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Intelligence artificielle, l’interview exceptionnelle d’un invité virtuel ChatGPT dans le 7/9H30 de France Inter

Commentaires et Perspectives

D 20 janvier 2023     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’interview de ChatGPT


Emission du mercredi 18 JANVIER 2023

L’interview de Sonia Devillers dans dans le 7/9H30 de France Inter est bluffante autant que son invité du jour, le dernier né de la société OpenAI (entendre Artificial Intelligence), le programme informatique ChatGPT accessible librement sur le Net. Sonia Devillers est assistée de David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS et auteur de « Toxic Data » (Flammarion).

(radiofrance.fr)

Mes activités professionnelles m’ayant amené à vagabonder dans cet univers et ayant un peu lu sur le sujet, je dois dire que la présente chronique est exceptionnelle. Rien lu ou entendu d’aussi clair, concis et pertinent, en un mot bluffant !

Ce dernier mot est toutefois à pondérer par une grande limitation du produit (dans sa version actuelle) qui n’est pas assez soulignée selon nous : ChatGPT opère sur une base de données qui lui est propre, limitée, quoique déjà gigantesque. On pourrait dire une base de données ‘expérimentale’, ‘statique’ (figée) ; ChatGPT, dans son état actuel, n’est pas connecté à Internet (avec son réservoir d’informations ‘dynamiques’ actualisées en permanence). Les prémisses de la révolution informatique qui s’annonce avec ChatGPT ne sera vraiment effective qu’avec sa connexion à Internet mais ceci n’est pas sans soulever d’autres questions que nous abordons dans la section « Commentaires et perspectives »

L’homme derrière la société OpenAI et son produit ChatGPT


Sam Altmann

Retenez son nom Salm Altmann, Il a 37 ans et a créé OpenAI et ChatGPT. Bientôt, on en parlera autant que Bill Gates ou Elon Musk..

C’est dans une interview du MIT Technology Review qu’il avait commenté, en décembre 2022, la puissance de son nouveau bébé :

“GPT-3 fut la première expérience où l’on ressentait réellement l’intelligence du système. Il pouvait faire ce qu’un humain sait faire. Je pense que cela a amené des gens qui ne croyaient pas du tout à l’intelligence artificielle générale à la prendre au sérieux.

Avec ChatGPT, l’entrepreneur a réussi ce que personne n’avait pu prédire il y a six mois : donner à la surprise générale un accès grand public à l’une des technologies qui révolutionnera toutes les autres.

Face aux nombreuses promesses de cette IA générative, le dirigeant est forcément attendu au tournant.

Microsoft a investi 10 milliards dans la société OpenAi qui a développé les outils ChatGPT, Codex et Dali.

Crédit : d’après presse-citron.net

Quelques réactions d’utilisateurs sur Twitter

Frédéric Bouchery (son profil : More than 39 years of software development, software architect, team leader, speaker and PHP evangelist. )

@FredBouchery
6 janv. 2023

Je rédige une description pour une conférence, et je me suis dit : Tiens, je pourrais demander à chatGPT s’il a des choses à dire dessus. Moi, je vous le dis clairement, cette IA m’inquiète

*

THERAGE Kévin

@KevinTherage

6 janv

En réponse à @FredBouchery

j’ai eu le même impression quand je lui ai demandé de relire un article.

*

Grummfy

@Grummfy·

6 janv

En réponse à @FredBouchery

Je l’ai déjà utilisé pour rédiger des rapports où je devais expliciter des idées complexes. Cela m’a aidé a formulé mes idées, les rendre explicite, etc

*

Shakuro

@Shakur0o

6 janv.

En réponse à @FredBouchery

Flippant

*

Ed

@eddytilmant

6 janv.
En réponse à @FredBouchery

Je ne pensais pas que ce serait possible avant des années voir des décennies

*

-Jérémy Jourdin - Parody of myself

@JJourdin

6 janv.

En réponse à @FredBouchery

Ce que t’as fait là c’est exactement le but et l’intérêt concret de ChatGPT, je trouve ça hyper impressionnant.

*

Sa Elot

@elot_sa

9 janv

En réponse à @FredBouchery

Vous croyez que cette machine va vous apprendre quelque chose ? C’est plutôt vous qui faites instruction constante de sa base de connaissances avec vos questions. Les réponses que vous recevez sont les vôtres et ceux de vos collègues.

