4 5

  Sur et autour de Sollers
vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE TIERS » Sur Flaubert. A quoi tient la postérité ?
  • > SUR DES OEUVRES DE TIERS
Sur Flaubert. A quoi tient la postérité ?

Documentaires "La fureur d’écrire" et "Sur les traces de Flaubert" et plus

D 6 décembre 2021     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’actualité de Gustave Flaubert

Deux cents ans après sa naissance, Flaubert est à la Une des kiosques avec des Hors-série qui lui sont dédiés et la télévision lui consacre, cette semaine, deux documentaires.

Débute lundi 6 décembre, sur France3, une série d’hommages sur FranceTV :

« Secrets d’histoire : Gustave Flaubert, la fureur d’écrire ! » avec une visite des lieux où il a vécu ou a séjourné, de Rouen à Paris ou Nohant et plus…

Mercredi 8 décembre, sur France5, un documentaire de « La Grande Librairie » part à son tour sur les traces de celui qui fut l’un des pères du roman moderne. :

Les docs de « La Grande Librairie » : « Sur les traces de Flaubert »

Ses œuvres sont en Pléiade et il demeure une référence tenace.

A quoi tient la postérité ?
Qui parmi les écrivains contemporains se verra encore honoré deux cents ans après sa naissance ?

Sollers quant à lui, s’est déjà positionné pour sa postérité : s’il figurait dans une encyclopédie de littérature générale publiée à Pékin vers 2050 avec la mention « Sollers (Philippe) : écrivain européen d’origine européenne qui très tôt s’est intéressé à la Chine », cela ferait bien son affaire a-t-il eu l’occasion de dire plusieurs fois… Mais on l’a vu aussi prendre l’habit de Voltaire dans le documentaire « Empreinte : Philippe Sollers - L’homme lumière. »
Sollers en Voltaire de son siècle
, il ne le dit pas mais on entend bien que cela ferait aussi son affaire. Il cultive l’ironie comme Voltaire, mais la postérité ne se décrète, ni ne se suggère.


Sollers-Voltaire
L’intégrale du documentaire ICI

Dans un documentaire récent sur Jean d’Ormesson, lui qui a été honoré par la Pléiade de son vivant disait que si dans trente ans on lisait encore ses œuvres, il s’estimerait comblé mais n’était pas sûr que ce serait le cas. Et de citer François Nourissier, décédé en 2010, dont on a déjà oublié jusqu’au nom, alors que de son vivant il bénéficiait d’une notoriété bien installée. Journaliste et écrivain, il collabore à de nombreux journaux, surtout comme critique dramatique ou littéraire (Nouvelles littéraires, Le Point, Elle, Vogue, Paris Match, Le Figaro magazine… Grand prix du roman de l’Académie française. puis prix Fémina, élu à l’académie Goncourt, il en devient secrétaire général puis président…

Gustave Flaubert quant à lui est toujours là.
Même s’il avait signé Madame Bovary(1856) – il avait alors trente-cinq ans - Salammbô (1862), L’Education sentimentale (1869, La Tentation de Saint-Antoine – 3ème version (1874).
Trois contes, dont Un cœur simple (1877)
Mort de Gustave Flaubert, à Croisset, le 8 mai 1880. Bouvard et Pécuchet, inachevé sera publié l’année suivante.

Pas une œuvre immense, quantitativement parlant, comparée à celle d’un Hugo ! Mais il est encore là, en 2021. Virtuose de la phrase, documentaliste du « rien » de l’existence, historien des mœurs de son temps : Flaubert, qu’on l’aime ou qu’on le rejette est devenu un repère dans l’histoire littéraire et lui qui refusait que ses livres soient illustrés ne cesse d’inspirer peintres et cinéastes.

Le jugement de ses contemporains


Gustave Flaubert (1821-1880), ici vers 1870
Portrait attribué à Nadar (1820-1910)

Le Ministère public l’avait accusé d’inciter au vice avec la publication de Madame Bovary, mais il fut acquitté et a quelques soutiens parmi ses contemporains.

Pour Zola, il est l’honneur de la France.

Edmond et Jules de Goncourt notent dans leur Journal du 4 mai 1862 : « Ces dimanches passés au boulevard du Temple, chez Flaubert, sauvent de l’ennui du dimanche. »

Maupassant voit en lui un homme blessé, Barbey d’Aurevily un esprit vulgaire.

L’enterrement de Gustave Flaubert

Dis moi comment tes contemporains ont célébré ton enterrement et peut-être pourra-t-on comprendre ta survie jusqu’à nous ?
Mais rien n’est moins sûr !

Lorsqu’il meurt subitement à Croisset, à 58 ans, le 8 mai 1880, d’une crise d’apoplexie ou d’épilepsie - les diagnostics divergent -, Flaubert se donnait un mois et demi pour terminer le dernier chapitre de son roman Bouvard et Pécuchet.

