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Montaigne, la santé est-elle le bien suprême ? (avec André Comte-Sponville)

D 4 mai 2020     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Comment Michel de Montaigne aurait-il vécu et pensé la crise du covid ? Lui pour qui la santé est un bien, peut-être suprême, mais non une valeur devant régir nos sociétés, nos décisions politiques. Lui qui ne cessa de répéter que le but de la vie n’est pas de ne pas souffrir, mais de jouir !

L’invité du jour :

André Comte-Sponville, philosophe

Le "panmédicalisme" ou la gestion de nos vies par la santé

Pour Montaigne, la santé est peut-être le bien suprême, mais je fais une différence entre un bien et une valeur. Il faut distinguer la santé qui est le bien le plus enviable de tous, mais qui n’est pas une valeur morale… Le discours ambiant, que j’appelle le "panmédicalisme" et qui tend à faire de la santé la valeur suprême, pas seulement un bien désirable, est un contre-sens sur la vie. Et si la santé devient la valeur suprême, alors la médecine devient la chose la plus importante : le "panmédicalisme" délégue aux médecins non seulement la gestion de nos maladies mais la gestion de nos vies, de nos sociétés, ce qui est inquiétant.
André Comte-Sponville

Le plaisir, souverain bien

Montaigne n’a cessé de le répéter dans les "Essais" : le vrai but de la vie n’est pas de ne pas souffrir mais de jouir et de se réjouir ! Au fond ce que Montaigne reproche à Epicure, pour le dire en termes nietzschéens, c’est qu’Epicure est nihiliste. Si on comprend l’ataraxie comme la pure absence de douleur et de trouble -je pense que c’est un contre-sens mais c’est ainsi que Montaigne et Nietzsche le comprennent- alors en effet Epicure serait un penseur nihiliste. Montaigne prend alors ses distances par rapport à Epicure. Pour Montaigne, le plaisir est le souverain bien, encore plus important que la santé. Si Montaigne aime tellement la santé c’est parce que la santé est la condition du plaisir…
André Comte-Sponville

Montaigne et la mort

Dans les "Essais", Montaigne écrit ceci : "Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant". La mort fait partie de la vie et c’est parce que les gens ont oublié, parfois, ou font semblant d’oublier qu’ils sont mortels, qu’ils ont tellement peur quand la mort se rappelle à leur esprit de façon spectaculaire comme c’est le cas avec cette pandémie. Si nous pensions davantage à la mort, nous vivrions mieux, de façon plus intense… Chaque instant de notre vie deviendrait d’autant plus précieux qu’il se détacherait, comme le dit André Gide, sur le fond très obscur de la mort…
André Comte-Sponville

Textes lus par Vincent Schmitt :

Extrait des Essais, de Montaigne, Livre III, Chapitre 12, 1588, éditions Quarto Gallimard, 2009, adaptation en français moderne par André Lanly
Extrait des Essais, de Montaigne, Livre I, Chapitre 20, 1580, éd. Quarto Gallimard, 2009, adaptation en français moderne par André Lanly

Sons diffusés :

Mixage de début d’émission par Nicolas Berger avec : un extrait du sketch Parler pour ne rien dire, de Raymond Devos / Extraits de la série Medical Police (2020) série de David Wain et Bill Benz / Extrait du film L’enlèvement de Michel Houellebecq (2014) film de Guillaume Nicloux / Extrait du film Knock (1951) film de Guy Lefranc, adaptation de la pièce de Jules Romain / Doctor Beat, chanson de Miami Sound Machine
Extrait des Essais, de Montaigne, Livre II, Chapitre 12 : Apologie de Raymond Sebon, 1580, éditions Quarto Gallimard, 2009, adaptation en français moderne par André Lanly. Lecture de Jean-Louis Jacopin
Montage d’archives du Dr. Jérôme Marty ; Dr. Jean-Jacques Charbonier sur Thana TV le 17 avril 2020 ; Dr. Jean-Paul Hamon sur Sud Radio le 24 mars 2020
Musique de Amon Tobin, Deo
Musique de Aphex Twin, Diskhat all prepared
Chanson de fin : Hospital, de Jonathan Richman and the Modern Lovers

La série de France Culture

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André Comte-Sponville, sur Europe 1, le 19 avril 2020.

Invité de la matinale d’Europe 1, le philosophe André Comte Sponville alerte sur le risque d’une privation de privation de liberté que fait planer le confinement. "Il n’est pas question que l’on nous enferme indéfiniment pour une maladie", dénonce-t-il, dénonçant "un climat dépressif et geignard".

"Réduire les libertés sur un temps court oui, mais le moins longtemps possible."

A.G., 4 mai 2020.

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