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Jean-Daniel Pollet, Méditerranée/Bassae. La réédition.

D 28 octobre 2018     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Je croyais que nous avions rappelé l’essentiel de ce qui s’est écrit et pensé dans
Méditerranée-Jean-Daniel Pollet, tel quel (I)
Méditerranée-Jean-Daniel Pollet, tel quel (II)
Méditerranée. Texte de Philippe Sollers (1963)
Méditerranée (une analyse)
Méditerranée-L’ordre. J-D. Pollet, quarante après...
Dossier Méditerranée - Jean-Daniel Pollet, etc,
eh bien oui et non...
La réédition de deux films de Jean-Daniel Pollet, Méditerranée et Bassae, restaurés et numérisés, avec un texte inédit de Yannick Haenel, la reprise d’un article de Dominique Païni paru dans le numéro 13 de la revue Trafic en 1995 [1], le texte jusqu’ici non publié de Philippe Sollers sur Bassae, un entretien de Sollers sur Méditerranée, que nous permettent de découvrir les éditions de l’Oeil et La Traverse, prouve le contraire. Après la lecture et « la seconde vue » de ces films (bien plus en ce qui me concerne), je m’aperçois que cinquante-cinq ans après leur réalisation, cinquante ans après leur première vision (j’ai eu l’occasion de programmer Méditerranée peu après mai 1968 dans un ciné-club lillois), tout apparaît sous un jour nouveau qu’aucun commentaire ne peut épuiser. C’est quand même une expérience extraordinaire et unique pour un film de 40 minutes dont Jean-Paul Fargier disait : « C’est un film de moins et pas un film de plus. » On la doit cette fois à Freddy Denaës et Gaël Teicher.

« L’une après l’autre les pièces du jeu
sont reprises...
Elles seront relancées... autres
et les mêmes... de la même façon
et différemment... »

« Que savons-nous de la Grèce aujourd’hui… Que savons-nous de nous-mêmes, hormis que nous sommes nés là il y a des milliers d’années… Que savons-nous donc de cette minute superbe où quelques hommes se sont sentis solidaires de lui, solidaires de la lumière non pas envoyée par les dieux mais réfléchie par eux, solidaires du soleil, solidaires de la mer… De cet instant à la fois décisif et naturel, le film de Jean-Daniel Pollet nous livre sinon le trousseau complet, du moins les clés les plus importantes… Les plus fragiles aussi… Dans cette banale série d’images en 16 sur lesquelles souffle l’extraordinaire esprit du 70, à nous maintenant de savoir trouver l’espace que seul le cinéma sait transformer en temps perdu… Ou plutôt le contraire… Car voici des plans lisses et ronds abandonnés sur l’écran comme un galet sur le rivage… Puis, comme une vague, chaque collure vient y imprimer et effacer le mot souvenir, le mot bonheur, le mot femme, le mot ciel… La mort aussi puisque Pollet, plus courageux qu’Orphée, s’est retourné plusieurs fois sur cet Angel Face dans l’hôpital de je ne sais quel Damas… »

Jean-Luc Godard, Cahiers du cinéma (fév. 1967)

Méditerranée a été restauré avec le soutien du Centre national du cinéma.

Le livre

« Éclair de Méditerranée », Yannick Haenel
« Jean-Daniel Pollet, Jean-Luc Godard : la vocation des poètes », Dominique Païni
Textes de Philippe Sollers Méditerranée et Bassae
Photogrammes de Méditerranée et Bassae
Filmographie de Jean-Daniel Pollet

Le DVD

Méditerranée de Jean-Daniel Pollet (1963, 44 minutes)
version originale française et sous-titres anglais et espagnols

« C’est l’époque où commence le Nouveau Roman. J’y ai plongé et ça a donné Méditerranée. Je me suis dit comme ça, une nuit : tiens, je vais faire le tour de la Méditerranée. C’était pour boucler la boucle. C’est à dire, il y a trente-cinq mille kilomètres et on les fait… » Des temples grecs en ruine, des pyramides d’égypte, un palais sicilien, une orange dans un verger, une femme qui boutonne sa tunique, une jeune fille endormie avant une opération : quinze pays, trente-cinq mille kilomètres, un film mythique aux origines de notre civilisation et du cinéma.

