4 5

  Sur et autour de Sollers
vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE TIERS » Deux livres à venir de Yannick Haenel
  • > SUR DES OEUVRES DE TIERS
Deux livres à venir de Yannick Haenel

A paraître

D 23 juillet 2021     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Deux livres de Yannick Haenel sont annoncés Notre solitude (Les Echappés, 7 octobre 2021) et Le Trésorier-payeur (Gallimard, collection L’infini).

Du premier livre, un récit, on peut lire qu’il sera « une analyse du procès des attentats de janvier 2015 dans laquelle l’auteur interroge le mal, la survie et la douleur face à de tels actes. Il aborde également l’évolution de la société française depuis ces événements qui ont bouleversé le pays. » Yannick Haenel en parle dans sa dernière chronique de Charlie Hebdo. Quant au second livre, un roman toujours en cours de rédaction [1], de larges extraits ont paru dans le numéro 147 de la revue L’Infini après que le média en ligne AOC en a publié un extrait sous forme de nouvelle en mars 2018 et Le chemin en avril 2020 sous le titre Les deux pavillons.

Merci aux lecteurs

Par Yannick Haenel

J’ai passé la semaine à regarder la pluie tomber. Les jours où il pleut, où il ne fait que pleuvoir, sans répit – sans rien d’autre qu’elle, la pluie, incessante, lourde, obstinée, monotone, totalitaire –, on s’approche de ce point où le réel s’égare  ; le monde prend la forme d’un ruissellement qui nous évacue, les humains sont relégués, comme des anomalies, de pauvres choses inadaptées, comme s’ils n’étaient pas prévus au programme.

À part regarder la pluie, je n’ai rien fait. J’aurais bien aimé devenir pluie, mais ma sagesse ne va pas si loin. Je venais de terminer d’écrire un livre qui s’appelle Notre solitude. Quand on finit un livre, on tombe dans le vide. C’est à chaque fois le même trébuchement opaque, émerveillé, somnambulique  ; on se met à errer dans un espace qui ressemble aux dunes, aux draps, à la paume des mains. On suit le cheminement d’un œil inconnu qui guide notre épuisement, on habite avec facilité cette lézarde, là-haut, qui sinue au plafond.

Cette fois-ci, ça a été plus dur que d’habitude, car le livre raconte ce qui s’est passé dans ma vie durant le procès des attentats de janvier 2015. J’en avais écrit la chronique quotidienne, et nous avions rassemblé, Boucq et moi, mes textes et ses dessins, en un volume que nous avions dédié à la mémoire de Samuel Paty  ; mais il me fallait approfondir encore ce qui a eu lieu, non pas ce qui s’est passé mais plutôt ce qui ne passe pas, ce qui doit être raconté pour toujours : les ténèbres, la lumière, la douleur, l’intimité partagée, la passion d’être là et de témoigner.

Le livre sortira à l’automne, mais je vous en parle déjà parce que je veux vous remercier, chers lecteurs, pour vos constants encouragements. Pendant les trois mois du procès, mais aussi après, lorsque le livre des chroniques a été publié, vous n’avez cessé d’envoyer à Charlie des mails qui m’ont aidé à tenir et m’ont donné du cœur. Je n’ai pas pu vous répondre individuellement, je n’en pouvais plus, et puis quoi dire lorsqu’on cherche avant tout à ne pas craquer  ?

En écrivant ce nouveau livre, vous étiez là, c’est étrange, dans la nuit des phrases  ; et votre présence m’a accompagné jusqu’au point final, il y a quelques jours, jusqu’à mon coup de blues, jusqu’à la pluie. Ne trouvez-vous pas que les pluies d’été sont les plus belles  ? Une clarté nouvelle vient des ciels qui se sont déversés. Ainsi de cette année qui, depuis septembre jusqu’à ce début d’été, nous aura menés vers nous-mêmes.

Alors merci. La grande et fière solitude de Charlie, cette solitude politique qui nous anime – cette belle solitude qui est à la fois une tragédie et un éclat de rire, une forme de lucidité et un bras d’honneur aux convenances –, est la vôtre : la communauté de nos solitudes farouches, irréductibles dans une époque de cinglés. Notre solitude. Nous. Un bel été à vous tous.

Charlie Hebdo 1513 du 21 juillet

*

Le Trésorier-payeur

Par Yannick Haenel

Récent lauréat du prix Médicis pour son roman « Tiens ferme ta couronne », Yannick Haenel bâtit, depuis une vingtaine d’années, l’une des œuvres importantes de la littérature française contemporaine. Il donne aujourd’hui à AOC une nouvelle inédite où il est question, à Béthune, d’un (drôle) de banquier et d’un souterrain…

Lors d’un séjour à Béthune, il y a quelques années, j’ai visité l’ancienne Banque de France. Elle était en chantier car on la transformait en centre d’art. Je pris plaisir, ce jour-là, à déambuler sous la conduite de son futur directeur à travers la grande salle des Guichets, celle des Coffres, celle aussi des Archives aux immenses classeurs muraux ; nous traversâmes la serre des monnaies, avec sa coursive, ses pupitres à roulettes et son monte-charge ; et je fus convié à admirer cette chambre froide où l’on stockait naguère les billets usagés.

En gravissant les deux étages de ce somptueux édifice, où de larges espaces en enfilade donnaient aux lieux un air de château bourgeois, je rêvassais à la vie des employés, que je me figurais aussi obscure que romanesque, quand mon guide approcha d’une fenêtre et attira mon attention sur une maison de briques rouges à deux étages, qui semblait abandonnée.

Il m’apprit qu’elle avait appartenu à quelqu’un qu’il appelait le « Trésorier-payeur » ; il ajouta que cette maison était reliée à la banque par un sous-terrain aujourd’hui bouché.

Au moment où il me révéla ce détail, il se tourna brusquement vers moi, un éclat ironique passa sur son visage ; je compris que son objectif était atteint : il avait déclenché ma curiosité, un roman scintillait, j’étais pris.

Cet éclat sur le visage du directeur m’avait semblé louche, autant que cette histoire de tunnel, trop belle pour être vraie ; pourtant, elle me fascina. Tout le reste de la journée, je ne pensais qu’à ça, au tunnel, aux trous, à l’obsession qui nous les fait creuser. Non seulement je pensais à cet invraisemblable trou creusé sous la Banque de France, mais déjà moi-même, en y pensant, je ne cessais de creuser. Le tunnel, je le voyais, je m’y engouffrais, et déjà je le continuais.

VOIR AUSSI

En rentrant à Paris, l’obsession se mit à grandir : je ne pensais qu’au tunnel du Trésorier-payeur. J’en rêvais, même.

AOC media


[1Précision de l’auteur.

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
Ajouter un document
  • Lien hypertexte

    LIEN HYPERTEXTE (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)