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Le Chemin de Nietzsche à Eze et autres promenades

Les promenades littéraires et artistiques de l’été

D 17 août 2020     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Un jour de fin septembre (2014), en randonnée autour de Menton, ai croisé le Chemin de Nietzsche à Eze. Le point de départ de cette promenade d’aujourd’hui.
(VOIR partie I)

Eté 2019, vous vous avons proposé une liste d’autres promenades littéraires et artistiques estivales :

- A Menton sur les traces de Cocteau

- A Banyuls sur les traces d’Aristide Maillol et Dina Verny

- A Port Lligat de Cadaques sur les pas de Dali et Gala

- A Prague sur les traces de Kafka

- Au Japon en compagnie de Michaël Ferrier

- A Venise, à Turin, à Bordeaux, au Collège des Bernardins en compagnie de Sollers

(VOIR partie II)

Eté 2020 : « Corps et âme : Relire Nietzsche pour écouter ses tripes »
(VOIR section forum )

PARTIE I

LE CHEMIN DE NIETZSCHE A EZE

14/03/2015 : Ajout vidéo du documentaire « Nietzsche, Un voyage philosophique »

ZOOM... : Cliquez l’image.
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Friedich Nietzsche
Illustration de Maximillien Le Roy

À Nice, en octobre, il fait (faisait) froid. Le 23 novembre, M.N. note :

« Je suis assis ce matin, pour la première fois dans une pièce chauffée. »

Puis :

« Je me promène une heure le matin, trois heures l’après-midi, à pas vifs - le même chemin jour après jour : il est assez beau pour cela. »

Quatre heures de marche par jour, voilà comment ça s’écrit : à pas vifs, toujours le même chemin et jamais le même. Éternel retour du chemin.

« Après le dîner, au salon, jusqu’à 9 heures, je suis assis à une table, sous l’abat-jour de ma lampe, avec des Anglais et des Anglaises pour compagnie presque exclusive. »

Les Anglais et les Anglaises parlent distinctement et font peu de bruit, contrairement aux Américains et surtout aux Américaines, ces sourds et ces sourdes. J’ai failli, plusieurs fois, à Venise, en étrangler cinq ou six.

Le chemin de Nietzsche est un sentier qui relie le village d’Èze au sommet de sa colline à 400 mètres d’altitude environ jusqu’à Èze-sur-Mer sur la Méditerranée.

Il est de difficulté moyenne. Avec de nombreuses marches assez hautes au départ, près du village d’Èze qui le rendent impraticable en VTT. Une fois quitté Èze et avant d’arriver à Èze-sur-mer, il serpente en pleine nature.

Friedrich Nietzsche arriva sur la Côte d’Azur en 1883 et s’installa à Nice. À cette époque, son moral était au plus bas. Ses livres se vendaient mal, il venait de se brouiller avec Richard Wagner et de se faire éconduire par Lou Andreas-Salomé. Sur la Côte d’Azur, il retrouva l’émotion créatrice nécessaire pour écrire [1].

Comme de nombreux écrivains, il avait besoin de marcher pour créer : "L’agilité des muscles fut toujours la plus grande chez moi lorsque la puissance créatrice était la plus forte. Le corps est enthousiasmé … Je pouvais alors, sans avoir la notion de fatigue, être en route dans les montagnes pendant sept ou huit heures de suite. Je dormais bien, je riais beaucoup. J’étais dans un parfait état de vigueur et de patience" [2].

Il y conçut la troisième partie de son oeuvre Ainsi parlait Zarathoustra [3]. « L’hiver suivant, sous le ciel alcyonien de Nice qui, pour la première fois rayonna alors dans ma vie, j’ai trouvé le troisième Zarathoustra - et j’avais ainsi terminé. (...) Cette partie décisive qui porte le titre : « Des vieilles et des nouvelles Tables » fut composée pendant une montée des plus pénibles de la gare au merveilleux village maure Eza, bâti au milieu des rochers » [4].

