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Arnaud Le Vac, Reprenons les chemins d’ici

D 3 avril 2019     C 1 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Ce à quoi peut prétendre une vie
entre terreur et barbarie dans la mondialisation
de l’économie comptable
et productive de la technique.

Sans commencement ni fin :
on se croirait dans la vie réelle
sans y être.

Comme si rien n’était rien :
tout, sauf rien.
Rien qu’une absence de monde dans la servitude volontaire
et la fausse conscience historique du temps.

Reprenons les chemins d’ici, p. 7.

Un voyage à travers les mots d’Arnaud Le Vac qui vient tout juste de publier son second recueil de poésie intitulé Reprenons les chemins d’ici aux éditions du Cygne, collection le Chant du cygne. Dans ce recueil, il est question de littérature, de philosophie, de promenades urbaines notamment à Venise, à Amsterdam, à Paris, de musique et de peinture.
Une délicieuse escapade hors du temps.

Entretien avec l’auteur Arnaud Le Vac :

En quelques mots, qui êtes-vous et quel est votre parcours ?

Je suis Arnaud Le Vac, né en 1978, dans ce que l’on appelle la banlieue parisienne, lieu où j’ai grandi avant de m’installer à Paris pour vivre et écrire, travailler et voyager. Mon parcours reste celui d’un autodidacte, formé par sa propre expérience, très réservé quant à sa scolarité, méfiant envers la société, menant très vite une double vie : très peu intéressé par la question sociale de son existence et presque exclusivement tourné vers l’activité poétique et sa pratique par la lecture. J’accorde une grande importance à mes lectures d’Hugo, de Baudelaire, de Lautréamont, de Rimbaud et des surréalistes qui coïncident pour moi avec ma découverte de Paris. Je me revois passer d’innombrables fois devant le 42 rue Fontaine (l’Atelier d’André Breton, épicentre du surréalisme de 1922 à 1966) et d’établir à travers ma relation à la poésie et à l’art tout un mode de vie et de penser en marchant des journées entières dans Paris. Je dois à cette relation ma découverte de Paris et une manière tout à fait particulière de voir la ville qui devait me servir par la suite dans tous mes voyages en France comme à étranger. J’ai pris enfin le premier boulot envisageable que je pouvais avoir dans un lieu d’art et je ne l’ai pour ainsi dire pas quitté depuis en approfondissant ma solitude et en restant très attentif à une pratique de la poésie ouverte sur le monde et l’homme.

Venise occupe une grande place dans ce recueil. Quand et comment avez-vous découvert cette ville ? Y retournez-vous souvent ?

Oui, c’est vrai : Venise est une rencontre décisive dans ce recueil de poèmes. J’y reviens à deux reprises pour tenter de cerner ce qui ne cesse pour moi de se jouer dans cette disposition à l’art et à la vie : lors de mon premier séjour (septembre 2011) et lors de mon dernier séjour (octobre 2017). Cette disposition à l’art et à la vie, qui a pour moi à voir avec l’activité poétique, est une question de voix. J’ai découvert cette ville comme un appel depuis l’enfance vers ce que j’ai envie d’appeler la beauté. Venise est une ville de toute beauté. Je suis redevable dans ma vie à cette beauté comme à tous ceux qui d’une façon ou d’une autre m’ont mené à Venise. Je les remercie dans ce recueil. Je les écoute me parler de vive voix dans le poème que je suis en train d’écrire : je suis à la recherche de ma propre présence en tant que sujet du poème. Il ne se passe pas une journée sans que je pense très fortement, parmi ces villes que j’ai envie de dire élues par la beauté, à Venise. J’ai dit un jour pour rire, en tenant à évoquer ma situation d’Européen, que je souhaitais me coucher à Venise, me lever à Amsterdam, déjeuner à Paris et diner sur une île au bord de l’océan Atlantique ! Ce qui me donne le sentiment de vivre et de penser quotidiennement avec Venise et non pas seulement à Venise. J’éprouve toujours le besoin d’espacer mes séjours.

Qu’aimez-vous dans cette ville ?

