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« anéantir » : la bombe littéraire du dernier Houellebecq

Une bombe à fragmentation

D 4 janvier 2022     A par Viktor Kirtov - C 7 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Le 7 janvier, est publié le dernier Houellebecq au titre court « anéantir » (sans majuscule, selon la volonté de l’auteur), lancé avec un plan de com digne des produits de haute technicité. Cf. les annonces d’un nouvel Apple. Même culture du mystère jusqu’à l’événement : ici l’envoi à la presse avec un embargo qui demandait aux journalistes de ne rien divulguer de son contenu avant le 30 décembre 2021.
Même volonté de créer par ce manque, un désir plus grand de découvrir le produit, de le rendre plus désirable.
Le résultat est un tir groupé de tous les artilleurs de la presse réunie, autour du 30 décembre. Une déflagration en forme de bombe médiatique à fragmentation tant chaque média entend toucher son public et suppléer aux feux d’artifice de nouvel an supprimés ci et là.

PARTIE 1. Avant propos

La bombe Houellebecq est lancée. Avec un titre pareil, qui pourrait rappeler des moments calamiteux de l’Histoire comme Hiroshima à moins que ce ne soit un titre d’anticipation : la fin de l’humain dans un grand chaos climatique ou pandémique ? Tout est possible chez le grand nihiliste qu’est Houellebecq. Mais je vous le dis, sans plus attendre, non Houellebecq ne va pas nous parler de Covid dans toutes ses dérives qui saturent l’espace médiatique – nous n’en pouvons plus – le mot même ne figure pas une seule fois dans son livre. Mais alors de quoi nous parle ce livre ? De mort et d’amour !


ZOOM : cliquer l’image

Un Houellebecq un peu moins sombre que d’habitude, qui laisse même poindre une petite lueur d’espérance dans la forêt obscure de notre voyage sur terre. Même si au bout du voyage ce n’est pas lpour autant le Paradis de Dante avec « l’amour qui meut le soleil et les autres étoiles ».
Non, c’est un voyage houellebecquien qui commence comme un thriller : des vidéos postées sur les réseaux sociaux où il est question, entre autres, de la décapitation du ministre de l’Économie. Plus tard, il y aura des attentats, des vrais, dans toute l’Europe. Cette trame sert à maintenir un suspense, mais là n’est pas l’essentiel, même si elle participe de l’analyse au scalpel du monde dans lequel nous vivons et dont chaque livre de Houellebecq, depuis ses débuts, s’attache à mettre le scalpel dans une nouvelle plaie. Houellebecq excelle dans cette chirurgie qu’il pratique sans se départir d’ironie et aussi de rire. Avec aussi une bonne dose de sexe, toujours très présent chez Houellebecq, même de façon incongrue dans les moments où cette préoccupation n’est pas la norme. De bites, de pipes, de string propre à faire bander même un malade en phase terminale.

Ainsi, nous cheminons dans ce voyage, au gré des fantasmes de l’auteur. Et chez cet athée qui devient de plus en plus agnostique sont même campés des personnages qui croient en la prière, en la réincarnation bouddhiste. Ainsi, le spirituel pointe aussi son esprit.

Et des digressions vont permettre à l’auteur où à son narrateur de nous donner son point de vue éclairé – car Houellebecq se documente beaucoup – ce livre se fait ainsi enquête, reportage et nous communique un savoir puisé aux meilleures sources. Elles sont d’ailleurs précisées en fin de livre dans la liste des remerciements.
D’habitude, c’est souvent en exergue qu’un auteur fait référence, à un illustre auteur de la Bibliothèque universelle pour indiquer une direction de lecture, une source inspirante pour l’auteur, là, pas d’exergue, c’est dans les remerciements qu’il faut rechercher les références. Et elles viennent du monde médical, de professeurs de médecine… C’est aussi une clé de lecture, pour ce livre.

Michel Houellebecq à la Sorbonne le 2 décembre 2021


Michel Houellebecq répond aux questions de l’universitaire Agathe Novak-Lechevalier lors d’une conférence publique intitulée « Le livre ou la vie », à la Sorbonne, le 2 décembre 2021.

Séance d’ouverture du séminaire sur Michel Houellebecq.
Agathe Novak-Lechevalier qui mène l’entretien est Maître de conférences à l’université Paris-Nanterre et spécialiste de l’œuvre de l’écrivain.

Le séminaire Houellebecq a pour ambition d’offrir aux chercheurs, littéraires, philosophes, historiens, spécialistes en sciences politiques, historiens de l’art, architectes, économistes, juristes, scientifiques... un moyen de se rencontrer et de faire connaitre leurs réflexions et leurs travaux..

Agathe Novak-Lechevalier est l’auteure d’un essai remarqué  :"Houellebecq, l’art de la consolation", ICI.

« Michel Houellebecq : “Moi, moche et méchant ?” » (in Complément d’enquête)

L’objet livre


le livre sur amazon.fr

• Relié ‏ : ‎ 736 pages
• Dimensions ‏ : ‎ 15.4 x 4.4 x 20.8 cm
• Poids de l’article ‏ : ‎ 840 g

Ce nouveau roman sortira dans une édition reliée, à la couverture cartonnée, avec une tranchefile et un signet de couleur.

