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Philippe Sollers, ou l’avènement du Graal intérieur

Premières critiques

D 1er mars 2022     A par Viktor Kirtov - C 5 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Alors qu’une colonne russe, longue de 60 km se dirige vers Kiev, ce mardi 1er mars 2022, Philippe Sollers publie "Graal", le 3 mars, aux éditions Gallimard : une actualité intemporelle et intérieure en contrepoint de l’actualité immédiate qui envahit notre esprit en même temps qu’est envahi l’Ukraine, un pays européen, comme nous.

La critique d’Annick Geille, ATLANTICO LITTERATI

Philippe Sollers défraie la chronique avec « Graal » (Gallimard). Biblique, magnifique, sulfureux. Il s’agit d’une rêverie éveillée : une soif d’Atlantique, sorte de jubilation textuelle. La mort semble vaincue. Jésus et l’évangéliste Jean circulent librement. Le Verbe triomphe. Le plaisir est bel et bon. Libres comme l’auteur, ces splendeurs textuelles vont enchanter les uns et choquer les autres. Brillant et nécessaire : appel d’air bienvenu en ces temps déprimants. (En librairies et grandes- surfaces le 3 mars).

C’est l’une des surprises dece « Graal », si le roman semble appartenir au domaine du rêve éveillé, il participe d’une sorte d’optimisme tranquille, qui le distingue radicalement des autres romans de Sollers. Un optimisme désespéré, certes, mais optimisme tout de même. Une sorte d’ élixir des sirènes -Atlantes, breuvage miraculeux qui rend au narrateursollersien son bien : l’espérance. Règne ainsi dans « Graal » un plaisir charnel tranquille,(révélé par lessouvenirs du narrateur)sans oublier le plaisir du texte, celui que l’auteur se plaît à exprimer, comme s’il jubilait d’avoir trouvé son trésor. « L’amour on ne le sait pas assez, consiste à trouver quelqu’un qui vous touche où il faut quand il faut »,précise le narrateur de « Graal » qui ajoute « Pour un Atlante conscient une telle rencontre est exceptionnelle et comporte une chance sur des millions ». Comme le souligne Antoine Gallimard dans sa lettre à Sollers, le narrateur revisite le mythe de la quête du Graal (cf. le calice contenant le sang du Christ). L’auteurdébarrasse mine de rien le christianisme de sa haine de la chair( en particulier la chair des femmes), et de sa détestation du plaisir charnel. Rédevient l’Atlantide sollersienne.

« Graal » est le roman d’un avènement. Jésusétant l’ami des artistes, écrivains et philosophes tels Platon, Baudelaire, Laclos, Borgès, Sade, cebréviaire du libertin ne le choque pas. « Les papes ont détourné le lieu biblique vers la Grèce antique,elle-même inspirée par son vieil ennemi englouti, l’Atlantide »

L’air marin chasse la tristesse qui pouvait subsister. Le narrateur semble avoir accès « aux secrets jalousement gardés », tels le temps, la mémoire, l’éternité. L’apôtre Jean est son guide (« arrivé le premier au tombeau. Il voit, et il croit. ») (l’Évangile selon Jean est le plus important en matière dechristologie, car il énonce implicitement la divinité de Jésus:le Verbe incarné)

Philippe Sollers est formidable : chaque fois qu’il nous offre un nouvel ouvrage, quittant pour l’occasion son refuge d’Ars-en-Ré d’écrivain légendaire, il parvient chaque fois à nous surprendre. Nous le lisons avec délectation, et le lecteur faisant toujours « la moitié du chemin » comme le rappelle Modiano, nous poursuivons avec Sollers rêveries et conversation.

Dans « Graal », le récit s’enrichit de moments fictionnels brouillant les pistes car l’auteur est extrêmement pudique ; là encore, comme chaque fois avec Sollers,les séquences existentielles sont réinterprétées- voire transfigurées -parla force et les subtilités de son imaginaire. « Vivre avec Dieu, ne fut-ce qu’une semaine est un émerveillement continu, seconde par seconde ». Ce que l’apôtre Jean confirme dans « Graal » : « Il y a encore beaucoup d’autres choses qu’a faites Jésus. Si on les mettait par écrit une à une, je pense que le monde lui-même ne suffirait pas à contenir les livres qu’on en écrirait » Conclusion de Sollers :« Jean a bien vu ce qu’il a vu,le tombeau est vide. » Mozart et Bach sont présents. L’océan et la solitude inspirent l’auteur :« Graal » est un nobletexte qui détruit la mort.