Bassae de Jean-Daniel Pollet (1964, 9 minutes)
version originale française et sous-titres anglais et espagnols

Un temple au cœur du Péloponnèse, d’où le temps nous questionne…« Bassae est le plus beau lieu clos du monde. Quand je suis revenu de mon voyage en Méditerranée, c’est l’endroit qui m’a le plus obsédé. Je crois que c’est la dernière œuvre de l’architecte du Parthénon. Ce qui est particulier c’est sa situation géographique. En pleine montagne, loin de la mer, caché dans une cuvette. Il est orienté de façon presqu’opposée aux autres temples grecs et ne semble dédié à aucune divinité. J’y suis allé souvent, je voulais faire un film sur cet objet ayant perdu toute signification, mais possédant un potentiel mystérieux fantastique… »

Bonus

Entretiens avec Philippe Sollers sur Méditerranée  :
- Qui ne comprend pas Piero ne comprend pas Méditerranée
- Un temple que traversent les nuages
Sollers lit Bassae

A COMMANDER ICI

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Le texte de Philippe Sollers pour Méditerranée est le même que celui que j’ai publié il y a quelques années à partir du texte tapé à la machine que je possède (avec quelques variantes écrites infimes que j’avais soulignées).

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Qui ne comprend pas Piero ne comprend pas Méditerranée

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Vous pouvez comparer avec le témoignage de Sollers recueilli il y a une dizaine d’années. La référence picturale n’est plus simplement Cézanne, mais Piero della Francesca, c’est-à-dire, entre autres, le peintre et mathématicien italien du Quattrocento à qui on attribue l’invention de la perspective linéaire, celle-là même qui préside à l’invention technique de la perspective monoculaire de la caméra comme « appareil idéologique » (Pleynet). Ô mathématiques sévères !

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Le temple d’Apollon à Bassae

Le film Bassae de Jean-Daniel Pollet (1964, 9 minutes) est la version connue avec le commentaire d’Alexandre Astruc retenu par Pollet. Je l’ai présenté autrefois ici.

Le livre/DVD publie également le texte que Sollers avait écrit pour le film et qu’il lit dans son Bureau des éditions Gallimard. Le texte est repris avec un autre montage dans la courte vidéo que Sollers a mis en ligne en septembre 2018. Le Quintet à cordes n°4 K. 516 de Mozart remplace la musique de Guy Montassut. C’est, évidemment, un tout autre « film » dont la dimension « métaphysique » — avant la métaphysique — prolonge celle de Méditerranée. Un an seulement sépare les deux films. Nous sommes au premier commencement. Je suis frappé par la proximité d’écriture avec le roman Drame que Sollers a alors commencé à écrire, qui sera édité en 1965 et dont Barthes disait : « c’est un éveil naissant, un éveil dont la naissance dure ».

Le temple d'Apollon à Bassae

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Apollon citharède versant une libation.
Musée archéologique de Delphes. ZOOM : cliquer sur l’image.
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Beauté

« Que savons-nous de la Grèce aujourd’hui… Que savons-nous de nous-mêmes, hormis que nous sommes nés là il y a des milliers d’années… » demandait Godard il y a cinquante ans à propos de Méditerranée . « C’est une des premières fois où j’ai compris que la beauté était haïe » constate aujourd’hui Sollers, se rappelant la réception du film au festival de Knokke–le-Zoute fin décembre 1963. Est-ce un hasard si le DVD Méditerranée/Bassae, qui contient ce texte inédit de Sollers sur le temple d’Apollon Epicourios, est publié au moment où le roman de Sollers Beauté — les dieux grecs y font un retour en force et les temples, en premier lieu le temple d’Athéna Aphaia, mais aussi le temple d’Empédocle [2] — sort en collection Folio avec en couverture une reproduction d’un détail d’une magnifique fresque de Cnossos, L’oiseau bleu du milieu du XVe ou XVIe siècle avant notre ère ?
« Vous ouvrez les yeux, l’évidence est là. » (Folio, p. 183)


L’oiseau bleu de Cnossos.
Fresque du musée Héraklion. ZOOM : cliquer sur l’image.
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« Cela continue donc
depuis des milliers d’années...
On est pris dans ce théâtre de milliers d’années...
On est dans ce travail millénaire... incessant.
L’une après l’autre les pièces du jeu
sont reprises.
Elles seront relancées, autres
et les mêmes... de la même façon
et différemment... tandis que très haut... échappant au jeu...
on dirait qu’un silence massif indique le nord... »



[1Le même numéro publiait également un texte de Fargier, La méthode Pollet et un texte que Sollers avait demandé à Ponge, Dire ce que l’on aime, resté inédit.

[2« le sang qui baigne le cœur est pensée » (Empédocle) : telle était déjà l’exergue de Drame.

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