Pour Michel Houellebecq, "l’objet est la base de la relation" avec son lecteur, alors l’auteur d’"Anéantir" a tenu à choisir tous les détails matériels de son livre.

“Le livre, c’est un de mes objets préférés dans la vie”. Alors pour la sortie de son nouveau roman « anéantir », Michel Houellebecq n’a pas travaillé que sur l’histoire et le fond.L’auteurde 65 ans a passé du temps à peaufiner la forme de son ouvrage, une édition de luxe ”à l’allemande” avec une pointe de rock.

La couverture est en carton martelé, le dos est relié pour que le livre reste ouvert sans qu’on ait à le “casser” et il est pourvu d’un signet rouge en guise de marque-page.anéantir n’est pas une édition comme une autre, mais le fruit d’une longue réflexion de Michel Houellebecqsur l’objet qu’il voulait. “J’ai passé beaucoup plus de temps dans ma vie à lire qu’à écrire. J’ai une certaine vision de ce que j’aime comme livre, de ce que je trouve agréable comme objet”, confiait l’écrivain lors d’une rare conférence dans l’amphithéâtre Richelieu à la Sorbonne le jeudi 2 décembre.

Caprice ou amour du livre ?

“Quand il nous a fait part de son souhait, nous nous sommes demandé avec Teresa Cremisi [son éditrice, ndlr] s’il nous faisait un caprice.Mais sa demande est argumentée. Il se désole de l’état dans lequel les premières éditions de ses romans ont évolué au fil des années. Michel Houellebecq souhaite que ses livres résistent au passage du temps”, raconte son agent François Samuelson à Livres Hebdo.

Alors avec son éditeur Flammarion, Michel Houellebecq a passé “un certain temps” à faire des essais pour perfectionner “son objet préféré”.

Le format est “plus carré” et le rapport entre la hauteur et la largeur correspond au “nombre d’or ; 1,6″. La taille de la surface imprimée, la typographie, l’interlignage, tout a été revu pour correspondre aux desiderata de l’auteur de Sérotonine. Jusqu’au grammage du papier, spécifique pour ne pas jaunir au fil des années. “Un pari fou”, souffle une source en interne à l’hebdomadaire spécialisé.

“Michel Houellebecq a créé sa propre Pléiade”

Et les 300.000 exemplaires de l’ouvrage à paraître le 7 janvier prochain ne sont pas les seuls à avoir été imprimés - en Italie - dans cette édition de luxe.Ses premiers textes,Extension du domaine de la lutte, les Particules élémentairesetPlateformeont également été réédités [ avec ces mêmes spécifications] à l’automne. “Michel Houellebecq a ainsi créé sa propre Pléiade”, commenteLibération. Mais l’auteur préfère ne pas y voir une “classicisation” : “C’est comme ça que tous les livres devraient être.”

Quant au blanc et rouge de la couverture, c’est une référence rock qui a inspiré Michel Houellebecq. Lors d’une réunion avec des représentants de Flammarion, le prix Goncourt 2010 a sorti de son sac de courses Monoprix l’opusWhite Albumdes Beatles. Le célèbre “album blanc”, à la pochette entièrement blanche à l’extérieur, a marqué la carrière du groupe et d’industrie du disque à sa sortie en 1968.

Et ces considérations apparaissent d’ailleurs aussi au fil des 736 pages d’« anéantir ». Michel Houellebecq décrit ainsi cette scène de lecture :

« Lorsqu’il avait terminé une page, il la regardait et clignait des yeux ; elle tournait alors la page pour passer à la suivante. Avec les Pléiade ça allait, mais avec les livres normaux c’était plus difficile, il fallait casser le dos pour que les pages tiennent en place. »

Voilà pour la forme !

Louise Wessbecher, 30/12/2021
Le HuffPost

Les personnages

PAUL RAISON ET SA FEMME PRUDENCE

Le personnage principal, Paul Raison, énarque, inspecteur des finances, et conseiller d’un ministre de l’Economie et des Finances chaleureux, disponible et bourreau de travail, a une facture houellebecquienne. A près de cinquante ans, l’homme est un solitaire, sans grand élan, désabusé, au mariage malheureux : il vit dans un splendide appartement qui donne sur le parc de Bercy, rue Lheureux, avec Prudence, au même CV de haute fonctionnaire sans défauts, devenue végane et adepte de la wicca. [1]. Mais ils ne couchent plus ensemble depuis dix ans, et concentrent à eux deux une bonne dose de frustration sexuelle et affective.« La coïncidence n’était pas fortuite, une amélioration des conditions de vie va souvent de pair avec une détérioration des raisons de vivre, et en particulier de vivre ensemble. »Le sexe – souvenirs, désirs, positions, consolation – comme souvent chez Houellebecq, traverse tout le livre. Les rêves aussi, qui sont pour Paul des échappées d’une réalité incolore. Ils reviennent de manière récurrente en parenthèses de deux à trois pages dans le texte. Car Paul rêve vraiment beaucoup, une manière de s’absenter du monde comparable à la lecture qu’il va pratiquer assidûment à un moment crucial avec du Arthur Conan Doyle, instrument de résistance pour anesthésier le présent.« Etait-il responsable de ce monde ? Dans une certaine mesure oui, il appartenait à l’appareil d’Etat, pourtant il n’aimait pas ce monde. » [2]