*

Courant Alternatif

@CourantAlter

En réponse à @FredBouchery

ÉNORME !!! Une véritable Révolution

Commentaires et perspectives

La deuxième révolution d’Internet pointe-t’elle son nez ?

Je viens d’ouvrir mon ordinateur et au lieu de taper une requête sur Google, je l’ai tapée sur ChatGPT. Je n’ai pas cherché à faire court, concis, comme on nous l’a appris : je n’ai pas cherché par moi-même, j’ai demandé. À qui ? À la machine. Celle qui est sur les lèvres de tous les geeks, tous les développeurs, tous les journalistes aussi. ChatGPT.

Avec elle, le langage naturel, comme nouvelle approche d’Internet, a de quoi tout changer.

L’Internet dans les années 2000 nécessitait un minimum d’effort pour taper correctement ses recherches et sélectionner les bonnes sources, l’utilisation de ChatGPT ne demande aucun effort. Plus qu’une interface sur le web, il est un assistant qui trie, résume, met au clair, compare, conseille, élabore un plan.

Il nous fait gagner du temps, nous rend surpuissants. Il nous donne le vertige aussi. “ChatGPT est l’un de ces rares moments dans la technologie où vous voyez une lueur de comment tout va être différent à l’avenir”, résumait sur Twitter Aaron Levie, le fondateur du logiciel de stockage sur le cloud, Box.

Révolutionner Internet, sans Internet

Pour l’heure, si ChatGPT peut vous donner une recette, vous fabriquer un poème, vous donner le code complet pour créer une application, vous expliquer en quoi le yoga peut-être bénéfique pour le surf, ou encore traduire pour vous un texte, c’est uniquement grâce à ses datacenters. Derrière la nouvelle technologie d’intelligence artificielle qui rend le langage naturel avec une machine aussi naturel qu’avec un être humain, il y a une gigantesque base de données. Elle nous bluffe déjà, mais elle connaît de nombreuses limites.

ChatGPT, aussi surprenant soit-il, n’est pas encore relié à Internet. Il révolutionne déjà Internet, mais n’en est pas connecté. Comprenez par là que toutes ses connaissances sont stockées au même endroit, et résultent d’un apprentissage de plusieurs années, qui s’est arrêté début 2022. ChatGPT n’a aucune idée de ce qu’il s’est passé ensuite. Testez par vous-même, je vous promets qu’il ne sait pas quelle équipe a gagné la Coupe du Monde au Qatar (ne me dîtes pas que c’est pour le mieux).

Difficile à croire. Difficile de se dire que des machines physiques, stockées sur notre globe, reliées par des câbles, puissent aujourd’hui enregistrer autant d’informations, tout en les recrachant de la forme la plus humaine possible. Vous me direz, Wikipédia est déjà une prouesse, mais une prouesse qui résulte, chaque jour, du travail indéniable d’êtres humains. ChatGPT, lui, peut discuter avec vous sans l’aide de qui que ce soit.

Le jour où ChatGPT sera relié à Internet

Demain, lorsque l’intelligence artificielle sera connectée à Internet, il deviendra une bombe. Une bombe qui sera certainement payante – l’outil dans sa version bêta n’étant pas fait pour rester gratuit -, mais une bombe tout de même. Elle ouvrira le champ des possibles de façon encore plus large, permettra de croiser les informations selon les sources. Ce sera une véritable déferlante qu’OpenAi devra amorcer avec douceur. Car Internet est une salve de connaissances qui, incontrôlée, regorge de fausses informations et d’horreur.

Si l’on peut avoir peur de la machine, Internet nous a rappelé au fil du temps qu’on pouvait surtout avoir peur de l’humain.

Une fois relié à Internet, ChatGPT changera Internet. À commencer par ses acteurs. Il n’est pas anodin que Google ait brandi le “chiffon rouge” à la vue du développement de ChatGPT par OpenAi. L’outil, pour la première fois depuis plus de dix ans, a les épaules pour changer la donne sur le monopole de Chrome [le navigateur de Google]. Au point d’écraser en un rien de temps le premier moteur de recherche et navigateur de la planète. Comprenez comment, avec cet unique point, nous pouvons parler de révolution d’Internet ?

