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Des manuscrits de Sade et de Breton à la BnF

« Les 120 jours de Sodome » de Sade et le « Manifeste du surréalisme » d’André Breton

D 9 juillet 2021     A par Albert Gauvin - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Acquisitions exceptionnelles : les manuscrits d’André Breton et du Marquis de Sade


Signature de l’acquisition de deux manuscrits :
« Les 120 jours de Sodome » de Sade et le « Manifeste du surréalisme » d’André Breton

Nicolas Gallon / Agence Contextes / BnF. ZOOM : cliquer sur l’image.

Le manuscrit des 120 journées de Sodome du Marquis de Sade et un ensemble de manuscrits autographes d’André Breton, parmi lesquels les deux Manifestes du surréalisme, font leur entrée dans les collections nationales confiées à la Bibliothèque nationale de France.

Le Cercle de la BnF, qui réunit depuis 2000 des bibliophiles mécènes de l’institution, s’est tout particulièrement investi. C’est ainsi qu’Emmanuel Boussard a répondu positivement à l’appel de Jean-Claude Meyer, son Président, pour soutenir dans son intégralité l’acquisition du rouleau de Sade. Il voulait ainsi témoigner de son attachement particulier à la bibliothèque de l’Arsenal, où son grand-père a exercé la fonction de conservateur entre 1943 et 1964.

L’acquisition des manuscrits de Breton a été réalisée avec le mécénat de Jean-Claude Meyer, d’Alain Minc, de la Fondation Khôra — Institut de France et de Carlo Perrone. Ce dernier se réjouit par ailleurs de voir le manuscrit de Sade, qui a appartenu à ses grands-parents Charles et Marie-Laure de Noailles, rejoindre les collections publiques. La vente de cet ensemble a été réalisée par l’intermédiaire de l’administrateur judiciaire en charge du fonds Aristophil, avec la collaboration de la société de ventes aux enchères Aguttes.

Cet enrichissement exceptionnel des collections nationales est l’un des plus importants de ces dernières années pour la BnF. Le Ministère de la Culture et la Bibliothèque nationale de France remercient les mécènes qui ont contribué à la réalisation de ces acquisitions.

Manuscrits autographes d’André Breton


le « Manifeste du surréalisme » d’André Breton
Nicolas Gallon / Agence Contextes / BnF. ZOOM : cliquer sur l’image.

André Breton (1896 -1966) a été l’une des figures majeures, le principal théoricien et l’animateur du mouvement surréaliste. L’ensemble qui fait aujourd’hui son entrée dans les collections de la BnF est constitué des cahiers d’écriture automatique de Poisson soluble et des manuscrits du Manifeste du surréalisme et du Second manifeste du surréalisme. Ils correspondent à l’essentiel de l’œuvre théorique de Breton.

Textes à l’influence mondiale, ils incarnent plus que tout autre l’espoir immense d’une génération traumatisée par la guerre et qui va chercher le salut de l’homme dans une poésie débarrassée de ses entraves.

Rédigé et publié en 1924, le Manifeste du surréalisme vient théoriser les explorations et tâtonnements littéraires du groupe constitué autour d’André Breton et qui compte parmi ses figures majeures Louis Aragon, Paul Éluard, Philippe Soupault, Robert Desnos, Benjamin Péret, René Crevel et bien d’autres encore. Son enthousiasme solaire en fait un des textes les plus brillants et attachants de Breton.

Datant de 1930, le Second manifeste du surréalisme traduit au contraire les tensions et ruptures qui ne cessent de fragmenter le groupe surréaliste. Violemment attaqué par ceux qui en ont été exclus, Breton mobilise des trésors de rhétorique pour réaffirmer son idéal intransigeant. La joie sauvage des débuts du surréalisme est désormais teintée d’une certaine noirceur.

Cet ensemble de manuscrits, très travaillés, montrent à la fois la rapidité de l’écriture de Breton comme la difficulté de leur élaboration. Sans doute avait-il conscience dès leur origine de l’importance fondamentale de ces textes. Leur acquisition permet de jeter un jour nouveau sur ces jalons de l’histoire littéraire mondiale dont l’écho ne cesse de nous parvenir.

Cet ensemble rejoint le département des Manuscrits de la BnF sur le site Richelieu, qui conserve le plus important fonds de manuscrits surréalistes, parmi lesquels Nadja d’André Breton et les Champs magnétiques de Breton et Soupault.

Manuscrit du Marquis de Sade


Les 120 jours de Sodome de Sade
Nicolas Gallon / Agence Contextes / BnF. ZOOM : cliquer sur l’image.

Le manuscrit Les 120 journées de Sodome ou l’école du Libertinage se présente sous la forme d’une bande de 33 feuillets collés bout à bout, formant un rouleau de 12,10 mètres sur une largeur de 11,3 mètres.

