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« Je suis plutôt un homme sauvage » : Philippe Sollers bat en retraite

Jérôme Garcin

D 29 mars 2021     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Philippe Sollers en 2016.
(MOLLONA / Leemage via AFP)
« Je suis plutôt un homme sauvage » :
Philippe Sollers bat en retraite

L’auteur de « la Guerre du goût » signe un autoportrait au lavis, dans lequel il regarde passer ses souvenirs, sans les retenir, depuis le ponton du grand âge.

Par Jérôme Garcin

A 84 ans, Philippe Sollers ne joue plus. Ni avec la ponctuation ni avec les provocations. Il combat des crises d’asthme de plus en plus fréquentes et cherche sa respiration dans le vent marin. Son œuvre est derrière lui et sa vie, insulaire, bercée par le ressac de l’Atlantique et la houle des sonates de Haydn, enregistrées par Richter à Mantoue. L’auteur de « la Guerre du goût » bat en retraite sur l’île de Ré. Sans déplaisir :

« Contrairement aux apparences, je suis plutôt un homme sauvage, fleurs, papillons, arbres, îles. Ma vie est dans les marais, les vignes, les vagues. »

C’est la première phrase de son autoportrait au lavis, « Agent secret » (Mercure de France, 18 euros). Le titre est mensonger. Car Sollers est un espion qui ne cache plus rien et a cessé d’utiliser le langage codé. On est même surpris, dans ce livre, par la clarté et la musicalité de la prose. Ses souvenirs glissent au fil de l’eau. On les connaît déjà, mais c’est la manière dont il les regarde passer, sans les retenir, depuis le ponton du grand âge, qui nous touche.

L’enfance bordelaise et enchantée de Philippe Joyaux, son premier roman, « Une curieuse solitude », encensé par Mauriac, la naissance de « Tel Quel », sa rencontre avec son aînée et grande amoureuse Dominique Rolin, son mariage avec Julia Kristeva, la Chine de Mao, la bénédiction du pape Jean-Paul II, l’amitié de Ponge, l’affection de Barthes, Venise… Avec, toujours, cette « mauvaise réputation », qui le poursuit, et la chasse au bonheur, qui le précède.

« Un innocent que j’aime »

Et, soudain, page 140, la photo d’un enfant sage de 6 ans, au regard profond et aux traits fins. Celle, écrit Sollers, « d’un innocent que j’aime  ». Son fils, David. Il ne dit rien de son handicap de naissance, des problèmes neurologiques dont il souffre et qui ont entravé son développement, du combat mené par sa mère, Julia Kristeva, pour lui trouver, à l’âge adulte, un foyer d’accueil. Il fait le portrait d’un garçon «  très intelligent », dont la venue au monde fut une joie «  divine », doué pour la peinture et le maniement de l’ordinateur, hypermnésique, incollable sur la vie de Mozart et les Fables de La Fontaine. Sagace, aussi : un jour où David appelait son père, qui, enfermé dans son bureau de l’île de Ré, ne l’entendait pas, il dit à sa mère :

« Papa est comme Dieu, il existe mais il ne répond pas. »

Un des romans de Sollers s’intitulait « le Cœur absolu ». Ces quelques pages sur David sont le cœur absolu d’un récit, où même le crépuscule est lumineux.

Jérôme Garcin, L’OBS du 29 mars 2021.

LIRE AUSSI, de Jérôme Garcin, lecteur fidèle :
« Tu es la splendeur même » : Dominique Rolin et Philippe Sollers unis pour toujours

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