L’enterrement a lieu au cimetière de Rouen le 11 mai 1880, en présence de nombreux écrivains importants qui reconnaissent Flaubert comme l’un de leurs maîtres. Parmi eux, Émile Zola, Alphonse Daudet, Edmond de Goncourt, le poète Théodore de Banville et bien sûr Maupassant en qui le défunt voyait son « héritier littéraire ». Mais où sont les Rouennais ? Où sont ses lecteurs ? interroge Zola dans l’article qu’il consacre aux funérailles dans Le Figaro. « La vérité, conclut-il, doit être que Flaubert, la veille de sa mort, était inconnu des quatre cinquièmes de Rouen, et détesté de l’autre cinquième. Voilà la gloire. »

 [1]


La tombe de Gustave Faubert, dans le carré familial, au cimetière de Rouen


Plus sur l’article de Zola dans Le Figaro

(De Canteleu) il nous fallait gagner Rouen, traverser la ville et remonter au cimetière Monumental, en tout sept kilomètres environ [...] (En entrant dans la ville) nous pouvions être alors trois cents au plus. Je ne veux nommer personne, mais beaucoup manquaient que tous comptaient trouver là [...].

Encore s’explique-t-on que beaucoup aient hésité à venir de Paris [...]. Mais ce qui est inexplicable, ce qui est impardonnable, c’est que Rouen, Rouen tout entier n’ait pas suivi le corps d’un de ses enfants les plus illustres. On nous a répondu que les Rouennais, tous commerçants, se moquaient de la littérature. Cependant, il doit y avoir dans cette grande ville des professeurs, des avocats, des médecins (...), enfin des esprits cultivés qui avaient appris par les journaux la perte que venait de faire la littérature française. Eh bien ! personne n’a bougé ; on n’aurait peut être pas compté deux cents Rouennais dans le maigre cortège (...). Le long des quais puis le long de l’avenue que nous avons suivie, quelques groupes de bourgeois regardaient curieusement. Beaucoup ne savaient même pas quel était ce mort qui passait ; et, quand on leur nommait Flaubert, ils se rappelaient seulement le père et le frère du grand romancier, les deux médecins dont le nom est resté populaire dans la ville. La vérité doit être que Flaubert, la veille de sa mort, était inconnu des quatre cinquièmes de Rouen et détesté de l’autre cinquième. Voilà la gloire.

Le Purgatoire de Flaubert et sa redécouverte

Flaubert a connu un purgatoire de la fin du XIXè siècle au début du XXe. Le nouveau roman l’a redécouvert avec Nathalie Sarraute et Robe-Grillet. Sa postérité se poursuit aujourd’hui, il ne reste pas enfermé parmi les classiques.

L’Education sentimentale, était dans la ligne du nouveau roman, avant l’heure : c’est le premier roman sans intrigue. [2] Les deux romans précédents, Madame Bovary et Salammbô se terminent par la mort des héroïnes. Dans L’Education sentimentale, Frédéric et Mme Arnoux, eux, ne meurent pas. On a donc l’impression d’une sorte de platitude : leur vie ne se transforme pas en destin [3].

« Secrets d’histoire : Gustave Flaubert, la fureur d’écrire ! »

Sa stature de colosse n’en finit pas de s’imposer sur la littérature française.

Accéder à la célébrité et faire salle comble dès son premier roman, tous les écrivains en ont rêvé. Mais, pour Flaubert, la salle en question se situe au tribunal correctionnel de Paris où, le 29janvier 1857, l’écrivain de 34ans risque gros : il est jugé pour outrage à la morale publique, à la religion et aux bonnes mœurs. Son roman Madame Bovary– sous-titré Mœurs de province, justement–, publié du 1eroctobre au 15décembre dans la Revue de Paris, a défavorablement attiré l’attention des services de la Sûreté publique. Sans doute inspiré par un tragique fait divers (« l’affaire Delamare »), Flaubert y met en scène, sans la juger, une jeune bourgeoise normande qu’un milieu étriqué, un mariage triste, une maternité subie, l’ennui et le désespoir conduisent à prendre des amants, à faire des dettes et à se suicider. Mais dans la société conformiste et corsetée du Second Empire, on ne badine pas avec la morale, la bienséance, la famille, la place des femmes… Le procureur impérial Ernest Pinard n’est pas tout à fait un âne, il a bien compris le danger : le crime de Flaubert est à la hauteur de son immense talent ! L’écrivain est acquitté– mais avec un blâme–, et Pinard aura plus de succès quelques années plus tard en requérant contre Charles Baudelaire ou Eugène Sue, en attendant Madame Bovary, bénéficiant d’une providentielle publicité, est un immense succès.

Hélas ! les convictions m’étouffent. J’éclate de colères et d’indignations rentrées. Mais dans l’idéal que j’ai de l’Art, je crois qu’on ne doit rien montrer des siennes, et que l’Artiste ne doit pas plus apparaître dans son œuvre que Dieu dans la nature. L’homme n’est rien, l’œuvre tout !