Annick GEILLE

« Graal », par Philippe Sollers ( Gallimard) /12 euros

"L’Atlante Sollers". La chronique de Vincent Roy (L’Humanité)

Si votre bibliothèque comporte un « Enfer », vous pourriez être tentés d’y enfermer Graal, le dernier roman de Philippe Sollers. Mais, a contrario, si elle comporte une section intitulée « Paradis », alors ce petit livre si dense pourrait sans doute s’y trouver comme chez lui. A vous de voir. C’est une affaire de goût.

Publié le Mardi 1er Mars 2022 (L’Humanité)

par Vincent Roy

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Vincent Roy

Graal est publié aujourd’hui, en 2022, à Paris et non à Cythère, il y est question du matriarcat, de la sexualité, ou plutôt de l’éducation sexuelle des Atlantes en général et de celle de l’un d’eux en particulier, le narrateur.

Bon, voici le postulat : « Au lieu de ‘’péché originel’’, expression religieuse qui évoque aussitôt un dérapage sexuel, on devrait s’habituer à dire ‘’virus originel’’, l’être humain en étant infecté d’emblée et n’arrêtant pas de se réinfecter lui-même ». Le narrateur, lui, justement, est génétiquement différent, entendez que son système immunitaire le rend résistant au « virus originel ». Pourquoi ? C’est un Atlante donc un lointain descendant des habitants de l’Atlantide, cette île paradisiaque dont parle Platon, notamment dans le Timée. L’Atlante d’aujourd’hui recherchera toujours le Graal perdu. Voilà, c’est simple : « Les femmes Atlantes apprennent très tôt aux jeunes garçons à se caresser pour imiter les femmes en train de se donner du plaisir. Lorsqu’ils sont en âge de donner du sperme, elles les initient en douceur (…) Ils sont ensuite livrés au choix des femmes, ce qui, on s’en doute, produit une civilisation absolument contraire à la nôtre, embarrassée depuis toujours dans le contresens sexuel ». Le Graal n’est pas donc ce que vous avez toujours cru, ou ce qu’on a bien voulu vous en dire. Le vrai mystère est là.

Grâce à cette initiation, inutile de dire qu’il n’y a pas de trafic sexuel, pas de féminicides, peu de criminalité dans l’Atlantide. De cette initiation, il est bien entendu « interdit de parler » à notre époque. Il reste que, nous dit Sollers, n’étant plus initiés, les garçons d’aujourd’hui « doivent rester ignorants des femmes le plus longtemps possible, basculer gays, ou rester conventionnellement hétéros ». D’où le contresens sexuel. Est-il utile encore de préciser que l’Atlante, et partant, le Migrant Atlante devenu terrien, guidé par son « Graal intérieur dont la vibration l’accompagne », n’est visé par aucune plainte de femmes. Ses gènes ont, dans leur mémoire, dans leur disque dur, le souvenir qu’il a été élevé dans une égalité stricte avec les filles, « chacun et chacune étant poussé dans sa solitude, ce qui est impossible pour les embrouilles sexuelles et sentimentales terriennes. L’égalité entraîne l’attention, le respect, l’ironie ; la réserve, l’audace ». Lautréamont est un bon exemple de Migrant Atlante.

Trouver, retrouver votre Graal, nous dit Sollers, et tout rentrera dans l’ordre. N’écoutez pas la société qui vous explique qu’il est à jamais perdu. Elle ment. Rimbaud (autre Atlante considérable), pourtant, vous avait jadis annoncé la grande nouvelle. Et l’auteur des Folies françaises de la reprendre à son compte : « L’éternité est sûrement retrouvée, puisque, comme toujours, la mer est mêlée au soleil ».