Nietzsche revint chaque année sur la Riviera jusqu’en 1888 [5].

AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA (3EME PARTIE)

GIF LE VOYAGEUR [6]

Il était minuit quand Zarathoustra se mit en chemin par-dessus la crête et de l’île pour arriver le matin de très bonne heure à l’autre rive : car c’est là qu’il voulait s’embarquer. Il y avait sur cette rive une bonne rade où des vaisseaux étrangers aimaient à jeter l’ancre ; ils emmenaient avec eux quelques-uns d’entre ceux des Îles Bienheureuses qui voulaient passer la mer. Zarathoustra, tout en montant la montagne, songea en route aux nombreux voyages solitaires qu’il avait accomplis depuis sa jeunesse, et combien de montagnes, de crêtes et de sommets il avait déjà gravis.

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Friedrich Nietzsche
Illustration de Maximillien Le Roy

Je suis un voyageur et un grimpeur de montagnes, dit-il à son cœur, je n’aime pas les plaines et il me semble que je ne puis pas rester tranquille longtemps.

Et quelle que soit ma destinée, quel que soit l’événement qui m’arrive, — ce sera toujours pour moi un voyage ou une ascension : on finit par ne plus vivre que ce que l’on a en soi.

Les temps sont passés où je pouvais m’attendre aux événements du hasard, et que m’adviendrait-il encore qui ne m’appartienne déjà ?

Il ne fait que me revenir, il est enfin de retour — mon propre moi, et voici toutes les parties de lui-même qui furent longtemps à l’étranger et dispersées parmi toutes les choses et tous les hasards.

Et je sais une chose encore : je suis maintenant devant mon dernier sommet et devant ce qui m’a été épargné le plus longtemps. Hélas ! il faut que je suive mon chemin le plus difficile ! Hélas ! j’ai commencé mon plus solitaire voyage !

Mais celui qui est de mon espèce n’échappe pas à une pareille heure, l’heure qui lui dit : « C’est maintenant seulement que tu suis ton chemin de la grandeur ! Le sommet et l’abîme se sont maintenant confondus !

Tu suis ton chemin de la grandeur : maintenant ce qui jusqu’à présent était ton dernier danger est devenu ton dernier asile !

Tu suis ton chemin de la grandeur : il faut maintenant que ce soit ton meilleur courage de n’avoir plus de chemins derrière toi !

Tu suis ton chemin de la grandeur : ici personne ne se glissera à ta suite ! Tes pas eux-mêmes ont effacé ton chemin derrière toi, et au-dessus de ton chemin il est écrit : Impossibilité.

Et si dorénavant toutes les échelles te manquent, il faudra que tu saches grimper sur ta propre tête : comment voudrais-tu faire autrement pour monter plus haut ?

Sur ta propre tête et au delà, par-dessus ton propre cœur ! Maintenant ta chose la plus douce va devenir la plus dure.

Chez celui qui s’est toujours beaucoup ménagé, l’excès de ménagement finit par devenir une maladie. Béni soit ce qui rend dur ! Je ne vante pas le pays où coulent le beurre et le miel !

Pour voir beaucoup de choses il faut apprendre à voir loin de soi : — cette dureté est nécessaire pour tous ceux qui gravissent les montagnes.

Mais celui qui cherche la connaissance avec des yeux indiscrets, comment saurait-il voir autre chose que les idées de premier plan !

Mais toi, ô Zarathoustra ! tu voulais apercevoir toutes les raisons et l’arrière-plan des choses : il te faut donc passer sur toi-même pour monter — au delà, plus haut, jusqu’à ce que tes étoiles elles-mêmes soient au-dessous de toi !