Gustave Flaubert, lettre à George Sand, décembre 1875

Les tout premiers pas de Flaubert en littérature n’avaient pourtant pas été si tapageurs. En 1849, le fils du respectable docteur Achille Cléophas Flaubert, chirurgien en chef à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Rouen, a 28ans. Libéré d’assommantes études de droit pour cause de maladie nerveuse (sans doute l’épilepsie), il peut, grâce à la fortune familiale, se consacrer à l’écriture, il a achevé plusieurs nouvelles quelques récits, mais n’a rien publié. Une première version de sa Tentation de saint Antoine, écrite dans l’exaltation et lue quatre jours durant à ses amis Maxime Du Camp et Louis Bouilhet, lui vaut un verdict accablant : nul ! Bouilhet : « Nous pensons qu’il faut jeter cela au feu et n’en jamais reparler. » Hypersensible et romantique, lecteur de Cervantes, Rabelais, Sade, Chateaubriand, Nerval…, Flaubert est un enfant de son temps, il a l’emphase et le lyrisme faciles. Il va devoir désapprendre. Après un voyage d’un an et demi en Orient en compagnie de Du Camp, il s’enferme dans sa maison de Croisset, près de Rouen, sur les bords de la Seine, où il vit avec sa mère et sa nièce, « s’oursifie », s’astreint pendant cinq ans, 10 à 14 heures par jour, à une vie de forçat asocial, de bûcheron impitoyable des mots– « Je persécute les métaphores et bannis à outrance les analyses morales »– à la recherche de la phrase parfaite dont l’auteur se retire peu à peu au point de la rendre impersonnelle. Un travail de distillation : 4500pages de brouillons donneront 450pages de manuscrit de Madame Bovary.

Le style avant tout le reste. Et Flaubert lui aura sacrifié beaucoup : les passions, l’amour (sa grande relation orageuse avec la poétesse Louise Colet se terminera en eau de boudin), la santé, la vie…, au point de devenir pour des générations d’écrivains la figure du « patron » et du père fondateur, l’icône du martyr de la littérature, accouchant dans la souffrance de chefs-d’œuvre. Flaubert a tout de même bien vécu. La célébrité aidant, il est reçu dans les salons parisiens (notamment celui de la princesse Mathilde, cousine de NapoléonIII), fait la fête avec les frères Goncourt, bâfre, boit, fréquente les bordels, est invité au bal de l’empereur à Compiègne, fait le pitre chez George Sand à Nohant… et puis rentre s’enfermer à Croisset, muni d’une invraisemblable et immense documentation historique et archéologique, avec Salammbô, une princesse carthaginoise du IIIesiècle avant notre ère– « Mes machines de guerre me scient le dos. Je sue du sang, je pisse de l’huile bouillante, je chie des catapultes et je rote des balles de frondeurs »–, l’héroïne de son deuxième roman qui, en 1862, enfourche dans un fracas de batailles la mode de l’orientalisme.

Désormais, Flaubert alternera sujets modernes (L’Éducation sentimentale, Un cœur simple…) et sujets historiques(La Tentation de saint Antoine, Herodias). Et puis, esseulé– sa mère est morte, ses amis Théophile Gautier, Louis Bouilhet, Jules de Goncourt, George Sand disparaissent un à un–, malade, dépressif, presque ruiné, il s’attelle à son dernier projet, qui restera inachevé, une encyclopédie en forme de farce : Bouvard et Pécuchet, ou comment deux médiocres employés de bureau naïfs et donquichottesques, deux émouvants cornichons entreprennent l’inventaire des savoirs du monde et ne parviennent qu’à en pénétrer l’incommensurable bêtise.

La bande annonce

C.K.G.

Les docs de « La Grande Librairie » : « Sur les traces de Flaubert »


« Sur les traces de Gustave Flaubert » © Pierre Audouy/Rosebud


La bande annonce

Il règne autour de Flaubert un parfum de mystère. Qui se cache derrière le colosse débonnaire reclus dans son ermitage des bords de Seine dont la légende a sculpté le portrait ? Flaubert est-il cette espèce de machine à la volonté supérieure qui abat des dizaines d’heures de travail en solitaire et dans la douleur, uniquement tendu vers la quête du Beau que la gloire a pétrifié ? Toute sa vie, Flaubert s’est ingénié à brouiller les pistes. Et si la meilleure façon d’entrer dans l’œuvre de Flaubert était de s’inviter dans sa vie, partir sur ses traces… ou ce qu’il en reste ? François Busnel part enquêter sur l’auteur de Madame Bovary : comment vivait-il, comment écrivait-il, quel était son projet artistique, quelle fut son existence, ses opinions politiques, ses amours, ses amitiés, ses obsessions ?
Avec le concours d’historiens, d’écrivains, de professeurs de lettres, d’un prix Nobel de littérature, François Busnel nous fait découvrir un homme et un artiste bien loin des idées reçues et du mythe, écrivain de génie toujours lu et admiré dans le monde entier.

L’intégrale du documentaire (2021 – inédit)– Réalisation François Busnel et Adrien Soland – Production Rosebud Productions, avec la participation de France Télévisions

Diffusé mercredi 8 décembre sur France5
_

LE STYLE DE FLAUBERT


Son art littéraire vu par lui-même

Tel qu’il se l’imposait et le décrivait à son « neveu » et ami Ernest Feydeau, le père de Georges :

Oui la littérature m’embête au suprême degré § Mais ce n’est pas ma faute. Elle est devenue une vérole constitutionnelle ; il n’y a pas moyen de s’en débarrasser ! Je suis abruti d’art et d’esthétique et il m’est impossible de vivre un jour sans gratter cette incurable plaie, qui me ronge. Je n’ai (si tu veux mon opinion intime et franche) rien écrit qui me satisfasse pleinement. J’ai en moi, et très net, il me semble, un idéal de style, dont la poursuite me fait haleter sans trêve


Il écrit cela en août 1957, alors que Madame Bovary, après avoir fait scandale, est devenu un franc succès et qu’il a gagné son procès.