*
QUAND BRUNO LE MAIRE INSPIRE UN PERSONNAGE A MICHEL HOUELEBECQ
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Bruno Le Maire, Ministre de l’Economiie et des Finances comme son personnage Bruno Juge

Dans la petite comédie humaine de Michel Houellebecq (qui place Balzac au-dessus de tous) manquait la figure d’un ministre. C’est chose faite avec son dernier roman, Bruno Le Maire sert de modèle à l’un des principaux protagonistes d’anéantir, Bruno Juge, le patron et ami du personnage principal et narrateur du roman, à savoir Paul Raison.

Bruno Le Maire, qui s’adonne aussi à l’écriture de romans et essais ne cache pas sa fierté d’avoir inspiré Houellebecq qui le campe en présidentiable sincère et surdoué dans son dernier roman, « anéantir ». (Le roman se déroule en 2027, à la fin du deuxième mandat d’Emmanuel Macron, même si celui-ci n’est pas nommé.)

Les deux hommes se sont connus en2006. « Toujours s’occuper des écrivains », telle est la devise de Bruno Le Maire, qui dirige le cabinet de Dominique de Villepin quand Michel Houellebecq a besoin d’un coup de main. « Une histoire de douanes et de chien », croit se souvenir le ministre, qui résout le problème et reçoit ensuite l’homme de lettres à Matignon. Il est à nouveau question du chien de Michel Houellebecq en2011. Le welsh corgi du romancier, Clément, est mort en Irlande (pour Houellebecq, un chagrin inextinguible), et il faudra cette fois rapatrier la dépouille au cimetière animalier d’Asnières, dans les Hauts-de-Seine. Le ministre a compris que chez Houellebecq l’amour animal est le contrepoint à la déshumanisation de la société et à la catastrophe amoureuse, deux hantises obsessionnelles.

Depuis, ils s’échangent des mails et se croisent volontiers, dans les appartements privés du ministre où Michel Houellebecq vient souper,

[…]

« Ce qui est touchant pour moi, confie Le Maire, et je le vis comme un vrai signe d’amitié, c’est que je retrouve dans « anéantir » les traces de discussions de plusieurs années avec lui. » Discussions littéraires sur le romantisme allemand, l’écrivain Theodor Fontane, ou encore Rilke (auquel Houellebecq adresse plusieurs clins d’œil discrets dès les premières pages du roman, estime le ministre). Discussions économiques, aussi.

Ariane Chemin,
Le Monde, 30/12/2021

Dans la vraie vie, l’écrivain et le ministre des Finances entretiennent une correspondance suivie depuis une quinzaine d’années (cf. encart ci-contre). Et leurs échanges ont bien nourri les propos du personnage de Bruno Juge, dans le roman, ce que confirme le vrai patron de Bercy.

Si Bruno Juge, n’est pas Bruno Le Maire, il lui emprunte bien des propos et des traits, même si ce dernier est normalien, et n’avait pas vraiment fréquenté l’industrie avant de devenir ministre fes Finances alors que le Bruno Juge du roman est présenté comme un « polytechnicien pur qui avait fait toute sa carrière dans l’industrie (…) d’abord à la tête de Dassault Aviation, puis d’Orano, enfin d’Arianespace ». Qu’importe aussi que Bruno Juge ait rompu avec sa femme après vingt-cinq ans de mariage ou qu’une étrange vidéo pirate mime sa décapitation virtuelle, puisque ce double de Le Maire estd’abord « un type bien », austère, bosseur, « surdoué », pédagogue, jamais « cynique » (contrairement au « Président »), capable de réciter des vers de Musset dans le texte et en pleine nuit. Et présidentiable. Bruno Juge est un héros romantique qui croit encore à l’action et place ses ambitions (ressusciter le dynamisme des « trente glorieuses ») derrière l’intérêt général. « Enfin un portrait positif d’un homme politique », confie le vrai patron de Bercy dans son bureau à Ariane Chemin qui le rapporte dans Le Monde du 30/12/2021.

Vertigineuse mise en abyme dont Bruno Le Maire s’étourdit presque, tant il est convaincu que le Prix Goncourt n’a pas bâti ce « jeu de miroirs » par hasard. « Vraiment, c’est quelque chose de très troublant de devenir le personnage d’un auteur qui marquera le XXIesiècle littéraire comme Proust et Céline en leur temps, confie-t-il.Bruno Juge n’est pas lui, Bruno est un autre, « un personnage en soi, qui appartient à la littérature et surtout à Michel Houellebecq ». A travers la baie vitrée du 6e étage de Bercy, une lumière jaune auréole les piles du pont d’Austerlitz, exactement comme dans le roman.