Oui ! Regarder en bas sur moi-même et sur mes étoiles : ceci seul serait pour moi le sommet, ceci demeure pour moi le dernier sommet à gravir ! —

Ainsi se parlait à lui-même Zarathoustra, tandis qu’il montait, consolant son cœur avec de dures maximes : car il avait le cœur plus blessé que jamais. Et lorsqu’il arriva sur la hauteur de la crête, il vit l’autre mer qui était étendue devant lui : alors il demeura immobile et il garda longtemps le silence. Mais à cette hauteur la nuit était froide et claire et étoilée.

Je reconnais mon sort, dit-il enfin avec tristesse. Allons ! je suis prêt. Ma dernière solitude vient de commencer.

Ah ! mer triste et noire au-dessous de moi ! Ah ! sombre et nocturne mécontentement ! Ah ! destinée, océan ! C’est vers vous qu’il faut que je descende !

Je suis devant ma plus haute montagne et devant mon plus long voyage : c’est pourquoi il faut que je descende plus bas que je ne suis jamais monté :

— plus bas dans la douleur que je ne suis jamais descendu, jusque dans l’onde la plus noire de douleur ! Ainsi le veut ma destinée : Eh bien ! Je suis prêt.

D’où viennent les plus hautes montagnes ? c’est que j’ai demandé jadis. Alors, j’ai appris qu’elles viennent de la mer.

Ce témoignage est écrit dans leurs rochers et dans les pics de leurs sommets. C’est du plus bas que le plus haut doit atteindre son sommet. —

Ainsi parlait Zarathoustra au sommet de la montagne où il faisait froid ; mais lorsqu’il arriva près de la mer et qu’il finit par être seul parmi les récifs, il se sentit fatigué de sa route et plus que jamais rempli de désir.

Tout dort encore maintenant, dit-il ; la mer aussi est endormie. Son œil regarde vers moi, étrange et somnolent.

Mais son haleine est chaude, je le sens. Et je sens aussi qu’elle rêve. Elle s’agite, en rêvant, sur de durs coussins.

Écoute ! Écoute ! Comme les mauvais souvenirs lui font pousser des gémissements ! ou bien sont-ce de mauvais présages ?

Hélas ! je suis triste avec toi, monstre obscur, et je m’en veux à moi-même à cause de toi.

Hélas ! pourquoi ma main n’a-t-elle pas assez de force ! Que j’aimerais vraiment te délivrer des mauvais rêves ! —

Tandis que Zarathoustra parlait ainsi, il se mit à rire sur lui-même avec mélancolie et amertume. Comment ! Zarathoustra ! dit-il, tu veux encore chanter des consolations à la mer ?

Hélas ! Zarathoustra, fou riche d’amour, ivre de confiance ? Mais tu fus toujours ainsi : tu t’es toujours approché familièrement de toutes les choses terribles.

Tu voulais caresser tous les monstres. Le souffle d’une chaude haleine, un peu de souple fourrure aux pattes — : et immédiatement tu étais prêt à aimer et à attirer à toi.

L’amour est le danger du plus solitaire ; l’amour de toute chose pourvu qu’elle soit vivante ! Elles prêtent vraiment à rire, ma folie et ma modestie dans l’amour ! —

Ainsi parlait Zarathoustra et il se mit à rire une seconde fois : mais alors il pensa à ses amis abandonnés, et, comme si, dans ses pensées, il avait péché contre eux, il fut fâché contre lui-même à cause de sa pensée. Et aussitôt il advint que tout en riant il se mit à pleurer : — Zarathoustra pleura amèrement de colère et de désir.

PHILIPPE SOLLERS : OU EN SOMMES-NOUS AVEC NIETZSCHE ?

GIF Amphithéâtre du Monde, 27 juin 2011


ZOOM... : Cliquez l’image.

En juin 2011, à l’occasion de la sortie du hors-série du Monde consacré à Friedrich Nietzsche, Le Monde, en partenariat avec la Fnac, organisait une rencontre autour du philosophe, philologue et poète allemand, le temps d’un échange privilégié avec les invités.