Graal de Philippe SollersGallimard 64 p.12 euros

La chronique de Graal par Philippe-Emmanuel Krautter, (revue Lexnews)

Ni disciple des Monty Python, encore moins un vénérateur des Chevaliers de la fameuse table, Philippe Sollers, ou tout au moins le narrateur de son dernier roman, ne part pas en quête du Graal, mais l’a trouvé depuis bien longtemps… C’est en terre atlantide, jadis prospère et de nos jours cachée sous des immensités d’incertitudes et de révisionnismes, que se trouve la source de ce continent disparu « mais toujours actif atomiquement, et génétiquement dans l’ombre ». Comme à l’accoutumée, Sollers avance dans l’ombre, en plein soleil. Ce nouvel Atlante amoureux des îles sait que ces dernières sont reliées à ce royaume éternel, source vitale où puise ce jouisseur absolu. Mais nulle trivialité dans ces évocations – même si quelques détails dont Philippe Sollers a le secret pourront émoustiller ou choquer, c’est selon. Le propos est ailleurs et sert une voie, la fameuse voie, non rectiligne qui mène à la mort après avoir vraiment vécu. Être « l’unique roi de son royaume », avoir cette chance de parler une langue intérieure à l’heure de l’assourdissement général, sans oublier les initiations matriarcales, telles sont les directions qui mènent à ces continents disparus, éternel retour. Le roman confie à qui peut encore entendre et surtout lire : l’Atlante se ressent comme immémorial et cultive le secret comme le silence sans oublier son immense mémoire, qualités qui font cruellement défaut à notre amnésique quotidien. L’amour comme la foi composent ces espaces où le verbe se fait chair et habitavit in nobis ainsi que le rappelle saint Jean. Cette présence nourrit les plus grands artistes depuis les premiers temps de l’humanité, dès les premières grottes ornées. Nulle bondieuserie dans la pensée de Sollers, mais dans notre monde « dégraalisé », un mystère joyeux demeure que cultive l’auteur, ces pages en témoignent.

Philippe-Emmanuel Krautter
REVUE LEXNEWS
Site : www.lexnews.fr

Philippe-Emmanuel Krauter sur pileface

"Sollers en Ré majeur" par Pascal Louvrier, (Causeur)

19 mars 2022

L’écrivain Philippe Sollers continue, dans Graal, une critique lyrique d’une société toujours plus grise avec une allégresse qui est la clef de sa longévité

Le Spectacle est continu. À peine le Covid (provisoirement) terminé, voici la menace nucléaire. Le flot de désinformations arrive à la vitesse des réseaux sociaux, c’est le plus que présent de l’indicatif, impossible de vérifier, et cela n’a pas d’importance puisque le camp du Bien a désigné la nouvelle guerre à soutenir, le nouvel homme à abattre. Sollers, lui, poursuit son inlassable dénonciation de la société.

Depuis son roman “Femmes“, qui ne pourrait plus être publié en 2022, Sollers n’a pas bougé d’un millimètre. Ainsi comprend-on mieux la détestation dont il est l’objet

Survivant de l’Atlantide

Il le fait de façon féérique. Il voyage dans le temps, clandestin définitif qui sait qu’il faut fuir le ban de sardines. Chaque année, au printemps, il nous donne des nouvelles de la planète surpeuplée et de l’extension des névroses de l’homme occidental. Le constat est édifiant, mais il refuse le nihilisme entretenu par les fonctionnaires du culturel. Son discours n’est pas sécuritaire et mortifère. Il convient de jouir, au contraire, et de laisser l’Esprit Saint dans un corps sain guider nos pas joyeux. Son nouveau roman est la clé pour entrer dans ses livres qui ne sont qu’un. Il le nomme Graal. Il ne part pas à sa recherche car, dit-il, il est en lui.

Comme il est en chacun de nous, à condition de prendre le temps de le comprendre. Il nous parle de l’Atlantide, dont il est l’un des survivants. Après l’engloutissement de l’île mythique, une petite parcelle est restée hors des flots bleus.

C’est l’île de Ré, en particulier la bande de sable du Martray, d’où émet sans relâche la boîte noire sollersienne. L’écrivain rappelle qu’il a la« chance d’avoir échappé aux communautés. Chance d’avoir toujours privilégié le hasard, la surprise, l’inattendu, l’instant. »Cela lui permet d’écrire des évidences qui le sont de moins en moins puisque la société ment là-dessus comme sur le reste :« L’amour, on ne le sait pas assez, consiste à trouver quelqu’un qui vous touche où il faut, quand il faut. »Sollers a reçu une éducation sentimentale particulière et très efficace, même si les dévots du nouvel ordre moral la condamne. Développée par l’une de ses sœurs, puis l’une de ses tantes, qui aimait coudre. L’écrivain révèle un épisode incestueux précis : « Elle me demande de me déculotter, et, de temps en temps, en feignant de réparer un ourlet, elle a un geste pour me piquer légèrement les couilles avec une aiguille. » Un livre, vite, pour dénoncer cette misérable famille ! Pas du tout. Sollers poursuit : « Elle aime ça, moi aussi, et surtout la façon fascinante dont elle joue avec son dé, qu’elle enlève et remet à son doigt. » Plus aucune initiation aujourd’hui, il faut maintenir l’ignorance dans ce domaine comme dans tous les autres.