D’après Ariane Chemin, Le Monde du 30/12/2021 et Anne de Guigné, Le Figaro du 29/12/2021

*
LES AUTRES PERSONNAGES

Édouard Raison, le père de Paul avec Madeleine

Veuf, ancien agent des Services secrets (la DGSI), est en couple avec Madeleine, une femme d’un milieu plus modeste, dont l’amour inconditionnel accompagne sa vie d’infirme depuis son accident vasculaire.

Aurélien, le jeune frère de Paul

Il découvre l’amour avec l’infirmière d’origine malienne chargée de s’occuper de leur père, après avoir connu l’enfer conjugal avec sa femme, une journaliste psychopathe

Cécile, sa sœur aînée et Hervé

Mariée depuis de longues années avec Hervé, un notaire au chômage proche des milieux catholiques d’extrême droite, et qu’elle appelle "Mamour".

Et quelques autres, ainsi Fred le geek

« […] une Aston Martin DB11 pénétra dans le parking visiteurs ; Fred [contractuel à la DGSI) était arrivé, donc. C’était un trait étrange, chez un geek comme Fred, qui aurait logiquement dû acheter une Tesla, cette fidélité aux charmes désuets du moteur à explosion – il restait parfois des minutes entières à rêvasser en se berçant du ronronnement de son V12. »

*

Les thèmes

La vie, la mort

La mort est suggérée dès la première phrase du livre dui donne sa tonalité au roman. Sollers, éditeur, a coutume de dire que dès les premières phrases il peut dire si le texte révèle ou non un écrivain. Important, donc, la première phrase. La voici :

Certains lundis de la toute fin novembre, ou du début de décembre, surtout lorsqu’on est célibataire, on a la sensation d’être dans le couloir de la mort. Les vacances d’été sont depuis longtemps oubliées, la nouvelle année est encore loin ; la proximité du néant est inhabituelle.

Les mots « mort » et « néant » sont bien là, mais ce ne sont encore que des sensations.

L’auteur ne va pas développer immédiatement ce thème qui laisse tout de suite la place à un cyber-thriller

Le livre débute comme un cyber-thriller

Nous sommes en 2027, année présidentielle, et le monde est confronté à des attentats étranges, des pseudo-attentats -des fake news - dans un premier temps, des vidéos diffusées sur le net. Sur l’une d’elles, par exemple, on assiste à la décapitation – avec une guillotine – du ministre français des Finances, Bruno Juge. Ce dernier est bien vivant, la vidéo a été filmée avec des effets spéciaux impressionnants. Les geeks de la DGSI sont à l’œuvre pour décrypter ces messages, et Houellebecq qui a débuté sa carrière dans la programmation informatique est à l’aise dans des explications techniques pointues bien informées. On pourrait se croire dans un épisode de la série « Le Bureau des Légendes », lorsque des Geeks de la DGSI sont en action. Même réalisme bluffant, même univers déroutant, même suspens.

La vie, la mort et l’amour qui arrive à ressurgir là où on ne l’attendait plus,

« Un chemin aussi long, aussi ardu, il était en effet préférable de le parcourir à deux. […]
« Nous n’étions pas tellement faits pour vivre, n’est-ce pas ? » C’était une pensée triste, et il la [Prudence] sentait prête à pleurer. Peut-être qu’en définitive le monde était dans le vrai, se dit Paul, peut-être qu’ils n’avaient aucune place dans une réalité qu’ils n’avaient fait que traverser avec une incompréhension effrayée. Mais ils avaient eu de la chance, beaucoup de chance. Pour la plupart des gens la traversée était, du début à la fin, solitaire. »

lit-on à la fin d livre.

La sexualité , Le corps objet de douleur et de plaisir ; la sexualité, ce moteur du vivant que Houellebecq ne manque jamais d’alimenter par ses remarques en coin, qui jaillissent ça et là. au fil de son récit. Crues, explicites, pertinentes ou incongrues dans le contexte sombre du moment, sans filtre. .

La place pour une forme de spiritualité, même en forme de pensée magique, et capable de maintenir, même vascillante, une petite lueur d&#8217 ;espérance (J’aime la définition de l’espérance qu’en fait François Deniau alors qu’atteint d’un cancer sévère en phase avancée, traversait l’océan à la voile, seul à bord, contre l’avis de ses médexins : « Ll’espérance, c’est ce qui reste quand il n’y a plus d’espoir », disait-il, mais ceci n’est pas cité dans le livre de Houellebecq).

Un grand roman sur les questions de santé, de médecine et de fin de vie

Faut-il lire anéantir ? Oui, parce que c’est un livre qui happe, à l’écriture agréable à lire, sur deux thèmes qui nous concernent de près : l’amour et la mort, sans oublier une foule de digressions, loin d’être anecdotiques, sur des sujets aussi divers que (entre autres) Dieu, l’euthanasie, l’immigration, l’urbanisme et les huiles essentielles.

