris dans L’Infini 65, au printemps 99, puis dans Eloge de l’infini, 2001, p. 714), pris ici.

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2 Messages

  • Albert Gauvin | 27 février 2019 - 14:56 1

    Alain Finkelkraut — dont on n’est pas obligé d’approuver toutes les idées (c’est un autre débat) — voulait en savoir un peu plus sur ceux qui l’ont violemment pris à partie le samedi 16 février. L’hebdomadaire Marianne a enquêté : il s’agit d’un fan de Dieudonné ET défenseur du voile intégral à l’école. Belle illustration de l’alliance extrême-droite/islamisme radical (alliance "rouge-brun" où le brun l’emporte nettement sur le rouge) qui contamine les marges du mouvement dit des "gilets jaunes" et qui confirme les propos de Gilles Kepel dans Le Point (cf. Gilles Kepel - Identitaires et salafistes) : « L’interpénétration entre salafisme et identitaires n’est plus une scène de fiction tirée de "Soumission", de Michel Houellebecq, mais un phénomène bien réel, qui interroge les dérives profondes de notre société. » LIRE dans Marianne : Fan de Dieudonné et défenseur du voile intégral à l’école : ce que postait sur Facebook Benjamin W., l’insulteur d’Alain Finkielkraut.

    J’ai cité Gilles Kepel. Il était aussi l’invité du matin sur France Culture le 26 février. Thème : Chute de l’Etat islamique : que faire de ses combattants ? Son dernier livre : Sortir du chaos. Les crises en Méditerranée et au Moyen-Orient.


  • Viktor Kirtov | 26 février 2019 - 19:06 2

    La France moisie déteste les juifs, les politiques, les policiers, les capitalistes… Et fédère les extrémistes de tous bords.

    Par Sébastien Le Fol

    Le Point, Publié le 21/02/2019

    Le choc. Ce 16 février, en marge de la manifestation des gilets jaunes, à Paris, Alain Finkielkraut a été victime d’insultes antisémites alors qu’il regagnait son domicile. Le lendemain, le philosophe a déclaré qu’il ne porterait pas plainte, se disant « ni victime ni héros ».


    ZOOM : cliquer l’image

    Il y a vingt ans, presque jour pour jour, l’écrivain Philippe Sollers publiait dans Le Monde [1] une tribune qui agita le Landerneau. Son titre : « La France moisie ». La France moisie ? « C’est la force tranquille des villages, la torpeur des provinces, la terre, qui, elle, ne ment pas, le mariage conflictuel, mais nécessaire, du clocher et de l’école républicaine. C’est le national social ou le social national. » Sollers énumère les détestations de cette France-là : « Les Allemands, les Anglais, les juifs, les Arabes, les étrangers en général, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre, les femmes trop indépendantes ou qui pensent, les ouvriers non encadrés et, finalement, la liberté sous toutes ses formes. » Selon l’auteur de « Femmes », un homme incarne alors l’épouvantail absolu aux yeux des Français moisis : Daniel Cohn-Bendit. « Dany » conduit cette année-là la liste L’Ecologie, les Verts aux élections européennes. Face à lui, Charles Pasqua et Philippe de Villiers mènent le Rassemblement pour la France et l’indépendance de l’Europe. La campagne vire à l’affrontement entre libéraux-libertaires et souverainistes.

    Sollers fustige le républicain Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur de l’époque, et lui oppose le voltairien Cohn-Bendit. Voici le portrait qu’il en brosse : « Résumé de sa personnalité, ces temps-ci : anarchiste mercantiliste, élite mondialisée, Allemand notoire, candidat des médias, trublion, emmerdeur, Dany-la-Pagaille (…) Personne n’ose crier (comme dans la grande manifestation patriotique de l’époque anti-68) : "Cohn-Bendit à Dachau !", mais ce n’est pas l’envie qui en manque à certains, du côté de Vitrolles ou de Marignane. » Sollers fait référence à ces deux villes du sud de la France remportées par le Front national.

    Climat insurrectionnel. Vingt ans plus tard, boulevard du Montparnasse, à Paris, c’est Alain Finkielkraut que des gilets jaunes traitent de « sale sioniste de merde » en lui intimant l’ordre de « rentrer à Tel-Aviv ». « Ce n’est pas la rhétorique classique de l’antisémitisme », note le philosophe dans une interview vidéo publiée sur le site duPoint. Mais c’est bel et bien de l’antisémitisme. Les images de l’agression de Finkielkraut sont un concentré du climat de haine qui règne en France, mais aussi de l’évolution des mentalités. Pointant du doigt l’auteur de « La défaite de la pensée », un manifestant lui lance : « La France est à nous. » Est-ce un militant lepéniste qui vocifère de tels propos ? Non, un salafiste. La rhétorique du « nationaliste français inquiet de l’influence des juifs », on la trouve désormais aussi dans la bouche des islamistes. Gilles Kepel explique cette évolution dans un texte inédit que Le Point publie dans ce numéro : « L’interpénétration entre salafisme et identitaires n’est plus une scène de fiction tirée de "Soumission", de Michel Houellebecq, mais un phénomène bien réel, qui interroge les dérives profondes de notre société. »

    Ce basculement est toujours nié par une certaine gauche, qui voit dans l’islam la religion des opprimés. L’antisémitisme se cache souvent derrière l’anticapitalisme, comme le rappelle Pierre-Antoine Delhommais dans ce numéro. C’est sur les ambiguïtés de cette gauche-là, fascinée par la violence politique, que prospèrent le climat insurrectionnel, la haine des élus de la République et l’antisémitisme. Manuel Valls sort de son silence espagnol pour le marteler dans les colonnes du Point dans ce numéro. Et Philippe Sollers ? S’il devait mettre à jour son texte de 1999, que dirait-il ? Remplacerait-il le nom de Daniel Cohn-Bendit par celui d’Alain Finkielkraut ? Invité de l’émission « Les Terriens du samedi ! », de Thierry Ardisson, le 16 février, il a formulé ainsi le nouveau commandement qui résume selon lui notre époque : « Tu haïras ton prochain comme toi-même. »§

    Les vidéos de l’agression verbale et le commentaire d’Alain Finkielkraut

    L’agression verbale antisémite à l’encontre d’Alain Finkielkraut

    Antisémitisme : Alain Finkielkraut s’exprime - C l’hebdo - 23/02/2019


    [1Daté du 27 janvier 1999.