Demain, avec ChatGPT relié à Internet, des pions seront placés. ChatGPT, en l’occurrence, n’est qu’une technologie, un moteur. La carrosserie pourra prendre plusieurs formes : des assistants vocaux nouvelle génération à des navigateurs sur nos ordinateurs, smartphones et télés. OpenAi, bientôt valorisé 29 milliards de dollars (croyez-moi, si ses capacités se confirment, sa capitalisation augmentera encore très nettement) ne sort pas de nulle part et Microsoft y possède des parts. D’ici peu, Bing voudra en profiter. [Bing est le moteur de recherche de Microsoft]

Est-ce que l’on devrait avoir peur ?

Comme toute révolution, il y aura du changement, de la peur, et un besoin de contrôle. Certains craignent pour leur travail (on ne peut pas citer une seule catégorie de métiers, des centaines sont concernés), et d’autres craignent pour l’apprentissage dans les écoles.“C’est la fin des devoirs à la maison !”s’exclamait Elon Musk récemment sur Twitter, lui qui a d’ailleurs investi dans OpenAi. À New York, de nombreuses écoles ont déjà bloqué l’accès à la plateforme. Un réflexe qui rappelle celui à l’origine de toute révolution…

Sortons-nous différents, d’un monde où l’Internet grand public est bientôt trentenaire ? Oui, forcément. Travaillons-nous différemment ? Bien entendu. Tout comme nous apprenons, nous nous éduquons d’une façon peu comparable. ChatGPT en fera de même, et plus encore, car il ne sera plus question de remplacer les bras par la machine, mais d’assister le cerveau par l’IA. Il suffit de savoir que l’outil peut vous rédiger la meilleure des lettres de motivation possible, coder pour vous, vous devancer d’une heure sur un brainstorming. Mais devrait-on forcément lui barrer la route ?

En fait, la question ne se pose pas. Il est “trop tard”, pourrait-on dire. Le Président d’OpenAi, Sam Altman, annonçait que plus d’un million de personnes dans le monde avaient testé ChatGPT cinq jours après la sortie de sa bêta publique le 30 novembre 2022. Le nom de l’outil a inondé le web, les réseaux sociaux, la plateforme était encore ce week-end avec un bandeau indiquant que les serveurs saturaient. Nous sommes déjà des dizaines de millions, probablement, à avoir déjà posé une question à ChatGPT.

Maintenant, nous sommes en droit de nous demander comment OpenAi a-t-il bien pu prendre la tête du développement de l’intelligence artificielle face aux GAFA ? Face à Microsoft ?

Cette question, pour un média tech comme Presse-citron, est certainement la plus importante. Elle sous-entendrait peut-être que l’IA développée derrière ChatGPT ne serait pas seulement une consécration de ce que tout le monde chercherait à développer depuis vingt ans, mais un véritable game changer, une logique totalement différente, un bouleversement. Et donc un secret.

“Je ne pense pas que beaucoup d’ingénieurs sur cette planète soient en mesure de développer un outil aussi puissant. Et je ne pense pas qu’ils voudraient travailler pour le compte de Microsoft. Je ne crois pas non plus qu’ils travailleraient tous dans leur coin. Ils se sont regroupés”, commentait un ami développeur.

Ou alors, à l’extrême opposé, on peut aussi s’imaginer que l’outil d’OpenAi est une véritable illusion. Un tour de magie, tellement gros qu’il passerait. Il ferait de ChatGPT une coquille vide, une plateforme bien moins puissante qu’on pourrait le penser, seulement équipée d’un mode démo, configuré pour faire croire qu’il fonctionne sans problème pour toutes les tâches sans que ce ne soit en réalité possible. La piste est moins plausible, tant les preuves sont tangibles sur sa puissance. Mais n’avez-vous jamais remarqué ? N’avez-vous jamais eu ce constat ? Celui que sur de nombreuses requêtes, les ChatGPT semblent un peu banales ? Ni trop fausses ni trop vraies ?

Pour Gary Marcus, un professeur de psychologie à l’Université de New York invité dans un podcast du New York Times :

_ ChatGPT synthétise tout un tas de choses que les humains ont déjà écrites, parfois pour le meilleur et parfois pour le pire. Parfois, la synthèse est parfaite, parfois elle donne des résultats farfelus. […] Donc tout ce qu’il produit semble plausible parce que tout est dérivé de choses que les humains ont dites. Mais il ne connaît pas toujours les liens entre les choses qu’il assemble.