En sortirez-vous plombé ? Non. Parce que, même quand il est le plus sombre, Houellebecq le cynique n’en oublie jamais d’être drôle.

D’après Isabelle Raepsaet, La Voix du Nord, 31/12/2021

Extrait (sur la sexualité)

Même si la sexualité ne représente qu’une des facettes abordées dans ce livre, nous vous livrons quelques citations représentatives, pensons-nous, non seulement de l’analyse sociétale qu’en fait Houellebecq dans ses digressions, mais aussi de son écriture.

A propos de Paul Raison et Prudence, sa femme, voici le commentaire du sexologue Houellebecq :

« Leur entente sexuelle avait tout de suite été bonne, rarement cependant, mais la plupart des couples n’en demandent pas tant, le maintien d’une activité sexuelle quelconque dans un couple constitué est déjà un vrai succès, c’est l’exception bien davantage que la règle extatique, la plupart des personnes bien informées (journalistes des magazines féminins de référence, auteurs de romans réalistes) en témoignent, et ceci ne concernait pas que les personnes relativement âgées, comme l’étaient Paul et Prudence, qui approchaient doucement de la cinquantaine, pour les plus jeunes de leurs contemporains l’idée en soi d’une relation sexuelle entre deux individus autonomes, ne dût-elle se prolonger que quelques minutes, n’apparaissait plus que comme un fantasme daté, et pour tout dire regrettable. »

« Prudence n’était pas une femme pour le sexe, c’est au moins ce dont Paul essayait de se persuader, sans réel succès parce qu’il savait bien, au fond, que Prudence était faite pour le sexe au même titre, et peut-être davantage, que la plupart des femmes, que son être profond aurait toujours besoin du sexe, et dans son cas il s’agissait du sexe hétérosexuel, et même, s’il fallait être tout à fait précis, de la pénétration par une bite. »

« Prudence avait été, pour le sexe comme pour l’alimentation végane, une sorte de précurseur ; les asexuels se multipliaient, tous les sondages en témoignaient, mois après mois le pourcentage des asexuels dans la population semblait connaître une augmentation non pas constante mais accélérée »

Et un peu plus loin, ce contrepoint :

« Au contraire de Prudence et de la plupart de ses contemporains, Évangéline avait parfaitement assumé, assumait peut-être encore d’être une authentique chaudasse, ce qui ne pouvait naturellement convenir à un homme comme Bruno, épris avant tout d’un foyer chaleureux et douillet, apte à le distraire des luttes de pouvoir nécessairement inhérentes au jeu politique. »

Baiser ou « faire l’amour »

Bruno [ se laissant aller à la confidence avec Paul, son collaborateur, conseiller et ami…] bredouilla, d’une voix contrainte : « Ça fait six mois qu’on n’a pas fait l’amour… » Il avait dit fait l’amour, nota Paul aussitôt, et le choix de cette expression à connotation sentimentale, plutôt que le terme baiser (qu’il aurait probablement lui-même employé) ou celui de vie sexuelle (qui aurait été le choix de beaucoup de gens soucieux de diminuer l’impact affectif de leur révélation par l’emploi d’un terme neutre) en disait déjà énormément.
[…] De justesse il s’était retenu de rétorquer, avec brutalité et cynisme : « Six mois ? Mais moi ça fait dix ans, mon gars !… »
C’était pourtant vrai, depuis dix ans il n’avait pas baisé, encore moins fait l’amour avec Prudence, ni avec qui que ce soit d’ailleurs. Mais la notation aurait été, à ce stade de leurs relations, malvenue, il le comprit juste à temps »

A l’hôpital, alors que sa sœur prie pour que son père sorte du coma, Paul laisse son esprit voyager, ce qui nous donne cette nouvelle digression houellebecquienne cocasso-sexuelle inattendue :

« […] elle pensait que ses prières seraient plus efficaces si elle les récitait au chevet du malade ; de fait la pensée magique, ou la pensée religieuse s’il y avait une différence, avait sa logique propre. Paul se souvint soudain du Bardo Thödol, qu’il avait lu dans sa jeunesse sous l’influence d’une petite amie bouddhiste qui savait contracter sa chatte, c’était la première fois qu’une fille lui faisait ça, dans sa religion chatte se disait yoni, il trouvait ça mignon ; en plus son yoni avait un goût sucré, inhabituel. »

La vie, la mort le sexe… la sainte Trinité houellebequienne dans l’ordre ou dans le désordre !


PARTIE 2. Que trouve-t-on dans le nouveau roman de Houellebecq ?

par Christine Bini
La Règle du Jeu

31 décembre 2021

Le 7 janvier paraîtra le huitième roman de l’écrivain. Politique, vie et mort : les thèmes du livre oraculaire de notre « écrivain mondial ».

Le roman commence fin 2026. 2027 est une année présidentielle, le président ne peut pas se représenter, il est au pouvoir depuis deux mandats. Il aura occupé la magistrature suprême – Houellebecq emploie souvent cette expression – entre deux dates, 2017 et 2027, qui sont des nombres premiers. Dans les sphères ministérielles et administratives où se déroule une partie du roman, on trouve des Normaliens, ou des Enarques, pour penser ainsi, sur un mode en limite de pensée magique.