C’est à la Bastille, où il est transféré le 29 février 1784, que Sade va mettre au net, sur cet étonnant rouleau de papier, les brouillons des 120 journées de Sodome. Le roman se situe à la fin du règne de Louis XIV, peu avant la Régence. Quatre aristocrates s’enferment, en plein hiver, dans un château perdu de la Forêt Noire avec quarante-deux victimes soumises à leur pouvoir absolu.

Ce manuscrit autographe est un monument littéraire. Premier ouvrage important de Sade, son œuvre la plus « forte », les 120 journées, par leur publication tardive, sont devenues un texte capital de la critique et de l’imaginaire. C’est désormais un classique, à la fortune posthume immense. Au plan culturel, Eluard, Breton, Bataille, Blanchot, Pasolini, Annie Le Brun, Philippe Sollers sont quelques-uns des créateurs profondément marqués par ce «  soleil noir », selon la formule consacrée de l’historien Michel Delon.

L’histoire fascinante de ce manuscrit, caché, volé, perdu, édité partiellement, censuré, exporté illégalement, devenu objet de spéculation, renforce encore son attrait. Est-il plus belle preuve d’ailleurs de sa puissance corrosive et transgressive ? Quel long chemin depuis les rivages de la médecine des perversions vers 1900, puis le détour par le ghetto de la littérature érotique des années 1950, jusqu’aux honneurs de la Pléiade et des éditions Gallimard aujourd’hui. Ce manuscrit emblème de liberté littéraire et artistique, à la trajectoire troublée, rejoint les collections publiques et le dossier du prisonnier Sade conservé dans les archives de la Bastille à la bibliothèque de l’Arsenal créée par le marquis de Paulmy en 1750, et qui conserve aujourd’hui, parmi les départements de collection de la BnF, un ensemble unique au monde sur la vie, l’histoire, les lettres et la création au XVIIIe siècle en France.
L’entrée de ce manuscrit dans les collections nationales va permettre aux chercheurs de poursuivre les études qui lui ont été consacrées.


Les 120 jours de Sodome de Sade
Nicolas Gallon / Agence Contextes / BnF. ZOOM : cliquer sur l’image.

Publié le 8 juillet 2021

Site de la BnF
Communiqué de presse du ministère de la Culture
Expo : L’Invention du surréalisme : des Champs magnétiques à Nadja (19 mai 2021 au 14 août 2021) (Nous en reparlerons).

LIRE :
Sade et Les Cent Vingt Journées de Sodome
Breton manifeste

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2 Messages

  • Albert Gauvin | 11 juillet 2021 - 00:57 1

    Conservateur des bibliothèques au Canada (EBSI, Université de Montréal), Christian Lacombe est actuellement bibliothécaire au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Après avoir publié, Sade et l’Arétin, une consanguinité d’esprit à L’Infini chez Gallimard et La Vérité sur le marquis de Sade aux éditions La Bibliothèque, il souhaitait publier un Dictionnaire Sade depuis quelques années, avant de découvrir les archives de Jean-Jacques Pauvert.

    Parmi les auteurs sollicités par Christian Lacombe figurent d’autres personnels de la BnF, comme Marie Françoise Quignard ou Charles-Eloi Vial. L’ouvrage intègre les notices rédigées par Jean-Jacques Pauvert qui représentent près de 300 textes issus du fonds Jean-Jacques Pauvert, acquis par la BnF en 2016 et conservé sous la cote : NAF28891

    Argument

    Il s’agit du premier dictionnaire consacré au Marquis de Sade.

    Jean-Jacques Pauvert avait eu l’idée de publier un Dictionnaire Sade au début des années 90, ses notes sont à l’origine de cet ouvrage.

    Depuis le début des années 1920, après que Maurice Heine ait, le premier, sorti les écrits de Sade de l’ombre, la pensée du marquis a fait l’objet de multiples interprétations ; il était nécessaire d’effectuer une synthèse. Christian Lacombe propose un ouvrage collectif à dimension internationale, en faisant appel à près de 40 chercheurs et écrivains venus des quatre coins du monde, afin de montrer la diversité des lectures de Sade.

    Avec plus de 500 entrées, le Dictionnaire Sade interroge de nombreux genres littéraires, comme le roman, le théâtre, la poésie, la correspondance et s’adresse également à l’art, à la musique et à presque toutes les disciplines des sciences humaines, pour se demander sans cesse : qu’est-ce que le marquis de Sade à bien pu vouloir dire ?

    Editeur : Paris : l’Harmattan
    Date de parution : 8 février 2021
    Description matérielle : 1 vol. (627) : ill., couv. ill. en coul. ; 24 cm


  • Viktor Kirtov | 9 juillet 2021 - 20:12 2

    On peut aussi se reporter à cet article :

    Sade sort de l’Enfer/ Le mythique rouleau autographe des « Cent Vingt Journées de Sodome » revient en France. Et plus, autour de Sade...

    Ces acquisitions font suite au refus de certificat d’exportation en 2017 de ces documents, leur conférant le statut de “Trésors nationaux”, et à l’appel au mécénat lancé par la rue de Valois pour en rendre possible l’acquisition.