Les petits jeux promotionnels du Spectacle

La sexualité doit se résumer à la procréation (médicalement assistée si possible). Quant à la femme, « p ar une naissance, apporte la mort. » Depuis son roman Femmes, qui ne pourrait plus être publié en 2022, Sollers n’a pas bougé d’un millimètre. Ainsi comprend-on mieux la détestation dont il est l’objet.

Bien sûr, et avec gourmandise, l’écrivain souligne les petits jeux promotionnels du Spectacle. Comme celui de ce présentateur littéraire de télévision qui « vend » le roman « bouleversant » de sa compagne. Dans quel but ce jeu truqué ? Sollers : « Les histoires portent en général sur les relations étroites, voire fusionnelles, entre les filles et leurs mères mortes, mourantes, délaissées ou très déprimées. » L’industrie pharmaceutique à de beaux jours devant elle.

Comme le soleil du matin

Résultat de cette entreprise de démolition programmée ? L’homme occidental est devenu une chiffe molle qui ne croit plus à rien. Sollers, encore : « À 30 ans, il est déjà usé par l’alcool et les drogues. À 40 ans, il est vieux. À 50 ans, il se met à faire la morale à tout le monde. À 60 ans, il est en prison pour féminicide. » Sans oublier ses trois doses qui font de lui un citoyen respectable.

Un roman de Sollers agit toujours comme le soleil du matin sur les marais salants de son île, avec, à gauche, l’étrange clocher noir et blanc d’Ars qui veille au grain.

Philippe Sollers, Graal, Gallimard.

Graal, Philippe Sollers (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché,

La Cause littéraire, 23.03.22

« L’éternité est sûrement retrouvée, puisque, comme toujours, la mer est mêlée au soleil ».

« La lumière du Graal est immortelle. Elle brille jusque dans les ténèbres, mais les ténèbres ne peuvent pas la saisir ».

Entre ces deux phrases, un roman s’est déployé. Un court roman inspiré par le Graal, l’apôtre Jean, Rimbaud [1], les Atlantes, et les heureuses expériences sexuelles du narrateur en état de jeunesse inspirée. Comme toujours chez Philippe Sollers, la parole est d’or, elle transforme le plomb, autrement dit la moraline dominante, en or fin, et elle ne doute pas un instant, comme chez l’apôtre Philippe [2], que la résurrection se déroule sous nos yeux, de notre vivant – « La vraie vie consiste à vivre sa propre mort. Pas LA mort, mais SA mort ». Comme toujours, Philippe Sollers mise sur la chance, la joie, le bonheur, la musique, la mémoire, l’attraction des corps inspirés, et sur son art romanesque qui trouble et enchante le roman depuis 1958.

Dans ce nouveau livre, le narrateur explorateur de son corps unique se fait Atlante, fils de l’Atlantide, cette île engloutie, ce paradis, que l’on affirme perdu, oublié, inventé. Ici la France : un Atlante parle aux Atlantes ! L’art romanesque ne s’est jamais aussi bien porté. Je répète, l’art romanesque ne s’est jamais aussi bien porté.Ce petit roman métaphysique et très incarné vibre du sang réellement versé par le Christ sur la croix, et recueilli par un calice disparu et devenu l’objet de mille spéculations, comme l’Atlantide ; et le narrateur prouve qu’il n’en est rien, ou tout au moins, que des résonnances œuvrent encore dans le monde, et qu’il suffit de savoir voir, comme les apôtres face au Ressuscité. Philippe Sollers est un écrivain des résonnances, les troubles des hommes et du Monde s’immiscent dans ses romans, ils en constituent des strates, sur lesquelles il bâti son œuvre en solitaire, si près et si loin du tumulte social, il n’est pas seul contre tous, il est seul dans sa diversité particulière et dans sa gaité intempestive.

« La Parole Suprême jouit de la parole en tant que parole, et nous voici brusquement chez saint Jean, sans parler de Heidegger qui préfère l’expression “cheminement vers la parole”, chemin qui ne mène nulle part, mais là où il faut, en pleine Forêt-Noire ».