Nous sommes en 2027, et le monde est confronté à des attentats étranges, des pseudo-attentats dans un premier temps, des vidéos diffusées sur le net. Sur l’une d’elles, par exemple, on assiste à la décapitation – avec une guillotine – du ministre français des Finances, Bruno Juge. Ce dernier est bien vivant, la vidéo a été filmée avec des effets spéciaux impressionnants. Il y aura une gradation dans ces attentats, d’abord bidons, puis réels sans faire de victimes, puis cinq cents morts d’un coup. Toutes les polices du monde sont perplexes : il est impossible de comprendre les revendications des terroristes, ni leurs motivations, qui semblent contradictoires et peuvent être attribuées tout autant à l’extrême droite qu’à des écologistes radicaux, voire à d’autres groupes.

Voilà pour l’arrière-plan. Le roman est centré sur le personnage de Paul Raison, et sur sa famille. Paul est le plus proche collaborateur du ministre Bruno Juge, il fait office de chef de cabinet sans en avoir le titre. Lorsque le père de Paul Raison, Edouard, fait un AVC, toute la famille Raison se retrouve dans la maison de Villié-Morgon : la sœur de Paul, Cécile, et son époux Hervé ; le plus jeune frère, Aurélien, mariée à une peste parfaite, qui contraste avec les autres personnages féminins. Dansi Arnéant, la part belle est faite à la bonté des femmes.

Le roman est de facture tout à fait classique, il est divisé en sept sections, qui forment trois mouvements : l’AVC du père, les conjectures sur les attentats politiques et la campagne électorale, la maladie de Paul. On pourrait dire : Houellebecq nous livre la trajectoire des derniers mois d’un quinquagénaire qui s’interroge sur la vie, la mort, l’amour, qui cite Pascal et Epicure, qui s’attendrit devant les posters de sa chambre d’ado – on trouve sur les murs, au-dessus du lit étroit, un poster de Kurt Cobain et une affiche de Matrix. On pourrait dire ça, et ce ne serait pas faux.

On en a l’habitude, Houellebecq nous surprend en évoquant, en passant, des figures marginales et parfois parfaitement oubliées de l’histoire littéraire ou politique. Ainsi, une des nièces de Paul Raison travaille-t-elle à la Sorbonne sur Elémir Bourges et Hugues Rebell. Ainsi évoque-t-on Theodore Kaczynski et, au détour d’un paragraphe, Maximine Portaz. Laissons le soin au lecteur de découvrir qui ils sont. Disons que nous nous attendons à être surpris, et un peu bousculés dans nos références culturelles. Mais là où Anéantir nous surprend le plus, c’est dans le déroulé de l’histoire. Le monde ne court pas à sa perte, tout au moins la France suit-elle une pente logique, stable dans le changement : le candidat à la présidentielle est une star de la TV, un certain Benjamin Sarfati ç’aurait pu être Hanouna si Houellebecq n’éliminait pas Baba d’un trait de plume ou de clavier. Enfin, c’est l’idée : faire élire un bateleur qui ne demande qu’à jouir sous les ors de le République, modifier la constitution pour éliminer le premier ministre, et instaurer un vrai régime présidentiel. Le ministre des Finances, Bruno Juge, l’ami de Paul Raison, deviendrait alors le vrai maître de la politique, sans être président. C’est ça, la post-démocratie : un président, quelques ministres mais pas trop, une assemblée nationale réduite, un sénat conservé. La France, donc, ne court pas à sa perte, dans le roman. Elle est au contraire redevenue une puissance économique de premier plan, grâce à Bruno Juge. Ce Bruno Juge est un personnage parfaitement travaillé, dans lequel on entrevoit Bruno Lemaire. Un solitaire, qui hante Bercy de nuit comme de jour, qui ne se nourrit que de pizzas et Caprice des Dieux. Un type concentré sur ses dossiers, brillant, apparemment terne. Il se révèlera bon tribun durant la campagne. Il incarne l’homme politique intègre, et il découvre l’amour.
Il y a, dans Anéantir, une lenteur presque lénifiante, alors que ce qui se joue est rapide et brutal : la maladie, les attentats, la campagne électorale, et même l’exfiltration du père de Paul Raison, enfermé dans un EHPAD. La majeure partie de la narration met en scène Paul Raison et sa famille, et le lieu des réunions familiales est la maison du Haut-Beaujolais, dont Houellebecq nous offre le dessin méticuleux. « Il y avait trois maisons, de taille inégale, […] une étable et une vaste grange. » Sur le dessin, les bâtiments forment un ensemble fermé, à cinq côtés, qui correspond peu ou prou au pentagone que les terroristes – ceux qui diffusent les vidéos sur internet – utilisent (ils y ajoutent aussi des cercles, pour faire bonne mesure et bonne figure). Le père de Paul Raison, ancien de la DGSI, s’est interrogé, avant son AVC, sur ces actes terroristes, et il n’a laissé qu’un mince dossier dans lequel on trouve la signature des terroristes, une page de code, et une gravure de Baphomet. Un jeune type mal fagoté mais affuté autant sur les lignes de code que sur les références diaboliques explique, avec sérieux, qu’à partir d’un pentagone on peut tracer un pentacle, que la signification de ce pentacle dépend de son orientation, etc. D’ailleurs, il n’y a qu’à tracer des points sur une carte – d’état major ? – et, voyez-vous, tout s’explique, ou du moins tout tend à prouver qu’il y a dans les attentats une certaine forme de logique et de signification. Anéantir n’est pas un roman à rebondissements. Anéantir n’est pas non plus un roman à compartiments. Ni même, sans doute, un roman symbolique. Houellebecq répartit simplement son propos sur le plan de la famille et sur celui de la politique. C’est la même chose. On ne comprend pas les motivations des terroristes, Paul Raison comprend à peine ce qui lui arrive et ce qui arrive aux siens. Son père est désormais muet, lui-même a mal aux dents (et ça va s’aggraver…), les mots ne passent pas, les lettres tracées autour des pentagones et des cercles de la signature des terroristes sont indéchiffrables. Une vie parallèle se développe dans les rêves, qui nous sont contés comme faisant partie intégrante de l’histoire. Ces rêves-là, parfois très réalistes, sont eux aussi indéchiffrables.