Je travaille comme un boëf (sic) à "Saint Antoine". La chaleur m’excite [...] Je passe mes après-midi avec les volets fermés, les rideaux tirés, et sans chemise ; en costume de charpentier. Je gueule ! Je sue ! C’est superbe.
en 1856, dans une lettre à Louis Bouilhet.

Il appelait "gueuloir" le moment où il "gueulait" ses phrases, persuadé qu’une phrase mal écrite, mal construite ou aux sonorités incorrectes ne résistait pas à une telle épreuve.

Courtisane : sont toujours des filles du peuple, débauchées par des bourgeois riches.
Immoralité : Ce mot bien prononcé rehaussse celui qui l’emploie
Concupiscence : Mot de curé pour exprimer les désirs charnels.

(Dictionnaire des idées reçues)

Sarraute sur Flaubert

« (…) tous ces défauts lui ont permis d’écrire un chef-d’œuvre : Madame Bovary .Je dis bien : tous ces défauts. Le beau style redondant et glacé, l’imagerie de qualité douteuse, des sentiments convenus (…) »

Voici donc Natalie Sarraute, figure du Nouveau Roman, cherchant à comprendrele génie d’un romancier traditionnel. Elle le fait comme en s’en excusant :« Tâchons d’oublier toute idée préconçue et tous les commentaires dont ce langage a été l’objet et efforçons-nous d’établir avec lui ce contact direct et ingénu qu’exige toute œuvre d’art, si ancienne et si bien connue soit-elle. Oublions toute polémique et essayons de lire avec des yeux neufs, en nous attachant d’abord à la seule écriture, en écartant toute signification. » (page 64).

Pour elle, on verra, la question tourne autour des descriptions Flaubertiennes.

« (…)Comme chacun sait, chez Flaubert la description domine. On pourrait dire que toute son œuvre n’est qu’une immense succession de morceaux descriptifs. C’est dans la description que sa fameuse objectivité et sa beauté formelle se réalisent.

« Examinons donc un instant ces descriptions. Leur qualité principale, toute parnassienne, est une précision extrême. La phrase rigide, sans flottement, fige l’objet et lui donne des contours sans tremblement ni bavure. Nous suivons chaque détail de ces contours. Chaque détail choisi pour mieux faire ressortir l’image, les lignes nettes, la nuance exacte de chaque couleur. L’éclat du style, le balancement un peu solennel de ces belles phrases rythmées et parfaitement construites font comme un glacis qui préservera le tableau de l’usure du temps et lui assurera une vie éternelle. Donc nous regardons. Les mots sont là qui nous y invitent. Et ici qu’on me pardonne. Je vous ai prévenus que je regarderais cette œuvre comme un événement neuf et sans idée préconçue. Ici soyons sincères, et disons ce que font surgir en nous ces belles descriptions ciselées et cadencées. Les mots, lourds de sens tant par ce qu’ils signifient que par leur sonorité, leur place, leurs rapports, nous font dessiner et peindre des images. C’est là le travail que la forme descriptive exige à tout instant du lecteur. » (p.70)

 » (…) mais ces images que nous peignons, si, le premier moment d’émerveillement passé, nous les examinons, nous nous apercevons qu’il y a dans leur charme quelque chose de douteux, quelque chose d’inquiétant.

« En effet ces images sont très différentes de celles que nous propose la bonne peinture. Des mots et des mots seuls que nous devons charger de contenu – et qui, par eux-mêmes, ne sont rien – nous permettent de les voir. Nous nous efforçons alors, nous travaillons, nous cherchons dans nos stocks, nos réserves de souvenirs. On nous parle de la trirème d’Hamilcar, et ces mots font surgir les somptuosités de Carthage ; on nous parle de voile bombée dans la longueur du mât, et qu’accourent vite en nous tous les mâts et les voiles qui nous font construire ce mât et cette voile-là. (…)Mais ce que nous fabriquons ainsi à la hâte, est-ce vraiment quelque chose que nous oserions appeler un objet d’art ? D’où viennent ces réminiscences ? Ces objets préfabriqués que nous avons dans nos réserves, ces séries énormes d’objets semblables dont nous tirons un échantillon ? Quelle commune mesure y a-t-il entre ces images et une œuvre d’art, un tableau comme ceux de ce contemporain de Flaubert, Delacroix, par exemple ? Quand nous regardons une toile de Delacroix dont chaque ligne et chaque rapport de couleurs nous emplit d’abord, sans que nous ayons aucun effort à faire pour leur substituer d’autres couleurs et d’autres lignes par nous fabriquées, notre effort part de l’image imposée, de celle-ci et pas d’une autre, et se porte hors d’elle sur quelque chose d’ineffable, que pour la première fois les lignes et les couleurs nous révèlent et qui nous apporte la pure joie esthétique.

« Mais c’est à une fabrication d’images que nous occupent Flaubert et les Parnassiens.

« L’hostilité avec laquelle le style de Flaubert s’est si souvent trouvé aux prises, elle vient de cet effort qu’il exige et du résultat qu’il nous fait obtenir.