Graal est un roman qui se fait chair, comme le Verbe des Écritures. Finalement tous les romans de l’écrivain de l’Ile de Ré – cette Suite française de l’Atlantide– sont, et se font chair. Pour le vérifier il suffit d’ouvrir avec délicatesse votre ancienne édition d’ Une Curieuse solitude, celles de Paradis ,Femmes, des Folies Françaises ou encore de Passion fixe ou bien des Lettres à Dominique Rollin – son grand roman d’amour –, le verbe y est enchanté, joyeux et perçant. L’écrivain perce des secrets que l’on dirait bien gardés. Partons du principe, pour bien lire ce roman, qu’un livre réussi ne peut être que le Graal indestructible de l’auteur, son calice où bouillonnent les mots et les phrases, sous l’œil d’un Atlante, qui en est le premier lecteur et l’auteur. Les Atlantes qui l’accompagnent ? Athanase Kircher, Baudelaire, René Guénon, Borges, mais aussi et c’est capital dans le roman, sa tante et ses sœurs.Graal pourrait être le rêve éveillé d’un écrivain contemporain, ou celui d’un Atlante, qu’une heureuse concordance des temps a projeté dans ce siècle et donc dans ceux qui l’ont enfanté et enchanté.

Philippe Chauché

Philippe Sollers a notamment publié chez Gallimard :Le Nouveau, Centre,Beauté, Lettres à Dominique Rollin  ; il y dirige la collection et la revueL’Infini. La Collection Folio de Gallimard vient de rééditer Légende, et Agent secret :https://www.lacauselitteraire.fr/agent-secret-traits-et-portraits-philippe-sollers-legende-philippe-sollers-par-philippe-chauche

"Entretien Sollers. Propos recueillis par Jean-Noël Mouret


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Extraits « Graal » de Philippe Sollers / Gallimard

Extrait 1

La « lovée »

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« Vous avez sûrement entendu parler de la « kundalini », dite la « lovée, cette énergie enroulée comme un serpent au niveau du sexe. La syllabe sacrée permet de la réveiller, et de la faire vibrer, même dans le silence, a travers le nombril, le cœur, la gorge, les sourcils, le front et le haut du crâne, où elle s’épanouit comme une fleur. Vous êtes votre propre fleur, le reste relève de la pudeur.

Juste cette précision : « le son S est émis involontairement et du plus profond de l’être, au moment du summum du plaisir amoureux ».

Le cri d’amour sonore, impossible à simuler, est donc un écho de la Parole Suprême. La majorité des mâles hétéros sont sourds, et se laissent facilement abuser. Les Sirènes ne chantent pas, mais râlent beaucoup faussement, et plus d’un marin enivré de désir finit par s’apercevoir que tout ça lui coûte trop cher.

La Parole Suprême jouit de la parole en tant que parole, et nous voici brusquement chez saint Jean, sans parler de Heidegger, qui préfère l’expression « cheminement vers la parole », chemin qui ne mène nulle part, mais là où il faut, en pleine Forêt Noire. Quant à la cure psy par la parole, vous serez toujours très surpris par ce que disent vraiment vos rêves. Je laisse de côté les mystiques de toutes les traditions, pour n’en garder qu’un, le plus proche de la Parole Suprême, l’obscur et lumineux Maître Eckhart.

Heureux le garçon de quinze ans qui a été initié sexuellement par une femme atlante, dont le corps a été élu à ce sujet par la Parole Suprême. Elle accomplit là, souvent sans le savoir, un rite millénaire de l’Égypte antique ou des hétaïres grecques qu’on peut admirer sur des vases d’avant notre ère. Ces prêtresses préhistoriques connaissent les gestes au millimètre près, ce sont ces mères incestueuses par procuration, elles ne jouissent qu’en faisant jouir leurs jeunes garçons, et ces derniers sont donc armés pour la vie contre toutes les impostures. Ils ont, très tôt, vu et vécu, dans la vibration.