Anéantir, sous sa couverture cartonnée aux dimensions relevant du nombre d’or, au titre et aux noms propres sans majuscules, renferme une mélancolie romantique sans sursaut. Il n’y est en rien question de maintenant ou de maintenant + 1, d’ailleurs il n’y est même question de la crise sanitaire qui a secoué le premier mandat du président. Anéantir n’est pas un « moment » ou un « constat », c’est un livre entièrement centré sur lui-même qui ne regarde que la condition humaine, pratiquement hors contexte. En cela Michel Houellebecq, en amenant son personnage Paul Raison au seuil de la mort, semble-t-il nous offrir un roman apaisé. Pour reprendre la dernière phrase de Yourcenar dans L’œuvre au noir, on pourrait dire « et c’est aussi loin que l’on peut aller dans la fin de Paul Raison ».


Michel Houellebecq, Anéantir, éd. Flammarion, 7 janvier 2022, 736 p.

Houellebecq : entretien exclusif accordé à Jean Birnbaum du Monde des livres autour de son livre Anéantir

Houellebecq avait annoncé qu’il n’accorderait pas d’entretien (ou presque) à l’occasion de la sortie de son nouveau livre Anéantir. Il a fait une exception avec Jean Birnbaum du Monde qui publie un entretien exclusif, à lire absolument :

1. Non seulement par ce que c’est le seul entretien de Houellebecq autour d’ou.

2. Mais parce c’est la seule critique du livre qui se double d’un commentaire de l’auteur

3. Et surtout parce que c’est la critique la plus fine et la mieux documentée que j’ai eu à lire (surtout la partie 2).

Bravo à Jean Birnbaum pour ce témoignage empathique, intimiste et de grande qualité, recueilli dans le studio parisien de l’auteur, là où il a écrit son livre.

Entretien publié en deux parties :

Partie 1. Michel Houellebecq : « C’est avec les bons sentiments qu’on fait de la bonne littérature »l

ou archive (pdf)

Partie 2. Michel Houellebecq : « La mort, je m’en fous »

ou archive (pdf)

Jean Birnbaum du Monde des Livres, invité sur le plateau de « C à vous » commente son interview

Invités sur le plateau de « C à vous », le vendredi 7 janvier 2922 :

Jérôme Fourquet, "officiellement" directeur du département Opinion à l’IFOP, mais "officieusement", inspirateur de certaines analyses reprises par Michel Houellebecq, selon le journal L’Opinion,

et aussi Jean Birnbaum du Monde des livres, seul journaliste pour lequel Houellebecq a accepté une interview à l’occasion de la sortie de son livre « anéantir ». Une interview en profondeur de cinq heures : trois dans le studio parisien spartiate où l’écrivain a écrit son livre, et deux dans un café voisin. Ce qui fait de Jean Birnbaum, un témoin privilégié de l’état d’esprit de Houellebecq et du commentaire qu’il porte sur son propre livre et notre société.

La critique du Masque et la Plume

Autour du dernier Houelllebecq « anéantir » :

avec : Jérôme Garcin (Le Masque et la Plume)

Olivia de Lamberterie (Elle)

Elisabeth Philippe (L’Obs)

Arnaud Viviant (Transfuge)

Nelly Kaplan (Les Inrocks)


[1La Wicca ou wiccanisme estun mouvement religieux fondé sur l’« ancienne religion païenne »et redéfinie par Gerald Gardner. La wicca comprend des éléments de croyances telles que le chamanisme, le druidisme et les mythologies gréco-romaine, slave, celtique et nordique. (Wikipedia)