« Car combien plates et convenues sont nos réminiscences de trirèmes et de chevaux d’ivoire courant sur l’écume des mers. Combien elles ressemblent à des peintures de qualité douteuse. Leur beauté formelle et leur éclat donnent cette même jouissance. Seule une description subjective, déformée et épurée, empêche que nous la fassions adhérer à des images préexistantes, forcément conventionnelles.Et comme nous sommes loin ici de cette recherche moderne de la sensation pure, de ce bond au plus vif, au plus pressé, qui fait éclater la phrase traditionnelle et donne aux mots un sens neuf, ou encore les déforme et les invente, comme chez Rimbaud, Mallarmé ou Joyce ! Il ne s’agit plus pour ces écrivains de nous enfermer parmi des images faites d’éléments très connus et par nous retrouvés, mais de nous débarrasser de ces images pour nous donner des impressions neuves. Impressions qui ne servent qu’une fois, qui grossiront plus tard notre stock de réminiscences et qu’il sera dangereux pour tout écrivain de l’avenir de nous obliger à faire surgir.

« Cette description qui fait de Flaubert, pour certains écrivains d’aujourd’hui, pourtant opposés à la tradition, et dont la forme est très différente de la sienne – et dès lors on comprend mal leur erreur – un précurseur et un maître, c’est la base essentielle de la plus grande partie de son œuvre. » (p. 71-73)

 » (…) Le langage, je le répète, renvoie à un sens. Et si le langage est creux, le lecteur, qu’on le veuille ou non, le remplit. » (p. 74)

« (…) Ainsi me dira-t-on, ce ne serait donc que cela, Flaubert ? Ce beau style pompeux et glacé qui fait surgir en nous, qui nous contraint à fabriquer des chromos ? Cette absence de complexité psychologique qui fait de Salammbô une imagerie enfantine et abaisse L’Éducation sentimentale au niveau d’une lourde peinture de mœurs ? Cette curieuse naïveté qui lui fait considérer avec respect et peindre avec sérieux des passions qui, par leur caractère platement conventionnel, frisent parfois le ridicule ?

« L’œuvre de Flaubert, ce serait donc cela ? Et je dirai oui, mais malgré cela, et même jusqu’à un certain point à cause de cela, Flaubert est un des grands précurseurs du roman moderne. Car tous ces défauts lui ont permis d’écrire un chef-d’œuvre : Madame Bovary.

« Je dis bien : tous ces défauts. Le beau style redondant et glacé, l’imagerie de qualité douteuse, des sentiments convenus, une réalité en trompe l’œil. Mais, cette fois – et c’est là toute la différence – le trompe l’œil est présenté comme tel.

« Dès lors, tout ce qui était inacceptable dans l’œuvre de Flaubert contribue à la perfection de ce roman. Les défauts de Flaubert deviennent ici des qualités. Quelque chose maintenant les transforme, qui a l’importance des plus grandes découvertes. Un aspect neuf du monde, une substance inconnue a fait irruption dans le roman.

« S’il fallait apporter la preuve que ce qui compte en littérature, c’est la mise au jour, ou la re-création d’une substance psychique nouvelle, aucune œuvre, mieux que Madame Bovary, ne pourrait la fournir.

« Cet élément neuf, cette réalité inconnue dont Flaubert, le premier, a fait la substance de son œuvre, c’est ce qu’on a nommé depuis l’inauthentique. »(p. 75-77)

Source :Nathalie Sarraute,«  Flaubert le précurseur  », in Preuves, février 1965. Paru aussi dans «  Paul Valéry et l’Enfant d’Éléphant ? Flaubert le précurseur  », nrf , Gallimard 1986.

Proust, plus circonspect, sur Flaubert

Marcel Proust, « À propos du “style” de Flaubert »

La NRF, n° 76, 1er janvier 1920, pages 72-90

Je lis seulement à l’instant (ce qui m’empêche d’entreprendre une étude approfondie) l’article du distingué critique de La Nouvelle Revue française sur « le Style de Flaubert ». J’ai été stupéfait, je l’avoue, de voir traiter de peu doué pour écrire, un homme qui par l’usage entièrement nouveau et personnel qu’il a fait du passé défini, du passé indéfini, du participe présent, de certains pronoms et de certaines prépositions, a renouvelé presque autant notre vision des choses que Kant, avec ses Catégories, les théories de la Connaissance et de la Réalité du monde extérieur[1]. Ce n’est pas que j’aime entre tous les livres de Flaubert, ni même le style de Flaubert. Pour des raisons qui seraient trop longues à développer ici, je crois que la métaphore seule peut donner une sorte d’éternité au style, et il n’y a peut-être pas dans tout Flaubert une seule belle métaphore. […]

Je reprends dans la deuxième page de L’Éducation sentimentale la phrase dont je parlais tout à l’heure : « La colline qui suivait à droite le cours de la Seine s’abaissa, et il en surgit une autre, plus proche, sur la rive opposée. » Jacques Blanche a dit que dans l’histoire de la peinture, une invention, une nouveauté, se décèlent souvent en un simple rapport de ton, en deux couleurs juxtaposées. Le subjectivisme de Flaubert s’exprime par un emploi nouveau des temps des verbes, des prépositions, des adverbes, les deux derniers n’ayant presque jamais dans sa phrase qu’une valeur rythmique. Un état qui se prolonge est indiqué par l’imparfait. Toute cette deuxième page de L’Éducation (page prise absolument au hasard) est faite d’imparfaits, sauf quand intervient un changement, une action, une action dont les protagonistes sont généralement des choses (« la colline s’abaissa », etc.) Aussitôt l’imparfait reprend : « Plus d’un enviait d’en être le propriétaire », etc. Mais souvent le passage de l’imparfait au parfait est indiqué par un participe présent, qui indique la manière dont l’action se produit, ou bien le moment où elle se produit […].