En présence de Philippe Sollers, écrivain, Clément Rosset, philosophe et Dorian Astor, auteur d’une biographie sur Nietzsche. Rencontre animée par Frédéric Joignot, journaliste au Monde.

L’autre Nietzsche - 1/3 - Conférence Le Monde...(19’45)

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L’autre Nietzsche - 2/3 - Conférence Le Monde... (18’41)

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L’autre Nietzsche - 3/3 - Conférence Le Monde... (13’38)

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Friedrich Nietzsche, par Frédéric Pajak
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GIF Les seuls extraits de Ph. Sollers


(Filmé par G.K. GALABOV )

Crédit : philippesollers.net

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GIF Entretien avec Frédéric Joignot

dans Hors-série Le Monde « Friedrich Nietzsche. L’éternel retour. » (2011)

Collectif avec illustrations de Frédéric Pajak et Maximillien Le Roy

GIF - 136 ko
Collectif avec illustrations de Frédéric Pajak et Maximillien Le Roy
Le Hors série sur amazon.fr

On parle beaucoup aujourd’hui de l’actualité de Nietzsche, lui qui se voulait « inactuel », « intempestif ». Comment expliquez-vous cela ?

Qu’est-ce que cela signifie, l’actualité inactuelle de Nietzsche ? Vous savez que je suis partisan d’adopter le calendrier que Nietzsche a proposé dans sa « Loi contre le christianisme », où il désigne le 30 septembre 1888 comme le premier jour de l’an 1 du « Salut », Salut étant écrit avec un « S » majuscule. Et donc, le 30 septembre prochain, nous serons en 124... Je défends ce nouveau calendrier car celui que nous adoptons n’est plus qu’un calendrier économico-politique. Il est chrétien, soit, mais même si vous vous situez tout à fait en dehors du christianisme, vous ne ferez pas une transaction financière en la datant du « 15 mai 123 », ce ne serait pas recevable. C’est-à-dire que le monde entier suit le calendrier de Grégoire XIII. Il faut considérer cette affaire assez sérieusement... Cela demeure malgré tout bizarre, dérangeant, de dire que nous appliquons tous le calendrier d’une religion à laquelle nous n’adhérons pas nécessairement, et cela d’un bout à l’autre de la planète mondialisée. L’extrême actualité de Nietzsche se situe là, il ironise, il se dit intempestif, autrement dit, il nous interroge sur le temps. « Où en sommes-nous avec le temps ? » C’est la fameuse question qu’Arthur Cravan posait à André Gide. Alors Gide sort sa montre, et lui dit : « Il est 6 heures un quart. » Évidemment, la question avait une portée métaphysique que Gide ne pouvait pas entendre... L’actualité comme l’inactualité de Nietzsche nous pose la même question : « Où en sommes-nous avec le temps ? » Aujourd’hui, nous sommes gavés d’actualités, d’informations, scotchés à ce qui nous arrive, bombardés de nouvelles par la télévision, les radios, le Net, tout ce que vous voulez. Nous sommes submergés par ce qui se passe chaque minute, chaque seconde, en temps réel. Tous ces morts, les cadavres dans les rues, les massacres en direct, tous les jours... Nous sommes pris dans un vertige d’actualités...

GIF Le texte intégral de l’entretien avec Frédéric Joignot, ici.

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Nietzsche, Un voyage philosophique

L’intégrale du documentaire. Une heure et demie d’Histoire et voyage !