[2Crédit : Frédérique Roussel
Libération, 30 décembre 2021

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7 Messages

  • Thelonious | 12 janvier 2022 - 10:08 1

    Je relis ces jours-ci l’Année du tigre de Sollers, son journal de l’année 1998. Houellebecq qui a déjà percé dans le paysage littéraire français (mais pas au point actuel) publie à cette époque Les particules élémentaires. Sollers lui termine Casanova l’admirable.
    Houellebecq apparaît à 16 reprises dans ce journal.
    On ne peut pas faire plus contadictoire que ces deux écrivains, déjà. Mais contrairement à ceux qui voudraient en faire des ennemis, Sollers défend Houellebecq.
    Exemples :
    Le 07 septembre : Quelqu’un qui dit presque exactement le contraire de ce que vous avez envie de dire, c’est rare (et précieux).
    Le 09 octobre : Le Monde publie de violents articles sur Houellebecq : L’ordure en littérature, etc, [...]Misère de ceux qui attaquent les livres qui dévoilent leur misère.
    Le soir, Bouillon de culture de Pivot, à Saint-Ouen (Casanova). Je défends Houellebecq, bien sûr.
    Le 29 octobre : Très bon article de Dominique Noguez dans le Monde pour défendre Houellebecq. Titre :"La rage de ne pas lire". A qui le dites-vous. Titre pour définir l’époque.
    Le 02 Novembre : On me demande, une fois de plus, ce que je pense de Michel Houellebecq, sous prétexte que "nos positions sont diamètralement opposées". Et alors ? Ou plutôt : justement. Casanova est une critique radicale de la misère que dévoile Les particules élémentaires.
    En plein hiver anéantir vient de sortir ; on attend au printemps (mars) Graal !


  • Viktor Kirtov | 8 janvier 2022 - 15:55 2

    Invités sur le plateau de « C à vous », le vendredi 7 janvier 2922 :

    Jérôme Fourquet, "officiellement" directeur du département Opinion à l’IFOP, mais "officieusement", inspirateur de certaines analyses reprises par Michel Houellebecq, selon le journal L’Opinion,

    et aussi Jean Birnbaum du Monde des livres, seul journaliste pour lequel Houellebecq a accepté une interview à l’occasion de la sortie de son livre « anéantir » Ce qui fait de Jean Birnbaum, un témoin privilégié de l’état d’esprit de Houellebecq et du commentaire qu’il porte sur son propre livre et notre société.

    -> LA VIDEO ICI


  • Albert Gauvin | 6 janvier 2022 - 16:45 3

    Iels ont beau mettre une majuscule au dernier roman de Houellebecq, Elisabeth Philippe et David Caviglioli, critiques littéraires de L’OBS, n’ont guère aimé :
    Avec « Anéantir », le roi Houellebecq est nu
    « Anéantir », le roman de Houellebecq, le plus politisé, le plus catholique et... le plus raté


  • Paul Langevin | 6 janvier 2022 - 08:16 4

    A trois mois des élections c’est plus un coup publicitaire pour les amis qu’une bombe littéraire.


  • Viktor Kirtov | 6 janvier 2022 - 01:56 5

    Ajout de l’entretien exclusif accordé par Houellebecq à Jean Birnbaum. du Monde, alors qu’il avait annoncé qu’il n’accorderait pas d’interview ( ou presque) à l’occasion de la sortie d’ Anéantir : La critique la plus fine, doublée du commentaire de l’auteur, et la mieux documentée que j’ai eu à lire
    A découvrir ICI


  • Viktor Kirtov | 4 janvier 2022 - 21:49 6

    Séance d’ouverture du séminaire sur Michel Houellebecq.
    Entretien mené par Agathe Novak-Lechevalier, Maître de conférences à l’université Paris-Nanterre et spécialiste de l’œuvre de l’écrivain.
    - Ajout de la vidéo ICI


  • Viktor Kirtov | 4 janvier 2022 - 14:53 7

    « On retrouve l’écriture de constat, fluide et nonchalante, de Michel Houellebecq. Une écriture qui dégage une musique mélancolique tout en déclenchant très souvent le rire. La construction du roman, comme un lent mouvement de caméra, nous fait circuler de la surface des choses, de l’enchaînement des événements, à l’intériorité des personnages, essentiellement celle de Paul.

    Ses rêves ponctuent le récit. On cherche d’abord à les décrypter, puis on finit par se laisser bercer par ces moments en suspens, par ces parenthèses apaisantes, qui arrivent souvent sans prévenir. Ces moments sont aussi précieux que les livres, qui apparaissent dans Anéantir comme des sauveurs, indispensables quand il faut absolument s’extraire d’un réel insupportable. "Tant qu’on a un livre, c’est bon, on est sauvé", estime l’écrivain.

    Michel Houellebecq a un sens de l’observation, un souci du détail, et une forme de rigueur, d’honnêteté dans l’écriture, sans fioritures, sans "frime", qui, au-delà de tout ce qu’il peut raconter, nous touche, et nous éclaire, en nous offrant comme il le dit lui-même, parlant de la fonction des livres,"une alternative au monde". »

    Laurence Houot
    France Télévisions Rédaction Culture, 30/12/2021