La conjonction « et » n’a nullement dans Flaubert l’objet que la grammaire lui assigne. Elle marque une pause dans une mesure rythmique et divise un tableau. En effet partout où on mettrait « et », Flaubert le supprime.[…] Ces singularités grammaticales traduisant en effet une vision nouvelle, que d’application ne fallait-il pas pour bien fixer cette vision, pour la faire passer de l’inconscient dans le conscient, pour l’incorporer enfin aux diverses parties du discours ! Ce qui étonne seulement chez un tel maître, c’est la médiocrité de sa correspondance. […]

Mais enfin puisque nous sommes avertis du génie de Flaubert seulement par la beauté de son style et les singularités immuables d’une syntaxe déformante, notons encore une de ces singularités : par exemple, un adverbe finissant non seulement une phrase, une période, mais un livre. (Dernière phrase d’Hérodias : « Comme elle était très lourde (la tête de saint Jean), ils la portaient alternativement. ») Chez lui comme chez Leconte de Lisle, on sent le besoin de la solidité, fût-elle un peu massive, par réaction contre une littérature sinon creuse, du moins très légère, dans laquelle trop d’interstices, de vides, s’insinuaient.

Pierre Michon sur Flaubert

Pierre Michon s’inscrit dans la ligne Bovary, celle du cisèlement de la phrase dont la quête de perfection est habitée par la mort.

Révélé en 1984 par Vies minuscules, cet écrivain construit une prose dont la richesse s’élabore par stratification documentaire et exactitude lexicale. Fictions souvent biographiques, récits de vies d’inspiration hagiographique dans une version moderne, ses récits frappent par leur concision et leur précision. Flaubert est pour lui une présence mémorielle constante et l’écrivain raconte volontiers sa « première rencontre  » avec l’auteur de Salammbô, à 9 ans, quand un instituteur lui lit la première page du roman : « C’était un couronnement, comme un grondement de foudre, c’était toute la violence du monde. Dans cette première page de Salammbô sur le festin des mercenaires, et en dépit des afféteries exotiques et du bric-à-brac ethnologique, il y a une sorte d’accomplissement, un miracle de brutalité et de désir [ ... ] : cette espèce de  : chapitre est tout en dents, tout en faim, tout en manque, tout en viol, tout en tueries de poissons, de fauves, d’antilopes, tout en massacres et en plaisirs.
Cette violence du monde qu’il perçoit dans l’écriture flaubertienne, Michon l’incorpore à sa prose, dans une forme de concrétion stylistique qui la transmue en insurpassable plaisir du texte. Ainsi dans Les Onze (2009), ce « roman de la Terreur ». [4]

Sollers sur Flaubert

VOIR sur pileface :

La rage de Flaubert

La stratégie Flaubert. Entretien Sollers-J.J. Brochier de 1976

Emma Bovary est de retour

Salaud de Flaubert par Philippe Sollers


Les signes de la postérité de Flaubert

Statue

Portrait en tableau

Thomas Couture réalisa un portrait de lui de format ovale, qu’il lui dédicaça et qui passa en vente publique à Paris le 24 mars 1999.

Une association et un centre d’études dédiés à l’écrivain et son œuvre

Centre Flaubert (Université de Rouen)

Manuscrits Les manuscrits et dossiers de préparation des œuvres majeures de Flaubert ont fait l’objet d’un don par sa nièce Caroline Flanklin Groult en 1914 et 1931. Ceux-ci ont été répartis et dispersés entre les trois institutions suivantes : la Bibliothèque historique de la ville de Paris, la Bibliothèque municipale de Rouen et La Bibliothèque nationale de France.

Madame Bovary, c’est 4500 pages de brouillons pour un manuscrit final de 450 pages. Pages très râturées avec ajouts. La maturation des romans de Faubert suivait un lent processus penadant trois ou cinq ans. Les trois ou quatre premiers mois, Flaubert rédigeait plans et notes préparatoires. Le tout complété d’innombrables recherches documentaires ou sur le terrain comme pour Salammbô, véritables enquêtes qui nourrissaient le "réalisme " de ses écrits et la précision de son vocabulaire.

Correspondance abondante bien que Proust trouve médiocre celle de Flaubert ;

Mais Proust ne pouvait pas connaître les cinq volumes de la « Bibliothèque de la Pléiade » qu’occupe aujourd’hui sa correspondance à Louise Colet, à Louis Bouilhet, à George Sand et aux autres. Il n’y porte plus de masque et ne met pas trois jours pour achever une phrase comme dans ses œuvres publiées. Et parce que ces lettres n’étaient pas destinées à être publiées, Flaubert exprime avec spontanéité, sans fard, son regard sur le monde, sur son monde, celui de l’arrière plan de ses romans.
Cette correspondance se révèle ainsi une source de premier plan « pour qui cherche à comprendre et approfondir les idées, les institutions et les représentations [de l’écrivain] [5].