J’aurais dû faire analyser, en laboratoire, le code génétique des trois femmes atlantes que j’ai eu la chance de connaître. Elles m’ont choisi, je les ai tout de suite reconnues, elles m’ont beaucoup appris sur les continents disparus et les stabilités inaccessibles. C’est à elles que je dois de croire de plus en plus à l’Éternel Retour. »

*

Extrait 2

L’importance d’être Jean

Trois minutes de course, le choc de la Résurrection, et la durée humaine change de nature. Jean n’hésite pas à dire de lui-même qu’il est le disciple que Jésus « aime ». Il va même plus loin dans ce qu’il raconte : « Pierre, voyant Jean, dit à jésus : « Seigneur, et lui ? ». Jésus lui répond : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe. Suis-moi. » Ce « que t’importe ? », adressé à Pierre, est fabuleux, dans le genre « mêle toi de ce qui te regarde » et de ce que tu peux comprendre, toujours, à moitié.Il te manque la foi de l’amour.

Jean insiste :

« Le bruit se répandit chez les disciples que Jean ne mourrait pas. Mais Jésus dit quelque chose de beaucoup plus mystérieux :« si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne ».

Chaque détail dans les Évangiles a son importance. Jean, avant cette déclaration, se définit comme celui qui, pendant le repas final, s’est penché sur la poitrine de Jésus, et lui a demandé :« Seigneur, qui est celui qui va te livrer ? ». Il n’en a donc aucune idée ou, plutôt, il pose la possibilité que ce soit n’importe lequel des autres, y compris Pierre. Tous sont virtuellement coupables, sauf lui. »


Copyright Philippe Sollers/ Graal/ Gallimard/ 12 euros.Disponible chez les libraires et les grandes surface à partir du jeudi 3 mars


A propos de l’auteur

« Philippe Joyaux naît à Bordeaux dans une famille d’industriels. Après des études secondaires, il publie son premier texte en 1957 et prend le pseudonyme de Sollers, inspiré du latin et signifiant "tout en art". Encouragé par Francis Ponge(1899-1988), il publie ensuite Une Curieuse Solitude, ouvrage salué par Mauriac et Aragon. En 1960, il fonde la revueTel Quelaux éditions du Seuil.En 1961, il obtient le prix Médicis pourLe Parc. Il publie ensuiteDrame,Nombres et Lois, puisParadis. En 1983, -année deFemmeset de son départ des éditions du Seuil- , Sollers rejoint Gallimard et fonde une revue : L’Infini, prenant la direction d’une collection du même nom. Sollers est membre du comité de lecture des éditions Gallimard »

-Voir aussi la biographie détaillée, la liste des œuvres ( romans, essais critiques) et celle des prix littérairessur Wikipédia

Thèmes de prédilection de Philippe Sollers romancier :« la lutte de l’individu face à une sociétéfalsificatrice et répressive » ; l’importance vitale de l’art et l’absolue nécessité des artistes. L’amour, ses plaisirs : une religion. L’insularité (d’où ce roman du Graal perdu : l’Art sauve autant que dieu incarné, c’est l’Amour retrouvé).

Pour ce qui est de la forme, les romans de Philippe Sollers sont souvent des récits autobiographiques, enrichis un regard décapant sur l’époque, et de commentaires justes et méchants sur le Spectacle, la Mode. Du grand art.

« En observant la majorité des romans de Sollers depuis « Portrait du joueur » (1984), on se rend compte que, par leurs schémas narratifs plus ou moins répétitifs ( ascension, initiation, ou libération du narrateur jusqu’au bonheur, associé chez Sollers à une forme d’ataraxie : le but du héros ?

Accéder à la lumière, et à une certaine forme de paradis ») ; ces romans parlent d’eux-mêmes et se regardent, s’exhibent et dévoilent leurs mécanismes de construction. Ainsi, la place du rêve contribue à créer un motif récurrent. » Clara Ness / « Du rêve dans les romans de Philippe Sollers ».

Annick GEILLE, Atlantico


[1« Elle est retrouvée. Quoi ? – L’Éternité. C’est la mer allée / Avec le soleil » (L’Éternité, mai 1872),Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, Édition d’Antoine Adam, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1972.

[2« Ceux qui disent que le Seigneur est mort d’abord puis qu’il est ressuscité sont dans l’erreur, car il est ressuscité d’abord, puis il est mort. Si quelqu’un n’obtient pas d’abord la résurrection, ne doit-il pas mourir ? Par le Dieu vivant, celui-là ne doit pas mourir » (Évangile selon Philippe, Écrits gnostiques, La bibliothèque de Nag Hammadi, Edition publiée sous la direction de Jean-Pierre Mahé et de Paul-Hubert Poirier, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 2007).

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