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PARTIE II

GIF D’AUTRES PROMENADES LITTERAIRES & ARTISIQUES POUR L’ETE

A Menton sur les traces de Cocteau

A Menton sur les traces de Cocteau (I)
Et A Menton sur les traces de Cocteau (II)

A Banyuls sur les traces d’Aristide Maillol :

Sur les pas de Maillol avec Dina Verny

A Port Lligat de Cadaques sur les traces de Dali

A Port Lligat de Cadaques sur les pas de Dali et Gala

A Prague sur les traces de Kafka :

Cycle Kafka (III). Autour de la société Franz Kafka à Prague
Kafka sous les tropiques

Au Japon sur les traces de Michaël Ferrier-

Au Japon en compagnie de Michaël Ferrier

En compagnie de Sollers :
A Venise :

Aux Gesuati
Punta della Dagona

A Turin :

Nietzsche et le Saint Suaire

A Bordeaux :

Spécialités bordelaises (I)

Au Collège des Bernardins

En compagnie de Sollers et Dante
Une mauvaise chute

Portfolio


[3Panneau d’information situé à l’extrémité supérieure du chemin

[6Traduction par Henri Albert.
Société du Mercure de France,1903 (sixième édition)

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3 Messages

  • Anwen | 17 août 2020 - 14:11 1

    C’est le premier Zoroastre (Zarathustra) qui fut le promoteur de la révolution religieuse chez les Iraniens et le fondateur du sacerdoce masculin.
    A moins, cependant, que des Prêtres obscurs n’aient créé la légende de Zoroastre pour donner à leur nouvelle institution un fondateur entouré d’un prestige presque divin.
    En effet, l’existence de Zoroastre (ce personnage qui a quatorze apparitions destinées sans doute à copier les incarnations de Vishnou) est légendaire aucun fait historique ne l’a jamais confirmée, elle est restée enveloppée d’obscurité, quoiqu’il soit devenu un des prophètes les plus célèbres parmi ceux qui ont attaché leurnom à une religion. À ce propos, René Guénon dans son ouvrage « La crise du monde moderne » écrit ceci :
    « Il faut remarquer que le nom de Zoroastre désigne en réalité, non un personnage particulier, mais une fonction, à la fois prophétique et législatrice ; il y eut plusieurs Zoroastres, qui vécurent à des époques fort différentes ; et il est même vraisemblable que cette fonction dut avoir un caractère collectif, de même que celle de Vyâsa dans l’Inde, et de même aussi que, en Égypte, ce qui fut attribué à Thoth ou Hermès représente l’œuvre de toute la caste sacerdotale. »
    Aussi, n’est-ce pas pour cette raison que les auteurs de l’antiquité et les orientalistes modernes n’ont jamais pu fixer l’époque à laquelle il avait vécu.
    Toute la morale de Zoroastre est basée sur le système hypocrite qui consiste à prendre dans l’ancienne religion les idées féminines et à les donner comme des idées nouvelles émanées de l’esprit de l’homme, tant qu’il s’agit d’idées générales. Mais lorsqu’il s’agit des questions morales, c’est-à-dire des relations de l’homme et de la femme, la préoccupation constante de l’instinct masculin apparaît ; l’idée dominante qui vient de lui et qu’il met dans sa loi, c’est d’obliger la Femme à se livrer à lui.
    Ainsi, « une des fautes les plus graves dont une fille peut se rendre coupable, c’est de rester volontairement vierge.
    « Lorsqu’une fille est nubile, elle est en droit de se présenter devant son père, son frère, ou celui qui est chargé d’elle, et de lui demander un mari. Si ses parents repoussent obstinément sa prière, ils commettent un crime dont ils auront longtemps à se repentir ».
    Nous prenons cette citation dans la Philosophie orientale de M. Charma (p. 482), et elle nous suggère des réflexions qu’on pourrait adresser à tous les traducteurs modernes : c’est que, d’abord, la femme ne dépend pas encore d’un homme, père ou frère, puisque les anciennes coutumes de la Gynécocratie ne sont pas encore détruites, mais seulement attaquées ; il faudra des siècles pour les remplacer. Ensuite, le « mariage » et par conséquent le « mari », c’est-à-dire l’union exclusive avec un seul homme, ne peuvent pas encore, à cette époque, être légalisés ; c’est le système que l’on tend à introduire, mais qui n’est pas encore accepté et ne le sera qu’avec le Droit romain et le Catholicisme.