Edition de ses œuvres complètes en Pléiade

Des adaptations au cinéma et à la télévision

24 adaptations d’Emma Bovary. Qui dit mieux !


Isabelle Hupert et Jean-François Balmer incarnent Emma et Charles Bovary dans la version de Claude Chabrol (1991)

Jennifr Jones et Van Heflin dans celle de Vincente Minnelli (1949°

En 2008, Sandrine Bonnaire campe Félicité, la servante d’ Un cœur simple dans le film de Marion Laine

Jean-Pierre Marielle et Jean Carnet campent d’irrésistibles Bouvard et Pécuchet dans le téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe (1990)

Une nouvelle biographie en 2015 par l’historien Michel Winock


le livre sur amazon.fr

Feuilleter le livre

Astronomie

Sont nommés en son honneur :
- (11379) Flaubert, un astéroïde de la ceinture principale ;
- Flaubert, un cratère d’impact sur la planète Mercure.

Philatélie

Gustave Flaubert est représenté sur un timbre français de 8 F de Paul-Pierre Lemagny (graveur) Charles-Paul Dufresne, mis en circulation le 20 octobre 1952 et retiré de la vente le 21 mars 1953

Numismatique

Gustave Flaubert figure sur une pièce de 10€ en argent éditée en 2012 par la Monnaie de Paris pour représenter sa région natale, la Normandie.

Hôtel littéraire

L’hôtel littéraire Gustave Flaubert, (hôtel 4 étoiles) a été inauguré à Rouen le 28 octobre 2015. Il se situe 33 rue du Vieux-Palais, tout près de la place du Vieux-Marché.

oOo

[1Crédit : V.G., Le Point, Hors série Gustave Flaubert

[2A propos du nouveau roman, Jean Ricardou du groupe Tel Quel a eu ce mot : « Le roman n’est plus l’écriture d’une aventure, mais l’aventure d’une écriture »

[3D’après Gilles Heuré, Télérama Hors série Gustave Flaubert

[4Florence Pellegrini, Le Point Hors-série, Gustave Flaubert

[5Michel Vinock, Le monde selon Flaubert, Ed. Tallandier, 2021

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
Ajouter un document
  • Lien hypertexte

    LIEN HYPERTEXTE (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)


3 Messages

  • Viktor Kirtov | 14 décembre 2021 - 12:21 1

    Le film "Emma Bovary", adaptation du roman "Madame Bovary" de Gustave Flaubert, vient d’être diffusé le 12 décembre, sur France 2. Les productrices de ce long métrage se sont confiées à franceinfo Culture...

    Par Camille Belsoeur France Télévisions Rédaction Culture Publié le 06/12/2021

    Camille Métayer (Emma Bovary) et ThierryGodard (Charles Bovary). (Gilles Gustine/FTV/Barjac Produc)
    ZOOM : cliquer l’image

    C’est un détail qui en dit beaucoup. La nouvelle adaptation télévisuelle de l’œuvre littéraire de Flaubert Madame Bovary,qui sera diffusée sur France 2 le 13 décembre, s’intitule Emma Bovary.Le choix d’accoler le prénom de la protagoniste au nom de Bovary plutôt que le "Madame" initial,symbolisele parti pris des productrices. Ce téléfilm explore les états d’âme de l’héroïne, en se détachant du réalisme très pointu de l’écrivain du 19e siècle. "Nous avons imaginé un film romantique, au sens originel du mouvement littéraire du 19esiècle, qui se nourrissait d’histoires humaines, à la fois belles et tragiques", confient Marie Dupuy d’Angeac et Laurence Bachman, inteviewées par Franceinfo.

    Le film n’est pourtant pas à l’eau de rose. Le fil narratif choisi par le réalisateur Didier Bivel est le procès de Flaubert en 1857.Dès sa parution, cette année-là, le roman Madame Bovary est attaqué par Ernest Pinard, procureur du Second empire, pour outrage à la morale publique, aux bonnes mœurs et à la morale religieuse. Tout au long de l’histoire, le réalisateur construit un aller-retour permanent entre la plaidoirie et les aventures d’Emma Bovary, jouée par l’actrice Camille Métayer. C’est Thierry Godard qui incarne son mari, le médecin Charles Bovary. Grégory Fitoussi est Rodolphe Boulanger, premier amant d’Emma, et le clerc Léon Dupuis, le second amant, est interprété par Julien de Saint-Jean.


    L’acteur Grégory Fitoussi et Camille Métayer est Emma Bovary. (©Stephane Grangier)
    ZOOM : cliquer l’image

    Rendre Madame Bovary accessible à un jeune public

    Le romande Flaubert, réputé difficile à adapter à l’écran, avait déjà fait l’objet de nombreux films, dont celui de Claude Chabrol en 1991. Les productrices ont voulu une version différente. "On n’a pas modernisé le roman pour le simple fait de le moderniser. On a fait ce choix pour que Madame Bovary soit plus intelligible pour le public", explique Laurence Bachman.

