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TEMOIGNAGE. Un an après l’attaque du Capitole, “le pays n’a presque rien appris”

D 6 janvier 2022     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   


CREDIT : .FRANCETVINFO


PARTIE 1 – CNN (ATLANTA) : TEMOIGNAGE

L’Américain Alex Marquardt était dans la foule massée devant le Capitole à Washington le 6 janvier 2021 pour exercer son métier de journaliste. Dans ce texte publié en partenariat avec CNN, il raconte la violence vécue ce jour-là à quelques kilomètres de chez lui, avant l’invasion du siège du Congrès.

L’instant du 6janvier 2021 qui restera toujours gravé dans ma mémoire est celui survenu environ une heure après le début de l’insurrection. J’étais sur les marches de la terrasse nord du Capitole avec notre équipe de six personnes. D’une manière ou d’une autre, certains membres de la foule avaient compris que nous travaillions pour CNN.

Cette nouvelle s’est vite répandue, nous avions l’impression que tous les regards s’étaient rivés sur nous et qu’ils étaient subitement devenus hostiles. En quelques instants, nous avons été poussés et bousculés, tandis que d’innombrables personnes nous raillaient, nous criaient dessus et juraient contre nous. Nous avons immédiatement su que nous devions quitter les lieux et avons commencé à marcher à travers une masse de personnes de plus en plus agitées, alors que les émeutiers nous lançaient des injures.

Un homme nous a suivis en agitant son doigt ganté dans notre direction. Il n’avait probablement pas plus de 30 ans, était grand, portait une veste noire et un sac à dos kaki, avec un foulard remonté sur sa bouche et son nez. “De quel côté êtes-vous ?” a-t-il demandé avec insistance. “Nous sommes plus nombreux que vous”, a-t-il répété deux fois. Puis il a ajouté froidement : “Nous pourrions vous détruire tout de suite. Vous êtes des traîtres.”

Confiance dans la presse ébranlée

J’avais déjà fait des reportages sur les rassemblements de Trump, et été témoin de l’hostilité envers les médias que la rhétorique de l’ancien président pouvait susciter. Les journalistes avaient subi des attaques soutenues par l’administration pendant quatre ans, et la sécurité des reporters était devenue une préoccupation de plus en plus importante, avec des menaces physiques de plus en plus courantes. L’animosité que nous allions voir déborder ce jour-là couvait depuis longtemps, et la confiance des gens dans la presse était déjà ébranlée.

J’ai passé une grande partie de ma carrière de journaliste à l’international, en tant que correspondant étranger. J’ai couvert d’innombrables manifestations, soulèvements et conflits. Je suis habitué à la dynamique des foules en colère. J’étais sur la place Tahrir [en Égypte] en 2011, dans des manifestations en Turquie et en Cisjordanie, dans des zones de guerre en Syrie, en Libye et à Gaza. Mais cette fois, c’était à 3 kilomètres de chez moi, à quelques pas de mon quartier.

Mon équipe et moi étions arrivés au Capitole ce jour-là peu après la fin du rassemblement de Trump à l’Ellipse [un parc de Washington]. Nous savions que les gens se dirigeaient vers le bâtiment lui-même, mais nous n’avions aucune idée de ce à quoi cela ressemblerait. Nous étions certainement préparés à la possibilité que les choses deviennent un peu incontrôlables, mais nous n’avions pas deviné ce qui allait se produire par la suite.

Soudain, des manifestants ont commencé à prendre d’assaut le côté ouest du Capitole, où Biden devait être investi seulement deux semaines plus tard. D’autres ont commencé à escalader le mur en face de nous pour monter sur la terrasse du bâtiment. L’insurrection était en marche.

Le “grand mensonge” reste vivant

Dans les mois qui ont suivi ce jour-là, nous avons appris qu’il existait des renseignements antérieurs qui indiquaient que les choses pouvaient devenir incontrôlables et menacer le Capitole ainsi que ceux qui s’y trouvaient. Mais ces renseignements ont été ignorés, et les forces appropriées n’étaient pas sur place pour empêcher ce qui s’est passé. Sur le terrain, la taille de la foule comparée à la présence policière m’a grandement surpris.

Un an plus tard, on a l’impression que le pays n’a presque rien appris de cette journée, et que les différences politiques sont devenues plus profondes. Pour les démocrates, il n’y a guère de doute sur ce qui s’est passé ni sur le fait que cet événement a été alimenté par Donald Trump. Pour de nombreux républicains, cette journée est, au mieux, ignorée, au pire, considérée comme un canular. Le choc collectif que des millions de personnes dans le monde ont ressenti ce jour-là en regardant le siège du gouvernement américain se faire envahir est rejeté par tant de personnes ici, alors que leur propre “maison du peuple” a été profanée.

Tandis que nous entrons dans une année d’élections de mi-mandat cruciales, le “grand mensonge” reste bien vivant. Les sondages nous disent que la majorité des électeurs républicains pensent que l’élection de Joe Biden n’était pas légitime, et que ceux du parti qui se sont opposés à cela, ou se sont exprimés contre les insurgés, ont été ostracisés par le parti républicain. À bien des égards, les divisions révélées en janvier dernier n’ont fait que s’accentuer.

D’un point de vue personnel, le choc vécu ce jour-là demeure jusqu’à aujourd’hui. Je n’avais jamais été attaqué de la sorte auparavant et, comme les autres journalistes présents, je ne faisais que mon travail. Des compatriotes américains, des “patriotes” autoproclamés, nous accusant d’être des “traîtres”, menaçant de nous “détruire” ; je n’avais jamais vu une telle animosité de si près.

D’un point de vue professionnel, il est révoltant de voir de prétendus journalistes alimenter les divisions et les théories du complot qui ont causé tant de destructions dans ce pays.

Alex Marquardt
Courrier international


PARTIE 2 – DAUTRES ECHOS

Sur LCI, entretien avec la politologue Marie-Christine Bonzom

Quelle place attribuez-vous, dans cette crise, au symbole de l’invasion du Capitole, siège de la Démocratie américaine ?


Il y a une crise profonde de la démocratie, et cette invasion la symbolise-
Marie-Christine Bonzom, politologue

L’invasion du Capitole par les partisans de Trump était un évènement sans précédent, au cœur même de Washington. Mais c’est là aussi le symptôme de cette polarisation extrême, dont ce moment était un paroxysme. Comme l’avait été la campagne elle-même en 2020, notamment en termes de violence verbale. Il y a une crise profonde de la démocratie, et cette invasion la symbolise, mais cela doit interpeller urgemment la classe politique qui contrôle l’accès au pouvoir. Or il semble qu’aucun de ces deux partis n’ait envie, ou intérêt, à ouvrir et réformer le système. Le niveau de mécontentement n’a pas cessé de monter, depuis les fausses justifications données par George W. Bush pour envahir l’Irak en 2003. Le fossé n’a fait que grandir depuis, entre l’opinion publique et ses représentants.

Les Echos


Un an après l’attaque du Capitole, la démocratie américaine vacille plus que jamais

Les images des partisans de Donald Trump envahissant le Congrès ont certes créé un choc dans la société américaine. Mais celle-ci n’en a pas tiré les leçons susceptibles de tourner la page. Les divisions semblent irrémédiables.

La Tribune


Un an après l’attaque du Capitole, les États-Unis sont toujours aux prises avec les mensonges de Trump

OPINION. Avec le recul, l’assaut lancé contre le Capitole le 6 janvier 2021 peut apparaître comme le signal d’un basculement sans retour de la démocratie américaine. Par Jérôme Viala-Gaudefroy, CY Cergy Paris Université.

V.K.


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