Trouver ce que j’y viens chercher : un nouveau départ. Un appel incessant vers l’inconnu et le merveilleux. Venise est un labyrinthe de ponts et de canaux, de ruelles et de places, d’églises et de palais, un miroir sur l’eau. C’est tout un monde qui se réinvente. J’aime la vie et l’art qui ne demandent qu’à s’épanouir dans la solitude et le retrait propice à la création. Si nous savons aimer et vivre cette ville en même temps il se passe alors quelque chose qui échappe définitivement à notre époque. Venise est du temps imparti aux paradis célébrant les cieux et la mer retrouvés. Je vis personnellement tout cela comme une odyssée. Chaque pas est nécessaire et amène vers une nuit pleine de sommeil : c’est une ville qui regorge de temps. Tout cela est évidemment une question de voix et de disposition du corps, de rapidité d’esprit devant ce qui ne cesse de se produire sous nos yeux avec nous et sans nous. C’est, si nous voulons, voir l’invisible et entendre l’inouï. Cela part d’une situation historique très précise. Quelque chose s’est effondré en Occident qui peut être repris en partie ici, si nous savons trouver le chemin d’un nouveau départ dans nos vies. Il en va à Venise de notre vie et de notre langage le plus intime. Je ne me suis jamais senti mieux européen qu’à Venise. C’est la présence du sujet que je cherche à atteindre dans ce que je fais en vivant et en écrivant.

À quoi ressemble une journée passée à Venise ?

C’est faire l’expérience de ce que l’on veut vivre et s’y tenir. D’avoir le désir d’approuver sa liberté en toute sérénité. Je cherche toujours à trouver le rythme qu’il faut pour que le corps, le langage et la voix soient présents dans tout ce que je fais. C’est une forme improvisée du discours, car je ne suis jamais seul tout à fait, puisque je partage ces moments ou non avec quelqu’un qui m’impose aussi son rythme et sa présence dans ce que nous faisons. Nous nous élevons tous deux à une certaine conscience qui nous permet de nous retrouver ensemble dans une solitude partagée. Je vois l’amour comme un continu du rythme dans le langage et le discours. Venise ne cesse d’exalter cette solitude partagée. C’est une ville à visage humain. Il y a une vivacité toute vénitienne. Ces ruelles et ces places, son architecture et sa musique, sa vie de tous les jours loin de l’industrialisation de masse, donnent une densité particulière à tout ce que nous faisons. Il n’est pas rare de se retrouver seul sur une place ou devant une peinture tout en sachant que l’on réalise un vœu des plus intimes. C’est cela même : une journée passée à Venise ne ressemble à aucune autre. Venise s’écrit durablement en chacun de nous. C’est avec ses habitants et ses voyageurs de toujours, l’autre Venise dans Venise.

AnnaLivia et Arnaud Le Vac, Mes Carnets Vénitiens.

Pour visiter le site d’Arnaud Le Vac.


Arnaud Le Vac, Demeure d’Ezra Pound.
ZOOM : cliquer sur l’image.

Pound citant Dante :
Quand l’amour m’inspire, répondis-je, je l’écoute ; et ce
qu’il me dicte, je le chante, tel que je l’entends en moi.

Pound reste au cœur de cette rencontre
capitale entre la modernité et la tradition.

J’ai voulu écrire le Paradis
Ne bouge pas,
Laisse parler le vent
Tel est le Paradis,
dit Ezra pound.

Lire et écrire sont une même activité
tout comme le sont vivre et penser.

Reprenons les chemins d’ici, p. 59.


22 mars 2019.

A ma gauche la lune montante ; à ma droite le soleil
jaune clair déclinant. Ponton, clapotis de l’eau — temps
fixe, dit Philippe Sollers.

Voir l’invisible et entendre l’inouï.

Reprenons les chemins d’ici, p. 65.


Arnaud Le Vac, Vue sur la pointe de la Dogana.
ZOOM : cliquer sur l’image.

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1 Messages

  • Albert Gauvin | 29 avril 2019 - 23:59 1

    Poésie, vérité pratique, par Arnaud Le Vac, marcheur

    « Le repos éveillé / du feuillage / bruissant de la cour / et de l’eau jaillissant / et retombant / dans les grandes vasques / des fontaines / de la place voisine. »

    Emprunter les chemins de l’immanence, de la belle et âpre réalité, y frotter sa peau, ses rêves, ses désirs et ses échecs, en toute humilité, avec ambition, voilà le pas d’un poète naviguant de canaux en canaux, à Amsterdam, à Venise, et partout où sous le bitume se dessinent des lignes d’eau.

    Voilà Arnaud Le Vac en son deuxième recueil publié aux éditions du Cygne après On ne part pas en 2017 (présenté alors dans L’Intervalle), Reprenons les chemins d’ici – qui ne mènent jamais vraiment nulle part.

    La suite sur le blog de Fabien Ribery