    L’histoire nous dit que c’est le second Zoroastre qui créa la magie ; ce qui semble vouloir dire que c’est à une seconde génération de prêtres que l’on doit cette création.
    Les Mages sont des hommes qui prétendent faire des choses extraordinaires ; ils s’entourent de mystères, créent un surnaturel exubérant qui, une fois les limites de la Nature franchies, s’égare dans toutes les aberrations ; ils cherchent à étonner les esprits simples, qui aiment le merveilleux, et se prétendent doués du pouvoir de faire agir des forces occultes ; ils invoquent les morts, les font parler ; ils prétendent commander aux éléments ; ils veulent conjurer les tempêtes, faire pleuvoir, suspendre la marche des maladies ; ils vont jusqu’à prétendre transformer, pour un temps, l’homme en animal. Ils ont avec eux toute la gamme des fous et s’adonnent à toute la variété des miracles.
    Cette manifestation de la mentalité masculine, qui a existé dans tous les temps, répond à une loi psychique : Quand l’âme de l’homme descend par suite des appels de la vie sexuelle, quand son esprit devient inquiet et instable, ne comprend plus la valeur des actes à accomplir, au lieu de prendre une décision, il imite les autres.
    Quand il prend la place de la Femme, il imite la Femme. C’est ce que, dans les temps modernes, nous avons appelé la réflexion sexuelle ; dans l’antiquité, cela s’appelait « spéculation », de spéculum (miroir).
    Mais, ne comprenant pas ce qui émane de la pensée féminine, ne connaissant pas la limite de cette pensée, qui lui semble infinie, son imitation est maladroite, elle est outrée, il va au-delà, s’égare parce qu’il se met dans le domaine des choses qu’il ne peut pas comprendre.
    L’enseignement des Magiciennes reposait sur la puissance de leur esprit qui leur faisait connaître les lois de la Nature sans s’égarer dans un sens ou dans l’autre. Cela s’appelait « la Magie blanche ». Le Mage qui veut l’imiter tombe tout de suite dans le miracle, en cherchant à sortir de sa nature pour s’élever jusqu’à celle de la Femme ; il dépasse les bornes de la puissance humaine. Cela s’appelle « la Magie noire ».
    Comme les « Zoroastre », les hommes comme Nietzsche ne laissent, dans le monde, qu’une impression : « C’est un misogyne !... » Leur science est néant, leur œuvre on l’oublie, leur haine seule reste.
    La science de Nietzsche n’est, du reste, pas à lui ; sa haine seule lui appartient. Il est philologue, il étudie les textes antiques et nous les traduit. C’est un plagiaire des idées lointaines, celles que personne ne réclame, c’est pour cela qu’il est quelquefois étonnant, il nous rend des idées féminines qu’il attribue à l’homme supérieur, le suprahumain.
    Il nous rend la femme antique et l’appelle : le Maître, pendant qu’il avilit la femme moderne et la veut esclave. Donc, sa pensée n’y est pas, il prend des mots dans l’œuvre antique qu’il ne sait pas débrouiller du malentendu sexuel.
    Rappelons que la misogynie est le premier mot de la folie.
    Perse et hindous

    Voir en ligne : Perse et hindous


  • Viktor Kirtov | 17 août 2020 - 10:05 2

    SCHWEIZER RADIO UND FERNSEHEN (ZURICH)

    Olivia Röllin
    Courrier International, 25/07/2020,

    Difficile d’imaginer le célèbre philosophe courir comme un dératé. Et pourtant, déjà, il appelait à repenser le corps. À l’âge du running et du fitness, il faut soulever de la fonte en pensant à ce qu’il nous disait. Beaucoup de notre raison réside dans notre corps, rappelle la journaliste suisse Olivia Röllin.

    L’intégrale de l’article (pdf) ICI