Ainsi, lorsqu’il réussit, c’est parce qu’il a été entraîné sur un grand nombre de choses similaires dans le texte auquel il a été exposé.[…] Mais cela ne signifie pas qu’il comprend vraiment ce dont il parle, c’est pourquoi il peut aussi faire des erreurs.

“Une leçon d’apprentissage, d’humilité intellectuelle”

Ouvrir une nouvelle discussion avec ChatGPT m’a fait passer par tout un tas d’émotions. Mais le constat principal est que tout ceci a de quoi donner le vertige. Mais me voici pourtant parti pour écrire un article, ce samedi après-midi de janvier 2023. Écrire un article, autrement dit faire mon travail, et vous proposer ces quelques lignes à vous lecteur. Alors non, je ne terminerai pas par vous dire que cet article a en réalité été écrit par la machine. Les réflexions et les émotions sont miennes. Après deux heures à discuter avec ChatGPT, je remarque y avoir trouvé un divertissement agréable. J’ai aimé apprendre. J’ai aimé demander.

Cela ne durera certainement qu’un temps avant que l’habitude ne s’installe. Que le risque, peut-être, sera de déconnecter son cerveau et laisser ChatGPT s’y substituer plutôt que de nous creuser la tête. Devrai-je lui en en vouloir ? Je ne devrais en vouloir qu’à moi-même. Comme tout autre outil, il ne dépend que de nous de savoir l’utiliser.

“La seule chose que je sais c’est que je ne sais rien”, disait Socrate.“Une leçon d’apprentissage, d’humilité intellectuelle, pour nous encourager à garder notre ouverture d’esprit, encourager notre critique, remettre en question nos croyances et nos convictions”, me rappelait ChatGPT.

Nous ne sommes pas prêts.

D’après Hadrien Augusto

Presse-citron (media tech)

16 janvier 2023


Pour les curieux

Deux français dans le coup :

A ceux, qui souhaiteraient comprendre un peu, comment ça marche, nous recommandons le livre d’ Aurélie Jean :

« De l’autre côté de la Machine. Voyage d’une scientifique au pays des algorithmes » (2019)

204 pages

le livre sur amazon

Ouvrage de vulgarisation, facile à lire et instructif.

Signalons aussi son livre plus récent « Les algorithmes font-ils la loi ? » (2022), aux éditions de L’Observatoire.

Mais contrairement au premier, nous ne l’avons pas lu. Néanmoins, les talents de vulgarisatrice, informée, de l’auteure ont toute chance d’en faire un livre intéressant à découvrir.

Aurélie Jean est docteure en sciences et entrepreneure..

*

Pour les plus aventureux, un peu férus de maths et programmation on peut aussi citer le livre de Yann Le Cun

Quand la machine apprend : La révolution des neurones artificiels et de l’apprentissage profond -
de Yann Le Cun
16 octobre 2019

· 394 pages

le livre sur amazon.fr/

Yann Le Cun est l’un des inventeurs de l’apprentissage profond, (le deep learning), qui caractérise un réseau de neurones artificiels dont l’architecture et le fonctionnement s’inspirent du cerveau. C’est à la naissance de cette nouvelle forme d’intelligence, à l’émergence d’un système quasiment auto-organisateur, que nous convie Yann Le Cun. Un livre qui évoque la démarche intellectuelle d’un inventeur au carrefour de l’informatique et des neurosciences. Un livre qui éclaire l’avenir de l’intelligence artificielle, ses enjeux, ses promesses et ses risques. Un livre nous fait découvrir un nouveau monde fascinant, qui est déjà le nôtre.

WARNING. Livre intéressant mais qui ne se lit pas comme un roman. C’est un peu se lancer dans l’escalade d’un sommet par une face difficile. On peut cependant sauter les développements mathématiques et de programmation.

ELEMENTS DE BIOGRAPHIE. Yann Le Cun est un ingénieur français
De 2013 à 2018, il dirige le Laboratoire d’Intelligence Artificielle de Facebook à New York.
Depuis, il continue à
occuper un poste de chercheur en tant que scientifique en chef de l’IA toujours chez Facebook.

2016, Yann Le Cun est le titulaire pour l’année de la chaire « Informatique et sciences numériques » du Collège de France.

2021, il est élu à l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis.

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