    Le téléfilm explore à fond, avec moins de noirceur que dans le livre, l’ennui d’Emma et ses aspirations à une vie plus passionnante. "Il y a toujours des femmes qui s’ennuient dans leur mariage. Des femmes malheureuses qui n’ont pas pu divorcer. Cela a concerné toute une génération et concerne encore des femmes aujourd’hui", remarque Marie Dupuy d’Angeac. Pour sa comparse, le film est bien ancré dans le présent avec la question de la condition des femmes. "Le statut social des femmes est bien sûr très différent de l’époque de Flaubert pour des choses comme la sexualité, mais il reste des inégalités comme dans le monde du travail", glisse Laurence Bachman.


    La scène du bal est d’une grande importance dans le roman de Flaubert. (Gilles Gustine/FTV/Barjac Produc
    ZOOM : cliquer l’image

    "Sa quête d’amour absolu parle à toutes les jeunes filles"

    La relecture d’une œuvre littéraire majeure est toujours intéressante pour connaître les enjeux qui secouent une société. En 2021, la frilosité du Second empire sur les questions de mœurs semble très rétrograde et lointaine. Mais si l’on creuse un peu, les femmes d’aujourd’hui qui nouent plusieurs relations amoureuses ou sexuelles sont encore parfois jugées comme des "filles faciles" aux yeux de certains.

    "On ne voulait pas que ce soit seulement un film du passé. On voulait qu’Emma Bovary puisse parler à toutes les générations", dit Laurence Bachman. "On a pris une jeune actrice (Camille Métayer) de l’âge de l’héroïne dans le livre. Sa quête d’amour absolu parle à toutes les jeunes filles. De manière générale, les jeunes sont en quête d’absolu. On a aussi choisi une comédienne peu connue parmi plein d’autres. On voulait que le casting parle à tout le monde", complète Marie Dupuy d’Angeac.

    À l’écran, le film de Didier Bivel se révèle très accessible et assez court (1h42). L’univers réaliste de Flaubert est moins respecté que dans l’adaptation de Claude Chabrol (2h23), l’intrigue est un peu moins fouillée, mais la narration est plus rythmée. Dans les canons de ce qui se fait actuellement sur les plateformes de streaming. "Chabrol avait fait quelque chose de plus sociologique. Notre adaptation est plus romanesque", estime Laurence Bachman.

    VOIR en streaming ici

    oOo


  • Viktor Kirtov | 8 décembre 2021 - 21:50 2

    Ajout de l’intégrale du doc « Sur les traces de Flaubert » (La Grande Librairie)
    VOIR ICI


  • Viktor Kirtov | 8 décembre 2021 - 19:22 3

    Signe de Postérité

    La statue de Flaubert, en bronze, place des Carmes à Rouen. Il s’agit d’une copie de la statue réalisée, en 1907, par le sculpteur Bernstamm. En 1941, pendant l’occupation, elle avait été fondue par les nazis.

    Furieusement Flaubert

    Par Catherine Golliau, Le Point

    Vous ne connaissez pas Flaubert ? Vous n’avez jamais lu une ligne de Madame Bovary ou de Salammbô ? Vous ignorez ce que peut être l’amour de Félicité pour un perroquet ? Vous n’avez jamais entendu parler du Dictionnaire des idées reçues ? Vous n’avez décidément pas de chance. Vous vous privez de la somptuosité barbare d’un dîner de mercenaires, d’une scène d’amour dans un fiacre dont la description est l’un des morceaux de bravoure de la littérature française. Vous ne saurez rien non plus de l’art d’écrire sur les existences sans péripéties, bornées par leurs névroses ou par l’horizon d’une petite ville, l’art de dire le « rien ». Vous vous privez aussi d’une arme pour aborder la bêtise du monde, son conformisme, ses idées toutes faites.

    À l’époque de Flaubert, on ne parlait ni de théorie du complot ni de réseaux sociaux en folie, mais il y avait déjà, bien sûr, les cabales, les médisances, les attaques ad hominem et les procès en sorcellerie. Lui-même n’a-t-il pas été traîné devant les tribunaux pour la couleur « trop lascive » de Madame Bovary  ?

    La terre a des limites, mais la bêtise humaine est infinie ,

    confiait-il ainsi à son cher Guy de Maupassant. Rien que cette lucidité justifierait qu’on le lise aujourd’hui. Mais il y a d’autres raisons qui le rendent incontournable, qui donnent aux actrices l’envie de se battre pour incarner sa Bovary ou aux dessinateurs celle de transformer ses romans en BD. Flaubert, en effet, c’est d’abord un style, inimitable, c’est un mot qui toujours se veut juste, ce sont des analyses psychologiques et sociologiques au scalpel. C’est un auteur qui s’abstrait pour mieux faire vivre des hommes et des femmes si vrais qu’ils en deviennent des archétypes. Emma, qui bovaryse, n’en est que le plus célèbre. Il faut donc lire Flaubert. Parce qu’il a inventé le roman moderne. Parce qu’il est la clé pour comprendre beaucoup des écrivains d’aujourd’hui, mais aussi pour nous connaître nous-mêmes. Pas toujours sympathique, le gaillard, pas politiquement correct pour un sou, torturé, excessif, contradictoire, mais libre, et furieusement amoureux de la littérature. Une leçon d’écriture, et de vie

    VOIR article