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Au voleur  ! Anarchisme et philosophie, par Catherine Malabou

D 7 janvier 2022     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Pourquoi certains philosophes parmi les plus importants du XXe siècle ont-ils élaboré des concepts d’anarchie indispensables pour comprendre la situation contemporaine de la pensée en matière d’éthique et de politique sans jamais toutefois se reconnaître anarchistes ? Comme si l’anarchisme était quelque chose d’inavouable, qu’il faudrait cacher alors même qu’on lui vole l’essentiel : la critique de la domination et de la logique de gouvernement.

Au fil de l’interprétation critique de textes d’Aristote, Schürmann, Levinas, Derrida, Foucault, Agamben et Rancière, se dégagent dans cet ouvrage les éléments d’une pensée du « non-gouvernable , qui va bien au-delà d’un appel à la désobéissance ou d’une critique convenue du capitalisme.

Au moment où s’éveille la conscience planétaire du besoin de politiques alternatives, Catherine Malabou propose de réélaborer une pensée philosophique de l’anarchisme. La seule qui permette d’interroger la légitimité même de la domination gouvernementale et de bousculer notre confiance en la nécessité d’être dirigés pour survivre.

PUF. Parution le 5 janvier 2022.

France Culture, 5 janvier 2022. Catherine Malabou est l’invitée de Guillaume Erner.

Capitalisme, écologie, féminisme... La pensée anarchiste moderne est là, prenant des formes diverses, répondant à des questions actuelles. Elle est finalement partout et progresse dans notre société, et sur Internet notamment.

Élève de Derrida et spécialiste de la philosophie hégélienne, Catherine Malabou s’intéresse dans son dernier ouvrage “Au voleur ! Anarchisme et philosophie” (PUF, 2022) à l’anarchisme dans l’histoire de la pensée philosophique. Elle pointe la manière dont des philosophes contemporains, comme Foucault ou Levinas, ont développé une pensée libertaire qui ne dit pas son nom, que ce soit par déni ou par inconscience.

Pourquoi l’anarchisme a-t-il été mis si longtemps au placard de la pensée philosophique ? Qui sont les anarchistes d’aujourd’hui ?

L’homme peut-il se passer de gouvernement  ? Non, a répondu la philosophie pendant des siècles dans le sillage d’Aristote. La vie en société a besoin de politique, et la politique est indissociable d’un arkhê – commencement et commandement –, sans quoi elle sombre dans le chaos de l’anarchie. Il faudra attendre deux millénaires, et l’audace d’un Proudhon, pour que l’anarchie conquière un sens positif et assume une idée que le politique n’a cessé de réprimer  : le pouvoir est toujours une forme de domination arbitraire, qu’il est absolument incapable de se justifier lui-même. « L’anarchie […] est paradoxalement déjà là. […] L’anarchie est originaire, qui inscrit la contingence dans l’ordre politique. » Hantée depuis l’origine par cet abîme du « non-gouvernable  », du «  défaut de nécessité », la philosophie n’a pas tardé à emboîter le pas à l’anarchisme politique. Elle en a dérobé le geste tout en le radicalisant, en l’étendant au-delà de la sphère politique par une déconstruction décisive de l’idée même de « principe », sur laquelle repose toute la tradition occidentale. Catherine Malabou montre ainsi comment l’anarchie est devenue le nouveau centre décentré dans la pensée de six philosophes majeurs du XXe siècle  : Reiner Schürmann (« principe d’anarchie  »), Emmanuel Levinas («  responsabilité anarchique »), Jacques Derrida («  archiécriture »), Michel Foucault (« anarchéologie »), Giorgio Agamben (« anarchie et création ») et Jacques Rancière («  la politique est fondée sur l’anarchie »). Aucun d’entre eux, pourtant, n’a osé se dire anarchiste, aucun d’eux n’a envisagé jusqu’au bout l’émergence d’une société affranchie du partage de ceux qui commandent et de ceux qui obéissent. C’est ce déni, ce refoulement, qu’il s’agit de comprendre.

La société anarchiste, qui doit se réinventer sans cesse pour échapper à la sclérose, paraît impensable, irreprésentable. Mais, surtout, elle reste l’objet d’une inquiétude viscérale. « Identité de l’anarchisme et de l’expérience traumatique », résume Malabou. Renoncer au gouvernement, c’est accepter sans garde-fou la «  plasticité de l’être anarchiste » et l’imprévisible de la vie, dont deux mille ans de pensée politique ont martelé qu’il fallait la dresser afin d’en endiguer le déferlement pulsionnel, morbide et destructeur. Aucun philosophe n’a pris au sérieux la possibilité que la vie sans gouvernement puisse se déployer non comme auto-anéantissement mais comme « entraide » spontanée, pour reprendre le révolutionnaire russe Kropotkine. Il faut de l’audace pour faire ce pas supplémentaire auquel nous invite Malabou  : celui qui mène vers une société fondée sur le «  refus de tout ordre qui ne serait pas librement consenti » – qui déjà toque à la porte. Notre époque est travaillée par une double poussée anarchiste. «  Anarchisme de fait  », car « l’État a déjà dépéri » en dépit des résurgences autoritaires. « Anarchisme d’éveil » ensuite, à travers « l’expérimentation de cohérences politiques alternatives » aux quatre coins du monde. «  Il n’y a plus rien à attendre d’en haut »  : voilà l’urgence à laquelle doit répondre la pensée.

Octave Larmagnac-Matheron, philomag, 03 janvier 2022


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